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L'Ethnographie

Érotisme et radicalisation

Entre asymbolie et déni érotique

Jean-Marie Pradier

Décembre 2020

Résumés

L’article explore l’hypothèse d’une relation directe entre la radicalité phallocentrée et les violences sexuelles faites aux femmes (Robin Morgan). Sans mésestimer la multi-factorialité du phénomène agressif, l’accent est mis sur le déficit érotique à l’origine des actes de violence dans les conflits idéologiques. L’érotisme est considéré ici comme épanouissement esthésiologique et cognitif de la dynamique sexuelle, biologique (Merleau-Ponty). L’investissement pulsionnel dans l’art et son effet retour dans le développement du Moi facilite l’ouverture à l’altérité. L’examen de la littérature relative aux causes du passage à l’acte délictueux met en évidence les difficultés de l’enquête psychologique notamment en ce qui concerne la sexualité des sujets. S’il s’avère que la déradicalisation relève de techniques particulières, en revanche il importe de considérer en amont le domaine de la prévention notamment par le recours de méthodes à médiation artistique.

The article explores the hypothesis of a direct relationship between phallocentric radicalism and sexual violence against women (Robin Morgan). Without underestimating the multi-factor analysis of the aggressive phenomenon, the focus is on the erotic deficit at the origin of acts of violence in ideological conflicts. Eroticism is considered here as an esthesiological and cognitive fulfillment of the sexual, biological dynamics (Merleau-Ponty). The sexual instinctual investment in art and its return effect in the development of the Ego facilitate the opening to otherness. A review of the literature on the psychology of radicalization and terrorism highlights the problems encountered in investigating, particularly with regard to the sexuality of the subjects. If it turns out that deradicalization is the result of particular techniques, it is important to consider the field of prevention beforehand, in particular through artistic mediation works.

Texte intégral

Si l’histoire sexuelle d’un homme donne la clef de sa vie, c’est parce que dans la sexualité de l’homme se projette sa manière d’être à l’égard du monde, c’est-à-dire à l’égard du temps et à l’égard des autres hommes. Maurice Merleau-Ponty1

1En 2001, année des quatre attentats-suicides islamistes perpétrés le 11 septembre aux États-Unis, Robin Morgan publia une nouvelle édition de son livre prémonitoire paru en 1989 : The Demon Lover: On the Sexuality of Terrorism2, devenu The Demon Lover: the Roots of Terrorism. Née en Floride en 1941, enfant actrice, militante féministe dès le début des années soixante, poète, romancière, essayiste, l’auteure s’était engagée dans la lutte pour la défense des droits civils et de la liberté affective et sexuelle, l’opposition à la guerre du Vietnam. Américaine, elle pouvait embrasser dans l’espace élargi du terrorisme aussi bien les va-t-en-guerre du Pentagone que les suprémacistes blancs, les fondamentalistes chrétiens, les homophobes et les néo-nazis, les antisémites, les anti-darwiniens et le pouvoir des multinationales. Au cours de ses nombreux voyages de par le monde Robin Morgan s’était forgé une opinion : le patriarcat est aux racines de la violence. Les arguments explicitement idéologiques ou religieux qui conduisent à la radicalisation ne font que masquer la domination sexuelle que les mâles exercent sur les femmes dans une fuite en avant vers le pouvoir.

2Ce n’est qu’après de longues années d’enquête que Robin Morgan avait publié The Demon Lover, en insistant sur le fait que, poétesse, elle n’était pas une spécialiste du terrorisme. Toutefois, elle avait été frappée de constater que les faits divers sanglants qui défrayaient la chronique aux États-Unis, les tueries dans les lycées et les attentats à la bombe, les lynchages et les assassinats de médecins favorables à l’avortement avaient essentiellement des hommes pour auteurs. Quant aux guerres, elles comportaient toutes des vagues déferlantes de viols et de sévices sexuels. Le terrorisme islamique à ses yeux – pour spectaculaire qu’il était – ne devait pas isoler la question sur un îlot de l’archipel du fanatisme : « Nous devons examiner les modèles interculturels qui forment le nœud central du terrorisme : l'intersection de la violence, de l'érotisme et de ce qui est considéré comme la "masculinité".3 » À l'échelle mondiale ou nationale, poursuit-elle, le programme des fondamentalistes se révèle interchangeables :

L'élément constant de l'extrémisme religieux à travers l'histoire est que les femmes sont la première cible. Pourquoi ? Parce que les femmes se trouvent à l'intersection politique, économique et psychologique des questions fondamentales de la société : la sexualité, la procréation et la structure familiale. Pour contrôler la population, vous devez contrôler le corps des femmes. À partir de là, on s'efforce de contrôler la sexualité de chacun : homophobie, mutilations génitales féminines, mariage arrangé, mariage d'enfants, purdah4, etc.5

3À cela s’ajoute le fantasme de la femme à l’insatiable sensualité, tentation permanente pour les hommes.

La violence phallique

4Au grand scandale des religieux de son temps, Charles Darwin précurseur de l’éthologie, notait dans The Descent of Man (1871) que l’espèce humaine s’apparentait aux autres mammifères par la sexualité – « cette fonction des plus importantes, la reproduction de l'espèce 6». Le naturaliste remarque qu’à la différence de certaines espèces animales où la femelle par son choix met un terme final à la compétition entre mâles, les hommes en quête de femmes se procurent fréquemment par la violence celles qui leur paraissent les plus attractives. Dans beaucoup de sociétés, écrit-il, l’infanticide a pour conséquence une pénurie de femmes, de telle sorte que les hommes ont tendance à s’emparer de filles parfois pré-pubères en vue de s’unir à elles. Il s’ensuit un véritable esclavage des femmes, souvent conquises par rapt dans des tribus étrangères.7

5La dimension sexuelle de la criminalité idéologique, religieuse, d’État ou singulière, a-t-elle été sous-estimée ? Les recherches historiques entreprises en particulier depuis ces dernières décennies corroborent ce qui relevait du propos militant, de la théorie académique ou de la psychologie clinique. Elles montrent que la sexualité accompagne le mouvement général de l’existence et s’inscrit en permanence dans les rapports de domination genrée, quel que soit leur espace d’exercice. Il est à présent reconnu que les violences sexuelles exercées sur les femmes – le viol en particulier – constituent une constante dans les périodes de conflit, les entreprises d’exploitation mercantiles des populations et de conquête coloniale. Qu’il s’agisse des guerres8, de l’esclavage9, de la colonisation10 ou du terrorisme11, des institutions religieuses12 ou politiques13, les femmes deviennent des proies pour les acteurs qui en grande majorité sont des hommes. Toutefois il serait erroné d’attribuer univoquement l’agression sexuelle physique et symbolique à des personnalités criminelles alors qu’elle peut être la conséquence du puritanisme. Dans l’examen de l’histoire européenne de la sexualité au XXe siècle, Dagmar Herzog remarque qu’en Allemagne au cours des années 1930 un certain nombre de protestants et de catholiques ont partagé l’idée que les Juifs étaient les principaux responsables de l’immoralité sexuelle qui prévalait dans la culture de la République de Weimar. C’est ainsi que plusieurs responsables religieux ne craignirent pas de soutenir les Nazis dans leur entreprise de répression de la dépravation publique, en fermant les bordels, les bars fréquentés par les lesbiennes et les homosexuels ainsi que les organisations nudistes14. À la différence des catholiques et protestants allemands qui espéraient du IIIe Reich qu’il serait l’entrepreneur d’un réarmement moral en faveur de la famille, les agences de renseignement américaines s’intéressaient à la sexualité d’Hitler. L’administration Roosevelt dès 1938, et l’Office of Strategic Services OSS des États-Unis en 1943, commandèrent des rapports en ce sens aux psychanalystes Henry A. Murray et Walter Charles Langer qui fut assisté par trois autres cliniciens. Sans se prononcer formellement sur les troubles sexuels du dictateur, dont une anaphrodisie ambivalente, une homosexualité refoulée et une éventuelle coprophilie, les auteurs s’accordèrent pour reconnaître en lui une personnalité psychopathique15. De nos jours, des femmes sont fouettées et lapidées au nom de la défense de la vertu.

Embarras notionnels

6Au prix d’une étrange confusion sémantique, la médiatisation du mot radicalisation a fait perdre de vue son amphibolie qui l’écartèle entre le mal et la perfection. Dérive lexicale qui étonnerait les philosophical radicals, le groupe de philosophes anglais éveillés par Jeremy Bentham (1748-1832), partisans de l’identification du bien et du bonheur16. Si de nos jours le mot radicalisation désigne une tension vers l’extrême, il ne dit rien de la nature de ce dernier. L’appel insatiable de la connaissance, le choix de la perfection, l’altruisme parachèvent la radicalisation d’un projet personnel. Le philosophe Paul Audi, estime que la radicalité fut le projet fondateur d’Edmund Husserl, suivi des phénoménologues qu’il inspira – Heidegger, Sartre, Levinas, Henry, Marion « vrais amants de l’absolu »17. La radicalisation, au motif d’un retour aux racines d’une doctrine, pourrait être la figure de la Réforme protestante qui au XVIe siècle est née de la volonté d’un retour aux sources du christianisme. La dilution du sens strict semble à présent brouiller les cartes comme dans le roman Radical de Tom Connan qui raconte l’histoire d’un jeune homme indécis, à l’homosexualité aussi gênée que son gauchisme ; pris dans la « radicalisation générale de la société », il verse avec son amant dans la rage du crypto-fascisme18.

7L’usage anhistorique de la notion de radicalisation, et la tendance médiatique à privilégier sa liaison avec l’Islam conduit historiens et philosophes à la remise en cause de sa pertinence. Jacob Rogozinski reproche à ses usagers de la rapporter à un contexte étroit, sans tenir compte de phénomènes historiques apparentés. Il rappelle que la conversion à une croyance fanatique n’est pas un accident nouveau19. La remarque est reprise par Farhad Khosrokhavar dans son ouvrage Radicalisation. Spécialiste de l’étude des djihadistes contemporains, ancien enseignant de sociologie à l’université Bu-Ali Sina d’Hamadan en Iran, il prend soin de replacer l’émergence des mouvements islamistes, dans le contexte international des radicalisations historiques et rappelle que le phénomène ne concerne pas exclusivement les pays musulmans ou les groupes extrémistes se réclamant de l’Islam en Occident ou ailleurs20. Cette évidence a conduit un programme européen pluridisciplinaire « axé sur la recherche de la prévalence, des contours, des fonctions et des impacts de l'extrémisme politique violent en ligne et des réponses à celui-ci21 » à récuser l’emploi des termes « terrorisme » et « radicalisation ».

8La psychologie de la radicalisation, parfois associée au terrorisme22, présente une grande abondance de publications. Une enquête de Bart Schuurman, chercheur au Centre international pour le contre-terrorisme ICCT de La Haye, aux Pays-Bas, témoigne de la fertilité de la recherche académique sur le terrorisme. Après avoir dépouillé 3442 articles publiés dans neuf revues spécialisées l’auteur souligne l’hétérogénéité des travaux, les faiblesses méthodologiques tout en notant une certaine amélioration dans le recueil et le traitement des données23. La recherche en ce domaine paraît biaisée par la culture des chercheurs, leurs orientations idéologiques et disciplinaires comme le souligne Fathali M. Moghaddam, directeur du programme interdisciplinaire en sciences cognitives de l’université Georgetown, aux États-Unis. D’origine iranienne, critique à l’égard de la psychologie américaine qu’il accuse de surestimer les traits individuels, il considère que le choix des personnes est profondément orienté par l’habitus collectif. Le concept de mutual radicalization24 qu’il propose dans une perspective psycho-sociologique met l’accent sur la réaction de renforcement des tensions entre groupes et nations.

9Dans leur étude empirique des configurations relationnelles de l’entrée en « djihadisme » de jeunes mineurs, les sociologues Laurent Bonelli et Fabien Carrié, retiennent le terme radicalité, préférable à celui de radicalisation25. Ils prennent soin de relever la synecdoque commune qui consiste à prendre l’islam pour le tout d’un phénomène infiniment plus large qui inclut l’ensemble des radicalités, et l’échec d’une culture éducative. Toutefois, il n’existe pas de définition satisfaisante de la « radicalité » dans la littérature clinique alors même que le vocabulaire commun fait usage de termes descriptifs : la psychorigidité, par exemple, attribuée aussi bien à une personne Asperger qu’à un têtu particulièrement obstiné ou perfectionniste. Plusieurs notions parcourent les écrits spécialisés, ainsi que leurs interprétations auxquelles s’ajoute la traduction de mots du vocabulaire psychanalytique tels que Verwerfung, Ablehnung, qui devenus « rejet » et « forclusion » (Lacan) mériteraient chacun de longs commentaires. Dans le cadre de cet article je me bornerai à remarquer que le flottement lexical est significatif de la difficulté d’analyser les causes du passage à l’acte et d’en extraire un « profil type » du radicalisé. La complexité des éléments incite à privilégier l’étude des cas individuels, leur biographie et leur intimité. Le mot radicalisation précise que la radicalité n’est pas une donnée abstraite, mais une construction, aboutissement factuel d’un processus. La radicalité est un état, une configuration mentale, et physique, un habitus émotionnel et sensoriel lentement constituée selon des conditions variables, à une époque donnée, et un contexte particulier. La radicalisation dénomme ce mouvement alluvionnaire, mieux compris aujourd’hui avec l’avancée des recherches en sciences humaines et du bios. Elle représente en conséquence l’élément essentiel sur lequel agir autrement que par des mesures coercitives et sécuritaires.

10La triade islamisme-djihadisme-terrorisme a engendré un « envoûtement médiatique » formant un « échosystème »26 dont les résonances conditionnent notre attention au point d’inciter à privilégier une fraction du problème – l’argument religieux. Alors que la terreur devient spectacle à voir et revoir à la télévision27, les réseaux sociaux participent au renforcement de la radicalisation mutuelle. En France, un ambitieux programme d’éducation morale et civique a été mis en œuvre dans toutes les classes de l'école au lycée à compter de la rentrée 2015. Les attentats et meurtres terroristes se revendiquant de l’Islam donnent lieu à des réponses cérémonielles publiques et à des interventions dans les milieux scolaires. Or, les actions ponctuelles, essentiellement verbales, menées par des enseignants sans formation particulière, ne peuvent compenser les programmes de prévention à long terme, pour des publics différenciés. Les incidents, parfois violents, répondent au travers pédagogique qui consiste à aborder les thèmes problématiques par le discours. Le raisonnement s’avère contre-productif lorsque qu’il ne passe par le corps, l’action et l’expérience sensorielle. Voilà plus de quatre-vingts ans, le microbiologiste et sociologue allemand d’origine russe Serge Tchakhotine (1883-1973), s’était inspiré des travaux du physiologiste Pavlov sur les réflexes conditionnels pour analyser les ressorts de la propagande nazie et de la contre-propagande que lui opposait le Front d’airain. Dans l’ouvrage intitulé le Viol des foules par la propagande politique28, il démontait les techniques d’emprise sur les personnes et les foules en mettant en évidence leur composante corporelle et émotionnelle. Certes, écrit-il, « la possibilité d’influencer les hommes, existait toujours, depuis que l’homme existe, parle et a des relations avec ses semblables », mais ce qui relevait jadis de l’art ou du simple savoir-faire « devient une science, qui peut calculer, prévoir et agir selon les règles contrôlables. »29 Le péril n’en devient que plus grand, si l’on ne prend pas soin de dresser des contre-feux à partir des mêmes connaissances. Tchakhotine remarque que la diversité des comportements humains est sous-tendue par des pulsions parmi lesquelles la sexualité, l’énergie libidinale, source de l’espèce – « conservation de la substance vivante »30. En 1952, reprenant le texte la première édition qu’il corrige et complète l’auteur passe en revue les nouvelles menaces qui mettent la paix en péril. Seule l’éducation est à même d’y répondre affirme-t-il en se référant au projet international de l’UNESCO et, en pédagogie aux initiatives qui envisagent l’apprentissage psycho-physique, sensoriel et performatif comme l’École Active d’Adolphe Ferrière. Depuis Tchakhotine l’expansion des travaux dans le domaine de la psycho-sociologie portant sur la persuasion sans contrainte31, les multiples études en sciences de l’éducation, les sciences cognitives et les nouvelles perspectives des études sur le spectacle vivant ont conforté la pertinence de la notion d’embodied cognition – l’inscription corporelle de l’esprit (Varela, 1993). En d’autres termes, le rapport que l’individu établit avec les grandes instances biologiques – sexualité, alimentation, activité motrice, sensorialité – ont une incidence directe sur l’imaginaire et la conscience. La cognition en tant qu’action inscrite dans un corps32 est à la fois individualisée et socialisée, influençable par l’environnement autant que par la conscience réfléchie.

Radicalisation désincarnée

11En dépit de l’hyper-masculinité du phénomène terroriste islamiste et du radicalisme, les rapports de recherche sur ses acteurs escamotent leur sexualité ou se bornent à de superficielles remarques. L’accent est mis sur l’examen du religieux, de telle sorte que l’investissement libidinal décrit se réduit à des épiphénomènes, sans entrer plus avant dans les racines des comportements. C’est ainsi que le rapport commandé par la Mission Droit et Justice (avril 2017) se borne à une synthèse sociologique :

La plupart des personnes interrogées ont contracté des relations engagées (cessation, selon leurs déclarations pour le moins, d’un butinage amoureux) à l’orée du passage à l’âge adulte et d’autant plus qu’ils embrassaient une vision rigoriste de l’islam. Ce qui s’est traduit par un mariage (religieux) dans le cadre d’une stricte endogamie à laquelle est sous-jacente la volonté de partager un même socle idéologique (Nacer s’est séparé de sa compagne à mesure que son rigorisme la contraignait), et par le fait que plusieurs d’entre eux ont dans cet élan rapidement eu des enfants (Michel, Ghassan, Ibra, Achir…).33

12Vision rigoriste de l’Islam ou asymbolie érotique ? Le contraste est flagrant avec les données des archives kurdes du Rojava et du gouvernement de la région autonome du Kurdistan d’Irak qui mentionnent les pratiques systématiques d’esclavage sexuel de l’État Islamique, l’asservissement des filles et des femmes yezidies et les marchés aux épouses ordonnancés par ses responsables militaires et religieux. Dans tous les cas, l’histoire des individus interrogés en France ne dit rien de leur évolution intime personnelle et du passage éventuel d’une sexualité ithyphallique brute – serait-elle socialisée – à l’érotisme, art d’aimer eutonique, et harmonie des plaisirs fondée sur l’égalité des partenaires.

Asymbolie érotique & érotisme

13Si l’hypothèse d’une dissonance sexuelle dans la radicalité est opérante, c’est bien en raison de la coalescence de l’esthétique et de la sexualité dans l’érotisme. Le propre de l’espèce humaine réside dans la tendance et la capacité d’élaborer du plaisir, de l’esthétique et de la connaissance à partir des potentialités fonctionnelles du corps. C’est ainsi que le comportement alimentaire garant de la survie des individus a donné naissance à la gastronomie et aux arts de la table, l’olfaction à l’invention des parfums, l’audition à la musique et à la danse, la vision aux spectacles, aux beaux-arts, la motricité à la virtuosité, etc. Dans la perspective de l’ethnoscénologie, l’érotisme ne se limite pas à la transfiguration esthétique, savante et hédonique de l’activité des genitalia, organes d’un comportement primaire déterminant qui assure la survie de l’espèce. La puissance de la pulsion sexuelle porte en elle l’offre d’une infinité d’exploration multi-sensorielle, émotionnelle, cognitive.

14L’histoire tortueuse de la sexualité34, semble se confondre avec celle du regard et de sa prééminence dans l’espèce humaine. En contradiction avec le mythe du processus de civilisation selon lequel l’évolution qualitative de la culture procède linéairement par étape vers le progrès, les vicissitudes de l’érotisme sont sous-tendues par les aléas de l’intégration esthésiologique et cognitive dans la dynamique sexuelle. La dissonance cognitive inhérente au couple sexualité/érotisme propre à Homo performans (Turner, 1986), animal visuel, se manifeste dans les multiples états de la vue manifestes dans le vocabulaire que leur ont dévolu les Grecs. La θεα théa– la vue – a donné le spectacle – le théâtre –, et l’intériorité de la connaissance – la théorie θεωρια. Pour Démosthène « la puissance de la parole est inférieure à celle de la vue οψις opsis. Le verbe σκοπειν skopein, regarder, est repris par Freud pour nommer le plaisir de dominer et de posséder l’autre par le regard – la scopophilie. Quant au voyeurisme et au candaulisme retenus en tant que perversions du regard par la psychiatrie, ils sont à présent faits de société tyranniques en raison de la multiplication des écrans, aux sources des radicalisations.

15Le psychiatre allemand Hubertus Tellenbach (1914-1994), avait fait œuvre de pionnier, selon Yves Pelicier, lorsque renversant la hiérarchie de la connaissance sensorielle il avait montré l’importance tout à fait considérable du sens oral : « olfaction, gustation et sensibilité de la muqueuse buccale constituent une sorte de matrice commune d’expériences liées au pôle oral du corps. » Il ajoutait en conclusion de son commentaire : « le goût est aussi gustation du monde, compréhension du monde. Le goût nous introduit sans la médiation obligatoire du langage et de la réflexion à un donné qui est pratiquement un sentir. »35 Le propos a été repris dans le concret par Jacques Puisais (1927-2020) fondateur de l’Institut Français du Goût, et maître d’œuvre des programmes d’éveil sensoriel pour les classes de primaire, créés en 1974. Le caractère exceptionnel d’une telle initiative est significatif des carences éducatives qui ne permettent pas un apprentissage du sensible qui, au fil du développement ontogénétique, faciliterait l’intégration des nouveautés biologiques et psychiques que nous rencontrons avec le temps.

16Tellenbach avait explicité sa démonstration en recourant à des exemples littéraires qu’il nous serait facile de poursuivre par la lecture des romans libertins du XVIIIe siècle dont la table amoureuse est particulièrement bien garnie36. Nourritures, boissons, caresses, parole, écoute, odeurs et esprit dans les deux sens du mot conduisent à l’état amoureux dont le psychanalyste Christian David assure qu’il s’enracine au plus profond du bios : « L’amour s’enracine dans le sol pulsionnel, il est tributaire du besoin sexuel, du dynamisme biologique de l’espèce, et il se forme d’abord à partir d’expériences préverbales et extra verbales. »37

17L’allusion au moment libertin du XVIIe siècle n’est pas fortuite, quand la radicalité, en ses poses contemporaines, peut être comprise par opposition à la piquante intelligence de ce mouvement dont Jacques Prévot expose fort bien l’hétérogénéité et les traits communs. Retenons tout d’abord que la pensée libertine ne doit pas être réduite au libertinage au sens que nous l’entendons à présent. L’antagonisme frappant entre le radicalisme et les libertins est l’attitude à l’égard de la volupté. Dans le climat religieux et politique du XVIIe siècle tourmenté, pour le libertin, selon Prévot « il s’agit d’être libre, et d’écrire librement sur tous les sujets qui relèvent de l’humain, seraient-ils officiellement déconseillés. (…) Le libertinage n’est pas dans les idées ; il est dans les audaces. Il n’est pas dans les réponses ; il est dans les questions. Et j’y vois un modèle pour tous les temps. »38 Partant, les philosophes et auteurs libertins n’excluent pas nécessairement les leçons du christianisme mais refusent la soumission à l’autorité traditionnelle. Ils se réfèrent à la Nature comme modèle et source d’inspiration, mettent cause le penchant à la crédulité. Estimant que l’ignorance source des maux principaux de la société doit être combattue, ils mettent l’accent sur l’éducation, y compris des filles. La jouissance des sens découle de ces principes. Le savoir-vivre libertin qui s’épanouit au siècle suivant revendique une esthétique érotique du quotidien, dans la liberté de parler, d’écrire et de jouir39.

Érotique de l’humour

18Dramatique ou poétique, l’humour est une figure récurrente de la littérature libertine. L’impertinence humoristique est une constante de la rébellion des esprits libres contre toute forme d’autoritarisme et de répression. Elle joue du sexe et de ses interdits par de multiples subterfuges qui, du double sens à l’image allusive, a la faculté d’éveiller l’imaginaire érotique sans contrevenir frontalement à la moralité dévote. « Jouant avec les codes, les idées reçues, les hiérarchies, faisant vaciller les valeurs dominantes et l’autorité́, l’humour fait moins œuvre de destitution que de “désinstitution” tous azimuts.40 » À l’ethos militant de l’ironie, il substitue un ethos libertaire, au jeu de massacre, la désacralisation. La vitalité d’un courant de caricaturistes inspirés qui s’est maintenu au temps du nazisme en Allemagne, a conforté les campagnes de contre-propagande menées par les partis politiques d’opposition. À la différence du « viol des foules » par la propagande hitlérienne, dessins, blagues et sketches incitent à la résilience par le burlesque en présentant le ridicule du Führer, son corps de pacotille et son sérieux de pantin halluciné41. Le petit rectangle de moustache au pied de son nez ainsi que son aile de corbeau capillaire tombant sur un œil sont devenus de par le monde une munition efficace à son encontre. En contrepartie de son efficacité, l’humour en exécrant sa cible ne peut s’enseigner à la façon d’une langue étrangère, au nom d’une liberté d’expression qui sera perçue par ses opposants comme liberté de blesser. L’éducation humoristique, à l’instar de l’éducation musicale, exige d’introduire au préalable à ses origines. La racine biologique du rire, déjà repérable chez les primates, le place parmi les universaux humains. En cela, il peut être cruel, agressif ou délicat, pénétrant et sagace. L’humour est un mouvement de l’intelligence.

19Esthétique idiolectale et culturelle, son élaboration et sa perception au sein d’une même société, se distribuent selon des codes à la fois implicites et explicites. Scolaire, il est attaché en France au genre noble de la comédie – plus que de la farce – qui selon l’adage, corrige les mœurs en faisant rire de leurs travers. Cette réduction a eu pour effet de conforter les codes sociaux qui le sous-tendent, et à restreindre le champ de l’humour proprement dit, la diversité subtile de ses formes et les bienfaits de l’encharnellement du rire. L’humour, de même que l’érotisme, a la capacité de s’instiller dans l’ensemble des instances de la vie personnelle et collective, les plus simples et les plus traumatisantes. Les bienfaits du rire sur la santé psychique et physique sont connus42. Apprendre à rire de soi, débusquer le dérisoire et le farfelu dans le sérieux et le cérémonieux est l’un des piliers de la sagesse43. Pour Freud, l’humour peut être considéré comme la manifestation la plus élevée des réactions de défense, destinées à empêcher l’éclosion du déplaisir. Équivalent psychique des réflexes de fuite, il s’avère nocif s’il n’est pas subordonné au contrôle du penser conscient44. L’art de l’humoriste, précisément, consiste à élaborer par le dessin, la parole et le geste ce jeu de l’intelligence qui ne s’acquiert que par l’exercice. Aussi devrait-il figurer au rang des matières académiques obligatoires, « non pour bredouiller des florilèges, mais pratiquer le trapèze mental, l’acrobatie, le jonglage et l’hédonisme 45».

Érotisme, esthétique sexuelle

20L’art, pensait le philosophe et critique d’art britannique Herbert Read (1893-1968) est « un phénomène organique, un processus biologique. Comme les fleurs et les fruits, le plumage et les chants, c’est un produit de la force vitale elle-même46 ». En ce sens, il n’est pas un exercice de sublimation de la libido freudienne, définie comme manifestation dynamique dans la vie psychique de la pulsion sexuelle. Read s’écarte de cette intellectualisation du bios en accordant à la sexualité son organicité, sa corporéité et en considérant la jouissance sensorielle de l’artiste. L’art tient à la capacité d’investir les instances fonctionnelles du vivant pour les porter à leur plus haut degré d’accomplissement, en les transformant en objet de plaisir et de conscience. Pour le psychanalyste Christian David, l’art est le langage « naturel » de l’amour : « Le chant, la musique, la danse, la poésie spontanée… tout amoureux est lyrique, Éros musicien. »47. Au plus près de la physicalité des sens, l’érotisme donne chair à l’imaginaire sans lequel la sensation se bornerait à être simple stimulation hédonique. La thèse de l’historien Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) selon laquelle l’art serait né de l’auto-contemplation des humains amoureux de leur corps n’est pas sans rejoindre l’idée que le spectacle vivant se fonde sur le plaisir de la perception de la chair de l’autre. Aussi, peut-on approcher la performance érotique du théâtre, tel que le définissait Jerzy Grotowski : « Le théâtre est un acte engendré par des réactions et des impulsions humaines, par des contacts entre personnes. C'est à la fois un acte biologique et spirituel. »48 Toutefois, si cet art affiche la primauté classique du visuel et de l’auditif, l’érotisme l’emporte sur le spectacle vivant où le regard, les sens, et l’empathie n’opèrent qu’à distance, tactilité absente.

21Est-ce aussi simple ? Pour le peintre, n’y-a-t-il pas un « regard du dedans », une théorie magique de la vision, quand « l’esprit sort par les yeux pour se promener dans les choses 49». Lorsque la promenade du regard a lieu dans les champs de corps platoniciens, les sens en éveil et l’esprit accueillant, il devient possible par gradation – lit-on dans le Banquet – d’aller de la vue « d'un seul beau corps à deux, puis à tous, passant des beaux corps aux belles conduites, ensuite des belles conduites aux belles sciences, pour aboutir finalement à partir de ces sciences, à cette science qui n'est autre que celle du beau intelligible, pour connaître enfin le beau tel qu'il est » (211d), indissociable du bien50. À moins que les humains éblouis par leur propre splendeur en viennent à créer des dieux à leur image, en ce que Michelet nomme un « circulus naturel » par lequel les peuples, en fabriquant leurs dieux se fabriquent eux-mêmes51.

22Bataille : « Je ne dis pas que l’érotisme est le plus important (…) l’érotisme est le problème des problèmes. En tant qu’il est animal érotique, l’homme est pour lui-même un problème. L’érotisme est en nous la part problématique. »52

Pour une écologie de l’érotisme

23L’asymbolie dont parle cet article – asymbolie érotique, asymbolie naturaliste – est cette cécité psychique, cette surdité aux conseils du monde naturel – végétal, animal, humain – dénoncé par l’artiste brésilien d’origine polonaise Frans Krajcberg dont on pouvait lire sur les murs du Musée de l’Homme quelques éléments de son Nouveau Manifeste du Naturaliste Intégral. Artiste visuel, il embrasse dans le mot regard les sens en leur unité systémique :

L’univers naturel est un réservoir illimité d’espèces et de formes animales et végétales. Le regard sur l’objet ou l’être de nature est un acte artistique, car l’art de voir est en soi créatif : il s’apprend, se pratique, se cultive et se transmet.

24La guerre, les exploits guerriers et terroristes sont essentiellement histoire de mâles. Il y a dans la masculinité terroriste ou guerrière l’esprit de meute et son érotique qui ensemence les passions folles. L’Iphigénie, dans la pièce éponyme du dramaturge Jean-René Lemoine, se souvient d’Électre qui la mettait en garde contre la tentation de l’épique sous lequel se dissimule la cruauté. Le beau Patrocle avait raconté à la jeune fille les guerres qu’Achille avait faites et lui louait sa détermination :

Électre allait chercher le pain. Elle nous regardait sans rien dire. Plus tard, elle m’a dit de ne pas me laisser envoûter par ces démons. Elle a dit qu’ils étaient peu recommandables, que toute l’armée grecque n’était qu’un grand bordel. Électre, que dis-tu ? « Un grand bordel », elle a dit, « ils n’ont pas besoin de nous. C’est pour ça qu’ils veulent faire la guerre, pour rester seuls, pour pouvoir s’aimer, seuls, c’est plus facile ; tu sais, la sueur, l’odeur des pieds sales dans les tentes ; avant l’assaut, ils dorment par terre à trois ou quatre sous une couverture, ils se… » Électre, Électre, tais-toi, je ne peux pas t’écouter. « Et quand ils prennent une ville, ils la mettent à feu et à sang. Ils violent les femmes. C’est comme ça seulement qu’ils peuvent prendre une femme. Sinon ils ont peur. Ils doivent souiller, pénétrer, déchirer. Ils me dégoûtent. »53

25Un croquis n’est pas un tableau. Cet article n’est pas un traité. L’intuition de Robin Morgan sur l’enracinement ithyphallique du terrorisme doit se poursuivre en observant les actrices qui, parfois, choisissent d’adhérer à une violence qui les répriment. La mort est-elle préférable à l’émancipation ? Le corps coupable d’être femme cherche-t-il le salut par l’effacement de l’Éros ? Questions multiples qui ne peut se contenter d’un seul mode d’approche, comme l’ont tenté certains chercheurs dans une démarche duale transitionnelle, à poursuivre54.

Notes

1 Merleau-Ponty Maurice, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 1945, p. 185.

2 Morgan Robin, The Demon Lover: On the Sexuality of Terrorism, New York, WW Norton & Co,1989.

3 Morgan Robin, The Roots of Terrorism, New York, Washington Square Press, 2001 (2000), p. xiii.

4 Purdah ou Pardaa (en ourdou et hindi signifie littéralement « rideau ») désigne une pratique empêchant les hommes de voir les femmes, par ségrégation des sexes ou en les voilant.

5 Op. cit., p. xix.

6 Darwin Charles, The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, New edition, revised and augmented, New York, D. Appleton and Company, 1897, p. 8.

7 Op.cit., p. 593-595.

8 Phelan Alexandra (ed.), Terrorism Gender and Women: Toward an Integrated Research Agenda, London, New York, Routledge, 2020 — Dawn Askin Kelly, War Crimes Against Women: Prosecution in International War Crimes Tribunals, Leyde, Martinus Nijhoff Publishers, 1997 — Herzog Dagmar (dir.), Brutality and Desire: War and Sexuality in Europe's Twentieth Century, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2008.

9 Campbell Gwyn and Elbourne Elizabeth, Sex, Power, and Slavery, Athens, OH, Ohio University Press, 2014 — Smithers Gregory, Sex, Violence, and Memory in African American History, Gainesville, University of Florida Press, 2013.

10 Boëtsch Gilles, Bancel Nicolas, Pascal Blanchard & al. (dir.), Sexualités, identités & corps colonisés, Paris, Éditions CNRS, 2019.

11 Attah Christiana E., “Boko Haram and sexual terrorism: The conspiracy of silence of the Nigerian anti-terrorism laws”, African Human Rights Law Journal, vol. 6, n°2, 2016, pp. 385-406 Mason Carol, “Perpetual States of Emergency: The Sexuality of Terrorism in Middle America”, Feminist Formations, vol. 25, n°2, 2013, pp. 153–173.

12 Endsjø Dag Øistein, Sex and Religion: Teachings and Taboos in the History of World Faiths, London, Reaktion Books, 2011 — Brown Douglas Kelly, Sexuality and the Black Church: A Womanist Perspective, Ossining, Orbis Books, 1999.

13 Delphy Ch. (coord.), Un troussage de domestique, Paris, Éditions Syllepse, 2011 — Dubois Christophe, Deloire Christophe, Sexus Politicus, Paris, J'ai lu. 2008.

14 Herzog Dagmar, Sexuality in Europe: A Twentieth Century History, Cambridge, Cambridge University Press, 2011, p. 67-74.

15 Langer Walter C., The Mind of Adolf Hitler. The Secret Wartime Report, Basic Book, 1972. Le rapport Murray (Octobre 1943) est accessible en ligne sur le site de la Cornell Law School Library.

16 Halévy Elie, La formation du Radicalisme philosophique, Paris, Alcan, 1901-1904 (trois tomes).

17 Audi Paul, L’Irréductible. Essai sur la radicalité en phénoménologie, Paris, Hermann, coll. « Le bel aujourd’hui », 2020.

18 Connan Tom, Radical, Paris, Albin Michel, 2020.

19 Rogozinski Jacob, Djihadisme : le retour du sacrifice, Desclée de Brouwer, 2017.

20 Khosrokhavar Farhad, Radicalisation, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2014, p. 21.

21 Traduction personnelle. 7ème programme-cadre de la commission européenne pour la recherche et l’innovation (2014-2020). The VOX-Pol Network of Excellence (NoE), is a European Union Framework Programme 7 (FP7).

22 Koomen Willem, Van Der Pligt Joop, The Psychology of Radicalization and Terrorism, New York, London, Routledge 2016.

23 Schuurman Bart, “Research on Terrorism, 2007–2016: A Review of Data, Methods, and Authorship”, Terrorism and Political Violence, vol. 32, n°5, 2018, p. 1011-1026.

24 Moghaddam Fathali M., Mutual Radicalization: How Groups and Nations Drive Each Other to Extremes, Washington D.C., American Psychological Association, 2018.

25 Bonelli Laurent et Carrié Fabien, La Fabrique de la radicalité. Une sociologie des jeunes djihadistes français. Paris, Seuil, 2018.

26 Citton Yves, Pour une écologie de l’attention, Paris, Éditions du Seuil, 2014.

27 Dayan Daniel, (dir.), La terreur spectacle. Terrorisme et télévision, Bruxelles, De Boeck Supérieur, 2006.

28 Tchakhotine Serge, Le viol des foules par la propagande politique, Paris, Gallimard, NRF, 1939. Censuré sur épreuves par Georges Bonnet, ministre des Affaires Étrangères, saisi par la police française deux mois après sa parution, détruit par les Allemands en 1940, le livre fut réédité en 1952.

29 Ibidem, p. 54.

30 Id, p. 85.

31 Voir l’exposé panoramique des travaux : Joule Robert-Vincent et Beauvois Jean-Léon, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens. Nouvelle version, Grenoble, Presses Universitaires des Grenoble, 2014.

32 Voir la notion d’énaction dans Varela Francisco, Thompson Evan, Rosch Eleanor, L’inscription corporelle de l’esprit. Sciences cognitives et expérience humaine, Paris, Seuil, coll. « Points », 1993, p. 339-351.

33 Crettiez Xavier et Sèze Romain (dir.), Saisir les mécanismes de la radicalisation violente : pour une analyse processuelle et biographique des engagements violents, Rapport de recherche pour la Mission de recherche Droit et Justice, 2017, p. 64.

34 Laqueur Thomas W., La fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 1992 (1990).

35 Pélicier Yves, « Pour l’atmosphérique », dans Hubertus Tellenbach (dir.), Goût et Atmosphère, Paris, Presses Universitaires de France, 1983. p. 7-8.

36 Safran Serge, L'Amour gourmand, libertinage gastronomique au XVIIIe siècle, Paris, La Musardine, coll. « L’Attrape-corps », 2009 (2000).

37 David Christian, L’état amoureux, Paris, Petite Blibliothèque Payot, 1971, p. 202.

38 Prévot Jacques, Redouelle Thierry et Wolff Étienne (éd.), « Introduction », Libertins du XVIIe siècle. Tome 1, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1998. p. lviii-lix.

39 Delon Michel, Le savoir-vivre libertin, Paris, Hachette pluriel, 2015.

40 Jaubert Anna, « L’humour comme figure. Pour une pragmatique du champ figural », dans Le sens de l’humour. Style, genres, contextes, Louvain, Academia-L’Harmattan, 2018, p.57.

41 Hillenbrand Fritz Karl Michael, Underground Humour In Nazi Germany, 1933-1945, London, New York, 1994.

42 Pour une présentation générale voir : Anaut Marie, L'Humour, entre le rire et les larmes : Traumatismes et résilience, Paris, Odile Jacob, 2014.

43 Pradier Jean-Marie, « l’humour ou les quatre piliers de la sagesse », Le français dans le monde. Recherches et applications, n°spécial : « Humour et enseignement des langues », 2002, p. 54-63.

44 Freud Sigmund, Cinq leçons sur la psychanalyse, Paris, Payot, 1953, p. 272.

45 Pradier, Op. cit., p. 63.

46 Read Herbert, La philosophie de l’art moderne, Paris, Sylvie Messinger, 1988, p. 73.

47 David Christian, Op. cit., p. 203.

48 Grotowski Jerzy, « Le théâtre est une rencontre », entretien avec Naim Kattan, publié dans Arts et Lettres, Le Devoir, 1967, repris dans Vers un théâtre pauvre, Lausanne, La Cité, 1971 (1968), p. 56.

49 Merleau-Ponty Maurice, L’Œil et l’Esprit, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », 1985. p. 28.

50 Mattéi Jean-François, « Chapitre X. Éros : Le mythe de l'amour », Platon et le miroir du mythe. De l’âge d’or à l’Atlantide, Jean-François Mattéi (dir.), Presses Universitaires de France, 2002, p. 283-306.

51 Michaud Éric, Les invasions barbares – Une généalogie de l’histoire de l’art, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 2015, p. 95.

52 Bataille Georges, L’Érotisme, Paris, les Éditions de minuit, coll. « Arguments », 1957, p. 303.

53 Lemoine Jean-René, Iphigénie – suivi de In mémoriam, Besançon, les Solitaires intempestifs, 2012, p. 19-20.

54 Exemple donné par Benslama Fethi et Khorokhavar Farhad, Le jihadisme des femmes. Pourquoi ont-elles choisi Daech ?, Paris, Seuil, 2017.

Pour citer cet article

Jean-Marie Pradier, « Érotisme et radicalisation », L'ethnographie, 3-4 | 2020, mis en ligne le 21 décembre 2020, consulté le 07 mars 2021. URL : https://revues.mshparisnord.fr/ethnographie/index.php?id=784

Jean-Marie Pradier

Jean-Marie PRADIER, né en 1939 à Marrakech. Professeur Émérite de l’Université Paris 8. Docteur de 3e cycle en psychologie (1969) ; docteur ès lettres (1980). Membre associé à Scènes du monde, création, savoirs critiques (EA1573) et de la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (USR3258 CNRS UP8 USPN). Après des recherches dans le Kurdistan d’Irak a été en poste à l’université d’Istanbul, à Montevideo, puis à Rabat. À participé à la fondation par E. Barba de l’International School of Theatre Anthropology (ISTA). À l’université de Paris 8 crée le Laboratoire interdisciplinaire des pratiques spectaculaires (LIPS) en 1990, prémisses de l’ethnoscénologie en 1995. Recherche actuelle : processus de récupération fonctionnelle en milieu hospitalier des patients frappés par un accident vasculaire cérébral AVC, en contexte multi-culturel. Auteur de nombreuses publications.