Appel à contributions

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Dossier du troisième numéro

Le dossier du deuxième numéro de la Revue d’histoire culturelle portera sur les usages du temps libre. Les responsables de ce dossier sont Claire Blandin (Professeure à l’Université Sorbonne Paris Nord), Pascale Goetschel (Professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Christophe Granger (Maître de conférences à l’université Paris-Saclay). La revue publie des articles en français et en anglais. L’appel à contributions est terminé.

Dossier du quatrième numéro

Responsables : Manon Lecaplain (université PSL), Régis Revenin (Université de Paris) et Dimitri Vezyroglou (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Quand le sexe s’expose : intimité et sexualité dans l’espace public, XVIIIe-XXIe siècles

Si l’histoire culturelle est entendue comme une histoire sociale des représentations, les imaginaires liés à la sexualité – tout comme ceux liés au sport, à l’alimentation, au vêtement – font indéniablement partie de son champ d’investigation, en tant qu’ils participent à la fabrique des imaginaires sociaux, et notamment les imaginaires du corps. Ces représentations sont socialement ancrées : elles prennent leur source dans des pratiques qui, pour être individuelles et intimes, n’en sont pas moins l’objet de discours et de normes collectivement construits. Elles sont donc également socialement médiatisées : les imaginaires sexuels d’une société se diffusent par le biais de productions culturelles régies par des acteurs sociaux, et disposant d’une matérialité technique, économique et commerciale qui leur assure une circulation dans l’espace social. Elles sont enfin socialement efficientes, en ce qu’elles viennent à leur tour influer sur les pratiques elles-mêmes.

Les sexualités ont fait, depuis une quarantaine d’années, l’objet de nombreuses recherches dans le champ historique international. Récemment, les questions des identités de genre et de leur construction culturelle, des discours normatifs et taxinomiques sur la sexualité, des productions obscènes et pornographiques et de leur réception, des violences et crimes sexuels, de la surveillance, de l’encadrement et de la répression des sexualités, des frontières du tolérable et de la pudeur, entre autres, ont poursuivi et élargi les questionnements ouverts à partir des années 1980-90 par l’histoire du corps et celle des sensibilités et des représentations sexuelles1. Ce numéro se propose d’apporter la contribution de l’histoire culturelle à cette approche historique élargie des sexualités. Il s’agira notamment de renouveler par le regard culturaliste certaines thématiques et objets relatifs au processus de visibilisation de pratiques et d’imaginaires intimes.

C’est en effet l’irruption de la sexualité dans la sphère publique, l’intersection et l’articulation entre l’intime et le social qui seront au cœur de ce numéro. Le champ chronologique pris en compte est celui de la Revue d’histoire culturelle : du XVIIIe au XXIe siècle. Les articles, présentant une étude originale fondée sur l’exploitation d’un corpus documentaire, pourront envisager un moment précis compris dans cet empan, que ce moment soit compris comme symptomatique d’une époque ou comme une charnière, ou bien une période qui permet de mesurer l’évolution du phénomène. Quant au champ géographique, il se veut le plus vaste possible : les différentes aires culturelles pourront être représentées, sans exclusive, ainsi que les différents systèmes d’organisation politique (monarchie absolue ou parlementaire, démocratie libérale, État totalitaire ou despotique, monde communiste…). Enfin, toutes les sexualités sont envisagées dans le cadre de ce numéro, quels que soient le genre, l’orientation, l’âge ou le nombre de leurs acteurs.

Les propositions d’article devront s’inscrire dans au moins l’un des deux axes suivants, en ne négligeant pas les rapports intersectionnels de domination en jeu dans la sexualité, appréhendés sous l’angle de catégories d’analyse telles que « âge », « classe », « genre », « race », etc. Il s’agit d’étudier la façon dont la sexualité s’immisce dans les enjeux de pouvoir – politique, administratif, économique – entre les groupes sociaux, ainsi que dans des relations asymétriques et hiérarchisées entre individus dans la sphère publique :

  • Les productions culturelles relatives aux sexualités, envisagées dans leurs contenus autant que dans leurs usages et recouvrant, sans s’y limiter, les productions érotiques, obscènes et pornographiques, ainsi que la distinction – et la perméabilité – entre ces catégories d’érotisme, d’obscénité et de pornographie. Du livre et de la revue à l’internet et aux réseaux sociaux, de l’estampe au cinéma et à la télévision, de la chanson au spectacle scénique (théâtre, music-hall, cabaret) : tous les supports, dans toute leur matérialité, de représentation de l’imaginaire sexuel pourront être mobilisés pour une analyse de la médiation de cet imaginaire dans l’espace social. La question de la réception et des usages de ces productions, tant de la part de leur public que de leurs censeurs, est également comprise dans cet axe.

  • La sexualisation des pratiques et des espaces sociaux : comment les pratiques sexuelles font-elle irruption dans les espaces publics ? Il s’agira d’explorer les formes d’érotisation de l’espace social. Rues, parcs et jardins, transports en commun, salles de spectacle, cafés et restaurants, bains publics et piscines, lieux d’enseignement ou de travail, stades et clubs de sport, festivals : la fonction originelle de ces espaces de vie en commun et de socialisation fait parfois l’objet d’un détournement, voire d’une appropriation par des pratiques sexuelles individuelles ou collectives. Les pratiques sociales liées à certains de ces espaces peuvent elles aussi subir ce phénomène de détournement par le comportement sexuel, comme la pratique sportive, le travail, l’activité artistique, etc. La systématisation, voire l’institutionnalisation de cette sexualisation, peut venir à son tour construire et nourrir un imaginaire social, médiatisé par l’écrit et par l’image. Par ailleurs, ces détournements font l’objet, de la part des autorités publiques, d’une surveillance et d’un ensemble d’actions qui vont de l’encadrement à la répression.

Les propositions d’articles, en français ou en anglais, sont à envoyer simultanément aux adresses suivantes :

revuedeladhc@gmail.com

manon.lecaplain@chartes.psl.eu

regis.revenin@u-paris.fr

dimitri.vezyroglou@univ-paris1.fr

Échéancier :

• Soumission d’un résumé (200-250 mots) et d’une notice bio-bibliographique avant le 30 septembre 2021.

• Notification aux auteurs sélectionnés : 15 octobre 2021.

• Soumission des articles complets (6000-9000 mots) : 15 janvier 2022.

• Soumission finale (après prise en compte des expertises) : 1er mars 2022.

• Publication : 30 mars 2022.

Appel à proposition pour la rubrique Épistémologie en Débats

Matérialités et histoire culturelle

L’usage de sources matérielles en histoire n’est bien sûr pas une nouveauté, elle constitue même depuis longtemps une entrée historiographique classique, fondée d’abord sur l’intérêt pour la vie et les cultures matérielles, puis pour l’histoire des catégories populaires, ancrée du côté de l’histoire des Annales, enfin plus récemment pour l’histoire de la vie privée. D’abord fixée sur une histoire des techniques et les typologies d’objets, en partie inspirée de l’archéologie et de l’histoire de l’art, son emprise et sa place parmi les méthodes historiques a permis depuis les années 1970 de développer une véritable « archéologie du quotidien » inscrite dans l’histoire sociale de la consommation qui s’est particulièrement développée en histoire moderne, autour notamment des travaux de Daniel Roche ou Annick Pardailhé-Galabrun.

Les usages du matériel et de la matérialité en histoire se sont depuis considérablement élargis à la faveur du tournant pratique des sciences sociales et même du tournant dit « matériel », marqué plus spécifiquement par l’anthropologie. L’extension s’est faite d’une part en direction de périodes plus récentes et de l’autre vers des questionnements portant non plus seulement sur les transformations de l’environnement matériel, mais désormais sur les manières dont s’objectivent, par le matériel, les interactions sociales, les processus d’échanges ou de savoir, et surtout, dans la mouvance des travaux pionniers de Daniel Miller ou Arjun Appadurai dans les années 1980, vers des approches qui confèrent aux objets une place d’acteurs de l’histoire, et envisagent une « vie sociale des choses » capable de mettre en lumière de nouveaux aspects de la vie sociale tout court. Parallèlement enfin, la manière dont, plus subjectivement, s’investit le monde des objets ouvre de nouveaux champs de réflexion qui paraissent susceptibles de renouveler l’histoire culturelle.

L’abord de la matérialité dessine ainsi tout un spectre de travaux historiques qui, à côté des corpus d’archives ou d’imprimés, mobilisent des sources sans énoncé. La rubrique Épistémologie en Débats propose d’ouvrir ses pages à des articles à caractère historiographique ou épistémologique mettant en relief les acquis, les renouveaux ou les potentialités actuelles d’une histoire culturelle des XVIIIe-XXIe siècle par le matériel...

On pourra distinguer quelques axes de réflexion, non exclusifs bien sûr d’autres types de propositions.

1/ Le premier est historiographique. Il s’agit de mettre en lumière les formes de renouvellement de l’histoire culturelle suscitées par les problématiques de la matérialité et de questionner les spécificités d’une épistémologie de l’objet. Il pourra en particulier s’intéresser aux méthodes propres à l’exploitation de sources matérielles, aux éléments d’objectivation des pratiques dont elles sont porteuses, à la manière dont leur exploitation s’articule avec les sources textuelles. Elle pourra s’appuyer sur l’analyse de travaux emblématiques.

2/ Un second axe de réflexion concerne la problématique spécifique aux XVIIIe-XXIe siècle de la multiplication des objets, à l’histoire de leur présence sociale, de leurs usages, de leurs circulations, et aux implications de la naissance d’une société de consommation, jusqu’aux injonctions récentes à la maitrise du monde matériel ou à la décroissance.

3/ Un troisième axe s’intéresse aux travaux qui envisagent les effets culturels de l’histoire du monde matériel, à la manière dont les matérialités ou les objets modifient le rapport au monde, qu’il s’agisse des formes d’interactions qui s’instaurent avec les corps, avec le monde immatériel de la pensée, du savoir ou des représentations, car ceux-ci apparaissent aujourd’hui comme partie prenante de régimes ou de techniques de saisie, d’enregistrement ou de systèmes d’inscription, dont ce dossier souhaite également questionner les implications.

Les propositions, 200 - 250 mots/2000 signes accompagnées d’une notice bio-bibliographique, sont à envoyer avant le 15 septembre 2021 pour une publication en avril 2022.

Calendrier :

  • Soumission des articles complets (6000 - 9000 mots) : 20 janvier 2022

  • Janvier- février 2022 : expertise puis navette avec les auteurs

  • Article finalisé : 30 février 2022

  • Publication : 30 mars 2021

  • Contacts : Laurence.Guignard@u-pec.fr, revuedeladhc@gmail.com, jean-francois.bonhoure@laposte.net

Jean-François Bonhoure et Laurence Guignard, pour la rubrique « Épistémologie en débats ».

1 Voir notamment, pour quelques mises au point historiographiques : Sylvie Chaperon, « L'histoire contemporaine des sexualités en France », Vingtième

Notes

1 Voir notamment, pour quelques mises au point historiographiques : Sylvie Chaperon, « L'histoire contemporaine des sexualités en France », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n° 75, 2002, p. 47-59, https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2002-3-page-47.htm ; Anne-Claire Rebreyend, « Comment écrire l’histoire des sexualités au 20e siècle ? », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, n° 22, 2005, p. 185-209, https://journals.openedition.org/clio/1776 ; Régis Revenin, « Les études et recherches lesbiennes et gays en France (1970-2006) », Genre & Histoire, n° 1, 2007, http://journals.openedition.org/genrehistoire/219.