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L'Ethnographie

Judith Malina, L’énorme désespoir – Journal d’août 1968 à avril 1969 (traduit de l’anglais – U.S.A. – par Fanette Vander . (The Enormous Despair, New York, Random House, 1972), Paris, L’Harmattan, Univers Théâtral, 2017, 243p.

Jean-Marie Pradier

Septembre 2019

1En ces jours où les États-Unis d’Amérique paraissent si étrangers au temps du Peace and Love des sixties, les extraits du journal de Judith Malina (1926-2015) co-fondatrice avec Julian Beck (1925-1985) de la compagnie du Living Theatre en 1947, sonnent comme un retour aux sources nécessaire à l’intelligence du présent. Le nouvel âge de la dissidence1dissent, en anglais – dont rend compte aujourd’hui l’historienne et américaniste Sylvie Laurent, paraît s’inscrire cinquante ans après dans la continuité du mouvement de résistance à la politique guerrière et réactionnaire des occupants successifs de la Maison Blanche. Cinquante ans après, la version française des mémoires livrées dans la collection Univers Théâtral des éditions de L’Harmattan révèle le flamboiement et la vitalité intellectuelle, politique, artistique d’une époque sur laquelle nous devons revenir. Toutefois le texte ne prend sens qu’à la condition de connaître le contexte de sa rédaction, et l’histoire singulière des innombrables personnages, institutions et mouvements politiques qu’il mentionne. Familière du Living qu’elle rejoignit un temps, proche de Judy Malina, auteure d’une histoire de la troupe2, la traductrice fait l’économie d’offrir au lecteur une édition critique dotée d’une introduction, d’un appareil de notes et d’un index des noms propres qui donneraient de l’ampleur et de l’intelligibilité au journal. La traduction des dénominations anglo-américaines rend incertaine la recherche de compléments d’information. Aussi, sont-elles rétablies dans ce compte rendu.

2Fille d’un rabbin allemand venu en 1928 vivre avec les siens à New York, Judith adolescente avait suivi à la New School for Social Research les cours du metteur en scène Erwin Piscator. Militant communiste, fondateur du théâtre prolétarien celui-ci s’était enfui d’Allemagne en 1933. Conquise par ses idées, Judith à 17 ans avait entraîné vers le théâtre politique Julian Beck, peintre et poète. De leur rencontre naquit le théâtre vivant – Living -, libertaire et anarchiste en opposition au « théâtre mort » de Broadway. Précisons que l’adjectif living, polysémique, possède à l’occasion une coloration radicale, et embrasse le sens de totalité, d’absolu, et de perfection. À l’époque, l’effervescence créatrice du jeune théâtre nord-américain nourrissait autant des expérimentations scéniques adaptées à la modernité qu’il était le partenaire actif d’une révolution éthique, une volonté de libération des esprits et des corps, un appel politique à la justice, la fraternité, le rejet de l’impérialisme et l’apologie de l’amour libre. Make love not war – faites l’amour, pas la guerre – n’était pas un titillant slogan de la contre-culture. Depuis 1961 l’engagement militaire américain au Viêt Nam n’avait cessé de s’accroître. En 1968, il est à son paroxysme. L’opinion est tenue au courant des bombardements massifs, du recours aux armes chimiques – l’agent orange –, du massacre des civils vietnamiens, des exécutions sommaires. Elle s’agite. D’autant plus que les pertes sont lourdes. La contre-offensive du têt, lancée par les « viets » ébranle l’optimisme officiel. Des campus entrent en contestation ouverte. Les forces de l’ordre ripostent.

3Si le Living Theatre occupe une place emblématique dans l’histoire du théâtre expérimental occidental, c’est bien parce que sa turbulence créatrice généreusement radicale déborda largement le territoire américain. Invité à Paris en 1961 dans le cadre du Théâtre des Nations, le Living avait présenté The Connection de Jack Gelber mise en scène par Judith Malina dans des décors de Julian Beck. La pièce décrivait la vie de musiciens de jazz devenus accros à l’héroïne. Elle eut un éblouissant succès. Aux États-Unis elle avait provoqué enthousiasme et un accès d’irritation qui ne fit que croître lorsque la compagnie monta The Brig – la taule – dans son théâtre de Fourteenth Street à New York. Keneth H. Brown l’auteur, un ancien marine, exposait la brutalité des sévices subis au quotidien par un groupe de militaires aux arrêts disciplinaires sur une base du Japon. Le réalisme des scènes offusqua les groupes conservateurs alors que – est-ce un hasard – l’Internal Revenue Service, administration fédérale des Impôts, entreprenait de chercher noise à la direction. En 1963, le Living décida alors de retourner en Europe. Trois ans plus tard, The Brig était accueilli à l’Odéon par Jean-Louis Barrault, puis Mysteries and Smaller Pieces repris en 1967 dans un petit théâtre, près de Pigalle, le Théâtre 347. Interviewé par Marc Fumaroli, Julian Beck s’était expliqué sur son rapport avec les États-Unis3 :

Nous ne sommes pas retournés en Amérique. J’ai peur de l’Amérique, où règne actuellement une atmosphère presque fasciste. Ici, nous sommes délivrés des contraintes de l’État, délivrés des tentations de l’argent ; nous sommes ce que nous voulons être, des hommes errants et libres.4

4Tournées. Projets. Fin 1967, l’invitation à participer à la 22ème édition du Festival d’Avignon est adressée à Julian Beck et Judith Malina. Quelques mois plus tard, mai 1968. Il convient de lire dans l’ouvrage coordonné par Émeline Jouve : Avignon 1968 et le Living Theatre. Mémoire d’une révolution (2018) ce qui survint à la Compagnie5 pour comprendre les raisons de son rembarquement pour New York. De mai à fin juillet 1968, embrasement. La troupe a revu ses intentions théâtrales initiales pour créer avec Paradise Now une invitation à la révolution au cœur du célèbre festival dont elle devient un élément perturbateur. Au propos politique se joint les éléments d’une esthétique jugée scandaleusement érotique par d’aucuns et éloge du désordre amoureux pour les autres. Plus, s’échappant du cloître des Carmes le spectacle s’engouffre dans la rue. Passions plurielles et contradictoires. Incompréhensions et peurs. Utopie et trivialités politiques. Tapage et intolérance. Imaginaires. Ballet des logiques. Pour le Living, avant même que ne s’achève le festival, il y a rupture et départ forcé, scandale consommé dans la confusion. La Compagnie reprend la mer, direction New York.

5Le Journal s’ouvre au 31 août 1968. La troupe de trente-trois comédiens, embarque au Havre sur un modeste paquebot que l’on devine italien, chargé d’étudiants américains qui achèvent leurs vacances européennes, – cheveux courts, cheveux longs –, et de beatniks. En quelques phrases brèves, tachisme poétique, sans égarement bavard, précise, incisive Judith Malina brosse une atmosphère. Le voyage, pour elle et les siens, n’est pas une simple rentrée au bercail. Saul et Oda Gottlieb qui viennent de fonder une coopérative regroupant plusieurs troupes expérimentales – The Radical Theatre Repertory – ont préparé une tournée du Living aux États-Unis. The Enormous Despair en est le journal de bord. Le titre est – semble-t-il – un extrait minimaliste de la lettre adressée par Martin Buber (1878-1965) à Judith Malina et Julian Beck en 1961 – citée dans le texte –, en réponse à leur demande de soutien à la Grève Générale pour la Paix qu’ils organisaient. De Jérusalem, le philosophe juif d’origine allemande avait répondu qu’il sympathisait avec leur action, mais qu’il ne pourrait pas soutenir une telle entreprise, car il craignait « l’énorme désespoir » qui résulterait de son inévitable échec (p.62). Buber, lui-même – selon le témoignage de Paul Melton qui l’avait rencontré à Jérusalem – se sentait assigné à résidence dans une maison « moitié tombeau moitié prison. Ils (les Israéliens) le respectaient et l’honoraient et en même temps méprisaient ses tentatives de paix avec les Arabes » (p. 148).

6Judith Malina avait-elle l’intuition des épreuves à venir ? À bord, elle note le malaise, la paranoïa de certains comédiens à l’idée des arrestations que l’on croit inévitables à l’arrivée. Elle s’amuse non sans humour de l’inquiétude du Commandant et du personnel – affables – sur les dangers de « fornication » : « J’ai entendu des histoires sur votre compte, que vous êtes comme des animaux sauvages qui s’accouplent partout à tout moment, dans les coins de la salle à manger ou dans les couloirs. » (p. 14). Service religieux du dimanche. Nouvelles politiques inquiétantes. Conférences. Chants. Discussions. Première production du Living Theatre en mer The Mid Atlantic Mysteries. « Le commandant et l’équipage en cercle sur des chaises. Le public assis sur le plancher encaustiqué (…). Après quoi le Commandant paie à boire à la compagnie. Nous sommes tous échevelés par la scène de la peste : Capitaine du Marzo (Il Commandante) : Je vous remercie je n’ai jamais rien vu de tel auparavant, et je ne reverrai jamais rien de tel. » (p. 19) Les passagers débarquent en ce mois d’août 1968 au moment où le pays est pris dans une fièvre d’événements – extension du mouvement Yippie6Youth International Party – lancé par Abbie Hoffman, Jerry Rubin et Paul Krassner, candidature de Nixon, invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques et l’obsession du danger communiste, incidents de Chicago, puis en septembre les performances des Women's Liberation groups, rejoints par des membres du New York NOW (National Organization for Women). Octobre : massacre des étudiants à Mexico, place Tlatelolco. Novembre : élection de Nixon, bombardements massifs au Vietnam, recrudescence des combats. Moments pathétiques dont l’évocation accompagne le récit elliptique de la tournée des spectacles dans les universités – Mysteries, Paradise, Antigone –, les lieux alternatifs, communautés locales, centres culturels pour des publics exaltés, indifférents ou scandalisés. Se succèdent les démêlées avec la police – et les redondantes accusations d’exhibitionnisme – d’autant qu’à l’occasion, certains jeunes spectateurs et spectatrices estudiantins manifestent leur enthousiasme philosophique et politique en se dénudant en public. Le texte est parsemé de noms qui battent le rappel de la galaxie militante d’intellectuels, de simples citoyens et d’artistes qui ont joué un rôle important dans les mouvements politiques et les transformations de l’habitus américain, ses fragmentations et ses élans. C’est au détour d’une conversation avec Fredy Perlman (1934-1985) à Detroit que Judith esquisse un auto-portrait. De l’œuvre de ce Tchèque naturalisé américain, elle ne retient que le titre du journal anarchiste violent Black and Red dont il est l’éditeur7. La revue n’a vécu que six apparitions, cependant retentissantes, préambule de Against His-Story, Against Leviathan ! qui dès sa parution en 1983 est devenu l’ouvrage de référence de la critique anti-capitaliste et anti-industrielle radicale.8 Perlman se trouvait à Paris au mois de mai 1968 :

il nous a ratés de peu en plusieurs lieux, y compris l’Odéon. Nous échangeons des souvenirs exaltés de ces journées et de l’esprit des étudiants français. Et en tous cas je dis ceci, ils n’étaient pas violents. En dépit des « pavés » - ou est-ce que je me trompe concernant l’importance et l’objectif de ces incidents ? De ces incidents ?

7Se découvre une femme passionnément attachée aux espérances de la vie, la tendresse, la création, le respect de chacun, la tolérance, hantée par les atrocités subies par les Juifs jetés dans les transports de die Endlösung der Judenfrage – la solution finale à la question juive. Elle poursuit :

Je suis déchirée, mais pas en deux. Finalement ma source vient du moment où j’ai su : « Je ne dois pas avoir de haine ou d’amertume envers quiconque. » Et si cela n’est pas à l’heure actuelle un principe révolutionnaire, alors jusque-là (et seulement jusque-là par une sémantique pourrie) je ne suis pas révolutionnaire. Et cette pensée me rend folle. Mais pas assez folle pour tuer mon copain. Je l’ai dit pour les nazis et je le dirai des flics : Si tu haïs et si tu tues, c’est toujours le même piège. Et j’étais prise pour une folle dans ma famille quand je ne pouvais pas assez haïr les Nazis (je les haïssais, mais pas assez), et je suis regardée maintenant comme réactionnaire par certains camarades parce que je ne veux pas assez haïr les flics, et je suis violemment déchirée, mais pas en deux. Je sais de quel côté est la vie. (p. 150-151)

8Tournée haletante, pimentée d’escapades et d’incident burlesque comme ce dîner végétarien mais riche en vins, offert par Salvador Dali à « quelques amis européens » et au Living, au cours duquel Judith se laisse entreprendre par Serge Obolensky, vieux prince russe qui fut agent secret pendant la deuxième guerre mondiale. (p. 158-163) La tournée est inégale. Paradise s’enlise dans les contributions confuses et verbeuses du public. Réunions préparatoires aux manifestations pour la paix, accrochages policiers, représentations réussies et avortées sur les campus, rencontres, enfants dont il faut prendre soin… routine dont la lecture serait lassante si ne survenaient des noms, chacun évocateur de l’histoire, unique, non-conformiste de la vie intellectuelle, artistique et loufoque des États-Unis, les Motherfuckers par exemple, de leur vrai nom Up against the Wal Mother fucker d’inspiration anarchiste. Berkeley se soulève. Les Panthers marchent sur l’hôtel de ville de Kansas City. À Chicago le bâtiment administratif de l’Université est occupé. Au 19 février 1969, la troupe arrive à Berkeley pour deux ou trois jours. Les notes de Judy Malina, énigmatiques, rapportent ce qui plus tard fera débat chez les historiens quant à l’attitude pacifiste – soumise diront certains – du Living9. La troupe peine, alors que les soucis d’argent se multiplient dans un climat de tension générale, de surveillance policière, de peurs et d’annulation imprévues de spectacles.

9Le 21 mars le Living arrive à New York : « exténués ». Le journal se conclut par une apothéose tragi-comique que l’on dirait relevant de l’astuce dramaturgique si elle n’était encore vivace dans la mémoire des participants, et les archives. Le Living est invité par Theatre for Ideas – le Théâtre des Idées –, une liberal community fondée en 1961 par Shirley Broughton, danseuse et chorégraphe hors norme pour débattre dans son loft des questions les plus diverses du spectacle vivant. S’y pressent écrivains, essayistes, dramaturges, critiques, artistes et intellectuels « libres ». Judy Malina note : « Le Théâtre des Idées est un forum d’intellectuels de tel et tel problème sérieux (…) des écrivains, des éditeurs, les enseignants, des psychologues, des artistes, toute sorte de cerveaux musclés. » (p. 225-229) Le thème proposé pour la discussion s’intitule « Theatre or Therapy ». Doivent prendre la parole Robert Brustein, Julian Beck, Judith Malina, et Nat Hentoff, modérateur. Le premier, critique et dramaturge connu, est assez réservé quant aux manières du Living. Paul Goodman, en revanche est un ami. Co-fondateur de la Gestalt-Therapy, universitaire poète, écrivain, dramaturge, sa pensée a profondément marqué la gauche américaine. Nous apprenons quelques pages plus loin qu’il a été l’analyste de Judith. Nat Hentoff, journaliste du Village Voice, critique de Jazz, disait de lui-même qu’il était un troublemaker – un agitateur. Rapidement, quelques membres de la troupe s’échauffent et s’immiscent fougueusement dans la discussion, interpellent, accusent. Brouhaha. Malina :

Et ça devient facilement bientôt une explosion gueusaille de Paradise sur le sujet de pourquoi ces intellectuels bien habillés sont là à dix dollars par tête. (…) Richard Schechner tente de suggérer un moment de silence, mais personne n’écoute. John Simon insulte Richard Schechner en hurlant. Shirley Broughton insiste pour que Julian « ordonne » à ses « gens » d’arrêter. Il explique qu’il ne peut pas faire cela ; et un moment après il a rejoint la scène.

10La scène bafouille dans sa frénésie d’antagonismes émotionnels, quand chacun se soucie peu d’écouter l’autre. « Shirley Broughton est outrée et parle d’appeler la police ». Contraste le calme du journal de Malina, qui exprime à Shirley ses regrets qu’elle en ait été malheureuse. Elle conclut l’épisode : « C’était le théâtre des Idées » (p. 229)

11Il ne reste que quelques jours avant l’embarquement pour l’Europe. Une fois encore, défilent des noms qui mériteraient que l’on s’y arrête. Tension exaspérante : « 21 mars 1969 : Le temps de New York nous aspire immédiatement. La nervosité, la crise constante. Et la constante paranoïa de la police » (p. 230). Adieux et dernières conversations avec les amis. « 1er avril 1969. SS Europa. Embarquement. Pleurs. Baisers. Le bateau n’est pas comme le bateau des étudiants. Les passagers sont des allemands d’âge moyen au dernier jour d’une croisade (sic) dans les Caraïbes10. » (p. 240) S’affirme l’énorme désespoir de l’auteure qui après constat, note : « La réalisation effrayante qu’une voix forte pourrait tourner les choses d’un côté ou de l’autre. Il n’y a pas de voix forte. » (p. 241) Au troisième soir de navigation, célébration de Pessa’h, la Pâque juive, dans un rituel qui fait revivre à chacun la fin de l’esclavage, la sortie d’Égypte sous la conduite de Moïse et le retour à la liberté : « 3 avril 1969 : Le troisième jour nous célébrons Seder11, tous entassés dans notre cabine (…). Les mers hautes. La première prise de respiration. » (p. 242)

12Ce journal de Judith Malina raconte la ferveur créatrice du Living Theatre sans en estomper les contradictions et les illusions. Il est l’indispensable complément de celui qui couvre la première décennie de son existence de jeune intellectuelle et artiste au moment de sa rencontre avec le peintre Julian Beck12. Aucun double emploi avec les écrits de son compagnon. Préfaçant la version française des derniers carnets de ce dernier, rassemblés en 1982 et 1983, sous le titre de theandrique, du grec theos et andros, elle écrit : « Théandrique est un carnet d’explosions réaffirmant la présence du divin dans l’humain »13. Ses mémoires attestent de l’humanité du projet théâtral de la compagnie. Obnubilés par la crainte qu’engendrait en eux l’anarchisme du Living, tourmentés par la vue de la nudité des corps les censeurs n’ont pas perçu la spiritualité dans le pacifisme nourri de judéité de cette femme dont les cahiers font revivre les États-Unis de James Agee, John Cage, Joseph Campbell, Merce Cunningham, Doroty Day, Richard Edelman, Paul Goodman, Lou Harrison, Alan Hovhaness, Lester Schwartz, Philip Smith et… combien d’autres. Une époque bouillonnante, expérimentale, inventive, généreuse, affrontée à de multiples combats. Pour le cinéaste underground Jonas Mekas, le Living appartient à une « période classique » qui s’est arrêtée dès après les années 7014. En 1964, avec sa caméra 16 mm et un magnétophone, en une seule prise, s’inspirant des principes du cinéma vérité, il avait enregistré une représentation de The Brig. La même année, le film reçut le prix du documentaire à la Mostra de Venise. À revoir.

Notes

1 Sylvie Laurent, La couleur du marché. Racisme et néolibéralisme aux États-Unis. Paris, Éditions du Seuil, 2016

2 La traductrice, proche de Judith Malina, est également l’auteure d’une étude sur le Living nourrie d’une expérience de travail au sein de la compagnie : Stéphanette Vendeville, Le Living Theatre. De la toile à la scène 1945-1985, Paris, L'harmattan, 2008.

3 Ancien Grand-Guignol, depuis 2004 siège de l’International Visual Theatre (IVT), dirigé par Emmanuelle Laborit.

4 Marc Fumaroli de l’Académie française, Orgies et Féeries. Chroniques du théâtre à Paris autour de 1968. Préface de René de Obaldia de l’Académie française, suivie d’une réponse de Marc Fumaroli, recueil de chroniques à l’initiative d’un comité d’honneur, Paris 2002, p. 106.

5 Émeline Jouve, Avignon 1968 et le Living Theatre. Mémoire d’une révolution, Montpellier, Éditions Deuxième époque, 2018.

6 Associant le YIP et la contre-culture hippie.

7 Regrettons la traduction dans le corps du texte – le rouge et noir – au lieu de la donner éventuellement en note.

8 Version française : Fredy Perlman, Contre le Léviathan, contre sa légende, Montreuil, L'Insomniaque, 2009.

9 Bradford D. Martin, The Theater is in the Street : Politics and Performance in Sixties America, University of Massachusetts Press, 2004, p. 75. John H. Houchin, Censorship of the American Theatre in the Twentieth Century, Cambridge University Press, 2003, p. 199.

10 Il s’agit d’une erreur. Le texte anglais mentionne « a cruise », une croisière.

11 Le texte original p. 137 mentionne « passover ». Le seder étant le repas rituel qui accompagne la célébration de la Pâque (pessa’h).

12 The Diaries of Judith Malina: 1947-1957, New York, Grove Press, 1983.

13 Julian Beck, Théandrique ou la possibilité de l’utopie. Dernières notes, préface de Philippe Tancelin, postface de Judith Malina, (traduit de l’anglais par Fanette Vander), Paris, L’Harmattan, 1997, p. 227.

14 Jonas Mekas, A Dance with Fred Astaire, New York, Anthology Editions, 2017.

Pour citer cet article

Jean-Marie Pradier, « Judith Malina, L’énorme désespoir – Journal d’août 1968 à avril 1969 (traduit de l’anglais – U.S.A. – par Fanette Vander . (The Enormous Despair, New York, Random House, 1972), Paris, L’Harmattan, Univers Théâtral, 2017, 243p. », L'ethnographie, 1 | 2019, mis en ligne le 02 septembre 2019, consulté le 22 novembre 2019. URL : https://revues.mshparisnord.fr/ethnographie/index.php?id=176

Jean-Marie Pradier

Professeur émérite de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (USR3258)