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Appel à contribution

À l’écoute des lieux : le field recording comme pratique artistique et activisme écologique

Listening to places: field recording as an artistic practice and ecological activism

 

FRANÇAIS

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La présence inédite du son dans nos sociétés demande une réflexion approfondie, orientée vers l’élaboration d’une conscience et d’une éthique du son ; simultanément, elle en appelle à de nouvelles pratiques artistiques en musique et dans les arts sonores. Parmi les usages du son les plus intéressants à interroger aujourd’hui, à la fois du point de vue de l’éthique et de celui de l’esthétique, se trouve le field recording.

Le field recording correspond à un ensemble de pratiques de prise de son visant l’enregistrement du réel. Consubstantiel à l’apparition du microphone et au développement des technologies du son, cette pratique couvre le vaste domaine allant de la sphère du quotidien jusqu’aux œuvres proprement artistiques. Notamment, de par sa dimension documentaire, la production du field recording flirte avec un ensemble de préoccupations scientifiques et documentaires (nous pensons en particulier à la relation qu’il entretient avec l’anthropologie de la musique). Notre perspective souhaite inclure les propositions où convergent les enjeux de la science, de l’art et du documentaire.

Parfois discrédité du fait de ses usages commerciaux (easy listening, tourisme pour l’oreille, etc.), il peut néanmoins tout à fait s’insérer dans des démarches critiques et écologiques. Autrement dit, bien que le field recording ne soit pas intrinsèquement lié à une pensée écologique (dans ses expressions qui se focalisent uniquement sur la récolte d’objets sonores isolés, par exemple), sa convergence avec elle nous semble particulièrement pertinente et productive : il suffit de voir la diversité, la profondeur et la finesse des propositions artistiques qui vont dans ce sens (Hildegard Westerkamp, Chris Watson, Francisco López, Marja Ahti, David Monacchi, Félix Blume, Jez Riley French, Graciela Muñoz, Valentina Villaroël, Barry Truax, Jana Winderen, Proyecto Argentina Suena, Proyecto Sonidos de Rosario, entre autres).

L’enjeu général est de proposer une pensée du field recording qui se centre sur la réalisation et le partage d’expériences intenses et singulières du monde. Nous attendons des contributions qu’elles se centrent sur l’étude des potentialités éthiques, politiques et écologiques des pratiques artistiques du field recording, en lien avec les thématiques de l’expérience, du lieu, et des technologies du son. Au sein de cette perspective, de manière orientative et non pas limitative, nous proposons les axes suivants :

- Statut du field recording : l’une des richesses du field recording est sa transversalité, mais elle est aussi son point obscure. Démêler la part artistique de la part extra-artistique de chacune de ses productions, et la manière dont elle se combinent, nous permettra de penser le rapport de l’art à son dehors.

- Artivisme : le field recording peut s’insérer dans le champs des pratiques « artivistes », notamment lorsqu’il prend part à un activisme écologique. À travers cet axe, nous proposons d’envisager l’écoute comme un moyen stratégique pour reconfigurer nos rapports à nous-mêmes, aux autres, aux lieux, au monde.

- Dimension critique : la multiplication des productions se réclamant du field recording nous conduit à interroger les conceptions de l’art et du monde portées par leurs contenus et leurs démarches, en dénonçant ses usages opportunistes, visant au fond le profit (usages commerciaux, carriéristes, instrumentaux, etc., du son).

Cet appel de la revue Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société, comprenant des articles en français ou en anglais, se fera conjointement avec un appel pour un livre collectif en espagnol dans le cadre d’un projet de recherche INNOVART porté par des chercheur.ses de l’Université Paris 8 (France) et des Universidad del Nordeste et Universidad Nacional del Litoral (Argentine).

Pour la revue Filigrane, les propositions d’articles devront comprendre un résumé (6000 caractères max.) et une courte bio-biblio, en français ou en anglais, à envoyer AVANT LE 15 décembre 2020 à revue.filigrane2@gmail.com, alejandroreyna@live.com.ar et freychet.antoine@gmail.com. Si leur proposition est acceptée, les auteur.trices s’engagent à envoyer l’article AVANT LE 1er mai 2021, article qui sera soumis au comité scientifique de la revue.

Responsables du numéro de la revue Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société : Antoine Freychet, Alejandro Reyna, Makis Solomos.

 

ENGLISH

 

The unprecedented presence of sound in our societies requires careful consideration, directed towards creating an awareness and an ethics of sound; simultaneously, it calls for renewed artistic practices in music and the arts of sound. One of the most interesting uses of sound to be probed today, both from the ethical and aesthetic standpoints, is definitely field recording.

Field recording corresponds to a set of sound recording practices aiming at reproducing something real. Consubstantial with the use of the microphone, whose advent was part of the development of sound technologies, this practice covers the broad field from the area of everyday life to properly artistic works. Through its documentary dimension, field recording production notably draws near to a number of scientific and documentary concerns (here particularly we think of the relationship it entertains with the anthropology of music). We therefore wish to include in our project proposals merging the issues of science, art, and the documentary.

Subject to occasional disrepute due to its commercial uses (easy listening, tourism for the ear and so on), it can nevertheless get perfectly involved into critical and ecological approaches. In other words, although field recording is not intrinsically connected to any ecological thought (for instance, some of its expressions focus on the sole collection of isolated sound objects), the fact that it comes to merge with the latter seems particularly relevant and productive to us : one need only see the diversity, depth and subtlety of the artistic proposals in that direction (Hildegard Westerkamp, Chris Watson, Francisco López, Marja Ahti, David Monacchi, Félix Blume, Jez Riley French, Graciela Muñoz, Valentina Villaroël, Barry Truax, Jana Winderen, Proyecto Argentina Suena, Proyecto Sonidos de Rosario, to quote but a few). 

What is at stake in our proposal is to think field recording as centered on living and sharing intense, singular experiences of the world. We expect submissions to focus on the study of the ethical, political and ecological potential inherent in artistic field recording practices, in connection with the thematic issues of the sound-experience, -locus and -technologies. In point of such concerns, this includes, but is not limited to, the following research areas:

- Status of field recording: possibly the greatest asset of field recording, cross-sector readiness is also its dark point. Unravelling its artistic from its extra-artistic portions in each of its productions, and bringing to light the manner in which both combine, will enable us to think the relationship of art to its own exterior.

- Artivism: field recording may be inserted into the field of so-called “artivist” practices, especially when it takes part in an ecological kind of activism.  Following this path, we propose to regard listening as a kind of strategic means of redesigning our relationships to ourselves, to others, to places, to the world.

- Critical dimension: the soaring number of productions that avail themselves of field recording leads us to probe the concepts of art and the world conveyed by their contents and proceedings, and denounce its unscrupulous uses, deep down aiming at profits (using sound for business, career, instrumentalized, etc. purposes).

Jointly with the present call from the journal Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société, including articles in French or English, there will be another call for a collective work in Spanish as part of an INNOVART research project conducted by researchers of Université Paris 8 (France), as well as Argentina’s Universidad del Nordeste and Universidad Nacional del Litoral.

Regarding Filigrane, the proposals for this review are expected to include a 6000-character abstract (1000 words) and a short bio-bibliographical notice, in French or English, that are to be sent BEFORE December 15th, 2020 to revue.filigrane2@gmail.com, alejandroreyna@live.com.ar and freychet.antoine@gmail.com. If their proposal is accepted, the authors undertake to complete and send their contributions BEFORE May 1st, 2021. The submitted papers will be considered by the journal’s scientific committee.

Antoine Freychet, Alejandro Reyna, Makis Solomos are in charge of this issue of the journal Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société.