Projets pour un paradis moderne. Les loisirs dans la pensée architecturale (1800-1960)

Projects for a modern paradise. Leisure in architectural thinking (1800-1960)

Abstracts

Les architectes ont pensé les loisirs à partir du début du XIXe siècle, au moment où ils deviennent des enjeux sociétaux. Qualifiés de divertissements et de jeux, ils sont perçus comme une activité alternative au travail, un moment régénérateur. C’est aussi généralement le cas chez les utopistes sociaux, à l’exception de Charles Fourier qui, comme William Morris à la fin du siècle, transforment le travail en loisir et, dans une certaine mesure, le loisir en travail. Ces deux conceptions du loisir se retrouvent dans la pensée et la pratique architecturales du XXe siècle. D’une part une pensée fonctionnaliste prend acte du passage du loisir des élites aux loisirs de masse et conçoit des équipements destinés à régénérer les corps et les esprits. Elle donne naissance à l’architecture des loisirs telle que nous la connaissons depuis l’après-guerre. D’autre part des théoriciens, principalement situationnistes, qui s’efforcent de penser un monde nouveau dont le travail est appelé à disparaître. Les architectes les plus novateurs de la seconde moitié du XXe siècle ont, pour une part, fondé leur esthétique postmoderniste sur une pensée du jeu généralisé s’exerçant dans un temps libéré de toute contrainte.

Architects started thinking about leisure at the beginning of the 19th century, when it became a societal issue. Described as entertainment and games, they were seen as an alternative activity to work, a regenerative moment. This was also generally the case with social utopians, with the exception of Charles Fourier, who, like William Morris at the end of the century, transformed work into leisure and, to a certain extent, leisure into work. These two concepts of leisure can be found in the architectural idea and practice of the 20th century. On the one hand, functionalist thinking took note of the transition from elite leisure to mass leisure and designed facilities intended to regenerate bodies and minds. It gave birth to the architecture of leisure as we have known it since the post-war period. On the other hand, there were theorists, mainly situationists, who tried to think of a new world in which work would eventually disappear. The most innovative architects of the second half of the 20th century based their postmodernist aesthetics partly on a notion of generalized play in a time freed from all constraints.

Index

Mots-clés

Architecture, loisirs, travail, utopie, jeu

Keywords

Architecture, leisure, work, utopia, play

Outline

Text

L’architecture des loisirs s’est développée considérablement dans la seconde moitié du XXe siècle. Cette appellation, dans sa plus large acception, recouvre de multiples programmes. Ceux de la culture, théâtre, cinéma, bibliothèques (de plus en plus accueillantes et confortables) ; ceux du tourisme, résidences de vacances, complexes touristiques ; ceux du divertissement, casinos, parcs d’attraction et de loisirs conçus comme des véritables villes-spectacles où passe une population internationale de tous âges ; ceux des équipements sportifs, stades, piscines, terrains de jeux pour enfants et pour adultes. Mais ces diverses architectures ne remettent pas en cause les usages et les rythmes de ce temps des loisirs. Elles les mettent en forme, en espace et accompagnent leurs mutations. Il serait évidemment intéressant d’interroger la façon dont les usagers perçoivent le cadre dans lequel s’inscrit leur temps libre pour savoir s’il répond à leurs attentes et satisfait leurs besoins, mais une telle approche supposerait une longue enquête1. Le lecteur trouvera ci-dessous une étude en amont du phénomène, en remontant à ce qui en constitue une des sources : la pensée des architectes sur les loisirs.

Le loisir est depuis longtemps inscrit dans le travail des architectes, ne serait-ce que pour les classes privilégiées qui leur commandent villégiatures, jardins, jeux de paume, etc. À partir du XVIIIe siècle, les édifices de loisirs – le théâtre en particulier – représentent un enjeu social qui participe d’une politique de la Cité. Dès lors la question du temps des loisirs apparaît dans la relation qui lie architecture et société. C’est chez les architectes théoriciens, chez ceux qui ont placé les questions politiques et sociales au sein de leurs réflexions, que la question de l’organisation des loisirs apparaît le plus clairement. Il est donc question d’examiner comment les architectes et théoriciens de l’architecture ou de la ville ont pensé le cadre et la forme des loisirs en société, quelle a été leur perception des mutations des rythmes de vie, et quelles prescriptions ou prospectives ils ont envisagé pour les prendre en compte.

Ces questions peuvent être approchées par l’étude de deux moments, l’un comme l’autre situés après des révolutions politiques et industrielles. Le premier, incarné par Claude Nicolas Ledoux d’une part et les fouriéristes d’autre part, dessine une opposition entre une conception utilitariste du loisir et une autre libératrice. Le second, incarné par le Corbusier d’une part et les situationnistes d’autre part, reconduit cette opposition dans le contexte de la deuxième puis de la troisième révolution industrielle. L’acmé de cette confrontation, après la Seconde Guerre mondiale, est contemporaine de la prise de conscience de la naissance d’une civilisation des loisirs.

Loisir moral et régénérateur

Claude Nicolas Ledoux a incontestablement été un des premiers architectes à prendre conscience des bouleversements sociaux induits par une révolution industrielle dont il avait probablement vu les effets outre-Manche, puis par une révolution politique qui avait mis un coup d’arrêt à sa carrière. Architecte de grand renom en France à la fin de l’Ancien régime, célèbre pour l’originalité de ses hôtels particuliers, il est aussi le concepteur de la Saline de Chaux et des très impopulaires barrières d’octroi de la capitale. Sa carrière s’arrête avec la Révolution, mais son œuvre se poursuit dans son livre, inachevé : L’Architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation (1804). On y retrouve ses réalisations, insérées dans un projet de cité idéale immergée dans la forêt, parmi quantité d’autres projets purement théoriques qui témoignent de la prise en compte de l’évolution de la société. Parmi eux, plusieurs édifices sont destinés au loisir, envisagé comme un aspect de la vie sociale et de l’harmonie collective. C’est dans cette perspective qu’il projette des guinguettes, parfois rattachées au projet des « Propylées de Paris »2 – les barrières d’octroi. Ledoux semble distinguer – semble car le texte est profus voire confus – le loisir des oisifs de celui des laborieux.

Présentant une « Maison de jeux »3 vraisemblablement destinées aux oisifs, Ledoux indique que l’architecte doit « épurer » les mœurs, en l’occurrence il « fait aimer la vertu et abhorrer le crime ». Son projet, qui entend « battre les sentiers de l’oisiveté pour préserver les habitants des vices qui l’accompagnent », consiste à « faire un établissement où la corruption verseroit ses ordures pour soulager la misère ». Il exclut cependant les jeux de cartes, trop corrupteurs, mais prévoit un jeu de paume, des salles de danse, de jeux d’échecs, de trictrac, des restaurants, des cafés et des orchestres. Le jeu est nécessaire indique-t-il assez cyniquement, parce qu’il « étourdit l’homme sur les désordres de l’ordre social ». Il oppose cependant ce divertissement inutile aux mœurs saines obtenues par le travail et la prévoyance.

Les guinguettes destinées aux populations laborieuses présentent des objectifs moraux et régénérateurs plus précis. Ledoux n’a pas probablement un point de vue très éloigné de celui de Louis Sébastien Mercier, très critique sur ces lieux de plaisir faubouriens considérés comme corrupteurs4. En revanche Jean Jacques Lequeu donne une version aimable de ce lieu et de ses usages contemporains, avec un projet d’édifice dont tous les détails décoratifs renvoient à la consommation de vin et de fromage5. Sur la même feuille, il dessine un couple enlacé qui a trouvé refuge dans un « hamac d’amour », situé « dans un petit jardin de voluptés des plus agréables ». Lequeu ne semble envisager aucune légitimité sociale à cette recherche du plaisir.

Ce n’est pas le cas de Ledoux. C’est aux premières clartés du jour que le narrateur de L’architecture visite un « Édifice destiné aux récréations »6. Sans qu’il soit précisé à quel moment se situe « le temps destiné aux récréations », il semble qu’il s’agisse d’un jour de fête ou d’un dimanche puisque chacun se retire « sur les huit heures », « un peu fatigué, content de sa journée ». Dans une saine émulation, les exercices du corps surtout occupent les habitants, avant qu’ils s’assemblent pour un repas. L’inscription au frontispice de l’édifice ne laisse planer aucun doute sur sa fonction de régulation et de régénération : « Ici le plaisir et la modération conduisent au bonheur ». Enfin, toujours dans le livre de Ledoux, la description d’un projet de lavoir et d’abreuvoir est l’occasion d’évoquer les loisirs des femmes de la cité, des ménagères mythologisées : « Le crépuscule éveilloit la nymphe qui venoit au lavoir. […] On la voyoit exciter ses compagnes à la gaîté ; leurs loisirs, occupés par des chants d’allégresse, des danses, des plaisirs, passoient rapidement »7.

Les ouvriers se voient aussi accorder des loisirs intimement liés à leurs activités laborieuses. Décrivant la vie des employés de la Saline d’Arc-et-Senans, qu’il a réalisée dans les années 1770, Ledoux indique que « tous possèdent des jardins légumiers qui les attachent au sol », dans une conception qui annonce les jardins ouvriers du patronat philanthropique du XIXe siècle. « Tous peuvent occuper leurs loisirs à la culture qui assure chaque jour les premiers besoins de la vie »8 précise-t-il encore, ce qui indique bien leur caractère utilitaire. D’ailleurs, au début du paragraphe qui contient ces phrases, Ledoux indique que « rien n’échappe à la position dominante du directeur » – comprenons, sa surveillance, à partir du centre du plan de cette manufacture. Le « loisir » maraîcher est ainsi situé dans un emploi du temps contrôlé et organisé autour du travail.

Si Ledoux prévoit bien des édifices pour les loisirs, leurs temporalités et leur occupation sont déterminées par l’épuration des mœurs et la régénération des organismes. S’adressant avec emphase au Peuple dans l’introduction du livre, il lui indique que, dans ces « monuments rivaux des palais des modérateurs du monde », « tu pourras, par des jeux qui te seront préparés, dans des fêtes dont tu seras l’objet, effacer le souvenir de tes peines, boire l’oubli de tes fatigues, et, dans un délassement réparateur, tu puiseras des forces nouvelles et le courage nécessaire à tes travaux »9. Se délasser, se récréer, se régénérer, les termes seront encore ceux de Le Corbusier près de 150 ans plus tard.

Libérations ?

Les premiers socialistes et utopistes sociaux ont, à des degrés divers, promu une idéologie du travail, bien davantage que du loisir. Pour Robert Owen, Etienne Cabet ou Joseph Proudhon, le loisir est souvent une oisiveté coupable. Néanmoins, ces théoriciens socialistes, ou communistes, par leur réflexion sur la question si essentielle du temps de travail, ont envisagé le temps des loisirs. Tous cependant n’accordent pas la même importance à l’architecture et, pour cette raison, il ne sera ici question que de Charles Fourier et des fouriéristes.

Charles Fourier, avec l’attraction passionnée qui se décline en travail attrayant, relativise l’importance du labeur. Il n’entérine pas l’instauration de la coupure entre temps du jeu et temps laborieux induite par la révolution industrielle. Les activités de ses phalanstériens sont régies par leurs passions, lesquelles, par un processus que Fourier tente de cartographier en de prolixes taxonomies, répondent aux besoins de la communauté. Il s’agit d’une économie d’échanges dans laquelle le loisir ne semble pas nécessaire puisque le travail n’est pas un labeur. Néanmoins, Fourier assigne à la « rue-galerie » du phalanstère la fonction d’accueillir des échanges qui n’ont pas d’utilité directe. Y prennent notamment place les « orgies de musées », ces exhibitions des phalanstériens eux-mêmes dont les belles anatomies offertes au regard se substituent à la contemplation des œuvres d’art. Il en va de même de l’économie du sexe qui repose sur l’adéquation entre les désirs, même les plus étranges. Aucune perversité dans ces fantaisies, puisqu’elles concourent aux épanouissements individuels et donc à l’harmonie de la communauté. La gastrosophie et l’opéra sont des formes particulièrement raffinées de pratiques artistiques qui mettent à contribution tous les sens et concourent ainsi à perfectionner les individus. La liberté individuelle et l’emploi libre du temps semblent toujours avoir un but « sociétaire ».

Les fouriéristes, Victor Considerant notamment, ne retiennent que marginalement ces aspects. La rue-galerie est avant tout présentée comme un espace somptueux offert à chacun. C’est encore plus vrai de Jean-Baptiste-André Godin qui, dans le familistère de sa fonderie de Guise, met le travail au cœur de la vie de la communauté. Il s’y manifeste de lointains échos de Fourier et de sa conception sociale et totale de l’art à travers le rôle dévolu au théâtre. Mais cet édifice accueille surtout des conférences et des concerts, la société dramatique ayant été supprimée parce qu’elle entraînait des rivalités entre les comédiens amateurs et empiétait sur leur temps du travail10. En revanche il existe des sociétés de musique, de tir à l’arc et de gymnastique. Une bibliothèque fondée en 1881 riche de 2000 volumes est fréquentée par 14 % des habitants. L’hygiène est un facteur essentiel de la vie communautaire. La piscine édifiée en 1870, avec son fond mobile pour permettre aux enfants de nager sans risque, en est la démonstration éclatante. Plus de la moitié des familistériens cultivent leur lopin de terre. Les fêtes sont fréquentes, mais elles célèbrent le travail et honorent le fondateur de l’établissement. Elles prennent place dans la vaste cour couverte d’une verrière, écho très affaibli de la rue-galerie de Fourier. Les loisirs au Familistère ne sont pas placés sous le signe de la liberté et de l’initiative individuelles. Certes, comme chez Fourier, ils concourent à l’harmonie de la communauté, mais celle-ci, chez Godin, est fondée sur le travail.

La même difficulté du passage du texte utopique à la réalisation se retrouve chez William Morris, à la fin du XIXe siècle. Il suffira ici d’évoquer le rapport entre art, architecture et loisir dans les News from Nowhere (1890) pour faire apparaître quelques ambiguïtés11. Dans ce monde dont l’argent et les machines ont été bannis, le travail ne se monnaye pas, si ce n’est sous la forme de l’échange. Il existe bien des « Obstinate Refusers »12, mais leur improductivité ne les condamne pas à mourir de faim, tout au plus à subir quelques moqueries. Car Morris suppose que le travail est inscrit dans la nature humaine, pourvu que chacun se consacre à ce qu’il sait et aime faire. Ce travail est avant tout manuel et constitue un plaisir, une joie pour le corps et l’esprit13. Pour autant, les loisirs ne sont pas véritablement décrits, comme si la joie apportée par ce travail en faisait office. Certes cette « ère de repos » – le sous-titre de l’ouvrage – décrit le plaisir de la promenade dans les jardins, les repas champêtres, la jouissance de vivre et d’aimer. Mais il n’y a pas de cadre architectural précis pour ces activités, si ce n’est les cottages que la communauté construit et que chacun décore selon ses goûts et ses compétences artisanales. Pas d’édifices consacrés au loisir donc, mais l’architecture elle-même en est devenu un à part entière par la joie que constitue sa réalisation et sa décoration, une position que les critiques du fonctionnalisme moderne retrouveront un siècle plus tard.

Le fonctionnalisme des loisirs

De Ledoux à Le Corbusier se retrouve une même conception du temps, du loisir et du travail. La pensée de ces deux architectes et théoriciens peut d’ailleurs être lue dans la perspective d’une réaction contre les révolutions auxquelles ils avaient assisté. En 1923, dans Vers une architecture, Le Corbusier définit l’utilité sociale de l’architecture et de l’urbanisme : « Architecture ou révolution. On peut éviter la révolution »14. La société est selon lui profondément perturbée par un urbanisme et un logement inadaptés qui concourent à asservir les hommes et les femmes dont le temps devrait être libéré par le « machinisme ». Le logis ne permet de garantir la liberté individuelle de chacun en raison de son exiguïté et d’une forte promiscuité. Fonder une famille devient « le lent martyre que l’on sait15 », dont l’échappatoire pour les hommes est le funeste « bistro ». La mère de famille est réduite en « esclavage dix-huit heures par jour », dont elle fera « malgré elle, peser les effets sur son mari et sur ses enfants »16. Les hommes perdent leur temps dans « le perpétuel chassé-croisé et la déprimante cohue des transports en commun »17. Ce très sombre tableau pourrait laisser penser que Le Corbusier déplore l’absence de loisirs, que la « liberté individuelle », si souvent invoquée par l’architecte, implique un « temps pour soi », selon une expression répandue aujourd’hui. Il n’en est rien. Les solutions qu’il ne cesse de proposer – et de faire évoluer –, entre le début des années 1920 et la fin des années 1950, suggèrent une existence où le temps libre est toujours occupé, et de manière utile.

La question du loisir est peu présente dans les premiers textes théoriques de Le Corbusier. Elle n’apparaît que sous la forme de moments alternatifs au travail, rarement comme un « divertissement intellectuel », plus fréquemment comme « un délassement corporel […] nécessaire pour récupérer des tensions musculaires ou cérébrales du labeur, du “hard-labour” »18. Le sport est le loisir par excellence, non pas celui des élites, des compétitions ou des records, mais celui d’une pratique quotidienne et hygiénique. Il constitue la « contrepartie inséparable de l’industrialisme moderne : le sport est le seul récupérateur des forces nerveuses »19.

L’architecte suit ici les thèses de son ami Pierre Winter qui, dans la revue l’Esprit nouveau, publiait un texte intitulé « L’homme nouveau », car « un véritable esprit nouveau ne peut exister que dans un corps nouveau »20. Winter accorde une grande importance au sport, comme aux conditions de travail et d’habitat qui garantissent un mode de vie sain : « Le corps va réapparaître nu sous le soleil, douché, musclé, souple. Il ébauche sa forme nouvelle et cette forme sera belle ». Ce mode de vie nouveau, si souvent invoqué, en Allemagne (Lebensreform) ou en URSS (Novyi Byt), prend sous sa plume des accents fascistes très caractérisés qui se confirmeront dans ses engagements personnels21. Dénonçant les « travaux forcés », les « faux loisirs », le surmenage et les « taudis » de la ville, la « procréation au hasard » des citadins, « l’élevage impossible » des enfants et « les descendances tarées »22, il accorde au logement et au sport un rôle majeur dans la régénération de la population. Maints textes de Le Corbusier confirment son adhésion aux idées de Pierre Winter, parus notamment dans les revues Plans et Prélude que celui-ci anime. D’ailleurs, pendant l’Occupation, l’architecte s’emploie très activement à faire partie du Centre d’Études des Problèmes Humains dirigé par Alexis Carrel23.

Les loisirs participent de ce programme aux accents eugénistes. Ils sont envisagés au sein de la pensée fonctionnaliste de Le Corbusier qui utilise la notion des « vingt-quatre heures solaires », d’une part pour distribuer les logements et les assainir par une exposition satisfaisante, d’autre part pour organiser le mode de vie qui doit conduire à l’épanouissement des individus et garantir l’harmonie sociale. Prophétisant une réduction des horaires de travail par le machinisme, Le Corbusier entend organiser les loisirs. Le sport est omniprésent dans le programme des unités d’habitation grandeur conforme : piscine de plein air à proximité des unités, piste de 300 mètres sur le toit, « solarium » et « hydrothérapie » – ces trois équipements réalisés à Marseille. S’y trouveraient aussi de nombreux « clubs d’enfants et adolescents pour filles et garçons de tous âges » qui accueilleraient « des ateliers de mécanique, de menuiserie, de photographie, de cinéma, de dessin, de cuisine, de travail domestique »24. La Charte d’Athènes rédigée par Le Corbusier, et publiée avec une préface de Jean Giraudoux en 1943, confirme ce rôle régénérateur et formateur du loisir quotidien et du repos hebdomadaire :

Ceci est un autre problème social très important dont la responsabilité est entre les mains des édiles : trouver une contrepartie au labeur épuisant de la semaine, rendre le jour de repos vraiment vivifiant pour la santé physique et morale, ne plus abandonner la population aux multiples disgrâces de la rue. Une affectation féconde des heures libres forgera une santé et un cœur aux habitants des villes25.

Les activités de « délassement » et de « divertissement » y sont énumérées : « la promenade, solitaire ou commune, dans la beauté des sites ; les sports de toutes natures, tennis, basket, football, natation, athlétisme ; les divertissements spectaculaires, concerts, théâtres en plein air, jeux du stade et joutes diverses »26.

Dans les années 1930, la progressive généralisation d’une semaine de congés payés en Europe incite Le Corbusier à évoquer les différents rythmes : « On peut classer les heures libres ou loisirs en trois catégories : quotidienne, hebdomadaire ou annuelle »27. Et, de fait, il dessine des projets de maisons de vacances et de centres de loisirs à partir de 1935 notamment. Certains sont directement liés à des commandes de villégiatures destinées à la clientèle fortunée pour laquelle il construit des villas suburbaines. Mais à partir de 1936, apparaissent les prémices d’une architecture de loisirs. Un dessin de son cousin et collaborateur Pierre Jeanneret projette une maison mobile de vacances sur roues, qui peut être rapidement assemblée sur le site choisi. Charlotte Perriand, autre collaboratrice de Le Corbusier, en fait de même dès 1934, pour la montagne notamment. Après la guerre, le célèbre cabanon de Le Corbusier à Roquebrune-Cap Martin (1951), représente à certains égards un prototype d’habitat populaire de loisirs, annoncé par les pavillons Roq et Rob (1949), sur le même site, en une série de quatre unités. Ces réalisations servent de base à la réflexion d’une nouvelle génération, au début des années 50 encore proche de Le Corbusier, et que représente, par exemple Guy Rottier. Un des projets de son « architechture de loisirs », ayant valeur de manifeste, est une maison volante munie de pales d’hélicoptères dont une maquette avait été présentée au Salon des Arts Ménagers de 1964. Reiser en donna une interprétation plaisante dans les années 198028. Dans le même temps sortaient de terre les premières résidences de vacances (Le village de vacances Le Merlier à Cap Camarat par l’Atelier de Montrouge, à partir de 1959) et les premiers aménagements d’envergure (la station balnéaire de Port-Leucate, par Georges Candilis, 1964-1972), souvent conçus par des élèves de Le Corbusier.

Pour en revenir aux prémices, le Pavillon des Temps nouveaux que Le Corbusier construit pour l’Exposition internationale de 1937 témoigne de l’essor d’une pensée des loisirs. À l’origine conçu comme un « grand centre de réjouissances populaires », puis comme un « musée d’esthétique contemporaine », l’arrivée au pouvoir du Front populaire incite l’architecte à faire évoluer le projet vers un « musée d’éducation populaire ». La structure légère et toilée, comme une gigantesque tente ou chapiteau, évoque le nomadisme des vacances. En accord avec le Ve CIAM, que Le Corbusier organise à Paris la même année, le pavillon est centré sur deux des quatre fonctions de l’urbanisme : « Logis et loisirs ». Les panneaux, constitués des plans, de collages et de photomontages, présentent les quatre fonctions « habiter, recréer, travailler, transporter ». Ils illustrent « le sport au pied des maisons », et le temps des vacances avec une évocation du loisir balnéaire et familial.

Chez Le Corbusier, la pensée architecturale et urbanistique du loisir est donc fondée sur la régénération de l’individu dans une société dont la valeur cardinale est le travail. Du loisir aux loisirs, entre 1920 et 1960, l’architecte prend en compte les différents types de vacances du temps, quotidien, hebdomadaire, annuel à la fin de l’entre-deux-guerres, sans que toutefois soit remise en cause une conception très fonctionnaliste du repos qui alterne nettement avec le travail. Le sport qui teste les limites – celles des distances et des endurances, des durées et des volontés –, est logiquement le loisir par excellence, parce que le plus efficace au regard du temps travaillé.

De telles conceptions ne sont évidemment pas propres à Le Corbusier, même si chez lui elles prennent une tournure particulièrement autoritaire. Si Tony Garnier avait accompagné son projet de Cité industrielle d’un texte développé, nul doute que le loisir y aurait tenu une grande place29. Cependant, inspiré par Travail de Zola, Garnier, lui, se réclame du socialisme. Il entend donner aux habitants de sa cité des équipements culturels et sportifs perfectionnés et émancipateurs. La vaste zone industrielle est distanciée des quartiers d’habitations. Leur aménagement favorise la promenade puisqu’aucune clôture ne limite les jardins des maisons individuelles. Le loisir est culturel, avec le musée, mais aussi sportif, avec le stade et un « bâtiment d’hydrothérapie » qui occupent une place centrale. Évidemment ces équipements participent d’une pensée hygiéniste qui relève d’objectifs sociaux. Aucun texte de Tony Garnier ne précise les rythmes de l’alternance travail/loisir. Il est certain néanmoins, par d’autres projets de l’architecte lyonnais, qu’il s’agit d’un moyen d’éducation populaire dans une perspective assez différente de celle de Le Corbusier. Ses projets de grands parcs pour Lyon et ses nombreux dessins de personnages en contemplation dans des jardins ou des paysages laissent deviner une démocratisation de l’otium, très vraisemblable chez cet architecte sensible à l’héritage culturel antique.

Un dernier exemple permettra d’évoquer la critique du loisir fonctionnaliste par un architecte des avant-gardes. En URSS, Konstantin Melnikov, participe en 1930 au concours pour la « Ville verte » pour 100 000 habitants de Moscou, dont un des experts consultés n’est autre que Le Corbusier30. À un moment crucial de l’évolution du régime soviétique, Melnikov conçoit un projet probablement ironique de « ville du repos généralisé ». L’architecte prévoit des dispositifs « hypnopédiques » et l’utilisation de gaz chimiques évite que les ronflements des travailleurs épuisés importunent leurs camarades au sommeil plus léger. Au moment où des mesures radicales et coercitives incitent à la productivité et où les artistes constructivistes sont ostracisés, le projet dystopique de Melnikov recèle sans doute une portée critique31.

« Loisirs ennuyés » vs. « divertissement intégral »

Après la naissance de la civilisation du travail industriel chez Ledoux et son triomphe chez Le Corbusier, vint le temps de son dépassement après la Seconde Guerre mondiale. Les machines s’étant avérées plus asservissantes que libératrices – ce que dénoncent dans les années 1930 Charlie Chaplin et Aldous Huxley –, leur remplacement par l’automation et la cybernétique devaient enfin réaliser la promesse de la désaliénation.

Dès septembre 1953, l’année où il inscrit sur un mur de l’Institut de France le célèbre « Ne travaillez jamais », Guy-Ernest Debord, rédige le Manifeste pour une construction de situations, dans lequel est proclamée l’importance capitale des loisirs :

Après quelques années passées à ne rien faire au sens commun du terme, nous pouvons parler de notre attitude sociale d’avant-garde, puisque dans une société encore provisoirement fondée sur la production nous n’avons voulu nous préoccuper sérieusement que des loisirs32.

Le texte est centré sur une critique du fonctionnalisme architectural et urbanistique. Le Corbusier en est la cible principale : « (Qu’est-ce que M. Le Corbusier soupçonne des besoins des hommes ?) ». En 1953 toujours, Gilles Ivain (Ivan Chtcheglov) rédige le Formulaire pour un urbanisme nouveau, qui s’oppose plus radicalement encore au mode de vie moderne envisagé par les avant-gardes modernes :

Une maquette du Corbusier est la seule image qui m’évoque l’idée de suicide immédiat. Avec lui aussi bien passerait ce qui reste de joie. Et amour — passion — liberté.

Nous ne prolongerons pas les civilisations mécaniques et l’architecture froide qui mènent à fin de course aux loisirs ennuyés.

La rue, supprimée dans l'urbanisme corbuséen, est célébrée au nom des chances d’insurrection et des rencontres qu’elle favorise33. La standardisation et l’industrialisation de l’architecture sont évidemment condamnées et l’unité d’habitation est la plus flagrante expression de ces « quelques taudis types, dont les plans servent aux quatre coins de la France […] La plus belle réussite du genre semble être la ‘cité Radieuse’ du génial Corbusier »34.

Les loisirs du corps et de l’esprit prônés par l’architecte sont condamnés avec la même virulence. Debord l’écrit dès 1953 déplorant que ses contemporains « se contentent des divertissements du type Parc des Princes, pour leurs sinistres dimanches ». Le constat de l’instauration d’une civilisation des loisirs est souvent adossé au refus du spectacle sportif, la pratique du sport comme hygiène de vie régénératrice n’est pas même pas évoquée :

Le vrai problème révolutionnaire est celui des loisirs. […] L’organisation des loisirs, l’organisation de la liberté d’une foule, un peu moins astreinte au travail continu, est déjà une nécessité pour l’État capitaliste comme pour ses successeurs marxistes. Partout on s’est borné à l’abrutissement obligatoire des stades ou des programmes télévisés …].

Une seule entreprise nous paraît digne de considération : c’est la mise au point d’un divertissement intégral.

…] Mais le temps de vivre ne manquera plus. À cette synthèse devront concourir une critique du comportement, un urbanisme influentiel, une technique des ambiances et des rapports dont nous connaissons les premiers principes. Il faudra réinventer en permanence l’attraction souveraine que Charles Fourier désignait dans le libre jeu des passions35.

En dépit de cette référence, ni la rue-galerie ni le phalanstère ne sont mentionnés. Mais, à partir sans doute de la lecture de Walter Benjamin qui relie, sans en faire des équivalents, les passages parisiens, les passions fouriéristes et le flâneur baudelairien, s’impose l’idée d’un rapport poétique à l’espace urbain. En premier lieu, l’invention d’un mode de vie nouveau passe par la subversion de la ville rationnelle du XIXe siècle comme celle du fonctionnalisme moderne. Claude Nicolas Ledoux lui-même est visé, au titre de précurseur sans doute, quand il est projeté « l’aménagement, aux fins d’y construire plusieurs séries de situations, de l’ensemble des bâtiments édifiés par Claude-Nicolas Ledoux à la Saline-de-Chaux ». Il est question « d’une reconversion ludique » de cette manufacture – alors à l’état de ruine, après avoir servi de centre de rassemblement des tziganes et nomades durant l’Occupation – « qui pourrait être appliqué « au détournement d’autres architectures européennes utilisables »36. Cette même pratique de la subversion et du détournement donne naissance à la dérive, qui se pratique en milieu urbain comme un déplacement sans but précis, à l’encontre de principes qui ont formé la ville depuis un siècle. L’expérience est celle du jeu, notion promue et théorisée est à partir des lectures de Georges Bataille, de Johan Huizinga et de Roger Caillois37.

Ludifications

Détournant les plans de villes en les fragmentant pour les reconfigurer, Debord éclate l’espace urbain dans The Naked City (1957), lithographie d’un collage de découpes dans les plans du guide Taride de Paris. La « psychogéographie » favorise une perception subjective et sensible de la ville. Henri Lefebvre, qui dénonce le fonctionnalisme à travers l’étude de la ville nouvelle de Mourenx-Lacq, nourrit les analyses des situationnistes et dialogue avec eux, sans épouser toutes leurs thèses38. Paul-Henry Chombart de Lauwe, qui cartographie les itinéraires socialement déterminés d’une jeune fille du XVIe arrondissement entre le domicile familial, Sciences Po et ses cours de piano, alimente aussi la critique situationniste de la ville bourgeoise et ségréguée39.

La figure du labyrinthe s’impose d’emblée comme celle d’un anti-fonctionnalisme ludique. Un panneau du Jardin des Plantes « Les jeux sont interdits dans le labyrinthe » est pointé par Gilles Ivain comme le « comble de la bêtise ». Debord propose que la ville soit convertie en un vaste dédale (« des labyrinthes ouverts la nuit »), où chacun joue ses itinéraires, ses passions et ses rencontres qui constituent « DES SITUATIONS BOULEVERSANTES DE TOUS LES INSTANTS »40. Dès 1953, un débat naît autour de la question de l’urbanisme dit unitaire, c’est à dire celui qui fédère toutes les ressources artistiques et architecturales. Faut-il transformer l’architecture par le décor, comme le pense Asger Jorn, ou ne peut-on éviter de « combattre l’architecture fonctionnaliste » en la confrontant « avec une conception de même ordre », comme le pense Constant41 ? Ce dernier veut créer un urbanisme nouveau, ce que refuse Debord. Tout en reconnaissant que la collaboration des architectes et des urbanistes serait plus intéressante que celle des artistes, celui-ci exclut la participation de « collaborateurs spécialisés » pour continuer de privilégier « les positions expérimentales situationnistes ».

Constant crée alors de son côté son utopie, New Babylon, dont les plans sont constitués de détournement de ceux des villes existantes, et les maquettes de vastes structures radiantes dynamiques et de labyrinthes. D’abord nommée « Dériville », avant la rupture avec Debord42, cette cité est une recréation incessante qui se reconfigure au gré des déplacements de ses habitants. Le travail n’existe plus : les machines qui pourvoient aux besoins des habitants sont invisibles et les New babyloniens n’ont pour activité que le jeu d’une création permanente, celui de l’invention de leur propre environnement. La zone jaune de la ville est un secteur « d’ambiance joyeuse » où règne le jeu. Les « maisons labyrinthes » sont constituées « par un grand nombre de chambres de forme irrégulière, des escaliers à vis, des coins perdus, des terrains vagues, des culs de sac ».

On y va à l’aventure. On peut se retrouver dans la salle sourde, revêtue de matériel isolant ; […] la salle des échos (jeux d’émetteurs radiophoniques) ; la salle des images (jeux cinématographiques) ; la salle de la réflexion ; la salle du repos ; la salle des jeux érotiques (jeux des influences psychologiques) ; la salle de la coïncidence, etc. Un séjour de longue durée dans ces maisons a l’effet bénéfique d’un lavage de cerveau et il est pratiqué fréquemment pour effacer les habitudes susceptibles de naître43.

Nomades mondialisés, les New babyloniens parcourent les vastes structures sur pilotis surplombant le territoire ancien. Il ne s’agit que d’une ossature destinée à accueillir leur activité ludique et créatrice, celle qui permet d’aménager des espaces de vie correspondant aux situations nées de leurs rencontres.

Comment dès lors concevoir le cadre architectural de ce temps si libre qu’il en devenait insaisissable, dès lors que le sport régénérateur ou la télévision n’en faisaient pas partie puisque suspectés d’être des instruments d’aliénation mercantile et culturelle des consciences ? La réponse de Debord a été de ne pas aller au-delà de l’expérimentation de situations. Celle de Constant a été d’inventer un urbanisme unitaire fondé sur l’utopie d’une nouvelle Babylone. Mais comment planifier cette liberté sans la figer dans le temps libre et indéfini qui s’offrait à ses habitants ? Conscient du problème, Constant affirme : « La possibilité qu’auront les hommes de disposer librement de leur temps ne créera aucun problème : elle en résoudra. Personne ne sera plus frustré dans son besoin de créer, de jouer. Le paradis44 ne sera plus rêvé, il trouvera enfin à se réaliser ici et maintenant »45. Ainsi, dans une généalogie que l’on peut faire remonter à Charles Fourier en passant par William Morris, le temps libéré devient un temps de création. « Chacun pourra être artiste, l’artiste de sa propre vie » prophétise Constant qui conçoit une ossature de ville où chacun construira son propre environnement, l’architecture et le décor de son existence. Penser l’architecture et le temps des loisirs prend ainsi la forme d’un paradoxe. Dans cette liberté du temps, le « travail » de l’architecte disparaît, l’architecture se dissout.

De nombreux autres projets et théories de l’architecture radicale proposent dans les années 1950-1970 des vues similaires. Yona Friedman conçoit une architecture mobile pour des villes imaginaires construites par les habitants d’une société dans laquelle le travailleur est devenu spectateur. Le Fun Palace de l’architecte Cedric Price et de la metteuse en scène Joan Littlewood, initié en 1963, repose sur la même idée d’une société libérée du travail par l’automation et d’une généralisation des loisirs46. Affiliés au parti travailliste, ils conçoivent leur projet comme un outil d’éducation populaire, une « université de rues »47 dans laquelle la recherche du plaisir est le moyen pour une personne « découvrir en elle-même de nouvelles compétences et augmenter sa jouissance de la vie »48. Le Fun Palace devait être réalisé et un projet pilote a été développé pour être érigé à Camden Town. Il était prévu d’utiliser des terrains publics vacants pour cet édifice qui, cependant, devait conserver un caractère éphémère, comme l’est une fête foraine. Via le groupe anglais Archigram, le Fun Palace a été une des références de Richard Rogers et Renzo Piano pour l’architecture du Centre Pompidou. D’une façon assez directe, l’utopie d’un loisir généralisé se concrétise dans l’architecture d’un lieu d’art et de culture ouvert à toutes les configurations et les expérimentations.

Fêtes et jeux sous-tendent les réflexions des théoriciens du post-modernisme architectural. En 1972, Robert Venturi et Denise Scott Brown fondent sur « l’enseignement de Las Vegas » leur théorie d’un vernaculaire américain49. Influencé par ce livre, Rem Koolhaas, applique rétrospectivement l’idée d’un loisir généralisé à la ville qui a le mieux incarné la modernité. Dans Delirious New York50, il identifie la matrice de cette ville monde à Coney Island. Au début du XXe siècle, au terminus des lignes des transports en commun modernes, les « trolley parks » y déploient les merveilles de la technique mises au service du jeu et du plaisir : baignades de nuit grâce à l’éclairage électrique, montagnes russes géantes productrices d’apesanteur, le tout jour et nuit, préfigurant « la ville qui ne dort jamais ». Les tours illuminées de Luna Park, construit à partir de 1903, annoncent les gratte-ciel de Manhattan qui composent une ville au sein de laquelle le logement des habitants n’est pas une priorité. Ainsi Manhattan est parcouru par des nomades en quête de sensations et son plan apparemment rationnel sert de base à un labyrinthe qui se déploie en hauteur. Les tours illuminées de ses parois multicolores rappellent celle construite à Dreamland, haute de 102 mètres, qui servait de balise au public populaire venu les jours fériés à Coney Island. On peut évidemment discuter cette vision de New York, mais Delirious New York a très vite acquis le statut de livre de référence majeure dans la pensée architecturale post-moderne. Il semble répondre à Guy Debord qui, dans le Manifeste pour une construction de situations de septembre 1953, prophétisait : « L’avenir est, si l’on veut, dans des Luna-Park bâtis par de très grands poètes ».

Conclusion

Du début du XIXe siècle au milieu du XXe, les architectes théoriciens se sont efforcés de donner forme à la démocratisation des loisirs. Au début du phénomène, il s’agit de penser les formes et les espaces dévolus à ce temps du repos qui alterne désormais avec le temps du travail. Pour la génération des modernes, le temps non travaillé mais régénérateur du loisir du travailleur de la civilisation industrielle s’est transformé en un temps des loisirs, incluant les périodes de vacances rendues possibles par les congés payés. Après 1945, la pensée architecturale s’est fondée sur la prise de conscience de la naissance d’une civilisation des loisirs51.

Deux attitudes ont été identifiées au sein de cette chronologie : l’une qui définit les édifices d’un loisir régénérateur et productif, l’autre qui fonde une réforme sociétale sur une autre conception du travail en le rendant attrayant ou en le supprimant. Les réflexions à caractère utopique des théoriciens et des architectes apparaissent comme des réactions contre la propension à inscrire le loisir dans le cadre temporel défini et contraint du travail industriel. Fourier, qui admirait l’œuvre de Ledoux, rejette ainsi la dichotomie entre le loisir des oisifs et celui des laborieux. Les situationnistes, qui fondent leur approche sur une critique du mouvement moderne et de Le Corbusier, entendent, à la faveur de la troisième révolution industrielle, remettre en cause une société fondé sur le machinisme de la deuxième révolution industrielle. Il a par ailleurs été observé des continuités, la pensée situationniste se référant à Fourier et rejetant Ledoux et Le Corbusier.

Alors que se développait après 1945 une architecture des programmes touristiques de résidences de vacances et d’hôtel-clubs – version fonctionnaliste et démocratique de la villégiature des élites de la première révolution industrielle –, les critiques du mouvement moderne ont voulu percevoir la civilisation des loisirs comme la promesse d’une désaliénation des individus qui devait s’étendre bien au-delà du temps des rythmes quotidiens, hebdomadaires et annuels. Bercés par les rêves de l’automation et de la cybernétique, ils envisageaient la disparition du travail des hommes et la naissance du temps libre. L’expression s’impose dans le vocabulaire et dans les consciences à partir de la fin des années 1960.

Cependant, il n’est probablement pas exact de fonder la lecture de l’architecture de loisirs sur une opposition tranchée entre un héritage fonctionnaliste qui construit des hôtel-clubs et un utopisme qui s’interdit de construire les murs du temps libre. Certains grands resorts sont des enclaves coupées de la population locale, parfois en voie de développement. Dans ces petites cités artificielles où l’architecture magnifie une nature « inviolée », l’argent n’existe plus par la magie du all inclusive. Îlots d’une utopie cynique, ils font oublier la misère et l’état du monde qui les entourent. Le fonctionnalisme triomphe en subvertissant les utopies libertaires. Quant aux plus épris de liberté, et même pour bon nombre de vacanciers aux moyens modestes, le temps des congés est un temps libéré… de l’architecture, un moment de nomadisme qui entretient le souvenir nostalgique d’un éden tournant le dos aux projets de paradis modernes.

1 D. Medina Lasansky and Brian McLaren (ed.), Architecture and tourism: perception, performance and place, Oxford, Berg, 2004.

2 « Fragments des Propylées de Paris. Monument de récréation », Claude Nicolas Ledoux, L’architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs

3 Ibid., p. 215-216, pl. 112.

4 Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, À Amsterdam, nouvelle édition originale, 1783, t. I, p. 237.

5 Jean Jacques Lequeu, Guinguette de l’entrée du petit bois admirable ; Ce hamac d’amour est dans le petit jardin de voluptés des plus agréables ; [

6 Claude Nicolas Ledoux, L’architecture […], op. cit., p. 170-172, pl. 83.

7 Ibid., p. 124-125, pl. 49.

8 Ibid., p. 67.

9 Ibid., p. 6.

10 Michel Lallement, Le travail de l’utopie : Godin et le Familistère de Guise, Paris, les Belles lettres, 2009, p. 148-152 notamment.

11 Isabelle Gadoin, « William Morris: Art vs. Craft, Toil vs. Work », dans Isabelle Gadoin (dir.), “News from Nowhere”, William Morris, Paris

12 William Morris, Nouvelles de nulle part ou une Ère de repos ; traduction, introduction et notes par V. Dupont, Paris, Aubier Montaigne (collection

13 “This, that all work is now pleasurable; either because of the hope of gain in honor and wealth with which the work is done, which causes

14 Le Corbusier, Vers une architecture, Paris, Librairie Arthaud, 1977 [1923], p. 243.

15 Ibid., p. 235.

16 Le Corbusier, « L’habitation moderne », Population, 3ᵉ année, n°3, 1948, p. 423.

17 Le Corbusier, La charte d’Athènes, Paris, Éditions de Minuit, 1957, p. 67.

18 Le Corbusier, Vers une architecture, op. cit., p. 234.

19 Le Corbusier, « Les cités-jardins de la banlieue », Deutsch-französische Rundschau, 1929, cité dans Le Corbusier. Une encyclopédie, Paris, Centre

20 Pierre Winter, « Le corps nouveau », L’Esprit nouveau. Revue internationale illustrée de l’activité contemporaine, n° 15, février 1922, p. 

21 Pierre Winter, membre du Faisceau, fut l’un des principaux fondateurs et animateurs du Parti fasciste révolutionnaire.

22 Pierre Winter, « Pour une science de l’homme », L’Homme réel, n° 1, 1934, p. 37-42.

23 Laurent Baridon, « Le Modulor de Le Corbusier : technocratie et “science de l’homme” », dans Anna Saignes et Agathe Salha (dir.), Du Grand

24 Le Corbusier, « L’habitation moderne », art. cité, p. 438-439.

25 Le Corbusier, La charte d’Athènes, Paris, Éditions de Minuit, 1957, p. 64.

26 Ibid., p. 67.

27 Ibid., p. 58.

28 Guy Rottier, L’Architecture des loisirs, Paris, Éditions Alternatives, 1986, face page de titre.

29 Tony Garnier, Une Cité industrielle, étude pour la construction des villes, Lyon, Baise et Goutagny, s.d. [1918].

30 Jean-Louis Cohen, Le Corbusier et la mystique de l’URSS : théories et projets pour Moscou, 1928-1936, Liège, P. Mardaga, 1987, p. 166 ; S.

31 Comparable à celle qui fit interdire la publication du roman My (Nous) d’Ievgueni Zamiatine.

32 Guy Debord, Œuvres, Guy Debord, Œuvres, Édition établie et annotée par Jean-Louis Rançon en collaboration avec Alice Debord, Paris, Gallimard

33 « Aujourd’hui la prison devient l’habitation modèle, et la morale chrétienne triomphe sans réplique, quand on s’avise que le Corbusier ambitionne

34 Potlatch, n°15, décembre 1954.

35 Potlatch, n°7, août 1954.

36 Internationale situationniste, Bulletin central édité par les sections de l’Internationale situationniste, n° 2, Décembre 1958.

37 Voir Laurent Di Filippo, « Contextualiser les théories du jeu de Johan Huizinga et Roger Caillois », Questions de communication, 25 | 2014, p. 

38 Philippe Simay, « Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes », Métropoles, 4 | 2008 (http://journals.openedition.

39 Jean-Louis Violeau, Situations construites : “Était situationniste celui qui s’employait à construire des situations dans la ville...”. Précédé d’

40 Guy Debord, Manifeste pour une construction de situations, septembre 1953. Texte demeuré longtemps inédit, avant d’être édité partiellement

41 Constant, Lettre à A. Jorn, 31 juillet 1956. Archives Constant, RKD, Dossier 94. Cité par Éric Brun, Les situationnistes : une avant-garde totale

42 Jean-Louis Violeau, op. cit., p. 87.

43 Constant, « Description de la zone jaune », Internationale situationniste, n° 4, 1960.

44 Certaines étymologies font remonter l’origine du mot paradis aux jardins de Babylone.

45 Constant, « Chant du travail », Conférence faite à l’université de Groningue, 20 avril 1966 (traduit par Marcel Paquet, Sylvie Van De Walle et J.-C

46 Stanley Mathews, From Agit Prop to Free Space: The Architecture of Cedric Price, Londres, Black dog Publishing, 2007.

47 Joan Littlewood, « A Laboratory of Fun », The New Scientist, n° 391, 14 mai 1964, p. 432-433, cité par David Malaud, Architectus ludens : faire

48 Cedric Price et Joan Littlewood, « Brouillon de la brochure du Fun Palace », 1964, cité par David Malaud, ibid., p. 306.

49 Robert Venturi, Denise Scott Brown, Steven Izenour, Learning from Las Vegas, Cambridge (Ma.), MIT Press, 1972.

50 Rem Koolhaas, New-York délire : un manifeste rétroactif pour Manhattan ; [traduit par Catherine Collet], Paris, Chêne, 1978.

51 Dominique Rouillard, Superarchitecture : le futur de l’architecture 1950-1970, Paris, Éd. de la Villette, p. 444.

Notes

1 D. Medina Lasansky and Brian McLaren (ed.), Architecture and tourism: perception, performance and place, Oxford, Berg, 2004.

2 « Fragments des Propylées de Paris. Monument de récréation », Claude Nicolas Ledoux, L’architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation, Paris, chez l’auteur, 1804, tome I, p. 176-177.

3 Ibid., p. 215-216, pl. 112.

4 Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, À Amsterdam, nouvelle édition originale, 1783, t. I, p. 237.

5 Jean Jacques Lequeu, Guinguette de l’entrée du petit bois admirable ; Ce hamac d’amour est dans le petit jardin de voluptés des plus agréables ; [figures 172* et 172**]. Plume, lavis, aquarelle ; 44,4 x 30,8 cm (f.), Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie, RESERVE HA-80 (2), pl. 72 ; consultable sur Gallica, https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/btv1b53165928w.

6 Claude Nicolas Ledoux, L’architecture […], op. cit., p. 170-172, pl. 83.

7 Ibid., p. 124-125, pl. 49.

8 Ibid., p. 67.

9 Ibid., p. 6.

10 Michel Lallement, Le travail de l’utopie : Godin et le Familistère de Guise, Paris, les Belles lettres, 2009, p. 148-152 notamment.

11 Isabelle Gadoin, « William Morris: Art vs. Craft, Toil vs. Work », dans Isabelle Gadoin (dir.), “News from Nowhere”, William Morris, Paris, Ellipses, 2004, p. 15-30.

12 William Morris, Nouvelles de nulle part ou une Ère de repos ; traduction, introduction et notes par V. Dupont, Paris, Aubier Montaigne (collection bilingue), 1977, p. 424.

13 “This, that all work is now pleasurable; either because of the hope of gain in honor and wealth with which the work is done, which causes pleasurable habit, as in the case with what you may call mechanical work; and lastly (and most of our work is of this kind) because there is conscious sensuous pleasure in the work itself; it is done, that is, by artists” (Ibid., p. 262-264).

14 Le Corbusier, Vers une architecture, Paris, Librairie Arthaud, 1977 [1923], p. 243.

15 Ibid., p. 235.

16 Le Corbusier, « L’habitation moderne », Population, 3ᵉ année, n°3, 1948, p. 423.

17 Le Corbusier, La charte d’Athènes, Paris, Éditions de Minuit, 1957, p. 67.

18 Le Corbusier, Vers une architecture, op. cit., p. 234.

19 Le Corbusier, « Les cités-jardins de la banlieue », Deutsch-französische Rundschau, 1929, cité dans Le Corbusier. Une encyclopédie, Paris, Centre Georges Pompidou, 1987, p. 377.

20 Pierre Winter, « Le corps nouveau », L’Esprit nouveau. Revue internationale illustrée de l’activité contemporaine, n° 15, février 1922, p. 1755-1758.

21 Pierre Winter, membre du Faisceau, fut l’un des principaux fondateurs et animateurs du Parti fasciste révolutionnaire.

22 Pierre Winter, « Pour une science de l’homme », L’Homme réel, n° 1, 1934, p. 37-42.

23 Laurent Baridon, « Le Modulor de Le Corbusier : technocratie et “science de l’homme” », dans Anna Saignes et Agathe Salha (dir.), Du Grand Inquisiteur à Big Brother - Arts, science et politique, Paris, Classiques Garnier, 2013, p. 165-178.

24 Le Corbusier, « L’habitation moderne », art. cité, p. 438-439.

25 Le Corbusier, La charte d’Athènes, Paris, Éditions de Minuit, 1957, p. 64.

26 Ibid., p. 67.

27 Ibid., p. 58.

28 Guy Rottier, L’Architecture des loisirs, Paris, Éditions Alternatives, 1986, face page de titre.

29 Tony Garnier, Une Cité industrielle, étude pour la construction des villes, Lyon, Baise et Goutagny, s.d. [1918].

30 Jean-Louis Cohen, Le Corbusier et la mystique de l’URSS : théories et projets pour Moscou, 1928-1936, Liège, P. Mardaga, 1987, p. 166 ; S. Vlassenko, « L’organique programmé. L’introuvable “Institut du changement de l’aspect de l’homme”. Présentation du texte de K. Melnikov, “La ville du repos rationalisé” dans Stroitel’stvo Moskvy (1930) », dans Jacques Guillerme (dir.), Amphion, études d’histoire des techniques, Paris, Picard, vol. 2, p. 79-86.

31 Comparable à celle qui fit interdire la publication du roman My (Nous) d’Ievgueni Zamiatine.

32 Guy Debord, Œuvres, Guy Debord, Œuvres, Édition établie et annotée par Jean-Louis Rançon en collaboration avec Alice Debord, Paris, Gallimard, 2006, p. 111.

33 « Aujourd’hui la prison devient l’habitation modèle, et la morale chrétienne triomphe sans réplique, quand on s’avise que le Corbusier ambitionne de supprimer la rue. Car il s’en flatte. Voilà bien le programme : la vie définitivement partagée en îlots fermés, en sociétés surveillées ; la fin des chances d’insurrection et de rencontre ; la résignation automatique », Potlatch, n° 5, juillet 1954.

34 Potlatch, n°15, décembre 1954.

35 Potlatch, n°7, août 1954.

36 Internationale situationniste, Bulletin central édité par les sections de l’Internationale situationniste, n° 2, Décembre 1958.

37 Voir Laurent Di Filippo, « Contextualiser les théories du jeu de Johan Huizinga et Roger Caillois », Questions de communication, 25 | 2014, p. 281-308.

38 Philippe Simay, « Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes », Métropoles, 4 | 2008 (http://journals.openedition.org/metropoles/2902).

39 Jean-Louis Violeau, Situations construites : “Était situationniste celui qui s’employait à construire des situations dans la ville...”. Précédé d’un avant-propos L’imaginaire urbain de Guy Debord, édition augmentée et actualisée, Paris, Sens & Tonka, 2006 [1998], p. 121-123.

40 Guy Debord, Manifeste pour une construction de situations, septembre 1953. Texte demeuré longtemps inédit, avant d’être édité partiellement dans Guy Debord, Œuvres, Édition établie et annotée par Jean-Louis Rançon en collaboration avec Alice Debord, Paris, Gallimard, 2006.

41 Constant, Lettre à A. Jorn, 31 juillet 1956. Archives Constant, RKD, Dossier 94. Cité par Éric Brun, Les situationnistes : une avant-garde totale, 1950-1972, Paris, CNRS éd., 2014, p. 200.

42 Jean-Louis Violeau, op. cit., p. 87.

43 Constant, « Description de la zone jaune », Internationale situationniste, n° 4, 1960.

44 Certaines étymologies font remonter l’origine du mot paradis aux jardins de Babylone.

45 Constant, « Chant du travail », Conférence faite à l’université de Groningue, 20 avril 1966 (traduit par Marcel Paquet, Sylvie Van De Walle et J.-C. Lambert), publié dans Constant : New Babylon : art et utopie : textes situationnistes / éd. établie et présentée par Jean-Clarence Lambert, Paris, Cercle d’art, 1997, p. 145.

46 Stanley Mathews, From Agit Prop to Free Space: The Architecture of Cedric Price, Londres, Black dog Publishing, 2007.

47 Joan Littlewood, « A Laboratory of Fun », The New Scientist, n° 391, 14 mai 1964, p. 432-433, cité par David Malaud, Architectus ludens : faire illusion. Situation, symbole, diagramme, carte, thèse dirigée par Paolo Amaldi, école nationale supérieure d’architecture de Versailles / université Paris-Saclay, 2018, p. 307.

48 Cedric Price et Joan Littlewood, « Brouillon de la brochure du Fun Palace », 1964, cité par David Malaud, ibid., p. 306.

49 Robert Venturi, Denise Scott Brown, Steven Izenour, Learning from Las Vegas, Cambridge (Ma.), MIT Press, 1972.

50 Rem Koolhaas, New-York délire : un manifeste rétroactif pour Manhattan ; [traduit par Catherine Collet], Paris, Chêne, 1978.

51 Dominique Rouillard, Superarchitecture : le futur de l’architecture 1950-1970, Paris, Éd. de la Villette, p. 444.

References

Electronic reference

Laurent Baridon, « Projets pour un paradis moderne. Les loisirs dans la pensée architecturale (1800-1960) », Revue d’histoire culturelle [Online],  | 2021, Online since 09 octobre 2022, connection on 26 novembre 2022. URL : http://revues.mshparisnord.fr/rhc/index.php?id=628

Author

Laurent Baridon

Laurent Baridon est professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université Lumière Lyon 2 et membre du LARHRA UMR CNRS 5190. Il est spécialiste de l’histoire des idées et des représentations de l’architecture, et de l’histoire de la caricature et de la satire visuelle. Il a notamment publié Un atlas imaginaire, cartes allégoriques et satiriques (2011), L’imaginaire scientifique de Viollet-le-Duc (1996) et en collaboration avec Martial Guédron L’Art et l’histoire de la caricature (2006, 2021). Il a co-organisé le colloque La Satire visuelle du 18e siècle à nos jours, actes du colloque du 25 au 27 juin 2015, Paris, INHA, 2019 (édité en ligne : https://journals.openedition.org/inha/7923).