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Dossier du deuxième numéro

Le dossier du deuxième numéro de la Revue d’histoire culturelle portera sur « l’Histoire culturelle des relations entre Juifs et Arabes en Palestine / Israël ». Ce dossier, dont l’appel à contributions est désormais terminé, est coordonné par Avner Ben-Amos (Professeur à l’Université de Tel-Aviv) et Vincent Lemire (Directeur du CRFJ, Centre de recherche français à Jérusalem, CNRS).

Dossier du troisième numéro

La Revue d’histoire culturelle (XVIIIe-XXIe siècles) est heureuse de lancer un appel à communication en vue de son troisième numéro consacré aux usages du temps libre. Les responsables de ce dossier sont Claire Blandin (Professeure à l’Université Sorbonne Paris Nord), Pascale Goetschel (Professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Christophe Granger (Maître de conférences à l’université Paris-Saclay). La revue publie des articles en français et en anglais.

Le confinement du printemps 2020, parfois surchargé d’activités imposées, parfois vide de ce qui, jusque-là, remplissait nos journées, a eu pour effet, parmi d’autres, de bouleverser nos usages du temps libre et d’ouvrir une réflexion renouvelée sur la place qu’il occupe dans nos vies. Certain.e.s, retrouvant là de vieilles découpes, en sont venu.e.s à se demander si, au fond, il s’agissait d’un « temps libre » ou d’un « temps contraint »1. Nul doute que le couvre-feu de l’automne 2020, en imposant cette fois une redistribution profonde de l’emploi de nos loisirs à l’échelle des jours, en vienne à susciter des bouleversements pratiques et des questionnements d’un ordre comparable. C’est qu’au fond la notion de « temps libre », elle-même produit d’une histoire plurielle et disputée, plonge au cœur de l’organisation des sociétés. Si l’on admet qu’elle désigne aussi bien le temps individuel et collectif qui se trouve libéré de la somme des activités préalablement contraintes (travail, école, tâches familiales, occupations et préoccupations, etc.) et la disposition affective particulière qui accompagne ce temps et se réalise dans une suite incommensurable d’activités vécues comme « libres » ou « libérées », alors on comprend mieux que le temps libre constitue à la fois un point de structuration de la vie sociale (un fait de culture), avec son marché, ses experts, ses politiques, etc., et un levier de mise en question propre à alimenter la réflexion sur l’état d’une société ou, par exemple, sur le degré de bien-être des individus dont elle est faite (un fait de morale et de politique).

La difficulté qu’il y a à définir le « temps libre » n’est pas ici secondaire. Elle fait apparaître sa nature relative selon les lieux, les temps et les segments sociaux dont on parle : les passe-temps d’un vitrier du XVIIIe siècle comme Ménétra ne sont pas ceux d’un bourgeois de Rouen épris d’otium ou d’un ouvrier qualifié du XXIe siècle, et ils ne donnent pas corps à la même conception du temps libre. Elle met en évidence des différenciations variables au cours du temps en terme de genre, hommes et femmes n’ayant pas le même accès au temps libre. Mais, plus encore, cette difficile définition désigne un problème singulier pour l’historien.ne : celui de la façon dont une société se dote de repères, vagues mais commodes, pour regrouper, dans un même ensemble doué d’évidences, et de significations des activités humaines (le croquet, la lecture, le voyage, le farniente, etc.) que rien ne rapproche.

De ce point de vue, proposer une histoire du temps libre, ce n’est pas mettre ses pas dans celle des loisirs, telle que l’ont jadis orchestrée Alain Corbin, Peter Burke ou Rudy Koshar2, et pas non plus dans celle des « jeux » qui a trouvé chez Johan Huizinga son grand historien3 et chez Roger Caillois ou Roberte Hamayon ses théoriciens4. Au fond, prendre le temps libre pour objet revient à déplacer le problème du côté de ce qui rend possible les pratiques de jeu ou de loisir, du côté, autrement dit, des conditions à travers lesquelles une société ou un groupe social en vient à organiser et à classer ses activités de telle sorte qu’une partie d’entre elles soit conçue, pratiquée et décrite comme libérées des contraintes et des engagements ordinaires.

On peut, à partir de ce point de départ « minimal », décliner une série de questionnements qui, outre qu’ils ne sont ici qu’indicatifs, doivent s’envisager moins comme des compartiments que comme des voies de problématisation d’une matière difficile à saisir sans elles :

1. L’une des questions décisives pour mener à bien une histoire du temps libre concerne ce qu’on peut appeler les luttes pour la construction des temps sociaux. Certaines d’entre elles, comme celles qui ont conduit à l’institution de la Saint-lundi, du dimanche, du week-end ou des vacances, sont connues. D’autres, comme celles qui concernent la « libération » de plages de temps libre au cœur des journées de travail ou, de façon plus ténue encore, comme l’a montré Jean-Claude Schmitt, la structuration de rythmes sociaux qui autorisent des périodes creuses et d’autres plus intenses5, le sont nettement moins. Ils ont en commun, peut-être, d’avoir mobilisé des acteurs attachés à lutter, par le droit ou par la rue, pour faire valoir une vision de la société où le temps libre devait avoir sa place. Des propositions relatives à des mobilisations de toutes natures et en tous lieux autour de la construction de ces nouveaux temps sociaux et de leurs usages seront donc bienvenues.

2. Ce premier aspect n’est pas sans en mobiliser aussitôt un second. Le temps libre, en tant qu’il est assemblage de conduites marquées par une attente de liberté, est porteur d’une morale. Celles et ceux qui se battent sur le terrain de l’idéologie pour en défendre la nécessité (à l’image d’un marxiste comme Paul Lafargue ou d’un solidariste comme Georges Deherme), celles et ceux qui le savourent dans le secret de leur emploi du temps, ou celles et ceux qui en font l’emblème petit-bourgeois de ceux qui ne sont préoccupés que de consommations factices, font vivre une certaine conception du temps libre, qui peut être celle du délassement propice à la vie collective, celle de la réalisation gratuite de soi ou celle, plus managériale, du développement personnel. Étudier le temps libre revient alors à se donner une voie d’accès à la formalisation de morales de vie qui, loin de se borner à donner du prix à telle ou telle activité ludique, renseignent sur l’état historique des luttes pour la définition des modes de vie légitimes. Seront donc particulièrement examinées les propositions portant sur les morales à l’œuvre dans telle ou telle proposition d’occupation des temps hors travail. 

3. Un troisième domaine, plus englobant, peut concerner la mise en forme des rapports qu’une société entretient avec l’usage fait par les individus qui la composent de leur temps libre. En clair, on se tient ici sur une ligne qui va du savoir au pouvoir et du pouvoir au marché. L’histoire du temps libre se doit en effet d’être celle des acteurs et des groupes, des associations ou des entreprises qui se sont historiquement avisées d’organiser le temps libre de ceux qui en disposaient. Qu’il s’agisse des promoteurs du scoutisme ou des colonies de vacances, de l’animation socio-culturelle, des entrepreneurs de loisirs, des coachs personnels ou des chiefs happiness en entreprise, les secteurs sont nombreux qui, en se spécialisant dans l’occupation du temps libre, ont structuré la naissance d’un champ d’activité. Mais cet aspect se prolonge du côté des politiques publiques du temps libre. La formation du ministère du Temps libre, en activité sous la présidence socialiste de François Mitterrand, entre 1981 et 1984, n’est de ce point de vue que le couronnement explicite d’une appropriation politique de la question du gouvernement du temps libéré du travail, dont le processus s’enracine des décennies plus tôt. Enfin, il faut faire un sort ici au souci de savoir. Les grandes enquêtes d’État, celles destinées à préciser ce que les Français font de leur temps libre, ce qu’ils affectionnent comme loisir et ce qu’ils en retirent, dont les premières formes remontent sans doute aux années 1900, méritent attention pour ce qu’elles révèlent de la transformation du temps libre en objet de préoccupation et d’action publiques. Et de ce point de vue, il n’y a pas de frontières fermes pour départager ces enquêtes, pour certaines pénétrées d’études de marché, et celles que proposent par exemple la « sociologie des loisirs » dont Joffre Dumazedier a animé l’institution dans le champ des savoirs en France6. Aussi, des propositions relatives à des individus, des associations ou des entreprises soucieux d’organiser le temps libre et d’imaginer les contenus de ce comblement du temps seront attendues. 

4. Le dernier espace de questionnement est sans doute le plus immédiatement attendu. Il concerne la gamme des goûts et des pratiques auxquels le temps libre a historiquement donné corps. En tant que telles, ce ne sont pas ces activités, innombrables et changeantes dans le temps, qui nous intéressent. Dire que telle fraction de la population pratique le surf durant son temps libre ou que le passe-temps préféré des jeunes ouvrières des années 1960 est l’écoute de la radio, ce n’est pas comprendre ce que pouvait être le temps libre et ce qu’il tenait comme rôle dans l’organisation sociale à un moment précis. L’important est plutôt dans la compréhension de ce qui a bien pu déterminer les acteurs à adopter tel ou tel usage du temps libre et ce que cet usage revêtait comme signification à leurs yeux. Se demander, suivant l’opposition indécidable qui a tant retenu les théoriciens du social, si un individu est vraiment libre quand il occupe son temps libre de la façon qu’il a de l’occuper ou si, au contraire, il est contraint par des forces sociales qui, jusque dans ce temps de liberté, le tiennent captif de règles ou d’attentes préalables, ne conduit pas très loin. Cerner en revanche comment ont pu se former, se perpétuer ou disparaître des styles (locaux ou nationaux) dans l’usage du temps libre, ce qu’ils doivent à la socialisation des individus et ce qu’ils font en retour à la société dont ils sont une réalisation, découvrir par exemple, avec Thorstein Veblen7, que les « classes rapaces », comme il disait, ont, à la fin du XIXe siècle, transformé le temps libre ancien en dépenses de loisir, revient à se donner, à travers la question du temps libre, un solide moyen de questionnement historique. Aussi des études portant l’étude des déterminations pesant sur le choix de tel goût ou de telle pratique seront sollicitées.

Échéancier :

  • Soumission d’un résumé (200-250 mots) et d’une notice bio-bibliographique avant le 25 novembre 2020.

  • Notification aux auteurs sélectionnées : 10 décembre 2020.

  • Soumission des articles complets (6000-9000 mots) : 15 mars 2021. 

  • Soumission finale (après prise en compte des expertises) : 15 juin 2021.

  • Publication : 15 septembre 2021.

Les résumés doivent être envoyés à revuedeladhc@gmail.com

1 Souad Djelassi et Nawel Ayadi, « Comment le confinement bouleverse-t-il notre rapport au temps ? », The Conversation, 10 mai 2020.

2 Alain Corbin et alii, L'Avènement des loisirs, 1850-1960, Paris, Flammarion, 2009 [1996] ; Peter Burke, « The Invention of Leisure in Early Modern

3 Johan Huizinga, Homo ludens : essai sur la fonction sociale du jeu, trad. fr., Paris, Gallimard, 1988 [1938].

4 Roger Caillois, Les Jeux et les hommes : le masque et le vertige, réed., Paris, Gallimard, 1995 ; Roberte Hamayon, Jouer. Étude anthropologique à

5 Jean-Claude Schmitt, Les Rythmes au Moyen Âge, Paris, Gallimard, 2016.

6 Joffre Dumazedier, Révolution culturelle du temps libre : 1968-1988, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1988.

7 Thorstein Veblen, Théorie de la classe de loisir, Paris, Gallimard, 1970 [1899].

Notes

1 Souad Djelassi et Nawel Ayadi, « Comment le confinement bouleverse-t-il notre rapport au temps ? », The Conversation, 10 mai 2020.

2 Alain Corbin et alii, L'Avènement des loisirs, 1850-1960, Paris, Flammarion, 2009 [1996] ; Peter Burke, « The Invention of Leisure in Early Modern Europe », Past & Present, n° 146, 1995, p. 136-150, et Id., Popular Culture in Early Modern Europe, rééd. Surrey, Ashgate, 2009 ; Rudy Koshar (ed.), Histories of leisure, Oxford, New York, Berg, 2002.

3 Johan Huizinga, Homo ludens : essai sur la fonction sociale du jeu, trad. fr., Paris, Gallimard, 1988 [1938].

4 Roger Caillois, Les Jeux et les hommes : le masque et le vertige, réed., Paris, Gallimard, 1995 ; Roberte Hamayon, Jouer. Étude anthropologique à partir d'exemples sibériens, Paris, La Découverte, 2012.

5 Jean-Claude Schmitt, Les Rythmes au Moyen Âge, Paris, Gallimard, 2016.

6 Joffre Dumazedier, Révolution culturelle du temps libre : 1968-1988, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1988.

7 Thorstein Veblen, Théorie de la classe de loisir, Paris, Gallimard, 1970 [1899].