Le  est-il soluble dans le théâtre ? Retour sur la définition problématique d’un art scénique japonais

  • Is Noh soluble in theater? Revisiting the problematic definition of a Japanese stage art

DOI : 10.56698/ethnographie.1601

Abstracts

L’appellation « théâtre » ou « drame » est fréquente pour désigner l’art du . Elle n’est pourtant pas évidente : d’abord nommé sangaku [divertissements variés] puis sarugaku [divertissement des singes], cet art est défini par Zeami comme une danse religieuse, un kagura [divertissement des dieux]. Cependant le , transformé en « cérémonie » (shiki) pendant l’ère Edo, va se laïciser. Si la notion de « théâtre », traduite par les termes engeki [théâtre] et gikyoku [pièce de théâtre], fait son apparition sous l’ère Meiji, elle tend à dissoudre les spécificités du . Les appellations d’« arts de la scène » (butai geijutsu) et d’« arts de la performance » (geinō ) sont plus conformes à la tradition du nō : elles désignent des techniques conjointes à la fois vocales, musicales et gestuelles relevant d’un art complet des artistes. Si l’on s’intéresse maintenant à la performance, nous constatons que l’effet dramatique est contredit par le recours à des procédés narratifs : comme ses cousins le kabuki et le bungaku, le est avant tout un art du récit.

Noh is often called “theater” or “drama”. However, the use of these words may not be correct if we want to describe : first named as sangaku (“miscellaneous entertainment”) then sarugaku (“entertainment of the monkeys”), this art becomes with Zeami a religious performance, a kagura (“entertainment for the gods”). Then, during Edo period noh becomes a mere “ceremonial” (shiki) and loses most of its religious signification. The notions of “theater” (engeki) and “play” (gikyoku) appear during the Meiji period however they do not cover the specificities of noh. The words butai geijutsu (arts of the stage) and geinō (performance arts) are more accurate to describe : artists on the stage simultaneously use voice, music and dance. If we focus now on the performance, the “dramatic impression” doesn’t fit the reality of the stage: like related arts, kabuki or bungaku, noh is more narrative than dramatic.

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Text

Durant l’époque Meiji, les Occidentaux qui rencontrent l’art du le décrivent d’abord comme un « drame » et comme une forme de « théâtre ». Le premier spécialiste français du , Noël Peri, nomme, faute de mieux, ce genre « drame lyrique » : « L’originalité même de cette forme fait que nous manquons d’un terme adéquat pour la définir. L’expression la plus approchée serait sans doute celle de “drame lyrique” à condition d’entendre le mot drame au sens général d’action1. » Tout en constatant les limites de cette appellation, Peri ne parvient pas à formuler d’alternative. René Sieffert, le principal traducteur des pièces et des traités de en langue française, constate la même impasse : « Le refuse d’entrer dans les classifications qui nous sont familières ; on peut affirmer toutefois qu’il est un spectacle conçu pour le divertissement de l’assistance, sans aucune arrière-pensée mystique. Si certains ont pu y découvrir du mystère, c’est leur ignorance qui l’a introduite. “Spectacle”, toutefois ne signifie pas nécessairement “théâtre” et encore moins “drame” » à moins de prendre le mot théâtre dans son acception étymologique. »2 Plus récemment, un autre traducteur, Armen Godel emploie cependant l’expression « théâtre  »3. Si l’appellation « théâtre » a le mérite de faire ainsi figurer le dans le grand patrimoine culturel qui inclut les pièces de Racine ou Shakespeare et ainsi de le rapprocher de nous, force est de constater que ce genre scénique n’a pas grand-chose à voir avec une tragédie ou un drame au sens occidental. Il est à craindre que cette appellation ne nous condamne à de nombreuses approximations ethnocentriques, tout comme lorsque nous parlons de façon très réductrice d’« opéra chinois » pour le xìqǔ de Chine4.

À vrai dire, le, forme scénique dansée et chantée aurait pu tout aussi bien recevoir l’appellation de « ballet » ou d’« opéra » et modifier ainsi la perception que nous en avons. Pourquoi avoir défini le comme une forme dramatique ? Cette appellation est-elle tenable ? Dit autrement, le est-il soluble dans le « théâtre » ? Comme toujours dans le domaine ethnologique, mieux vaut, comme nous y invite Sieffert, faire preuve de la plus grande prudence : il est préférable de suspendre momentanément notre jugement et de revenir de façon rigoureuse aux pratiques et aux notions fournies dans la langue japonaise elle-même, et de prendre en compte ce que les Japonais eux-mêmes en disent, afin de définir le dans les termes de la culture japonaise et de voir dans quelle mesure nous pouvons les traduire et les reformuler dans nos propres concepts occidentaux.

Une définition problématique

Des « variétés » au « divertissement des dieux »

La première difficulté provient du fait que la notion de[能] est une appellation moderne et que les termes contemporains pour le désigner sont assez différents de ceux employés à l’époque de sa création durant l’époque médiévale de Muromachi (1333-1573). Pour mieux en cerner les contours, nous devons donc faire œuvre simultanément de philologue et d’historien en commençant par les termes les plus anciens.

D’après les traités du créateur du genre sous sa forme classique au XVe siècle, Zeami Motokiyo (1363 - 1443), le est un « divertissement », 遊楽 yūraku, mot composé de 遊 yū « jeu, amusement » et de 楽 raku/ gaku « plaisir »5. C’est sans doute la constante la plus remarquable de la culture japonaise où le terme yūraku est encore en usage aujourd’hui. Il faut noter l’ancienneté du composant 楽 gaku/raku que l’on trouve pour désigner des formes d’arts qui donnent du plaisir : 音楽 ongaku [musique], 雅楽 gagaku [musique de cour], 舞楽 bugaku [danses rituelles de cour]. La composante 楽 gaku que l’on retrouve dans le terme moderne 能楽 nōgaku désignant simultanément le et le kyōgen est également bien attestée dans les appellations primitives du nō. À l’époque de Zeami, le est plus spécifiquement appelé 猿楽 sarugaku, « divertissement des singes », un terme qui, lui aussi, insiste sur le plaisir, sur le mode de la dérision. De fait, le mot le plus ancien pour désigner cet art importé de Chine a d’abord été 散楽 sangaku, « divertissements variés/épars » (en chinois sànyuè), terme attesté au Xe siècle, que l’appellation populaire transformera en sarugaku, « divertissement des singes »6. En réalité, cette forme ancienne de divertissements n’a alors pas grand-chose à voir avec ce que nous appelons aujourd’hui  : d’après les témoignages écrits et visuels que l’on peut recueillir, il s’agit d’abord de « variétés » constituées de numéros hétérogènes incluant chants, danses, farces et acrobaties diverses, d’où ce surnom peu flatteur de « singeries ». Kan’ami puis son fils Zeami vont réformer ces anciennes pratiques et mettre en place ce que ce dernier nomme à plusieurs reprises un nouvel « art » ( 芸能 geinō). En synthétisant plusieurs influences artistiques tout en les rapprochant des arts de la cour et de divers rituels bouddhiques et shintō, en mettant leur pratique sous la protection des temples et du shōgun, Kan’ami et son fils Zeami, vont épurer le sarugaku et lui donner une forme plus élaborée, inspirée par les sermons bouddhiques et par la matière littéraire appréciée de la cour comme le Dit du Genji ou le Heike Monogatari7.

L’appartenance du aux grandes fêtes des temples explique que celui-ci soit alors désigné par Zeami comme un « office religieux » [神事 shinji]. L’auteur se réfère en particulier aux fêtes religieuses du Shūnigatsu‑e au temple Kōfuku-ji commencés en l’an 869, durant laquelle ont lieu, pendant plusieurs soirées de suite, des au flambeau et au festival de Kasuga Wakamiya, célébré pour la première fois en 1136 et connu sous le nom de On-matsuri :

Ce que l’on entend par la célébration de l’office religieux (神事shinji) de Kasuga et du Kōfuku-ji dans la province du Yamato, c’est le sarugaku des quatre compagnies dans ces temples le deux et le cinq de la deuxième lune, qui est le premier des offices religieux (御神事go shinji) de l’année. C’est une invocation aux dieux pour la paix de l’Empire8.

La protection des temples permet de légitimer le en tant qu’art : Zeami prétend que la véritable graphie du mot sarugaku est 申楽, composé de 申 le signe zodiacal du « singe » et 楽 et de gaku/raku « plaisir/ musique ». D’après Zeami, qui recourt à diverses légendes d’origine, ce terme 申楽 serait dérivé de la danse chantée shintō nommée kagura 神楽 [« plaisir des dieux »], par simplification du caractère 神 [« dieux »] en 申 [« signe zodiacal du singe »]. Le vulgaire « divertissement des singes » serait en réalité dérivé du « divertissement des dieux » que Zeami fait remonter au célèbre épisode, rapporté par le Kojiki9, de la danse d’Ama-no-uzume-no-miko pour faire sortir la déesse Amaterasu de la grotte où elle s’était enfermée. Cette histoire est utilisée par Zeami au chapitre IV du traité de la Transmission de la fleur de l’interprétation pour établir les origines divines du nō : « Le divertissement (遊びasobi) de ce temps-là fut, dit-on, le premier des sarugaku (申楽) 10. » Zeami ajoute à cette origine mythique une légende selon laquelle l’empereur Murakami (926-967), conseillé par le prince Shōtoku aurait produit au Japon des mimes d’origine bouddhique au motif qu’« on chassait les influences démoniaques et l’on attirait le bonheur » et « que si l’on présentait des danses de sarugaku, l’Empire était pacifié, le peuple apaisé et la vie des hommes prolongés »11. Il est vrai que cette fonction propitiatoire des nō, mythifiée par Zeami12 va se laïciser dans les siècles suivants : durant l’ère Edo (1600-1868), sous le shogunat des Tokugawa, le passe entièrement sous le contrôle du pouvoir politique qui, indépendamment des temples, fixe le répertoire et transforme le en « divertissement cérémoniel » [式楽 shikigaku] destiné à la caste des samouraïs13.

La construction progressive de scènes de coupée du sanctuaire des temples illustre la laïcisation du nō. Comme en attestent les salles privées des écoles de et la construction en 1983 du National Noh Theater, qui inclut une scène, une bibliothèque, et des archives, les performances de relèvent aujourd’hui plus du patrimoine culturel que de la religion14.

Le est-il du théâtre ?

Qu’en est-il maintenant de l’appellation moderne de « théâtre » ? Ce qui s’en rapprocherait le plus en japonais se nomme 演劇 engeki, un terme introduit à l’époque de modernisation de l’ère Meiji (1868-1912), précisément pour traduire la notion occidentale de « théâtre ». Dans le cadre de la modernisation prônée par le gouvernement, le terme tend à se substituer à l’ancien mot 芝居 shibai, qui désignait tous types de spectacles15. C’est ainsi qu’un édit du Ministère de l’Éducation de 1872, pour un « mouvement de réforme du théâtre » [演劇改良運動 engeki kairyō undō] invite le kabuki à s’occidentaliser, produisant une forme éphémère à mi-chemin entre kabuki et jeu occidental, le 新派 shinpa. Par la suite, on appellera « nouveau théâtre » [新劇 shingeki] tout type de théâtre à l’occidentale16.

Paradoxalement, ce terme 演劇 engeki, inventé dans le cadre de l’occidentalisation du Japon, est un emprunt au chinois : le composant劇 geki calque l’élément chinois 劇 (剧 en chinois simplifié), au sens général de « spectacle »17.La langue chinoise tout comme la langue japonaise vont utiliser le composant 劇/剧 de façon générique pour désigner des types de spectacles très hétérogènes. Ainsi, dans la langue chinoise, avec ce même composants 劇/剧, on trouve aujourd’hui 京剧 jīngjù [« spectacle de Pékin] 18et 话剧 huàjù [« spectacle parlé » ], c’est-à-dire « théâtre » au sens occidental du terme. Au Japon, l’utilisation du composant劇geki, accolé à l’élément 演en [performance], sous la forme演劇 engeki, va permettre de désigner aussi bien des formes scéniques nationales que des pièces du répertoire occidental, comme en atteste cette définition donnée par le Grand Dictionnaire Sino-japonais :

Art (芸術 geijutsu) dans lequel, un acteur (役者 yakusha) sur scène (舞台 butai), en suivant le fil conducteur (筋書き sujikaki) d’un texte (本 hon) composé par un auteur, portant toutes sortes costumes et accomplissant toutes sortes de mots et gestes (言動 gendō) réalise une performance (演ずる enzuru) devant des spectateurs (着客 kankyaku) : spectacle (shibai),  kyōgen, saynète (wazaogi), kabuki, pièce (演戯 engi)19.

Tout en adoptant une conception large, englobant les arts de la scène japonais comme le kyōgen ou le kabuki, cette définition, influencée par la conception occidentale du « théâtre » se focalise sur le texte et sur l’intrigue, sans faire mention de la musique et de la danse, le jeu de l’acteur étant décrit de façon très générale. On notera que cette définition inclut l’ancien mot 芝居 shibai, synonyme d’engeki, et introduit le mot 演戯 engi [« performance jouée »]. Composé, comme le mot engeki, à partir de l’élément 演 en [« performance »] et de l’élément 戯 gi désignant un « jeu » scénique. Proches de ce terme, on trouve également 戯曲 gikyoku au sens spécifique de « pièce » et 遊戯 yūgi (de 遊 [« jeu »]) au sens de « divertissement scénique ». Formé sur le terme 戯曲 gikyoku, on trouve aussi l’adjectif 戲曲的 gikyokuteki : « théâtral, dramatique ». Pour simplifier, disons que les composants 劇 geki et 戯 gi en japonais réfèrent de façon assez générale au « théâtre », à l’anglais « play/drama » et au français « pièce de théâtre/drame ». De même que les notions de « théâtre » et de « drame » tendent à l’équivalence, les sens de 劇 geki et de 戯 gi se superposent souvent. Qu’en est-il maintenant de l’usage de ces termes pour le , singulièrement absent de la liste des exemples de « théâtre » [演劇 engeki] donnés par la définition du Grand Dictionnaire Sino-japonais ?

Un « art de la scène »

L’art du rentre en 2008 comme patrimoine immatériel reconnu par l’UNESCO, aux côtés du kabuki et du bunraku, sous le nom de « théâtre » en français et de « theatre » en anglais20. De fait, l’appellation engeki, équivalent du mot « théâtre » est possible pour le  : nous avons bien affaire selon une définition large, à une performance d’acteurs, réalisant des gestes et des mots, sur une scène, devant des spectateurs. Toutefois, tout au long du XXe siècle, cette appellation est polémique au Japon : l’appartenance du à l’engeki est mise en cause par les spécialistes de théâtre qui insistent au contraire sur le caractère « non théâtral » [非戲曲的 higikyokuteki] de cet art21.

Il est caractéristique que le Japan Arts Council, sur son site internet, n’utilise pas la notion générale de « théâtre » mais celle de « pratique des arts de la scène » [舞台芸術 butai geijutsu] en y incluant , kabuki et bunraku22. Par opposition à l’universalisme du mot « théâtre », la notion de 芸術 geijutsu [« arts »] renvoie plus spécifiquement aux arts japonais. Cette expression est fréquemment remplacée par le terme 芸能 geinō au sens d’ « arts de la performance », un terme composé de 芸 gei [« arts »] et 能 [ « talent » ] (en particulier scénique) que l’on trouve déjà dans les écrits de Zeami et qui est souvent spécifiée aujourd’hui sous la forme « arts traditionnels de la performance » (伝統芸能 dentōgeinō). Ajoutons à ces désignations le terme 伎芸 gigei, qui insiste de son côté sur la « technique [伎 gi] » de la scène et que l’on retrouve par exemple dans le mot 演伎 engi [« techniques de la performance »] ou encore 歌舞伎 kabuki, littéralement : « technique [伎 ki] du chant [歌 ka] et de la danse [舞 bu]. Ces différents mots renvoient à un même univers scénique : les pratiques artistiques de la scène supposent l’acquisition d’une « technique » [伎芸 gigei] ainsi qu’un savoir-faire, un « talent artistique » [芸能 geinō], mot que l’on trouve déjà dans les écrits de Zeami. On trouve également dans les traités de Zeami le mot 態 waza (graphie moderne : 技) qui désigne « la technique, l’art/ l’habileté / la profession d’artiste », et par extension le « spectacle » produit par les techniques artistiques. Quant au composant 能 [« talent »], présent dans le mot geinō, il est également employé dans les ouvrages de Zeami et on le retrouve dans les termes japonais modernes 能力 nōryoku [compétence] ou 能う atau [être capable]. Il est à l’origine de l’emploi postérieur à Zeami du mot 能 au sens de genre du nō : comme dans le cas du mot latin ars, nous sommes passé du sens de « savoir-faire/talent/capacité » dans le domaine artistique à la notion d’« art ».

Dans les temps anciens, plusieurs « arts » se faisaient concurrence, en particulier le 猿楽能 sarugaku nō  [« art du sarugaku »] et le 田楽能 dengaku nō  [« art du dengaku »]. Alors que l’« art du dengaku » tombe en désuétude, et que l’« art du sarugaku » au contraire, est reconnu et pratiqué par la caste des samouraïs, le simple terme 能 va pouvoir désigner sans ambiguïté l’art du sarugaku : le sera considéré comme « Art » par excellence23. Cette appellation va se généraliser à partir de l’ère Meiji, remplaçant définitivement le terme sarugaku.

Un art du chant et de la danse

Le nō : un art de la scène chanté et dansé

L’appellation contemporaine « art de la scène » [舞台芸術 butai geijutsu] apparaît plus satisfaisante que celle de « théâtre » : elle évite de choisir une entrée de lecture trop spécifique qu’il s’agisse des paroles, du chant ou de la danse, en insistant sur l’aspect technique de l’art de l’acteur. En outre, le terme 舞台 butai renvoie littéralement à un « plateau » [台 tai] de « danse » [舞 bu], mais désigne de façon plus vaste une « scène de jeu ». Les mots du spectacle, désignés par le terme « paroles de scène » [台詞 zerifu], sont intégrés à un « livret de scène » [台本 daihon] : ceci indique non une forme de littérature mais une réalité scénique où le texte prend place parmi d’autres composantes.

De fait, toute l’histoire du a pour constante ce plateau placé au centre de l’espace de jeu24 : sur le plateau de danse, surface carrée encadré par quatre piliers, se tient le仕手 shite25, un acteur costumé et masqué, par son chant et sa danse, joue le rôle de protagoniste. Il est flanqué d’un acteur non-masqué, le 脇 waki, qui se tient la plupart du temps assis sur le côté du plateau est interagit avec le shite mais dont le jeu physique est très réduit. À droite du plateau par rapport au spectateur, se tient assis un groupe choral, appelé 地謡 ji-utai [« chant du sol »] ou parfois 同音 dō-on [« unisson »] qui ne possède pas de rôle de personnage. Derrière le plateau, face aux spectateurs, se tient l’orchestre [囃子 hayashi] composé de trois musiciens assis : deux joueurs de tambours à main – petit tambour [小鼓 kotsuzumi] et grand tambour [大鼓 ōtsuzumi ] – qui accompagnent leur jeu par des cris caractéristiques (掛声 kakegoe), ainsi qu’un joueur de flûte de [能管 nōkan]. Ce dispositif permet d’allier la danse et le chant qui, selon Zeami, constituent les deux éléments constitutifs du  :

La substance de notre divertissement (遊楽 yūraku) c’est la danse et le chant (舞歌 bu-ka). Si la semence en est une figure humaine qui ne fait pas advenir le spectacle de la danse et du chant (舞歌二曲の態 bu-ka futatsu kyoku no waza), alors, quand bien même il s’agirait d’une personne du passé ou d’un artiste renommé, il n’y aura certainement pas l’effet visuel (見風 kenbū) approprié au divertissement (遊楽 yūraku) 26.

Si Zeami insiste ici sur l’« effet visuel » [見風 kenbū], l’effet auditif n’est jamais oublié. Ainsi dans le chapitre de ses entretiens avec son fils, le théoricien définit l’espace de la scène pour que les voix soient bien audibles. De façon significative les membres de l’assistance ne sont pas nommés « spectateurs » [観客 kankyaku : « hôtes-spectateurs »] comme dans le japonais moderne, mais « auditeurs-spectateurs » [見聞の人 kenmon no hito]27. Telle est donc ce qui est attendu des personnes [人 hito] venues assister au nō : non seulement « voir » [見る miru] mais « écouter » [聞く kiku]. Le n’est donc pas conçu comme un simple « spectacle » (見世物 misemono en japonais moderne) mais comme un divertissement auditif et visuel 28. Les artistes ont pour mission de faire voir et de faire entendre, ce que Zeami résume par la double formule « ouvrir les oreilles » [開聞 kaimon] et « ouvrir les yeux » [開眼 kaigen]29.

Une définition un peu plus précise du pourrait donc être la suivante : un art de la scène, réalisé par des acteurs masqués et costumés, dans lequel, par le chant et la danse, la vue et l’audition sont sollicitées à égalité. Encore devons-nous préciser comment le chant et la danse s’articulent au texte du .

L’interdépendance du texte, de la musique et de la danse

Dans le nō, la musique et les gestes ne sont pas créés après coup : à l’époque de Zeami, musique, textes et gestes sont composés simultanément par le même créateur qui est à la fois poète, compositeur et chorégraphe. Dit autrement : contrairement à nos habitudes théâtrales contemporaines, le nō se réalise sans mise en scène. L’ensemble du jeu scénique (vocal, musical, gestuel) est créé simultanément, puis transmis à l’identique par un enseignement de maître à élève, aidé par les « livrets de scène » [台本 daihon]. Le se décompose en « segments spectaculaires » [小段 shōdan] strictement codifiés : chacun de ces segments, qui comporte un nom spécifique, indique un certain type de diction, de musique et/ou de gestualité associé aux « paroles de scène » [台詞 zerifu] 30. Ces segments spectaculaires, malheureusement absents des éditions francophones postérieures à Noël Peri mais que l’on trouve dans la plupart des livrets japonais constituent, pour donner un équivalent approximatif, la conjonction d’un livret de chant et d’un livret de danse.

Grâce aux segments spectaculaires, la danse et le chant sont en quelque sorte encodés dans le texte : la simple mention d’un nom de segment permet de connaître le type de diction, de musique et de gestualité utilisés. Par exemple, l’entrée du waki en début de pièce se fait traditionnellement par la séquence de trois segments : nanori, michiyuki et tsukizerifu. Le nanori (名ノリ) est un segment spectaculaire en prose sans musique durant laquelle le waki se présente sur le pont et décrit les raisons de sa venue. Durant le « chant de route » [道行 michiyuki] il décrit par un chant accompagné des tambours son voyage et se déplace jusqu’au plateau de jeu. Arrivé sur le plateau, il prononce quelques lignes sans accompagnement musical nommées « paroles d’arrivée » [付キゼリフ tsukizerifu] durant lesquelles il se tourne vers le spectateur est décrit le lieu où il est parvenu. Cet encodage par segments spectaculaires que l’on retrouve dans les éditions littéraires de , est accompagné dans les « livrets de chants » [utai-bon] utilisés par le groupe des chanteurs, par des notations musicales [胡点 goma-ten]31, qui indiquent la mélodie spécifique à chaque pièce : chaque type de chant prête à la composition d’une mélodie variant d’une pièce à l’autre. Dans les livrets individuels de chaque pièce, ces notations musicales sont couramment associées à des figurations schématiques des déplacements dansés sur le plateau, des figures codifiées et des gestes qui y sont associées (型 kata « formes », ou dans la terminologie de Zeami 手 te « mains »)32. Il est significatif que ces segments spectaculaires soient également notés dans les éditions érudites : si les textes de sont intégrés aux œuvres « classiques » [古典 koten] de la culture japonaise, ils ne sont donc jamais considérés comme de la littérature à proprement parler. Même si dans ces éditions les annotations musicales, les gestes et les déplacements dansés ne sont pas notés, les textes sont nommés « pièces de chants de nō » [謡曲 yōkyoku]33, rappelant que les paroles sont indissociables d’une diction spécifique sur scène.

Certains segments sont vocalisés par le shite, d’autres par le waki, d’autres par le groupe du ji-utai, d’autres sont purement musicaux et gestuels. Les type de chants de sont variables et vont de la diction en prose simple à la diction chantée en vers régulier en passant par différentes formes intermédiaires psalmodiées. En outre, la diction est tantôt accompagnée par l’orchestre, tantôt prononcée sans accompagnement. Ajoutons que la diction est tantôt synchronisée avec le rythme des tambours (拍子合 hyōshi-ai), tantôt non-synchronisée avec le rythme des tambours (拍子不合 hyōshi-fuai), créant alors un effet de décalage avec les paroles. On peut globalement relever la récurrence d’une structure ternaire ordonnée suivant ce schéma : diction non-chantée sans orchestre (type 言葉 kotoba) , puis diction ornée avec rythme de tambour non-synchronisé (type 指し sashi ), puis diction chantée avec rythme de tambour synchronisé (type 歌 uta). Chaque séquence suit des règles attendues à l’intérieur de la structure d’ensemble du nō : certains chants spécifiques sont attendus en début de , tel le 次第 shidai chant de début de pièce qui annonce le thème du nō , le クセ kuse, chant choral de milieu de partie illustré par une danse du shite sur le plateau de danse, le 切り kiri, séquence finale qui inclut fréquemment des gestes mimétiques etc. Il ne s’agit en réalité que de quelques exemples de la complexe structure musicale et dansée du nō qui prend en compte les entrées et sorties d’acteurs, les rencontres, l’espace de jeu, et un rythme propre théorisé par la notion de 序破急 jo-ha-kyū [introduction, rupture, final]34.

Le est donc un art structuré par le chant et la danse. Peut-on encore préciser ? Les premiers érudits l’ont décrit comme un « drame »35, appellation adoptée par Noël Peri sous la forme « drame lyrique » mais rejetée par René Sieffert. En quoi cette appellation se distingue-telle de celle de « théâtre » et en quoi est-elle pertinente ou non pour décrire le nō ?

Entre discours et récit : l’impossible drame

Un art scénique hybride ?

Claudel affirme avec une grande justesse : « le drame, c’est quelque chose qui arrive, le c’est quelqu’un qui arrive36. » Le poète entend par cette formule que le genre du ne développe pas d’action : tout a déjà eu lieu. Il n’y a ni nouement ni dénouement : le est dépourvu d’intrigue à proprement parler. On peut certes y constater un fil conducteur et une opposition entre les protagonistes mais pas une intrigue au sens aristotélicien du terme37. Cette particularité met en cause l’usage du mot « drame » au sens courant de pièce de théâtre caractérisée par une intrigue. Il convient de considérer également le terme « drame » (drama) dans le sens que lui donne Aristote dans la Poétique au sens de « mode dramatique ».

La notion aristotélicienne de drama est étroitement liée au verbe grec dran signifiant « accomplir ». Dans la Poétique cette notion est associée au « mode » de performance, c’est-à-dire à la façon de réaliser la performance. Le Stagirite oppose en effet le mode « dramatique » propre à la tragédie, au mode « diégétique » qui caractériserait la performance épique :

En effet, il est possible de représenter (mimeisthai) les mêmes objets, avec les mêmes moyens ou bien en tant qu’on les rapporte – soit en devenant un autre comme le fait Homère soit en restant le même sans se transformer – ou bien en tant que tous ceux qui réalisent la représentation (mimoumenoi) sont à la fois les sujets de l’action et les sujets qui la mettent en œuvre (prattontes kai energountes) 38.

Dans le cas de l’épopée, c’est un interprète unique, le rhapsode, qui réalise à lui seul l’ensemble de la performance orale, mais sans agir en tant que personnage et sans produire de gestes : il se contente de rapporter les faits même si parfois il « devient un autre », comme le fait Homère, en citant les paroles de personnages. Dans le cas du drame (drama), la performance est accomplie par une pluralité d’acteurs qui réalisent l’action sur scène par le biais d’une représentation scénique.

La présence d’acteurs agissant au centre du plateau dans le peut, de prime abord, faire penser que nous avons affaire à un drame au sens aristotélicien du terme, à la manière donc d’une tragédie grecque. Et pourtant, une telle hypothèse est remise en cause par le rôle du chant du groupe choral : en effet, celui-ci ne représente aucun personnage. Assis sur le côté, il n’existe que par une voix à l’unisson qui n’est attribuable à aucun personnage. Cette voix chorale n’a donc rien à voir avec des choreutes au sens grec du terme, comme le souligne Nogami Toyoichirō39, l’un des plus grands spécialistes du nō :

Tandis que les membres du groupe choral en Grèce portaient comme les acteurs un masque (仮面 kamen) et un costume (衣装 ishō) et dansaient, les membres du groupe choral de , alignés dans l’espace qui leur est réservé, restent solennellement assis sans costume de scène, et tout en tenant seulement un éventail fermé, entonnent la récitation chorale (合唱 gasshō). (…) Le point le plus important est le suivant : si un n’est pas une pièce de théâtre (戲曲 gikyoku) au sens strict, la cause en est que, le chant choral (合唱歌 gasshōka) délivre les pensées (感情 kanjō) d’un personnage (人物 jinbutsu) sans dramatis persona. Fondamentalement, l’expression du est narrative (叙事的 jojiteki) 40.

L’analyse de l’énonciation par Nogami coïncide avec l’analyse de la performance épique par Aristote : le groupe choral de se contente de rapporter des faits ou les paroles sans avoir lui-même de voix propre. Nogami, ajoute à son analyse que cette voix est celle de l’auteur mais nous pouvons au contraire considérer, avec Aristote, que l’auteur s’efface dans sa narration produisant ainsi une voix impersonnelle41. En apparence, cette énonciation du chœur s’oppose aux paroles des acteurs qui apparaissent personnelles : conformément à nos habitudes dramatiques, quand l’acteur parle, les paroles sont celles du personnage dont il porte le costume.

Trouble dans l’énonciation

Vu au travers du prisme aristotélicien, le pourrait donc apparaître comme un genre hybride, faisant coexister au centre du plateau une performance « dramatique » produite par des acteurs tandis que l’unisson des chanteurs sur le côté produirait une performance « épique » impersonnelle. Il convient cependant de confronter cette hypothèse à un cas concret.

Prenons un des grands classiques de Zeami : le de guerrier Atsumori, dans lequel le waki joue Komagai, un ancien guerrier devenu moine et venu prier sur la tombe de son ancien ennemi, Atsumori, jeune guerrier tué dans la fleur de l’âge. Le fantôme d’Atsumori, sous l’apparence d’un faucheur d’herbes joué par le shite au milieu de compagnons, apparaît à Komagai. Tandis que ses compagnons s’éloignent, le faucheur d’herbe va progressivement révéler sa vraie nature au cours de deux segments spectaculaires : un dialogue chanté décalé par rapport au rythme des tambours (掛合 kakeai), puis un chant en vers régulier synchronisés avec le rythme des tambours (歌 uta) :

[掛合KAKEAI, DIALOGUE CHANTE]

WAKI (KOMAGAI) – Voilà qui est étrange ! Les autres coupeurs d’herbe sont tous rentrés chez eux et vous seul (on mi ichinin) demeurez ici. Quel motif vous retient ?

SHITE (JEUNE HOMME) – « Quel motif me retient ? » dites-vous (to). Dans les vagues du soir avec force, une voix salutaire m’a attiré ici. Veuillez faire pour moi (sazuke owashimase) les dix prières.

WAKI (MOINE) – Qu’à cela ne tienne. Je réciterai les dix prières. Mais qui êtes-vous (o koto wa taso) ?

SHITE (JEUNE HOMME) – À la vérité, je (ware) suis lié à Atsumori par le sang.

WAKI (KOMAGAI) – « Lié par le sang – Ah l’écho de ces mots me plonge dans l’affliction », dit-il (to), et joignant les paumes de ses mains : « Namu Amida Bu »42.

Nous retrouvons les ici les formes courantes du dialogue japonais : formules interrogatives (« Quel motif vous retient ? », « mais qui êtes-vous ? »), impératifs de demande (« Faites-pour moi les dix prières »), interjections (ya na) qui renvoient à la surprise du moine, indicateurs de personnes (« je »). Nous avons jusqu’ici toutes les marques habituelles d’un dialogue de type dramatique, jusqu’à ce qu’une réplique du moine vienne perturber l’effet mimétique par ce contenu inattendu : « dit-il (to), et joignant les paumes de ses mains ». L’introduction de « to », abréviation de « to itte » (« dit-il »), transforme le début de la phrase en discours rapporté, tandis que la fin de la phrase du waki prend la forme d’une description externe. Tout se passe donc comme si l’acteur, adoptant un point de vue impersonnel, devenait le narrateur de son propre rôle, venant briser l’effet mimétique. Poursuivons notre analyse par le chant qui suit et clôt ce passage :

[歌UTA, CHANT ]

SHITE ET WAKI, ENSEMBLE – « Si la chance m’échoit de rejoindre le Buddha, tous ceux qui dans les dix directions du monde invoquent le Buddha à travers moi, je le prendrai sous ma protection sans en rejeter aucun43»

JI-UTAI (GROUPE CHORAL) – « Oh ne me rejetez pas (susetase tamoyo na yo) ! Il suffit d’un seul cri. Chaque jour chaque nuit pour moi s’élèvent des prières. Oh quel bonheur ! Mon nom (waga na), je ne l’ai pas révélé et cependant le défunt dont, matin et soir, vos prières ont prononcé le nom, c’est moi (ware). » Et tandis qu’il lâche ces mots (to-ii-sutete), sa forme (sugata) s’évanouit et devient invisible. Sa forme (sugata) s’évanouit et devient invisible44.

Après une brève prière bouddhique chantée par les deux acteurs, c’est le groupe choral qui prend la parole, par un chant accompagné par le rythme des tambours. Les premières paroles du chœur sont sans ambiguïté la citation en discours rapporté des paroles d’Atsumori. De fait on trouve des marqueurs de première personne : « Mon nom » (waga na), « moi » (ware) ainsi qu’une demande de prière à l’impératif, d’où les guillemets qui ont été introduits dans la traduction en français. En revanche, les derniers mots du chœur sont un récit impersonnel : « Et tandis qu’il lâche (to-ii-sutete) ces mots, sa forme s’évanouit et devient invisible45. »

Dans les deux segments spectaculaires analysés, l’inclusion du discours rapporté nous confronte à une forme énonciative bien connue : la forme mixte que l’on rencontre dans l’épopée homérique et dont Aristote relève, après Platon, le procédé46. Nous avons affaire, dans les deux cas, à un énoncé épique où le narrateur adopte momentanément des énonciations mimétiques qui reproduisent les paroles du personnage : du point de vue de la performance, cet énoncé est tantôt accompli de façon personnelle par les acteurs, tantôt prononcé de façon impersonnelle par le groupe des chanteurs. Ainsi, dans la mesure où les acteurs ne jouent pas complètement leurs propres paroles mais en sont les énonciateurs distants, peut-on encore parler de « drame » ? Quel statut accorder à leur jeu ?

L’impossible drame

D’un point de vue aristotélicien, le apparaît comme une « chimère », une forme contradictoire que le spécialiste de Nogami Toyoichirō désigne par l’oxymore « drame épique »47. Le linguiste Kobayashi Kozue exprime le paradoxe introduit par la notion de « drame » et propose de nous débarrasser de ce terme :

L’emploi des termes « drame en vers » (詩劇 shigeki) ou « poème dramatique » (劇詩 gekishi) nous semble contradictoire, et leur définition étant excessivement confuse, ils ne sont par conséquent ici d’aucune utilité. […] Le est une forme contradictoire (矛盾体 mujuntai). Telle serait la définition la plus laconique, ou pour le dire autrement, le est un court poème transformé en performance scénique (上演 jōen) par le jeu d’acteurs sur la scène (舞台 butai).48.

Malgré l’exclusion du mot drame, Kobayashi ne nous débarrasse pas du paradoxe. Le linguiste est ainsi conduit à formule une nouvelle définition du en tant que « courte épopée jouée sur scène » (en anglais dans le texte : epyllion performed on the stage)49. Or, en passant ainsi du « drame » à l’« épopée » – deuxième terme de l’oxymore « drame épique » de Nogami – ne risque-t-on pas de formuler le paradoxe inverse ? Une « épopée dramatique » en quelque sorte. Si l’on postule une cohérence du , comment rendre compte concrètement de l’apparente contradiction entre la forme et le jeu scénique ?

D’un point de vue visuel, les acteurs vêtus du costume (et du masque pour le shite) d’un rôle, dispensent, même lorsqu’ils sont immobiles, par leurs postures, un support visuel continu, que l’on peut qualifier globalement de « mimétique »50. C’est ce que Zeami nomme les « figures humaines » [人体 jintai] dont il dénombre pour le shite trois types : la femme [女体 nyotai], le guerrier [軍体 guntai] et le vieillard [老体 rōtai]51. Chaque type, possédant une posture et une gestuelle codifiée, est associé à un masque et un costume spécifique dépendant de sa situation : le rôle d’Atsumori appartient au type du guerrier. Face à lui, Komagai adopte un rôle stéréotypé de moine itinérant. Atsumori revêt deux formes : une apparence de jeune homme, puis sa véritable identité de jeune guerrier dans la seconde partie. Dans chacune des parties, l’apparence du rôle offre ce que nous pouvons un continuum mimétique visuel. De ce point de vue, la distribution visuelle de rôles induit sur les spectateur moderne ce que nous pouvons nommer un « effet dramatique ». Cependant, il n’en va pas de même du point de vue des voix car l’effet mimétique se trouve constamment partagé entre :

- une « voix personnelle » lorsque l’acteur réalise la voix de son personnage et une « voix impersonnelle » lorsque le groupe choral cite les paroles du personnage.

- une « énonciation personnelle » lorsque l’acteur ou le chœur produisent un discours du rôle, une « énonciation impersonnelle » lorsqu’ils produisent un récit.

Cette situation permet, suivant l’usage de la voix et de l’énonciation, de produire différents degrés de mimèsis vocale en complément de la forme visible du rôle : à chaque fois que le chœur parle, la mimèsis est diffractée entre le corps du rôle et la voix qui prononce les paroles de ce rôle ou qui produit un récit sur ce rôle. Quand le rôle produit la voix, nous avons un effet mimétique renforcé si l’acteur ajoute à la présence visible du corps de son rôle les paroles mêmes de ce rôle mais peut être contredit quand l’énonciation se transforme en narration impersonnelle. Les moments qui nous apparaissent dramatiques sont donc illusoires dans la mesure où l’ensemble des discours est intégré à un dispositif relevant du récit : si une forme d’effet dramatique apparaît, il s’agit d’une illusion fragile qui finit toujours par basculer dans le récit.

Ajoutons un dernier point : l’usage du corps est, lui aussi, imparfaitement mimétique. De fait, il est fréquent que la posture des rôles soit figée : le corps offre alors par sa posture, sa direction, sa position sur le plateau, une présence visuelle minimale, que Zeami nomme « forme » [形 katachi] ou « silhouette » [姿 sugata]. La plupart du temps, les acteurs produisent très peu de mouvements mimétiques : un mouvement du masque, le geste d’essuyer des larmes ou de prier par exemple. L’usage de l’éventail montre bien les limites de l’effet mimétique du nō : il sert de support à une danse abstraite, où seuls quelques rares gestes vont représenter une action. Ainsi, au cours de la danse d’Atsumori, un coup d’éventail fermé représentera un coup d’épée, tandis qu’un éventail ouvert symbolisera, le temps d’un geste en arrière, un bouclier. On le voit : il s’agit la plupart du temps d’une mimèsis partielle. Les rares moments mimétiques se situent généralement à la fin de la pièce : le shite troque alors son éventail pour un objet réel. Ainsi au lieu d’un éventail, le fantôme d’Atsumori va manier une épée dont il menace Komagai. Cependant, cet effet mimétique ne dure pas longtemps : Atsumori lâche finalement l’épée qui est aussitôt remplacée par un éventail.

La mimèsis des acteurs de nō est donc très différente de celle de la théorie aristotélicienne. Les acteurs ne réalisent pas à proprement parler un drame en tant que sujets réalisant l’action puisqu’au lieu d’une mimèsis complète ils proposent une forme de représentation intermittente, partielle, diffractée. Qu’est-ce qui assure le fil d’une telle performance ? D’une part, le récit qui se distribue entre chœur et acteurs et qui encadre les moments de discours, d’autre part, les corps visibles des rôles qui offrent un support visuel en ajoutant des effets de présence plus ou moins appuyés suivant les moments du nō.

Un récit scénique, chanté, dansé et musical

Alors le nō est-il soluble dans le théâtre ? Certes, mais avec ce défaut précisément… qu’il s’y dissout : il y perd toutes ses caractéristiques et nous expose à une lecture focalisée sur le texte. C’est pourquoi il apparaît préférable d’adopter la notion d’« art de la scène » [舞台芸術 butai geijutsu], mobilisant à égalité chant, danse et musique en tant que constituantes conjointes. En outre, malgré la présence visuelle de rôles sur scène qui produisent à certains moments des discours au style direct, le nō n’est pas à proprement parler un art « dramatique » mais un art « narratif » : les artistes réalisent une performance mais ils ne « jouent » pas au sens dramatique du verbe grec dran. Si l’on tient absolument à rendre compte de l’effet mimétique produit par le récit sur le spectateur, nous dirons que le nō est un genre « paradramatique » : ça ressemble à un drame, c’est beau comme un drame mais ce n’est pas un drame. Un art de la scène « épique » au sens que lui donne Brecht dans sa description du « théâtre épique »52 ? Cette appellation est encore préférable : l’adjectif brechtien fait voir la modernité du nō et sa résonnance avec l’avant-garde et avec ce que Hans-Thies Lehman nomme le « postdramatique »53. En outre, cette façon d’aborder la scène japonaise est cohérente avec la tradition des 物語 monogatari, récits chantés accompagnés de musique est bien ancrée dans la culture depuis le Moyen Âge. De même, lorsque les genres du kabuki et du bunraku, descendants indirects du nō, adaptent les techniques musicales du jōruri, long récit accompagné de shamisen, c’est à nouveau la technique du monogatari que nous retrouvons sur scène. L’originalité du nō est d’avoir puisé dans des formes scéniques issue du bouddhisme et du shintoïsme pour inventer un art de la scène narratif chanté et dansé.

Bibliography

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Notes

1 Peri Noël, Le Théâtre nô, études sur le drame lyrique japonais, EFEO, Paris, 2004 (articles publiés dans le Bulletin de l’EFEO entre 1909 et 1920), p. 37. Return to text

2 Sieffert René (trad. du japonais et présentation de textes théoriques et de pièces de Zeami), La Tradition secrète du nô, Connaissance de l’Orient, Paris, Gallimard/ UNESCO, 1960, p. 13. Return to text

3 Godel Armen et Kano Koichi (traduction, présentation et annotation de pièces de Zeami) : La Lande des mortifications. Vingt-cinq pièces de nô, Paris, Connaissance de l’Orient, Gallimard, 1994, passim. Return to text

4 Martin Éléonore, « La traduction du terme Xiqu 戏曲 par « opéra » : quels malentendus ? » in De Sanctis, Arianna Berenice, Jeong Ae-Ran, Lee Hyunjoo et Martin Eléonore (éd.), L’Évolution de la langue et le traitement des « intraduisibles » au sein de la recherche, Éditions des archives contemporaines, 2016, p. 111-118. Return to text

5 Omote Akira et KatŌ Shūichi (éd.), 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku),日本思想大系 (Nihon shisō taikei : Grandes œuvres de la pensée japonaise) tome 24, Tōkyō, Iwanami shoten, 1974, p. 167 ; Bugne Magali, De l’imitation à l’émulation : la représentation des passions dans les nô de type féminin de Konparu Zenchiku (1405-1570 ?), thèse soutenue à l’Université de Strasbourg, 2017, t. II, p. 429-430. Return to text

6 Peri Noël, Le Théâtre nô, études sur le drame lyrique japonais, op. cit., p. 39-40. Return to text

7 O’Neill Patrick G., Early Noh Drama: Its Background, Character and Development 1300-1450, London, LundHumphries, 1958. Return to text

8 Omote Akira et KatŌ Shūichi, 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku), op. cit., p. 41 ; Sieffert René, La Tradition secrète du , op. cit., p. 89. Return to text

9 Rappelons que la Chronique des faits anciens publiée en 712 rassemble des mythes anciens et constitue l’un des classiques japonais. Sur cet épisode, voir Ortolani Benito, The Japanese Theatre: from Shamanistic Ritual to Contemporary Pluralism, Princeton, Princeton University Press, 1995 (1ère éd : Brill, Leiden, 1990), p. 4-7. Return to text

10 Omote Akira et KatŌ Shūichi, 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku), op. cit., p. 38 ; Sieffert René, La Tradition secrète du nô, op. cit., p. 86. Return to text

11 Ibid. p. 87. Return to text

12 Si une partie des est intégrée au calendrier festif des sanctuaires, une autre partie est donnée en privé, par exemple à la cour du shōgun, comme simple divertissement. Return to text

13 Tschudin Jean-Jacques, Histoire du théâtre classique japonais, Toulouse, Anacharsis,‎ 2011, p. 175-177. Return to text

14 En 2008, l’art du est reconnu comme patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Bien entendu, cette laïcisation n’empêche pas que cet art poursuive sa fonction religieuse par la pratique de performances sur les scènes des sanctuaires japonais. Return to text

15 À l’origine, le public « se tenait » [居る iru] sur une « pelouse » [芝 shiba]. Le terme 芝居 shibai servait ainsi à désigner des performances en plein air, cependant ce terme, encore employé aujourd’hui, en est venu à désigner tous types de performances scéniques. Return to text

16 Watanabe Moriaki, 『演劇とは何か』(Engeki to wa nani ka : Qu’est-ce que le théâtre?), Tōkyō, Kōdansha, 1990, p. 10. Return to text

17 Le terme 劇/剧 jù en chinois, que nous traduisons par « spectacle » désigne une performance (litt. « violence ») et renvoie plutôt à des spectacles militaires et non à des drames au sens occidental du terme. Return to text

18 Nommé également 國劇/ 国剧 guójù (spectacle national). Il s’agit du genre que l’on nomme vulgairement en français « opéra de Pékin ». Return to text

19 Morohashi Tetsuji, (dir.)『大漢和辞典』(Dai kanwa jiten : Grand Dictionnaire Sino-japonais), vol. 7, Tōkyō, Taishūkan Shoten, 2000, p. 7125. Return to text

20 « Convention pour la sauvegarde du patrimoine immatériel », Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine immatériel, troisième session, Istambul, 4-8 novembre 2008. Return to text

21 Nogami Toyoichirō, 合唱歌の非戲曲的性質-能とギリシア劇との比較(Gasshōka no hi-gikyokuteki seishitsu - nō to girishageki to no hikaku : la nature non-théâtrale du chant choral, comparaison entre le théâtre grec et le ) in『能の再生』 (Nō no saisei : Renaissance du nō), Tōkyō, Iwanami Shoten, 1935, p. 120-146 ; Kobayashi Kozue ,能は演劇であるのか (Nō wa engeki de aru no ka ?: Le nō est-il du théâtre ?), 『人文研究Jinbunkenkyū, 54/7, Osaka, Osaka Shiritsu Daigaku, 2003, p. 1-30. Return to text

22 Lien internet au 14/01/2022 : www.ntj.jac.go.jp Return to text

23 Cette appellation se diffuse sous l’ère Meiji avec la création en 1881 de la « Société de nōgaku » [能楽社 nōgagusha] puis en 1896 de la « Société d’études du » nōgakkai [能学会] qui lui succède. Return to text

24 Ce plateau de jeu de forme carrée se retrouve par exemple dans les danses de cour du 舞楽 bugaku et dans les danses shintō de 神楽 kagura. Cette forme carrée évolue ensuite pour devenir un grand plateau rectangulaire dans le kabuki. Voir la description de la scène donnée par Zeami, sous le nom de 舞台 butai, in Murakami Giroux Sakaé, Zéami et ses entretiens sur le nô, Publications orientalistes de France, Paris, 1991, p. 212-213 ; Omote Akira et KatŌ Shūichi, 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku), op. cit., p. 292). Pour une histoire de la scène de , voir O’Neill Patrick G., Early Noh Drama, op. cit., p. 59-84. Return to text

25 Ou 為手 shite dans la graphie zeamienne. Return to text

26 Omote Akira et KatŌ Shūichi, 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku), op. cit., p. 133 ; Bugne Magali, De l’imitation à l’émulation, op. cit., 429-430 (trad. modifiée : nous traduisons 人体 jintai par « figure humaine » plutôt que par « personnage »). Return to text

27 Omote Akira et KatŌ Shūichi, 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku), op. cit., p. 292 ; Murakami Giroux Sakaé, Zéami et ses entretiens sur le nô, op. cit., p. 212. Return to text

28 見世物 est un calque du mot franco-anglais spectacle, du latin spectaculum, dérivé du verbe spectare : « voir, regarder ». Return to text

29 Omote Akira et KatŌ Shūichi, 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku), op. cit., p. 141; Bugne Magali, De l’imitation à l’émulation, op. cit., p. 443. Return to text

30 Peri 2004 [1909-1920], p.49-69 donne un bon aperçu de ces segments. Pour une liste complète, voir lexique in Emmert Richard, The Guide to Noh of the National Noh Theater, 1-6, Tōkyō, 2012-2017 : cet ouvrage décrit de façon précise la structure spectaculaire des pièces. Return to text

31 Les 胡点 goma-ten, « points de sésame » en référence à leur forme de grains de sésame, sont des indications sous forme de points ajoutés à côté des syllabes et qui indiquent l’inflexion de la voix (égale, montante, descendante). Accompagnée de divers signes encadrant ce système, la notation par les « points de sésame » s’apparente à une notation neumatique. Return to text

32 Omote Akira et KatŌ Shūichi, 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku), op. cit., p. 271-272 ; Murakami Giroux Sakaé, Zéami et ses entretiens sur le nô, op. cit., p. 178. Return to text

33 Composé de utai/yō [chant de nō] et de 曲kyoku [morceau, air de musique]. Return to text

34 Yokomichi Mario, The Life Structure Of The Noh (traduit du japonais par Franck Hoff et Willi Flindt), Kyōto Concerned Theatre Japan, 1973, p. 241-244). Return to text

35 Peri emploie l’expression « drame lyrique » (Peri Noël, Le Théâtre nô, études sur le drame lyrique japonais, op. cit, 2004). Ernest Fenollosa, grand connaisseur du contemporain de Peri, décrit ce genre comme un « Japanese drama » (Fenollosa Ernest (ed. Ezra Pound), Noh or Accomplishment. A Study of the Classical Stage of Japan, Forgotten books, London, 2017 (1ère éd.: London, Mcmilan 1916, p. 101).  En anglais, durant tout le XXe siècle, les traducteurs utilisent de façon à peu près équivalente les termes « noh drama » et « noh play ». Return to text

36 Claudel Paul, Connaissance de l’Est suivi de L’Oiseau noir dans le Soleil levant, Paris, Gallimard, 1974 [1929] p. 214. Return to text

37 C’est le point de départ de l’étude comparative de Mae Smethurst qui tâche de retrouver – non sans difficulté – des formes de dramaticité dans des tardifs : Mae J. Smethurst, Dramatic Action in Greek Tragedy and Noh: Reading with and beyond Aristotle, Lanham (USA) / Plymouth (UK), Lexington Books, 2013. Return to text

38 Aristote, Poétique, 1448a-20-23 (nous traduisons). Return to text

39 Nogami Toyoichirō (1883-1950) est l’un des principaux spécialistes de qu’il contribue à vulgariser dans la première partie du XXe siècle. Professeur de lettres à l’Université Hōsei, il en deviendra le président de 1946 à 1950. Le Nogami Memorial Noh Research Institute of Hosei University, situé dans les bâtiments de l’université Hōsei à Tōkyō, lui rend hommage. Return to text

40 Nogami Toyoichirō (1935), 合唱歌の非戲曲的性質-能とギリシア劇との比較(Gasshōka no hi-gikyokuteki seishitsu - nō to girishageki to no hikaku : la nature non-théâtrale du chant choral, comparaison entre le théâtre grec et le ), op. cit., p. 140 (nous traduisons). Return to text

41 Aristote, Poétique, 24, 1460a, 5-10. Cf. la notion d’« histoire » dans la définition d’Émile Benveniste : « À vrai dire il n’y a même plus de narrateur. Les événements sont posés comme ils se sont produits à mesure qu’ils apparaissent à l’horizon de l’histoire. Personne ne parle ici ; les événements semblent se raconter d’eux-mêmes. » (Benveniste Emile, « De la subjectivité dans le langage », Problèmes de linguistique générale, t.1, Paris, Gallimard, 1966, p. 262). Sur cette question discutée par les narratologues, voir : Kuroda Shigeyuki, Pour une théorie poétique de la narration, (trad. de l’anglais par Cassian Braconnier, Tiên Fauconnier et Sylvie Patron), Paris, A. Colin, 2012 (éd. américaine : Toward a Poetic Theory of Narration : Essays of S.-Y. Kuroda, Berlin / Boston, Walter De Gruyter Mouton, 2014) et Patron Sylvie, La Mort du narrateur et autres essais, Limoges, Lambert-Lucas, 2015. Return to text

42 Yokomichi Mario et Omote Akira (éd.)‎ 『謡曲集』Yōkyokushū (recueil de pièces de ), 日本古典文学大系 (Nihon koten bungaku taikei : Grandes œuvres de la littérature classique, vol. 41 et 42, Iwanami Shoten, Tōkyō, 1960-1963 col. 4, p. 236 ; Godel Armen et Kano Koichi, La Lande des mortifications, op. cit., p. 489-490. Return to text

43 Ibid., p. 490 : « Ce sont les vœux d’Amithâba sous forme de prière, tels qu’ils sont rapportés dans le Kamuryôjukyô. » Return to text

44 Yokomichi Mario et Omote Akira, 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku), op. cit., col. 4, p. 236-237 ; Godel Armen et Kano Koichi, La Lande des mortifications, op. cit. 1994, p. 489-490. Return to text

45 Ibid. Return to text

46 Platon, La République, III, 392c-394c. Aristote, La Poétique, II, 1448a, 20-25. Voir Lallot Jean et Dupont-Roc Roselyne (éd., trad. et commentaire), Aristote. Poétique, Paris, Seuil, 1980, p. 160-161. Return to text

47 Nogami Toyoichirō, The Noh and Greek Tragedy, Sendai, Sendai International Cultural Society, 1940, p. 4. Return to text

48 Kobayashi Kozue, loc. cit, p. 4-5. Return to text

49 Ibid., p. 6. Return to text

50 Sur la mimèsis aristotélicienne, voir Lallot Jean et Dupont-Roc Roselyne, Aristote. Poétique, op. cit., p. 17-22. On rapprochera la mimèsis de la notion zeamienne de 物真似 monomane (Abe Yoshishige, 世阿弥のものまね論 」 (Zeami no ‘monomane’ ron : la théorie du monomane de Zeami), 文学Bungaku, avr. 1986, Iwanami shoten, p. 19-30. Return to text

51 Voir Omote Akira et KatŌ Shūichi, 『世阿彌 禪竹』(Zeami. Zenchiku), op. cit., p. 126 ; Sieffert René, La Tradition secrète du nô, op. cit., p. 157. Return to text

52 Brecht Bertolt, (trad. Jean Tailleur) Petit organon pour le théâtre, Paris, l’Arche, 1970 [éd. allemande : Kleines Organon für das Theater, 1948] . Return to text

53 Lehman Hans-Thies (trad. Philippe-Henri Ledru), Le Théâtre postdramatique, Paris, l’Arche, 2002 (éd. allemande : Postdramatisches Theater, Verlag der Autoren, Francfort-sur-le Main, 1999). Return to text

References

Electronic reference

Maxime Pierre, « Le  est-il soluble dans le théâtre ? Retour sur la définition problématique d’un art scénique japonais », L'ethnographie [Online], 10 | 2025, Online since 02 septembre 2025, connection on 13 janvier 2026. URL : https://revues.mshparisnord.fr/ethnographie/index.php?id=1601

Author

Maxime Pierre

Docteur en lettres et arts, Maxime Pierre est PRAG à l’UFR Lettres Arts Cinéma de l’Université Paris Cité, où il enseigne le théâtre et les langues et cultures anciennes. Il est membre du laboratoire du CERILAC, de la SOFETH et de l’association Antiquité Territoire des Écarts. Après avoir travaillé sur les catégories de la poétique grecque et romaine, il consacre ses recherches aux théâtres de l’Antiquité et aux formes scéniques extra-occidentales dans une perspective de comparaison et de réception. Son travail porte en particulier sur le qu’il intègre à un travail de recherche comparative avec les théâtres anciens, en associant les outils de l’ethnopoétique et de l’ethnoscénologie.