Le 22 octobre 2014 se tenait à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (USR 3258 CNRS UP8 USPN), avec le soutien du Campus Condorcet Paris-Aubervilliers, une journée d’étude sur le Parcours des docteurs en ethnoscénologie1. Organisée par le réseau des doctorants en ethnoscénologie, cette journée avait pour objectif d’identifier les caractéristiques propres à un parcours en ethnoscénologie et de permettre aux doctorants d’acquérir les connaissances nécessaires pour se situer dans cette perspective scientifique.
Six ans plus tard, dans une logique de continuité, une deuxième journée d’étude a été organisée en partenariat avec la Société française d’ethnoscénologie (SOFETH), l’Association pour la recherche des traditions de l’acteur (ARTA) et la MSH-Paris Nord. Sous le titre : « parcours d’enseignement et de recherche en ethnoscénologie : Bilan et perspectives. Fondements épistémologiques et méthodologiques »2, cette journée a eu lieu le 7 décembre 2020 en distanciel.
La conjonction des recherches entre l’ARTA et la SOFETH, favorisée par la MSH-Paris Nord, est significative. Dans le présent dossier, au fil de son article : « Passeurs d’expérience : au cœur du cheminement d’ARTA, des passerelles de recherche communes entre cultures à l’idée de l’‘acteur traversé’ », Jean-François Dusigne place la pratique et l’expérience sensible au cœur de son travail. Artiste-chercheur, il a créé un laboratoire itinérant en conjuguant son expérience pluri-décennale d’enseignement et de recherche académique et les actions et programmes de formation à l’ARTA, qu’il co-dirige avec Lucia Bensasson, depuis 1999. Derrière, ou aux sources, de toute démarche théorique, il y a un théoricien, c’est-à-dire une biographie, ce qui incite à composer des équipes et des programmes pluridisciplinaires non refermés sur eux-mêmes. La contribution de Jean-François Dusigne permet de ne pas figer dans l’exotisme la question de la « tradition » et montre que l’ethnoscénologie ne se limite pas à « l’étranger » ou aux « formes du passé »3. La leçon qu’il pose met en exergue l’importance pour un « département » académique en arts du spectacle vivant d’être associé à un centre de pratique distinct.
L’objectif de la journée sur le « parcours d’enseignements et de recherche en ethnoscénologie » était de réunir des ethnoscénologues, doctorants, docteurs, enseignants-chercheurs et praticiens, afin qu’ils se rencontrent autour de leurs expériences, de leurs réflexions et de leurs attentes épistémologiques et méthodologiques. La discussion qui y a été engagée a eu également pour objet la faisabilité d’un programme de formation cohérent répondant aux exigences de cette nouvelle perspective présentant un tronc commun épistémologique qui permettrait de se déployer dans des champs d’études particuliers.
L’article : « Ethnoscénologie : l’épiphanie du vivant », de Jean-Marie Pradier, ici publié, esquisse justement les contours de la notion de vivant, suivant le bios d’Eugenio Barba, de manière à souligner les fondements bio-cognitifs universels de pratiques spectaculaires, le rôle joué dans l’apprentissage par les techniques du corps, le contexte linguistique et les déterminations sociales. Il s’agit pour lui de contribuer ainsi à la conception d’un programme de formation cohérent qui tienne compte des apports des perspectives pluridisciplinaires nouvelles dans le champ du spectacle vivant de la biologie et de l’anthropologie de l’esthétique voire de la deep ecology. La réflexion de Bernard Andrieu sur « L’émersion créatrice » permet justement d’appréhender l’apport, dans le domaine de la philosophie du corps4, d’une perspective scientifique proche, complémentaire, de l’ethnoscénologie : l’émersiologie5, dont l’enjeu est précisément la pensée du vivant, du corps vécu, du corps vivant, du corps expérimenté6, et des relations qu’il entretient avec le milieu dans lequel il inter-agit. Il compare ainsi les démarches épistémologiques de l’émersiologie et de l’ethnoscénologie, disciplines qui partagent l’intérêt pour les cultures incorporées et les possibilités créatrices du corps.
Les actes publiés dans ce dossier de L’Ethnographie · Création · Pratiques · Publics témoignent ainsi des questionnements soulevés lors de cette journée d’étude sur le « Parcours d’enseignement et de recherche en ethnoscénologie ». De quelle manière l’ethnoscénologie a-t-elle évolué au cours des vingt-cinq dernières années7 ? Quelles nouvelles perspectives interdisciplinaires de recherche ont été développées ? Que signifie concrètement l’interdisciplinarité qui est recommandée ? Quel bilan doctoral six ans après le parcours des docteurs en ethnoscénologie en France ?
D’une rapide recherche par mot clé sur le site theses.fr, il ressort avec l’entrée : « ethnoscénologie », 66 thèses soutenues ou en préparation. Nous ne tenons donc ici compte que des thèses conduites en France ou en co-tutelle avec une université française. La première de ces thèses date de 1994. Elle a été rédigée par Alma Caballero. Elle est intitulée : La France dans le théâtre de l’Amérique Latine : trois courants d’influence dans des points clés de la géographie et de la culture de Notre Amérique8. À cette thèse dirigée par Jean-Marie Pradier, à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, en succèdent deux autres. En 1996, elles ont la particularité de faire apparaître l’ethnoscénologie dans le titre, l’une par Insook Jang : Le théâtre coréen contemporain et ses sources : étude ethnoscénologique9, l’autre par Françoise Gründ : Teyyam du Kerala, Tchiloli de Sao Tomé : une approche ethnoscénologique10. La contribution de Françoise Gründ à l’émergence de l’ethnoscénologie dans la recherche doctorale, scientifique et universitaire, serait à contextualiser dans une histoire des sciences, des arts et de la pensée qui remonterait au moins à la création de l’UNESCO (1945), du Théâtre des nations (1954) et de la Maison des cultures du monde (1982), mais ce n’est pas l’enjeu du présent dossier. Françoise Gründ est l’une des co-fondatrices de l’ethnoscénologie avec Jean-Marie Pradier, Chérif Khaznadar, mais aussi les deux sociologues Jean Duvignaud (1921-2007) et Armindo Bião (1950-2013) dont l’influence est toujours prégnante. En témoigne dans ce dossier l’article de Jérôme Dubois : « Sociologie et ethnoscénologie : cheminements épistémologiques en compagnie de Jean Duvignaud et Armindo Bião », où il revient sur son expérience personnelle afin de montrer de quelle manière, il articule, dans ses recherches, la sociologie et l’ethnoscénologie.
Les deux codirecteurs de ce dossier ont respectivement soutenu leurs thèses de doctorat en 201211 et 201412 ; en quelque sorte, à réfléchir l’histoire récente de l’ethnoscénologie en termes de génération, nous considérerions appartenir à la deuxième génération de docteurs en ethnoscénologie. Aujourd’hui, et appréhendant bien que la fiabilité du site de référencement des thèses puisse être soumis à critique13, six thèses seraient en préparation avec l’adoption du mot-clé : « ethnoscénologie » et préfigureraient la troisième génération de chercheur dans cette perspective scientifique.
Parmi les ethnoscénologues actuellement doctorants, mais dont les thèses ne sont pas fléchées ethnoscénologie sur le site theses.fr, Paul Forigua décrit dans « Une ethno-scèno-folle en Europe » sa triple vie de danseur, documentaliste et chercheur en sciences sociales et spectacle vivant. En insistant sur sa rencontre avec les travaux menés en ethnoscénologie, en particulier ceux de Jean-Marie Pradier, il évoque sa prise de conscience de certains biais cognitifs inhérents à toute recherche et comment ceux-ci lui ont permis de démarrer une déconstruction visant à la maîtrise de son propre ethnocentrisme dans ses domaines d’intervention. Également doctorante en ethnoscénologie, Jade Cervetti « Pour une épistémologie ethnoscénologique du savoir queer » rejoint Paul Forigua en cadrant ses réflexions autour de la confrontation des savoirs identifiés de la culture populaire et de la culture savante. Étant donné la complexité et l’expansion du domaine des études de genre et, afin d’éviter des inégalités et des conflits et de contribuer à une épistémologie transdisciplinaire du savoir queer, Jade Cervetti revendique l’importance de l’application d’une méthode ethnographique et de l’approche ethnoscénologique dans ses recherches. Paul Forigua et Jade Cervetti contribuent ainsi à saisir comment les recherches en ethnoscénologie sont fertilisées par les études sur le genre14, les minorités ethniques et les peuples originaires15, mais aussi à mesurer combien l’ethnoscénologie fournit des outils pour appréhender et contextualiser des sujets soulevant de vifs débats de sociétés.
La troisième génération de doctorants en ethnoscénologie s’inscrit ainsi dans le sillage de ceux menés depuis la création de la Société française d’ethnoscénologie, sous l’initiative de Nathalie Gauthard, en 2007, à l’Université de Nice-Sophia-Antipolis. Puis, en 2009, au premier colloque organisé par des doctorants en ethnoscénologie, sur « corps et arts vivants : nouveaux savoirs, nouvelles techniques, nouvelles logiques ? » co-organisé par Laure Garrabé, Juan Paulhiac et Pierre Philippe-Meden. Ce colloque a abouti sur recommandation du Conseil scientifique de la Maison des sciences de l’homme Paris nord (USR3258 CNRS, UP8, USPN) à la création du réseau des doctorants en ethnoscénologie16.
Si l’ethnoscénologie est redevable aux praticiens pour ses trois notions clés : la spectacularité, ou ce qui se passe dans la tête de celui qui regarde (J. Grotowski), la performativité, ou ce qui relève de l’ordre des conduites et des comportements de la personne qui vit le phénomène (R. Schechner) et le rapport symbiotique, ou ce qui est de l’ordre de la relation (J.-L. Barrault), elle l’est aussi pour le modèle de la recherche scientifique en réseau. Selene D’Agostino nous le rappelle dans sa contribution qui centre sa réflexion sur « Le Magdalena Project : un réseau international de femmes artistes de la scène » et sur ses stratégies d’action, de diffusion et de résistance. Pour ce faire, elle convie les notions de nomadisme et de figuration, ainsi que de communauté de pratique artistique, notamment concernant le Festival Transit (Holstebro, Danemark). La méthode qu’elle emploie et ses recherches s’appuient à la fois sur enquête de terrain et dans les archives OTA (Odin Teatrets Archives). Dans un cadre analogue, l’artiste et chercheuse mexico-colombienne-espagnole Amaranta Osorio, dans sa contribution : « Un autre regard : récit autoethnographique sur la discrimination » raconte son expérience d’artiste d’un côté et l’autre de l’Océan. Elle y analyse quelques-unes des discriminations subies en Europe en tant que performeuse et dramaturge latino-américaine et elle explique comment la lutte pour dépasser les discriminations et maîtriser les biais cognitifs ont été un objectif et une source d’inspiration dans son travail créatif.
Le Réseau des doctorants en ethnoscénologie s’est développé jusqu’en 2016 par renouvellement annuel à travers l’organisation de journées d’études ou de colloques, parmi lesquels :
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« Apprentissage et sensorialité I et II » (2011-2012) 17,
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« Sport, théâtre et arts vivants » (2012) 18,
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« Pillage et gaspillage » (2012) 19,
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« État des lieux des différentes problématiques en Ethnoscénologie en France » (2012),
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« La Performance et les arts : vers une nouvelle interdisciplinarité » (2014) 20,
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« Parcours des docteurs en ethnoscénologie » (2014) 21,
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« Érotisme et sexualité dans les arts du spectacle vivant » (2014)22,
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« L’évolution de la langue et le traitement des “intraduisibles” au sein de la recherche » (2014)23,
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« Neuroscènes » (2015)24,
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« Fonds d’ethnoscénologie : archivage et numérisation »25 (2016).
Les programmes de ces journées d’étude et colloques montrent la diversité des recherches doctorales en ethnoscénologie, la diversité de ses chercheurs et par conséquent la diversité de ses repères épistémologiques et méthodologiques ou pour reprendre le titre d’un ouvrage de Christian Ghasarian, Sur les chemins de l’ethnographie réflexive : diversité des terrains, diversité des pratiques et diversité des enjeux26.
La contribution de Nathalie Gauthard : « L’ethnoscénologie et le réseau mycélien » définit précisément l’ethnoscénogie comme entrecroisement, enlacement et rhizome puis décrit la discipline à l’image d’un réseau mycélien caractérisé entre autres par la connectivité, l’inclusivité et l’approche post-coloniale. En effet, elle nous rappelle combien la prise de conscience de l’ethnocentrisme27 inhérent à tout regard et la tentative de le maîtriser sont à l’origine de la fondation de l’ethnoscénologie et de sa vision d’un universalisme critique28. Cette discipline s’est nourrie des réflexions des performance29 et cultural studies30, sans les calquer, mais qui ont été fondamentales pour la reconnaissance de pratiques dites « minoritaires », « marginales » ou « populaires » au sein des études en arts du spectacle vivant31 et pour la mise en discussion d’une hiérarchie culturellement définie prônant la supériorité d’un « art savant » sur un « art populaire ».
L’ethnoscénologie est une science vivante qui, émerveillée par la multiplicité des perspectives scientifiques, construit sur cette base ; en ce sens, elle relèverait d’une certaine anthropophagie scientifique32. De sorte que, l’ethnoscénologie n’étant pas une secte33, il ne saurait y avoir de dictionnaire de l’ethnoscénologie ou de manuel de recherche en ethnoscénologie : objets attractifs, mais qui risqueraient de fixer ou stériliser l’imaginaire et les moyens multiples que les recherches doctorales en ethnoscénologie innovent. L’ethnoscénologie a par exemple été pionnière avec la thèse de Thomas Richards : De l’art comme véhicule (2001)34 ou celle de Rolf Abderhalden Cortés sur Mapamundi : Plurivers poïétique (Mapa Teatro 1984-2014)35 dans ce que beaucoup nomment aujourd’hui la recherche-création en études théâtrales, chorégraphique ou circassienne, mais qui du point de vue historique pourrait davantage évoquer l’écume de la vague de la recherche en art du spectacle vivant plutôt que la vague elle-même. Plus récemment, la chercheuse et danseuse de flamenco Carolane Sanchez, dans : « Construction d’un regard sur l’‘exotisme’ : témoignage d’un parcours doctoral depuis une posture d’artiste-chercheuse et pédagogue », analyse ses différentes expériences de formation et d’enseignement en Espagne, France et Chine. Elle se focalise sur les notions de « corps vécu » et « corps exotique », notions clés du point de vue épistémologique, qu’elle retrouve aussi bien en ethnoscénologie que dans la recherche-création qu’elle contribue à renouveler36.
La diversité dans la recherche en ethnoscénologie évoquée précédemment n’est pas à confondre avec éclatement ou dispersion. Les ethnoscénologues se reconnaissent à travers certaines caractéristiques : sans être exhaustifs, nous pouvons en évoquer quelques-unes fondamentales. Derrière toute recherche se trouve un chercheur, d’où la nécessité d’une approche réflexive de sa propre itinérance d’ethnoscénologue37. Celui-ci ne perçoit que ce qu’il a appris à percevoir, aussi tend-il à connaître ses propres présupposés culturels afin d’éviter de les projeter sur l’autre (effet Rorschach). Il se garde de théoriser en tenant compte de la leçon de Marcel Mauss dans son chapitre sur les techniques du corps : « en tout cas, il faut procéder du concret à l’abstrait, et non inversement »38 ; mais, à l’inverse de la plupart des études actuelles en sciences humaines et sociales sur le corps, l’ethnoscénologue s’intéresse moins aux techniques du corps39 qu’à la dimension esthétique40 sinon à l’expérience esthétique41 du vivant, dans une approche qui tient compte des fondements socio-psycho-biologiques42 du spectacle vivant. Ce qui participe en outre à distinguer l’ethnoscénologie de la recherche en anthropologie de l’art par exemple et en histoire de l’art43. Pour éviter l’écueil de l’essentialisme, ses travaux relèvent de la méthodologie, en particulier de la description analytique44, de manière à faire émerger les « évidences invisibles » (Carroll, 1991), à partir d’expérience concrète de terrain.
Ce serait depuis la recherche, dite in situ, que les questions de la nomination et de la compétence linguistique – parlée et écrite – du chercheur, ainsi que celle de la traduction, deviendraient saillantes en ethnoscénologie45. Ainsi dans son article : « Nommer et comprendre les arts acrobatiques chinois : une approche ethnoscénologique », Eléonore Martin montre dans quelle mesure l’étude des arts acrobatiques chinois (wushu, Jingju, zaji) permet de saisir les difficultés que posent les recherches sur des pratiques extra-européennes, notamment en ce qui concerne la traduction en français des termes spécifiques. Afin de limiter l’ethnocentrisme et les effets de projection, elle souligne l’importance de l’observation in situ et de la pratique.
Du point de vue de l’épistémologie, l’ethnoscénologie s’inscrit dans le sillage de l’ethnomusicologie46 pour émerger dans la nébuleuse d’ethnosciences et de perspectives récentes à l’image de la pensée pragmatiste47, de la philosophie du corps48, de l’anthropologie modale49, de l’histoire connectée50 ou encore de l’émersiologie, de la somaesthétique51 et de l’écosomatique52. L’ethnoscénologie est une science en dialogue avec elles. Particulièrement, avec l’anthropologie de la danse53 ; dans sa contribution intitulée : « Posture(s). De la manière dont les études en danse dialoguent avec l’ethnoscénologie », Federica Fratagnoli explicite les nombreux points de contact entre l’ethnoscénologie et les études en danse du point de vue méthodologique et épistémologique. En particulier, elle souligne, l’intérêt pour la corporeité et la pratique artistique au sein de la recherche. Dans ses travaux, qui portent sur l’analyse du mouvement et les techniques micro-phénoménologiques, ces deux notions restent centrales.
Au sein de ces perspectives scientifiques, l’ethnoscénologie s’est proposée d’étudier de manière interdisciplinaire l’esthétique des incarnations de l’imaginaire54 : là où l’imaginaire désigne la potentialité cognitive55 qui nourrit l’action dans ses modalités plurielles, où l’incarnation renvoie au corps en action. Rappelons que le néologisme : ethnoscénologie, était apparu pour la première fois publiquement en titre d’un manifeste édité dans la revue Théâtre/Public (1995)56. Les auteurs y déclaraient la nécessité de s’opposer à tout préjugé, censure, stéréotype, ethnocentrisme, réductionnisme dans l’étude de la diversité des productions humaines fondées dans l’imaginaire. Pour ce faire ils proposaient le lexème : « scéno » – l’un des termes grecs qui dans le vocabulaire hippocratique désigne le corps dans son entièreté psychosomatique. Le choix de ce formant neutre : « scéno » permet d’inclure non seulement les pratiques considérées comme artistiques dans certaines cultures, mais également l’ensemble des formes performatives qu’elles soient festives, carnavalesques, circassiennes, sportives, cérémonielles (rituels), théâtrales, parlées, chantées, dansées57. Les travaux menés en ethnoscénologie portaient initialement sur les comportements humains spectaculaires organisés (CHSO). Aussi cette perspective scientifique s’était définie initialement : « science de l’intelligence du corps manifestée dans les pratiques spectaculaires »58 ; puis : « étude interdisciplinaire de l’esthétique des incarnations de l’imaginaire » (2006).
Enfin, soulignons que le champ polymorphe des incarnations de l’imaginaire, telles qu’elles sont perçues par le spectateur, réalisées par le performeur, résonne avec les théories de la cognition située et incarnée. Il est également important de rappeler les liens que l’ethnoscénologie entretient avec les neurosciences qui ont été essentielles pour mieux comprendre et analyser, non sans malentendus, la relation symbiotique entre performeur et spectateur59, relation sur laquelle l’ethnoscénologie porte une attention privilégiée60.
La recherche en ethnoscénologie allie la pratique et la théorie, s’appuyant sur une approche pluri et interdisciplinaire qui inclut la recherche sur, avec et par l’art61 et le spectacle vivant, les sciences de la vie, des sociétés et l’expérience des performeurs. Comment les artistes-chercheurs s’approprient cette discipline et s’en inspirent pour leurs créations ? De quelle manière réfléchissent-ils aujourd’hui sur leur savoir expérientiel et le partagent-ils ? Nous espérons que ce dossier apporte quelques éléments de réponses parmi d’autres à ces interrogations.
