La liste des vingt-sept rires de Qi Rushan, recontextualisation et mise au point

  • Qi Rushan’s list of twenty-seven laughters, recontextualization and clarification

DOI : 10.56698/ethnographie.1661

Abstracts

En 1935, la publication d’une liste de vingt-sept rires dans l’opéra de Pékin par Qi Rushan (1876-1962), théoricien et dramaturge, va générer en Occident un malentendu, laissant penser qu’il existe un nombre précis de façons de rire dans le théâtre chanté chinois. Une étude de terrain auprès d’acteurs à Pékin a permis de montrer que ce n’est pas le cas et que, malgré l’existence de certains modèles, les techniques sont modulables. L’édition de cette liste a une vocation promotionnelle vis-à-vis l’Occident, présentant un style théâtral précisément structuré et scientifique, à une époque où la jeune république chinoise tente, à travers les qualités de sa culture, de valoriser son statut sur la scène internationale. Cet article sera également l’occasion de présenter les récents débats académiques en Chine autour de la figure de Qi Rushan.

In 1935, the publication of a list of twenty-seven laughters in Peking opera by Qi Rushan (1876-1962), a theorician and playwright, led to a misunderstanding in the West, suggesting that there is a precise number of ways of laughing in chinese sung theater. A field study with actors in Beijing showed that it is not the case and that, despite the existence of certain patterns, techniques are flexible. The publication of this list is intended for promotional purposes in the West, presenting a precisely structured and scientific theatrical style, as a time when the young Chinese republic is attempting, through the qualities of its culture, to enhance its standing on the international stage. This article will also present recent academic debates in China surrounding the figure of Qi Rushan.

Outline

Text

En 1935, le dramaturge et théoricien Qi Rushan 齊如山 (18761-1962) publie LArt de Mei Lanfang2, ouvrage dont les onze premières pages sont consacrées à une présentation des rires du Jingju 京劇 (Opéra de Pékin3) sous forme de classification. La conception de cet ouvrage est liée au voyage de Mei Lanfang4 à Moscou en mars 1935. Qi Rushan explique en avant-propos que :

Cet ouvrage est spécialement conçu pour le voyage de Mei Lanfang en Europe. Sa vocation est promotionnelle pour l’étranger et c’est pour cela qu’aux yeux de nos compatriotes il pourra paraître parfois incomplet ou impropre5. (此書專為梅蘭芳往歐洲演戲,對外宣傳之用,故以國人眼光觀之,有詳略失當之處)

Il explique également en conclusion que la liste des rires n’est pas exhaustive et qu’elle n’a pas de vocation pédagogique6. Ce document va susciter l’intérêt de sinologues américains et européens dont certains vont comptabiliser les rires répertoriés, au nombre de vingt-sept, et déduire qu’il existe un nombre précis de façons de rire dans le théâtre chanté chinois, générant ainsi un malentendu. Ce document fut le point de départ de nos recherches doctorales. Un séjour (1992-1993) au National Academy of Chinese Theatre Arts (NACTA) (Zhongguo xiqu xueyuan 中國戲曲學院) de Beijing nous a permis de collecter des témoignages d’acteurs à propos de la représentation du rire dans le Jingju. Une confrontation des sources montre que la liste de Qi Rushan ne reflète pas exactement la réalité du terrain, qu’il n’existe pas un nombre précis de modèles de rires et que la démarche de Qi Rushan est à replacer dans son contexte historique.

Qi Rushan re-publiera à deux reprises la liste des rires au sein d’autres ouvrages après son départ pour Taïwan en 1949. Ce document étaie sa théorie selon laquelle « tous les sons doivent être chantés7 », Qi insistant sur le fait que les techniques vocales sont soumises à des règles précises8. Les rires entretiennent effectivement un rapport avec le chant : « Ils relèvent de la gestuelle mais sont exécutés à l’aide du chant9 », ce qui ne signifie pas qu’ils soient chantés, mais ils mobilisent des techniques vocales proches de celles du chant.

Les rires de la liste sont les suivants : le rire franc (zhengxiao 正笑), le rire froid (lengxiao 冷笑), le rire de colère (qixiao 氣笑), le rire intentionnel (guxiao 故笑), le rire forcé (qiangxiao 強笑), le rire orgueilleux (jiaoxiao 驕笑), le rire frénétique (kuangxiao 狂笑), le rire faux (jiaxiao 假笑), le rire feint (yangxiao 佯笑), le rire jaloux (duxiao 妒笑), le rire de surprise (jingxiao 驚笑), le rire figé (jiangxiao 僵笑), le rire stupide (shaxiao 傻笑), le rire ahuri (daixiao 呆笑) le rire de peur (juxiao 懼笑), le rire flagorneur (chanxiao 諂笑), le sourire séducteur10 (meixiao 媚笑), le sourire timide (xiuxiao 羞笑), le rire félon (jianxiao 奸笑), le rire sournois (yinxiao 陰笑), le rire pleuré (kuxiao 哭笑), le rire amer (kuxiao 苦笑), le rire moqueur (jixiao 譏笑), le rire gracieux (qianxiao 倩笑), le rire fou (fengxiao 瘋笑), le rire fâché (chenxiao 嗔笑) et le grand rire (daxiao 大笑). Chaque item est décrit psychologiquement et techniquement, accompagné d’un exemple sans que celui-ci ne soit détaillé.

Une période de confrontation et de comparaison avec l’Occident

La démarche de Qi Rushan ne peut se comprendre en dehors de son contexte historique et du rapport entre Chine et Occident qui constitue la toile de fond de cette époque, notion incluant l’humiliation des guerres de l’opium au XIXe siècle, l’introduction de la culture occidentale (sciences, arts, philosophie, démocratie) et un défi de modernisation à relever pour la jeune république chinoise11. Les premières décennies du XXe siècle connaissent de vifs débats autour de l’attitude à adopter vis-à-vis de la culture occidentale. Certains intellectuels prônent une occidentalisation totale (quanpan xihua 全盤西化) en rejetant la tradition chinoise perçue comme coupable d’arriération ; contre ces attaques, les conservateurs néo-confucéens (xinruxue 新儒學) considèrent que la tradition chinoise est munie d’outils pertinents et préconisent un emprunt partiel et ciblé des théories occidentales. « Grand admirateur des régimes forts, Chiang Kai-shek s’efforce d’imiter leurs méthodes de propagande et de diffuser un « confucianisme » remis au goût du jour12 ». Sous la houlette du parti nationaliste (Guomindang 國民黨) est lancé en 1934 le « mouvement pour l’édification d’une culture chinoise ancrée dans ses propres racines (Zhongguo benwei wenhua jianshe yundong 中國本位文化建設運動) ». Les houleux débats qui traversent cette époque traduisent une quête identitaire13. Le cas de Qi Rushan, utilisant la théorie et la création théâtrales comme vecteurs d’une valorisation culturelle et nationale, en offre une illustration.

Né dans une famille de lettrés, il fait des études de langue (allemand et français) puis travaille dans le monde des affaires14. En 1908 et 1911, il va deux fois à Paris pour le compte dune société de négoce de pâtés de soja. Il s’y rend une troisième fois en 1913 pour accompagner une délégation d’étudiants chinois dans le cadre du mouvement travail-études15. Il profite de ces séjours pour voyager en Europe (de 1908 à 1913) où il assiste à des représentations théâtrales. Son intérêt pour le Jingju s’éveille à son retour, époque où il rencontre Mei Lanfang avec qui il collaborera durant vingt ans. Leur relation est d’abord épistolaire. Qi écrit à Mei au sujet de son interprétation de la pièce L’Embouchure de la Fen16 qu’il estime manquer de cohérence : Mei incarne une femme qui retrouve son époux après dix-huit ans d’absence et, alors que le mari chante, l’épouse se tient statique à ses côtés sans aucune expression. Qi va encourager Mei à davantage incarner son personnage afin de rendre la scène crédible. L’absence de jeu de la part de Mei dans cette scène s’explique par deux raisons : d’une part, elle relève d’un stéréotype comportemental conforme à une étiquette contraignant le corps féminin :

L’étiquette exigeait autrefois des femmes qu’elles ne regardent pas en biais et qu’elles rient sans montrer leurs dents ; même leurs doigts ne devaient pas dépasser de leurs manches. Marcher à pas rapides leur était aussi interdit. Elles devaient être calmes et posées. Ainsi, autrefois, au théâtre, que ce soit en position assise, debout ou en marchant, les rôles féminins devaient avoir une main cachant leur torse et leur ventre tandis que l’autre main pendait le long du corps. Evoluant toujours avec lenteur, elles gardaient invariablement cette position. Le public les appelait vulgairement « les dan (rôles féminins) qui se tiennent le ventre »17

D’autre part, bien que certains acteurs revendiquent le fait que le moindre figurant doive faire preuve de présence sur scène, force est de constater que, lors de passages chantés, les protagonistes présents sur scène sont souvent statiques. Qi Rushan, marqué par le vérisme du théâtre occidental, va privilégier la vraisemblance de l’intrigue18. Lui et d’autres hommes de théâtre formant le cercle damis dont s’entoure Mei puisent dans la théorie de Stanislavski des arguments visant à convaincre Mei de renforcer son jeu à travers des expressions du visage19.

La confrontation avec le théâtre occidental introduit en Chine au début du XXe siècle impulse un courant de réforme du théâtre chanté chinois sous le nom de « mouvement pour l’amélioration du Jingju (Jingju gailiang yundong 京劇改良運動) ». L’enjeu est de le moderniser à travers des pièces jouées en costumes contemporains, de le débarrasser de ses oripeaux en interdisant des pièces dites obscènes, de rehausser le statut des acteurs et d’assainir certaines mœurs du milieu. Qi Rushan participe à ce mouvement en adaptant quelques pièces en costumes contemporains20. Sa contribution au renouveau ne se conjugue cependant pas avec un rejet de la tradition. Il va au contraire puiser son inspiration dans l’antiquité chinoise pour la création de danses et de costumes pour Mei Lanfang21. Il donne à ces nouveaux éléments des noms tirés de documents anciens, créant des liens de parenté leur conférant ainsi une légitimité au sein d’une tradition créée de toute pièce22. Il organise pour Mei une tournée aux USA en 1929 et ces nouveaux spectacles à l’ancienne, présentés comme du Jingju authentique, remportent un immense succès. Les intrigues, essentiellement inspirées de la mythologie chinoise sont simples et faciles à comprendre. Une documentation didactique est prévue à cette occasion pour le public américain23. Qi Rushan publie pour cette tournée La structure du théâtre chinois (Zhongguoju zhi zuzhi 中國劇之組織), où il inventorie les composantes du Jingju24. Il œuvre ardemment à la revalorisation de cet art qu’il érige dans les années 1930 au rang d’opéra national (guoju 國劇). Les premières décennies républicaines, dans un effort de construction identitaire, voient la floraison de termes où l’épithète « national » est accolée à des domaines culturels, comme la langue nationale (guoyu 國語) ou l’hymne national (guoge 國歌). Des termes anciens sont remis en valeur, tels « peinture nationale (guohua 國畫) » pour désigner la peinture traditionnelle chinoise ou « étude de la culture nationale (guoxue 國學) » qui devient relatif à « l’étude de l’Occident (xixue 西學) ». Fleuron de la culture chinoise, l’opéra national va être utilisé par Qi Rushan pour susciter de ladmiration envers la Chine et sa tradition millénaire et ainsi valoriser la position de la Chine sur la scène internationale25. La figure féminine évoquée par Mei symboliserait la posture de la Chine dans l’arène internationale incarnant le raffinement et la sophistication face à la virilité des nations fortes26. Cinq ans après la tournée américaine, Mei est invité à Moscou. Qi n’est pas du voyage mais sa production éditoriale est prolifique à travers la rédaction de plusieurs ouvrages dans lesquels il poursuit son travail de recensement des éléments de gestuelle (dont la classification des rires), des instruments et des costumes. Ce travail de recensement est sans précédent dans la théorie théâtrale chinoise27. La tradition chinoise est certes encline à l’art de la liste28 mais la démarche de Qi s’inscrit semble-t-il davantage dans une démarche scientifique inspirée de l’Occident, dont la particularité est, comme l’explique en 1905 l’historien Wang Guowei王國維 (1877-1927), d’exceller dans l’abstraction et la classification29. L’approche théoricienne de Qi est globalement dominée par la technicité du Jingju à travers la question des modèles de jeu, insistant sur le fait que cet art est soumis à des « règles strictes (Yange guiding嚴格規定) », formule qu’il emploie notamment pour les rires. Il utilise également le terme de « convention (chengshi程式) », étant aujourd’hui le terme officiel dans la profession pour désigner les modèles de jeu :

Le sens initial de chengshi est une règle, une norme, une convention, un modèle standard, une prescription qui fait loi. Une représentation de Jingju suit certaines conventions techniques. La scène interdisant toute forme de naturalisme, les éléments du quotidien doivent, selon ce principe esthétique cardinal, être essentialisés, synthétisés, exagérés, embellis. Toutes formes modélisées (taozi30) utilisées dans la musique du Jingju, qu’elle soit mélodie rythmée (banshi31), timbre (qupai32) ou phrases de percussion, dans les formes parlées, qu’elles soient en parler de Pékin ou psalmodies, dans la gestuelle, les mouvements des mains, la façon de marcher, les postures et mouvements martiaux, les combats et l’acrobatie, ainsi que dans l’expression des émotions (bonheur, colère, tristesse, joie), ou des sentiments à travers les pleurs, les rires, la surprise ou les soupirs, toutes sont une version modélisée de la voix parlée, des sons naturels, des sentiments et des gestes de la vie. Enlever ce processus de modélisation, c’est supprimer la raison d’être de l’art du Jingju33.

Ce terme commence à être employé comme marque de fabrique du théâtre chanté chinois par deux hommes de théâtre ayant séjourné aux USA, Yu Shangyuan 余上沅 (1897-1970) et Zhao Taimou 趙太侔 (1898-1968) dans les années 1920, époque où « le vieux théâtre » subit des critiques de la part d’intellectuels progressistes34. Les conventions techniques sont alors perçues comme élément distinctif d’un théâtre non-réaliste le différenciant du théâtre occidental. C’est ainsi la confrontation comparative avec l’Occident qui permet une prise de conscience des spécificités de l’art théâtral chinois. L’art de l’acteur chinois relève, à l’instar de la peinture à l’encre, de l’évocation, de la suggestion (xieyi 寫意, littéralement « qui décrit l’idée »), contrairement aux arts visuels occidentaux qui sont une « description du réel (xieshi 寫實) ». Cette distinction sinscrit dans un contexte comparatif, et Qi, pionnier du théâtre comparé, fait de ce concept la cheville ouvrière de sa pensée théorique, le non-réalisme étant l’élément central de l’esthétisme de l’opéra national35. « Rien ne doit être réaliste, et donc, pour tout il existe des règles36 ». Il voit dans celles-ci une dimension scientifique qu’il fait remonter aux origines du théâtre à l’époque Song37 (960-1279). Concernant les techniques de rires, il cite un document ancien qui lui fut donné au début du XXe siècle par un acteur nommé Sheng Qingyu 勝慶玉 (s.d.) qui l’avait acquis lorsqu’il était élève à la résidence du prince impérial. Ce document est une feuille de papier où sont rédigées seize phrases prescrivant des techniques vocales propres à chaque type de rôle38. Certains sinogrammes étant devenus illisibles, Qi en reconstitue le contenu avec l’aide de l’acteur. Ces anciennes préconisations en matière de rire constituent un « précieux trésor ayant résisté au temps, […] comment ne pas voir la nature scientifique de ces règles39 ? ». Le contenu de ce document est présenté en introduction de la liste (dans la première édition de 1935). La valorisation du Jingju repose ainsi sur une comparaison avec l’Occident par la mise en exergue des normes scientifiques d’une pratique théâtrale ancrée dans des traditions anciennes. Le mot science, kexue 科學, est introduit dans le vocable chinois, venu de l’Occident via une traduction japonaise à partir des années 190040 et l’époque voue une « vénération à la science41 ».

Certains intellectuels chinois du début du XXe siècle […] s’efforcèrent de retrouver dans le très riche héritage de la civilisation chinoise certaines traditions négligées qui présentaient des analogies avec les traditions occidentales (littérature populaire, théâtre, sophistique, logique, métaphysique bouddhique…)42.

Un phénomène similaire de valorisation par comparaison s’observe dans le domaine de la peinture à la fin de la décennie 1910 avec une relégitimisation de la peinture chinoise traditionnelle alors concurrencée par l’art occidental enseigné en Chine selon le modèle éducatif japonais43. De type non-réaliste (xieyi), elle se situe donc à un stade évolutif plus avancé que la peinture européenne qui n’aborde l’abstraction que tardivement44. Ces approches comparatives et concurrentielles s’inscrivent dans le sillage des hiérarchies culturelles établies par les théories évolutionnistes européennes durant la seconde moitié du XIXe siècle.

La réception de la liste : l’histoire d’un malentendu

L’association avec Mei Lanfang, devenu star internationale, bénéficie à la notoriété de Qi Rushan. L’art de Mei Lanfang où est publiée la liste des rires est traduit en anglais peu après45. Ses divers recensements deviennent une référence pour les études théâtrales. Notons cependant que parmi les ouvrages présentant les rires de sa liste, aucun auteur ne mentionne le nom de Qi Rushan comme source. Cécilia S.L. Zung (1903-1978) publie en 1937 à New York Secrets of Chinese Drama et cite vingt rires (dont les noms sont les mêmes que ceux listés par Qi) : « As to laughing and smiling, there are the following twenty kinds…46 ». Pour des raisons inconnues, sept noms de rires sont omis, dont certains sont pourtant courants dans la profession, tels le rire amer (kuxiao 苦笑) et le rire sournois (yinxiao 陰笑). Jacques Pimpaneau mentionne les vingt-sept rires de l’opéra de Pékin, prenant soin de préciser « différents suivant les circonstances et le type du personnage47 ». Il cite également :

Soixante-douze mouvements de manches aquatiques…vingt-quatre entrées différentes avec un choix de quarante mélodies pour les accompagner… trente-six sorties de scène… Le théâtre chinois est sans doute le seul où chaque mouvement porte un nom et où les variantes d’un même geste suivant les types de personnage soient définies avec une telle précision48.

Les rires de la liste de Qi sont également cités par Roger Darrobers49 ainsi que par Xu Chengbei dans un ouvrage en langue chinoise50. Le nom de Qi n’est toujours pas cité mais des noms de rire qu’il a créés (non-employés par la profession) ainsi que l’ordre des rires dans la liste la rendent aisément reconnaissable. Bien qu’il n’ait jamais soutenu l’existence de vingt-sept façons de rire, la liste, et plus largement les recensements de Qi Rushan, génèrent un malentendu quant à l’existence d’une quantification de techniques précises portant chacune un nom auquel les praticiens auraient recours. Qi quantifie par ailleurs une centaine de façons de tousser51, ce qui est probablement la source d’une remarque citée dans un ouvrage français de sémiologie théâtrale : « Le public chinois connaît-il les codes pour déchiffrer les trois-cents manières de tousser dont sont si fiers les acteurs de l’Opéra de Pékin52 ? ». Les acteurs interrogés réfutent l’existence d’autant de techniques de toux. « Il n’en existe que quelques sortes53 » et, comme pour les rires, aucun chiffre officiel ne vient régir la pratique théâtrale. Notons cependant que parmi les acteurs interviewés à Pékin en 1993, Chen Guoqing 陳國慶 (spécialisé dans les rôles d’hommes âgés laosheng) fit lors d’un colloque tenu à Pékin le 22 mai 201554 une communication intitulée Les attraits de l’art du rire dans le jeu scénique du Jingju (Jingju biaoyan zhong xiao de yishu meili京劇表演中的藝術魅力), dans laquelle il présente dix-huit catégories. À la suite de réflexions sur la question du rire lors des interviews des années 1990, il établit une distinction entre deux types d’appellations : les noms de rires référant à la forme (taixiao 態笑) et ceux référant à la psychologie (qingxiao 情笑). S’il est effectivement possible de faire cette distinction, force est de constater que la profession et les livrets utilisent indistinctement ces deux types de termes. La classification de Chen n’est pas exhaustive puisqu’il omet des noms de rires que d’autres acteurs avaient présentés en 1993 et son approche théorique, fruit d’une réflexion personnelle, n’a pas fait école au sein de la profession.

Le paradigme normatif proposé par Qi relève d’un parti pris visant à légitimer et valoriser un art vivant présenté comme scientifiquement structuré. La notion de modèle est ainsi instrumentalisée à des fins promotionnelles. Les détracteurs du Jingju vont s’emparer de cette notion en réduisant le genre à une mécanique désincarnée (contrairement à l’approche de Stanislavski) à travers la métaphore du jeu de construction employée par Ajia 阿甲55 en 1942 à Yan’an56. Une performance de Jingju ne serait qu’un assemblage de conventions, idée reprise par certains ouvrages occidentaux, mais dénuée de son caractère péjoratif : « Ces codes qui régissent l’opéra de Pékin sont au travail de l’acteur ce que la norme est aux pièces détachées en mécanique57 ». Ce paradigme est battu en brèche par la plupart des acteurs et par Ajia lui-même, revenant sur son point de vue à partir de 1956, s’inscrivant en faux contre le « modélisme (程式主義) » :

C’est donner aux conventions un pouvoir omnipotent. Certains considèrent les formes modélisées comme des signes symboliques et les utilisent tels des remèdes miracles. Ils ne cessent de dire que jouer une pièce équivaut à faire un jeu d’assemblage. Ainsi, pour exprimer les sentiments de joie ou de peine lors de retrouvailles ou séparations, les émotions de plaisir ou de colère, il suffit de coller ça et là quelques modèles codifiés58.

Le point de vue « modélisateur » normatif relève d’une théorie généralisatrice opposé dialectiquement à l’approche adaptative et créative des praticiens. La réalité se trouve à la croisée de ces deux notions.

Approche critique de la liste

La confrontation des sources permet de relativiser la théorie normative de Qi Rushan. Tous les acteurs interrogés insistent sur la plasticité des techniques et leur adaptation selon le type de rôle, le personnage, l’intrigue (données objectives) et l’approche de l’acteur (données subjectives). Le jeu varie également selon le courant d’interprétation auquel se rattache l’acteur, le Jingju comprenant des « courants (liupai 流派) » inaugurés par de grands acteurs. Selon Xiao Changhua蕭長華 (1878-1967), un des plus grands acteurs de rôle de clown du XXe siècle, « dans le jeu scénique, il n’est pas question de se contenter d’utiliser mécaniquement des modèles figés59 ». Son petit-fils Xiao Runde, spécialisé dans les rôles de xiaosheng (jeune homme), ne dit pas autre chose :

Il ne faudrait surtout pas croire que les modèles sont des sortes de mouvements dansés déconnectés de l’intrigue. Il faut créer en fonction du personnage. Le principe de base des modèles est d’être au service de la personnalité d’un personnage. Il en est de même pour les modèles de rires du xiaosheng. Il ne faut pas croire qu’ils se résument à ces quelques sortes de formes invariables, à des modèles (chengshi) qui resteraient comme tels. En réalité les changements sont infinis60

La plupart des acteurs interrogés n’ont pas connaissance de cette liste :

Les rires qu’il classifie ne sont pas tous reconnus par les acteurs… Je suis sûr que beaucoup d’acteurs de Jingju n’ont jamais lu cette liste. Cet ouvrage n’a été lu que par une minorité d’acteurs… Les acteurs ne se réfèrent pas à ce qu’il dit pour le jeu… Ils ne suivent que l’enseignement de leur maître pour la représentation du rire61

L’apprentissage du rire se fait toujours par le biais d’une pièce selon la formule « la pièce guide la technique » (yixi daigong 以戲帶功), contrairement à des mouvements chorégraphiques ou acrobatiques qui, eux, s’acquièrent dans des cours de techniques de base (jibengong 基本功) sans référence à une pièce. Ceci montre qu’il n’existe pas de modèles fixes pour le rire mais que les formes sont toujours adaptées à des cas particuliers. Comme le répète l’acteur Niu Biao62, « Pas de représentation sans techniques et pas de techniques qui ne soient adaptées à une pièce particulière (xi bu liji, ji bu lixi 戲不離技技不離戲) ». L’apprentissage des pièces par les jeunes acteurs repose sur l’imitation du maître ; une fois adultes, ils créent (s’ils le souhaitent) selon leur propre interprétation des personnages. La représentation du rire est soumise à une dimension subjective et créatrice des acteurs. Niu Biao rappelle ce propos que « sur dix représentations, neuf sont différentes (shixi jiubutong 十戲九不同) », la qualité du public pouvant également influer sur le jeu de l’acteur.

D’autre part, la confrontation des sources permet de voir que Qi a créé certains noms de rires. Parmi les noms de la liste, six ne sont pas employés par la profession : le rire franc, le rire intentionnel, le rire de peur, le rire faux, le rire gracieux et le rire fâché. La définition que Qi donne du rire franc correspond à un rire de joie. Les rires provoqués par la joie n’ont pas été présentés par les acteurs sous le nom de « rire de joie (xixiao 喜笑) » qui est le terme usité en langue courante, mais par des noms techniques (tel que « grand rire » ou « rire frénétique »). De même, dans les livrets, la joie est indiquée par un nom technique ou un qualificatif tel que « joie inespérée (xichu wangwai 喜出望外) ». L’exemple cité par Qi pour illustrer le « rire intentionnel » est considéré comme relevant de la catégorie des rires froids. Nombreux rires présentent un caractère intentionnel ou faux du fait de leur non-spontanéité, les plus notoires étant les rires forcés (qiangxiao 強笑). L’exemple cité par Qi pour illustrer le rire de peur (Zhuge Liang en haut de la muraille dans la pièce Le stratagème de la ville vide63) relève d’un rire stratégique. Zhuge Liang joue de la cithare puis rit pour faire croire à l’assaillant qu’il a l’esprit serein alors qu’en réalité il ne dispose d’aucun renfort. Il a certes peur (il tient à côté de lui une épée pour se suicider en cas d’échec) mais il bluffe. Les rires que Qi appelle gracieux et fâchés appartiennent, selon sa définition, au répertoire féminin. Les actrices ne contestent pas la pertinence de ces nominations mais disent ne pas les employer.

D’autres noms cités par les acteurs peuvent se rajouter à la liste : les rires de taquinerie (tiaoxiao 調笑), les rires d’amusement (xixiao 嘻笑), les différents noms pour les rires à la dérobée (qiexiao 竊笑, anxiao 暗笑, yaxiao 啞笑), les rires ivres (zuixiao 醉笑), les rires honteux (jiongxiao 窘笑), les rires concupiscents (yinxiao 淫笑) ou les weixiao 微笑, étant selon les cas sourires ou petits rires. Les acteurs nont cité que les noms de rires les plus usités sur scène, mais il en existe d’autres, qui, comme le rappelle Niu Biao, ne sont pas uniquement composés de deux mais de trois ou quatre sinogrammes. La langue chinoise comprend plus de trois-cents mots composés à partir du sinogramme rire et plus de cent proverbes à quatre caractères. Un acteur peut ainsi puiser dans la langue pour nommer un rire. Nombreux rires présentés en didascalies dans les livrets n’ont pas de nom spécifique. Parmi les cinquante-deux pièces réunies par Niu Biao dans une anthologie publiée en 1990 par le NACTA64, sur deux-cent-onze rires cités en didascalie, seuls soixante-trois sont spécifiés par un qualificatif. Environ deux tiers n’ont pas de nom et certains sont difficiles à nommer.

À proprement parler, il est possible de distinguer des grandes catégories de rires dans le Jingju, mais il est parfois difficile de distinguer tel rire de tel autre, il signifie un peu ceci mais aussi un peu cela, il est possible de le nommer comme ceci mais aussi comme cela, sans que l’une et l’autre façons ne soient fausses. Il est souvent réducteur de résumer un rire avec un ou deux caractères chinois. C’est là une réalité. Deux acteurs peuvent avoir également des avis différents sur la façon de comprendre et nommer un rire, par exemple Mei Lanfang et Chen Yanqiu, deux grands acteurs de rôles féminins, ont pu avoir des points de vue divergents concernant un rire. C’est pour cela que les propos de Qi Rushan n’engagent que lui65

Le terrain permet de comprendre que les noms de rire usités par les acteurs correspondent à des catégories comprenant différentes formes parmi lesquelles certaines sont récurrentes mais non prescriptibles. Il existe par ailleurs de nombreux rires sans nom. Ce corpus est donc globalement inquantifiable et inclassifiable de par sa dimension subjective.

L’analyse du texte montre des contradictions dans la démarche de Qi Rushan. Dans les trois publications successives, ses conclusions, à chaque fois sensiblement différentes, expliquent qu’il ne s’agit que d’une présentation générale et non exhaustive, que chaque rire doit être adapté au cas par cas. Son point de vue conclusif est ainsi conforme à la réalité décrite par les acteurs et contradictoire avec la vision normative qu’il présente dans la liste où chaque rire est précisément décrit, prescrivant le nombre de phonèmes à utiliser, la tonalité de la voix, la vitesse et la façon de finir le rire. Malgré cette précision, Qi ajoute pour certains cas qu’il en existe de nombreuses sortes, la contradiction consistant alors à décrire l’unicité d’un modèle tout en disant qu’il est multiforme. Souvent, il définit le général à partir du particulier en établissant un modèle-type à travers la description d’un exemple.

Ces contradictions sont le reflet du rapport dialectique existant entre les deux polarités que sont rigueur modéliste et souplesse adaptative. Qi Rushan semble tiraillé entre ces deux pôles, mettant en exergue la norme à des fins promotionnelles tout en constatant sa variabilité. Son article à propos de la « scientification de l’opéra national » est suivi d’une étude intitulée À propos de la liberté de création dans l’opéra national66, dans laquelle il met en lumière la flexibilité de ce genre théâtral, où les livrets peuvent être changés à souhait par le rajout ou le retrait de personnages, où une intrigue trop compliquée peut être simplifiée ou, à l’inverse, complexifiée si trop simple. Il présente ainsi successivement un monde sous un jour rigoureux puis permissif. Encore une fois, la réalité se situe à la croisée de la norme et de la flexibilité. Cet art est régi par une esthétique distanciée (non naturaliste) hautement technicisée mais dont les techniques sont modulables.

Qi Rushan est un auteur partisan et passionné laissant derrière lui une œuvre considérable. Il a le grand mérite d’avoir mis au point cette liste et ainsi d’attirer l’attention sur la richesse des rires du Jingju dont le comique est quasiment absent et dont une grande majorité est représentée dans le contexte d’émotions négatives, ouvrant ainsi une nouvelle perspective pour l’étude du rire. La liste offre aux Occidentaux habitués à envisager le rire sous l’angle spontané du comique un nouveau paradigme qui revêt un caractère fascinant. Le choix du rire dans cette entreprise promotionnelle n’est sans doute pas fortuit, la fascination opérant à deux niveaux : l’exotisme de rires psychologiquement inattendus et dont la représentation est calibrée à travers une nomenclature précise et des modèles rigoureux.

Qi Rushan en Chine : redécouverte et polémiques

L’attitude des acteurs, distants comme le montrent les propos sus-mentionnés, « s’explique par des raisons historiques. Qi Rushan est parti à Taïwan en 1949 et les chinois du continent évitent d’y faire référence, surtout chez les acteurs, y compris Mei Lanfang67 ». Il commence à faire l’objet de publications dans les années 1990 à travers des articles élogieux, notamment de la part de deux professeurs universitaires, Liang Yan 梁燕et Kang Baocheng 康保成68. Il se voit hissé au rang des grands hommes de théâtre du vingtième siècle, considéré comme le premier metteur en scène chinois, et comme celui qui a dirigé la carrière de Mei Langfang69. En 2008, la sortie d’un film biographique sur Mei Lanfang (réalisé par Chen Kaige, dont le titre anglais Forever Enthralled) va susciter un intérêt particulier envers Qi Rushan et donner lieu à de nombreuses publications70. Cette « starification » à travers ces divers panégyriques ainsi que certains mérites revendiqués par Qi dans ses écrits poussent le professeur Fu Jin 傅谨à faire une sévère mise au point dans un article publié en 2013, intitulé Deux-trois choses concernant Qi Rushan et Mei Lanfang71. Il y démontre que Qi n’a pas pu enseigner quoi que ce soit à Mei, n’ayant même pas les compétences d’un amateur72 : « Mei et Qi sont deux grands maîtres du XXe siècle, l’un comme acteur, l’autre comme théoricien (…), Qi est devenu récemment un sujet d’étude à la mode mais les inexactitudes ne manquent pas. Le monde académique envisage la plupart du temps leur relation sous l’angle de ce dont Mei est redevable à Qi, ce à travers des propos dont l’exagération frise l’extravagance, générant ainsi des malentendus73 ». Fu Jin argumente par une confrontation des mémoires écrites de Qi avec celles de Mei. À la fin de son article, il mentionne une thèse de doctorat soutenue en 2008 à l’université du Shandong qu’il a co-dirigée, regrettant que l’étudiant n’ait pas su, malgré ses conseils, adopter un regard critique sur les sources. L’article de Fu Jin provoque une onde de choc selon Fang Guannan74, et déclenche de vives polémiques. Zhong Ming 鐘鳴, membre du NACTA, réplique peu après dans un article intitulé Petits détails et vue d’ensemble : re-examen de la relation entre Mei et Qi dans l’histoire contemporaine du théâtre et débat avec M. Fu Jin75, soutenant que ces erreurs ne relèvent que de détails et n’entachent pas la « vue d’ensemble ». Fu Jin répond par un nouvel article en 2014 intitulé Vérités historiques et vue d’ensemble : réponse concise à propos des relations entre Mei et Qi76 dans lequel il apporte de nouveaux arguments sur les contre-vérités énoncées dans les Mémoires de Qi Rushan (Qi Rushan huiyilu 齊如山回憶錄) et explique qu’une « vue d’ensemble » n’est pas un concept historique. Mme Liang Yan réplique alors à travers un article, au nom des vingt années passées à étudier l’œuvre de Qi, auquel Fu Jin ne donnera pas suite77. Fang Guannan contre-argumente d’autre part les éloges exprimés durant les années 1990 en expliquant que Qi n’est pas à hauteur des grands hommes de théâtre du XXe siècle à qui il est comparé, à savoir les historiens du théâtre Wang Guowei 王國維 (1877-1927) et Wu Mei 吳梅 (1884-1939)78, et que le statut de premier metteur en scène chinois que lui attribue Liang Yan est indu en raison du peu de temps que Qi a passé en Europe, où il n’a vu que quelques pièces, période sur laquelle Qi reste d’ailleurs évasif79. Celui qui a introduit l’art de la mise en scène occidentale en Chine est Hong Shen 洪深 (1894-1955) suite à de longues études théâtrales aux USA80. Fang Guannan explique en conclusion que ces polémiques sont le reflet dun manque dhonnêteté intellectuelle.

Ces débats révèlent que monde académique chinois s’attache davantage à des questions historiques concernant Qi Rushan, tentant de mieux comprendre l’homme et ses mérites, au détriment de la question des théories théâtrales. Cette dernière est susceptible d’intéresser l’Occident où les ouvrages de Qi Rushan sont considérés comme une référence. Il serait pertinent de poursuivre le travail de confrontation de ses écrits avec le monde des praticiens pour de nouvelles mises au point.

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Notes

1 L’année de sa naissance pose question et varie selon les sources, allant de 1875 à 1877. Selon L’Encyclopédie du Jingju publiée en 2011, il est né le 21 décembre 1876. Ma Shaobo 马少波, Zhongguo Jingju baike quanshu 中國京劇百科全書, [Grande encyclopédie chinoise du Jingju], Beijing, Zhongguo dabaike quanshu chubanshe, 2011, p. 619. Return to text

2 Qi Rushan, Mei Lanfang yishu yiban 梅蘭芳藝術一班 (L’Art de Mei Lanfang), in Qi Rushan quanji 齊如山全集 (Œuvres complètes de Qi Rushan) Tome II, Beijing, Beiping gouju xuehui, 1935. Return to text

3 Il n’existe pas en français de traduction ad hoc pour désigner cet art hybride comprenant le parler, la psalmodie, le chant, des mouvements mimés, dansés, des combats et de l’acrobatie. Il relève de l’art du xiqu 戲曲 (littéralement théâtre-musique), terme générique dont la traduction la plus appropriée serait théâtre chanté, qui comprend différents genres selon les aires géographiques et dont l’opéra de Pékin est le plus connu. Voir à ce sujet larticle dÉléonore Martin « La traduction du terme Xiqu par « opéra » : quels malentendus ? » In Arianna De Sanctis, Aeran Jeong, Hyunjoo Lee, Éléonore Martin (dir), L’Évolution de la langue et le traitement des « intraduisibles » au sein de la recherche, Paris, Éditions des Archives Contemporaines, 2016, p. 111-118. Return to text

4 Mei Lanfang 梅蘭芳 (1894-1961), homme jouant des rôles féminins, le plus célèbre des acteurs chinois du XXe siècle. Les femmes sont interdites sur les scènes de théâtre sous le règne de Kangxi en 1671, mesure visant à préserver la morale. Les rôles féminins sont dès lors joués par des hommes. Cette initiative de caractère puritain a pour conséquence de généraliser la prostitution masculine et la vente de jeunes garçons destinés à devenir des acteurs travestis. Les femmes sont de nouveau admises sur scène en 1912. Des hommes continuent cependant à jouer des femmes. Les quatre grands acteurs de rôles féminins au XXe siècle sont tous des hommes. Le phénomène, aujourd’hui rare, existe toujours. Voir Roger Darrobers, Opéra de Pékin. Théâtre et société à la fin de l’Empire Sino-Mandchou, Paris, Bleu de Chine, 1998, p. 83,84,93. Return to text

5 Qi Rushan, op.cit. p. 1 Return to text

6 Qi Rushan, Qi Rushan quanji 齊如山全集 (Œuvres complètes de Qi Rsuhan) Tome VI, op. cit. p. 142. Return to text

7 Formule allant de pair avec « tous les mouvements doivent être dansés ». Cette théorie apparaît à différents endroits de son œuvre, notamment dans Guoju de yuanze 國劇的原則 (Les Principes de l’opéra national), tome III de Qi Rushan quanji 齊如山全集 (Œuvres complètes de Qi Rushan) p. 2 : « Tous les sons doivent avoir un aspect chanté, ce qui explique la formule « tout est chanté », et il n’existe aucun mouvement qui ne soit pas dansé ». Cette idée accrédite également la théorie de Qi selon laquelle le théâtre chanté chinois tire ses origines des chants et danses de la Chine antique. Ma Shaobo 马少波, Zhongguo jingju baike quanshu 中国京剧百科全书 (Grande encyclopédie chinoise du Jingju), Beijing, Zhongguo dabaike quanshu chubanshe, 2011, p. 620. Cette théorie s’oppose à celle de l’influence du théâtre indien (dite « théorie du théâtre sanskrit fanjushuo 梵劇說 ») soutenue notamment en 1932 par Zheng Zhenduo 鄭振鐸 (1898-1958). Ce dernier renia cette hypothèse lors d’une autocritique en 1958. Voir Zhang Shenbo 張申波, Zheng Zhenduo yu xiqu qiyuan « fanjushuo ». 鄭振鐸與戲曲起源梵劇說” (Zheng Zhenduo et la théorie du théâtre sanskrit comme source du théâtre chanté), Xiju zhijia 戲劇之家, 2019, N° 19, p. 1. Return to text

8 Qi Rushan quanji 齊如山全集 (Œuvres complètes de Qi Rsuhan) Tome III, op. cit. p. 35. Return to text

9 Entretien avec Chen Guoqing 陳國卿, né en 1939, acteur de laosheng 老生 (rôles d’hommes âgés), le 12/11/1993. Return to text

10 Le sinogramme xiao désigne à la fois le rire et le sourire. Nous avons ici traduit « sourire séducteur » (idem pour « sourire timide ») car il s’agit, en l’occurrence, de sourires joués par des rôles féminins. Il existe en chinois moderne le mot weixiao 微笑 pour désigner le sourire, mais ce terme est polysémique dans le théâtre chanté, désignant, selon les rôles, des sourires ou des petits rires. Return to text

11 Voir Jacques Gernet, Le Monde chinois. 3. L’Époque contemporaine, Paris, Armand Colin, 2005, et M. Bastid, M.-C. Bergère, J. Chesneaux, La Chine, L’Illusoire modernité 1885-1921, Paris, Hatier, 1972. Return to text

12 Jacques Gernet, Le Monde chinois, 3. l’Époque contemporaine, op. cit., p. 54. Return to text

13 Voir à ce sujet l’article de Werner Meissner, « Réflexions sur la quête d’une identité culturelle et nationale en Chine du XIXe siècle à aujourd’hui », Perspective chinoise, [en ligne], septembre-décembre 2006, ainsi que celui de He Aiguo 何爱国, « Quanpan xihua Vs Zhongguo benwei : shilun 1930 niandai Zhongguo guanyu wenhua jianshe luxiang de lunzhan「全盤西化」Vs「中國本位」 :──試論1930年代中國關於文化建設路向的論戰 (L’occidentalisation totale versus Les racines chinoises : les controverses des années 1930 en Chine concernant la voie à suivre dans l’édification culturelle ). XXIe siècle [en ligne], N° 34, 31 janvier 2005. Return to text

14 Nous nous basons sur la biographie présentée dans L’Encyclopédie du Jingju de Ma Shaobo, op.cit., p. 619-621. Return to text

15 Fondé par Li Shizeng 李石曾 (1881-1973), né comme Qi Rushan dans le district de Gaoyang dans le Hebei. Il part en 1903 à Paris, accompagnant Sun Baoqi, alors ambassadeur de l’empire chinois en France. L’idée est d’étudier les modèles occidentaux afin d’aider au développement de la Chine et de financer ses études en travaillant. Return to text

16 Fenhewan 汾河湾 est une pièce de Jingju dont l’histoire est inspirée du chapitre 41 du roman Xue Rengui zhengdong 薛仁貴徵東 (Xue Rengui part en guerre à l’est). L’auteur est inconnu. Elle raconte l’histoire du général Xue Rengui (614-683) envoyé pacifier les territoires du nord-est au début des Tang (618-907). Voir L’Encyclopédie du Jingju, Ma Shaobo, op. cit. , p. 137. Return to text

17 Wu Tongbin 吴同宾, Zhou Yaxun 周亚勋, Jingju zhishi cidian 京剧知识辞典 (Dictionnaire des savoirs du Jingju), Tianjin, Tianjin renmin chubanshe, 1990, p. 7. Return to text

18 Chen Tian 陈恬 dans son article publié en 2007 sur l’évolution de la pensée de Qi Rushan explique qu’il s’attache dans un premier temps à la crédibilité des intrigues. Il va ensuite créer des pièces dansées où le visuel l’emporte sur l’histoire avec des intrigues très simples, souvent de thème mythologique. Selon Qi, les occidentaux ont un répertoire mythologique dont la particularité est de montrer des œuvres épurées, tandis que les pièces mythologiques chinoises ne montrent que des monstres sans vraisemblance. Il lui semble nécessaire de créer un nouveau répertoire mythologique. Chen Tian 陈恬, « Luelun Qi Rushan xiju sixiang zhi zhuanbian 略论齐如山戏剧思想之转变 » (À propos de l’évolution de la pensée théâtrale de Qi Rushan), Zhongyang xijuxueyuanbao « xiju » 中央戏剧学院学报《戏剧》N° 3, 2007. Return to text

19 Zou Yuanjiang 鄒元江 consacre en 2008 un article à cette question. Prenant l’exemple de la pièce Yuzhoufeng 宇宙 (L’Épée Univers), il explique que le jeu de Mei Lanfang, considéré en Chine comme l’incarnation de l’esprit du Jingju, est en réalité influencé par des hommes de théâtre tel que Qi Rushan, imprégnés de théories occidentales, notamment de celles de Stanislavski. Zou Yuanjiang 鄒元江, « Mei Lanfang de biaoqing yu Jingju jingshen 梅蘭芳的「表情」與「京劇精神」 » (Les expressions » de Mei Lanfang et « l’esprit du Jingju »), Xiji yanjiu 戏剧研究, [en ligne], juillet 2008, N° 2, p. 145-168. Return to text

20 Au moins six, selon Chen Tian, « Luelun Qi Rushan xiju sixiang zhi zhuanbian 略论齐如山 戏剧思想之转变 » (À propos de l’évolution de la pensée théâtrale de Qi Rushan), Zhongyang xijuxueyuanbao « xiju » 中央戏剧学院学报《戏剧》N° 3, 2007. Return to text

21 Voir Chen Weizhao 陈维昭, « Qi Rushan de xiqu shijian yu hanwei suwu 齊如山的戲曲實踐與漢魏俗舞 » (La pratique théâtrale de Qi Rushan et les danses populaires des dynasties Han et Wei), Journal of Zhejiang University, vol. 42, N° 3, Mai 2012. Return to text

22 À propos des traditions inventées, voir Eric Hobsbawm, L’invention de la tradition, Edition Amsterdam, (1983) 2006. Return to text

23 « Pour bien comprendre les représentations, un programme détaillé comprenant deux-cent-dix-sept illustrations fut conçu. » Voir Fu Qiumin, L’Art théâtral de Mei Lanfang, Paris, Youfeng, 1998, p. 24. Return to text

24 Ma Shaobo, op. cit. , p. 620. Return to text

25 Voir Nancy Guy, Brokering Glory for the Chinese Nation: Peking Operas 1930 American Tour. Comparative Drama, vol. 35, No. 3/4 (Fall/Winter 2001-02), p. 377-392, 2001. Return to text

26 Cathrine Yeh, Refined Beauty, New Woman, Dynamic Heroine or Fighter for the Nation? Perceptions of China in the Programme Selection for Mei Lanfangs Performances in Japan (1919), United States (1930) and the Soviet Union (1935), EAJAS 6.1, 2007, (p. 77-102), p. 82-83. Return to text

27 Un premier travail de classification des éléments du Jingju fut amorcé dans le Xixue huikao 戲學彙考 (Compilation d’études sur le théâtre), prenant ensuite le nom de Xixue quanshu 戲學全書, publié à Shanghai en 1926 par Xu Zhihao 許志豪 et Ling Shanqing 凌善清. Louvrage aborde (p. 81) de façon très succincte la question du rire en ne mentionnant que quelques phonèmes employés dans sa représentation et ne citant aucun nom de rire. Return to text

28 Voir à ce sujet Valéry Guillou (dir.), « L’art de la liste », Extrême-Orient, Extrême-Occident, n° 12, 1990. Return to text

29 Chen Chantal, « Rapports d’influence : la conceptualisation d’une valeur de l’esthétique chinoise ancienne par référence aux conceptions de l’Occident », Extrême-Orient, Extrême-Occident, n° 1 « Essais de poétique chinoise et comparée », 1982, p. 120-134. Return to text

30 Taozi 套子 est un autre mot clé pour désigner les règles. Le mot désigne au départ un fourreau, une gaine et par extension une formule toute faite, un stéréotype. Return to text

31 Les mélodies banshi 板式 sont propres aux « genres fleuris » (huabu 花部), terme relatif au genre raffiné (yabu 雅部) que représente le Kunqu. Le Jingju est un genre composite, fait de la fusion de plusieurs « genres fleuris », essentiellement le xipi 西皮 et le erhuang 二簧. Les banshi sont des mélodies fixes que l’on peut combiner à l’infini, les phrases devant rester parallèles (garder le même nombre de sinogrammes). Si un acteur est en retard, les musiciens peuvent prolonger la mélodie en l’attendant. Les banshi sont probablement originaires des qupai. Li Jian 李建, spécialiste des qupai, interviewé en juin 2020. Return to text

32 Le terme de qupai 曲牌 est traduit par François Picard par « timbre ». « Qu désigne des airs de musique, pai signifie « tablette » et exprime une marque apposée sur un objet. Il correspond au terme anglais « labelled melody ». Le français « timbre » contient la même sémantique de marquage et a une histoire en musique occidentale qui rappelle celle des qupai. » Voir François Picard, La musique chinoise, Paris, Minerve, 1991, p. 66-67. Ce sont des arias fixes qui peuvent légèrement changer en fonction des paroles. On adapte des paroles en remplissant des phrases musicales fixes. (Li Jian, interview de juin 2020) Return to text

33 Wu Tongbin, Dictionnaire des savoirs du Jingju, op. cit. p. 221. Return to text

34 Huang Kebao, Xiqu biaoyan yanjiu 戲曲表演研究 (Études du théâtre chanté), Beijing, Zhongguo xiju chubanshe, 2005, p. 82-83 Return to text

35 Voir Joshua Goldstein, « Mei Lanfang and the Nationalization of Peking Opera, 1912–1930 », East Asian Cultures Critique, vol. 7, no 2, 1999. Return to text

36 Qi Rushan, « À propos de la vocalisation (fasheng 發聲) », dans De l’esthétisation de l’opéra national (Lunguoju kexuehua 論國劇美術化), Œuvres complètes, Tome III, op. cit. p. 35. Return to text

37 Qi Rushan, De la scientification de l’opéra national (Lunguoju kexuehua 論國劇科學化). Œuvres complètes, Tome III, op. cit. p. 44-47. Return to text

38 Le Jingju comprend quatre grandes catégories de rôles : sheng (rôles masculins), dan (féminins), jing (visages peints) et chou (clowns), chacun subdivisé en sous-catégories. Les personnages sont stéréotypés avant d’être individualisés. Return to text

39 Qi Rushan, De la scientification de l’opéra national, op. cit. p. 47. Return to text

40 Voir Zhou Cheng 周程, « L’origine du mot « science » et sa diffusion en Chine à l’époque moderne (« Kexue » de qiyuan jiqi zaijindai zhongguo dechuanbo科学的起源及其在近代中国的传播) », in Studies in Science of Science, vol. 28, n° 4, Avril 2010. Return to text

41 Jacques Gernet, Le Monde chinois, 3. L’Époque contemporaine, op. cit., p. 68 Return to text

42 Ibid., p. 77 Return to text

43 Julia F. Andrews & Kuiyi Shen, “The Japanese Impact on Republican Art World: The Construction of Chinese Art History as a Modern Field”, Twentieth-Century China 32(1), Novembre 2006, p. 5-6. Return to text

44 Julia F. Andrews, “The Japanese Impact on Republican Art World: The Construction of Chinese Art History as a Modern Field”, Art. cit., p. 12 Return to text

45 Peng-chun Chang; Stark Young; Qi Rushan, Mei Lan-fang and Chinese theatre, [Place of publication not identified], [1935?] Return to text

46 Cecilia S.L. Zung, Secrets of Chinese Drama, New York, Benjamin Bloom, 1937, p. 44. Return to text

47 J. Pimpaneau, Promenade au Jardin des poiriers, Paris, Musée Kwok-on, 1983, p. 70. Return to text

48 Ibid, p. 74 et 78. Return to text

49 Roger Darrobers, Le Théâtre chinois, Que sais-je, PUF, 1995, p. 83. Return to text

50 Xu Chengbei 徐城北 (1942-2021), Jingju yu Zhongguo wenhua 京劇與中國文化 (Le Jingju et la culture chinoise), p. 209, Renmin chubanshe 人民出版社, 1999. En revanche, son ouvrage Peking Opera traduit en français ne mentionne pas les rires (Beijing, Wuzhou chuanbo chubanshe, 2003) Return to text

51 Qi Rushan, Qi Rushan quanji (Œuvres complètes), Guoju de yuanze 國劇的原則 (Les principes de l’opéra national), tome III, op. cit. p. 3. Return to text

52 Tadeusz Kowzan, La sémiologie du théâtre, Paris, Armand Colin, 2005, p. 28. Return to text

53 Cong Qiang 丛强, entretien du 17 avril 2021. Return to text

54 Sixième colloque international du Jingju, Di liujie jingjuxue guojixue yantaohui 第六届京剧学国际学研讨会. Return to text

55 Ajia 阿甲 (1907-1994) metteur en scène, théoricien et réformateur du théâtre chanté. Après la fondation de la RPC, il fut directeur du centre de recherche du bureau pour la réforme du Jingju relevant du ministère de la culture. (Liu Siyuan, Transforming Tradition, The Reform of Chinese Theater in the 1950s and early 1960s, University of Michigan press, 2021, p. 9-11.) Return to text

56 Ville du Shaanxi et base du PCC de 1935 à 1948 où eut lieu une campagne de rectification entre 1942 et 1944, et où eurent lieu les Causeries sur les arts et les lettres en 1942. Return to text

57 Wu Gang, A la découverte de l’Opéra de Pékin, Paris, Editions du centenaire, 2017, p. 274. Return to text

58 Zhang Jian 张健, Liang Qian 梁倩, Zhao Weizong 赵维宗, Yanyuan bidu 演員必讀 (Les lectures incontournables de l’acteur), Beijing, Zhongguo xijujia xiehui beijing fenhuibian, 1985, p. 108. Return to text

59 Niu Biao, Xiao Changhua yishu pinglunji 蕭長華藝術評論集 (Anthologie sur l’art de l’acteur Xiao Changhua) Beijing, Zhongguo xiqu chubanshe, 1990, p. 242. Return to text

60 Xiao Runde, entretiens du 18/5/1992. Return to text

61 Niu Biao, entretiens du 3/4/1992 Return to text

62 Niu Biao 鈕鏢 ou 鈕驃, né en 1933, acteur de rôle de clown formé par Xiao Changhua. Il organisa pour nous les interviews d’acteurs au NACTA. Return to text

63 Kongchengji 空城計, pièce tirée du chapitre 47 du roman Les Trois Royaumes. Sima Yi assiège une ville où Zhuge Liang se trouve seul. Il fait ouvrir en grand les portes de la ville et s’installe en haut des remparts où il joue de la cithare. Return to text

64 Le Jingju xuanbian 京劇選邊 en dix volumes publié par le Zhongguo xiqu xueyuan 中國戲曲學院. Return to text

65 Niu Biao, entretien du 3/4/92 Return to text

66 Qi Rushan, Qi Rushan quanji 其如山全集 (Œuvres complètes de Qi Rushan), Lun Guoju de ruyihua 論國語的如意化, Tome III, op. cit., p. 52. Return to text

67 Hu Fangpei 胡芳培, étudiant chercheur à l’université de Xinan (Chongqing). Entretien du 22/1/22. Return to text

68 Fang Guannan 方冠男, « Qi Rushan : yizhuang yinren shensi de yanjiu ge’an 齊如山一樁引人深思的研究個案 » (Qi Rushan : un cas d’étude qui mérite réflexions), Xiju wenxue, N° 8, 2015, p. 87. Return to text

69 Ibid. p. 87-89. Return to text

70 Ibid. p. 86. Return to text

71 Fu Jin 傅谨, « Qi Rushan yu Mei Langfang zhi ersanshi 齐如山与梅兰芳之二三事 », Dushu, N° 4, 2013, p. 151-154. Return to text

72 Ibid, p. 152. Return to text

73 Ibid, p. 147. Return to text

74 Fang Guannan, op. cit. p. 93 Return to text

75 Fang Gannan, op.cit. p. 94. (« Xiao xijie yu dageju ── chongdu jindai xiqushi zhong de Qi Mei guanxi jian yu Fu Jin xiansheng shangque 小細節與大格局 ──重讀近代戲曲史中的齊、梅關係兼與傅謹先生商榷 », Xueshujie, août 2013). Return to text

76 Fang Guannan, op. cit., p. 94. (« Shishi yu dageju ──jiu Mei Lanfang yu Qi Rushan guanxi de jiandan huiying 史實與大格局 ──就梅蘭芳與齊如山關係的簡單回應 », Xueshujie, mars 1994) Return to text

77 Fang Guannan, op. cit. p. 94-95. Return to text

78 Fang Guannan, op. cit. p. 84. Return to text

79 Ibid, p. 90 Return to text

80 Ibid, p. 90. Return to text

References

Electronic reference

Cécile Reverdy, « La liste des vingt-sept rires de Qi Rushan, recontextualisation et mise au point », L'ethnographie [Online], 10 | 2025, Online since 02 septembre 2025, connection on 15 décembre 2025. URL : https://revues.mshparisnord.fr/ethnographie/index.php?id=1661

Author

Cécile Reverdy

Cécile Reverdy a soutenu en 2022 une thèse de doctorat à l’INALCO sous la direction de Vincent Durand-Dastès, une thèse intitulée Les rires et sourires du Jingju et Kunqu. Contribution à l’analyse de la notion et de la représentation du rire dans le théâtre chanté chinois. Elle a publié deux traductions dans la revue Impressions d’Extrême-Orient. Elle traduit actuellement le Pianjing 騙經 (Traité de la tromperie). Par ailleurs, elle travaille depuis 1993 comme guide-conférencière en chinois.