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Élèves-Maîtres-Docteurs en Capoeira

Mestre COBRA MANSA (Cinezio Feliciano Peçanha)
décembre 2012Traduction de Laure GARRABÉ

Index   

Texte intégral   

Version française

Élèves-Maîtres-Docteurs en Capoeira

1J’ai été convié à participer à une soutenance de mémoire de Master [Mestrado] en Éducation à l’Université Fédérale de Bahia. J’étais curieux, car pour la première fois j’allais participer à une soutenance sur la capoeira dans une université. Ce qui m’a rendu plus heureux encore, et curieux, c’est que les membres du jury étaient presque tous des amis et des amies de capoeira, et quelques-uns même, mes élèves.

2Le début du rituel m’a rappelé un peu une roda de capoeira. Toute la cérémonie ressemblait davantage à un baptême ou à un examen pour le titre de maître* de capoeira, durant lequel chaque maître doit jouer une fois avec la candidate.

3Le premier a fait un très bon jeu, en tentant d’explorer par tous les moyens les ouvertures qu'il trouvait et de montrer sa connaissance, non pas à la candidate elle-même, mais davantage pour le public qui était présent. Le maître de la roda, et directeur de recherches de la candidate, observait et évaluait le jeu durant tout son déroulement, sans pouvoir trop intervenir dans le jeu de la candidate ni dans celui des autres maîtres, parce qu’en effet, tout ce qu’il devait faire – ou ne pas faire –, la candidate l’avait déjà fait.

4Le deuxième maître docteur qui semblait être un peu plus jeune, a commencé par un jogo bonito [beau jeu], valorisant tout ce que la candidate avait appris. Puis, en préparant un jogo duro*, il a essayé de montrer par tous les moyens ses habilités de maître, en laissant bien apparaître pour tout le monde que son jeu serait beaucoup plus exigeant, parce qu’il pensait que pour être maître, le candidat ou la candidate doit avoir certaines qualités et habilités. Au milieu du jeu, il a appelé la candidate au pied du berimbau*, il a chanté un corrido* puis s’est lancé dans un jogo de dentro*, explorant tout ce que la candidate savait ou ne savait pas, mais sans le vouloir, il a marqué. Puis, il partit de plus belle avec des attaques dures et sans aucune chance pour que la pauvre petite puisse respirer. Ensuite, il a ouvert un peu le jeu pour que la candidate se livre. La jeune fille, pensant qu’elle était déjà à la fin du jeu, a essayé de montrer son adresse. C’était exactement ce qu’il attendait. Il arriva juste après avec une rasteira [un balayage] et une cabeçada [un coup de tête] fatale qui l’a prostrée au sol, ce qui a mis en colère quelques personnes du public, parce que nous pensions qu’autant de charges contre elle n’étaient pas nécessaires, d’autant plus que la candidate était seulement une débutante dans le jeu de maître ou du Master. À la fin, en tant que bon maître et capoeiriste, il lui a serré la main et il est sortit du jeu poliment, passant le relais à la maître pour laquelle la candidate avait une affection particulière, s’étant entraînée avec elle. Or la surprise arriva au milieu même du jeu : lorsque, dans un mouvement malicieux, utilisant les contre-attaques qu’elle lui avait elle-même enseignées, cependant sans lui avoir expliqué comment en sortir, la maître contre-attaqua sans pitié. J’ai pensé : « La maître a négligé son enseignement pendant la roda ». Mestre Pastinha disait : « Le maître garde des secrets, mais il ne refuse pas l’explication ».

5À la fin du jeu, pour montrer qu’elle en savait un peu plus que ce qu’elle avait joué, la candidate a parlé de son expérience et elle a montré avec humilité qu’elle avait encore beaucoup à apprendre, et qu’elle aimerait elle aussi, un jour, être maître/docteure, ce qui a fait plutôt plaisir à l’ensemble des autres maîtres et du public …

6Moi, dans mon coin en tant que maître, j’observais tout. Pendant un instant j’ai eu une sorte de « déjà vu ». Dans les années 1930, les étudiants universitaires de Mestre Bimba ont influencé la capoeira en introduisant des éléments académiques comme le rituel d’obtention du diplôme, du baptême [batizado], du parrainage et même des noms de mouvements comme la meia-lua de compasso, changeant ainsi la forme de voir et de penser de la capoeira. Presque tous les élèves de Mestre Bimba étaient des docteurs qui en capoeira n’étaient pas plus que de simples débutants. Je suis resté là sans ne plus savoir si j’étais dans une université ou dans une roda de capoeira. Les présents docteurs utilisaient des termes exclusifs à la capoeira et aux capoeiristes, comme dans une roda de capoeira. Je me surprenais à chaque dialogue. Les commentaires sur le mémoire étaient dits sous la forme de mouvements de capoeira. Un des docteurs du jury utilisa cette phrase : «je n’ai pas compris votre « chamada » [appel] ». Un autre docteur dit : « je m’attendais à un « jogo mais duro » ». « Vous avez fait une « chamada », et j’y ai répondu, et j’attendais de voir comment vous alliez [vous en] sortir ».

7J’ai pensé en moi-même : je crois que les « capoeiristes docteurs » ou les « docteurs capoeiristes » sont en train de changer la manière de penser de l’université. J’ai commencé à croire qu’il importait peu où était le capoeira, il emmènera avec lui, dans son intérieur le plus intime, sa manière d’être et de penser dans la roda de la vie. La roda de capoeira fait partie de la roda de la vie.

8Je suis sorti de là heureux d’avoir participé à un jury de soutenance de mémoire de Master en capoeira, le fait étant que la désormais maître rêve d'être maître de capoeira. Mais elle a déjà son Master, et les docteurs qui sont déjà passés par le Master sont toujours élèves en capoeira. Et je me suis souvenu de la phrase si célèbre dans la capoeira : « je suis disciple parce que j’apprends, je suis maître parce que je donne la leçon », ou, mieux, « je suis disciple parce que j’apprends qu’à un « docteur » je donnerai la leçon ». Je n’ai pas étudié pour devenir soldat ni pour devenir docteur, j’ai appris la capoeira pour taper sur les censeurs.

Version en portugais du Brésil

Alunos-Mestres-Doutores de Capoeira

9Fui convidado para ir a uma defesa de dissertação de mestrado em Educação na UFBA. Fiquei curioso, pois pela primeira vez iria participar de uma defesa sobre capoeira em uma universidade. Fiquei ainda mais curioso e feliz porque as pessoas da banca eram quase todas amigos e amigas da capoeira, alguns até meus alunos de capoeira.

10O início do ritual me lembrou um pouco uma roda de capoeira. Toda a cerimônia mais parecia um batizado ou um exame para mestre de capoeira, em que cada mestre deveria jogar uma vez com a candidata. 

11O primeiro fez um jogo legal, tentando explorar de todas as formas as aberturas que encontrava e mostrar seu conhecimento, não para candidata em si, mas mais para o público que estava presente. O mestre da Roda e orientador da candidata ficou observando e mediando o jogo durante o desenrolar da roda, mas não poderia interferir muito no jogo da candidata nem dos mestres, pois tudo que deveria fazer ou não fazer pela aluna já tinha sido feito. 

12O segundo Mestre Doutor que aparentava ser um pouco mais novo, começou fazendo no início um jogo bonito, valorizando tudo que a candidata tinha aprendido e preparando para um jogo duro, tentando de todas as formas mostrar as suas habilidades de mestre, e deixando bem claro para todos que o seu jogo seria muito mais cobrado, pois ele acreditava que para ser mestre o candidato ou a candidata deve ter certas qualidades e habilidades. No meio do jogo chamou a candidata para o pé do berimbau, cantou um corrido e partiu para o jogo de dentro, explorando tudo o que a candidata sabia e não sabia, mas sem querer escreveu. Depois, partiu pra cima com ataques duros e sem chance da pobre menina sequer respirar. Em seguida, abriu um pouco o jogo para que a candidata se soltasse. A menina, pensando que já estava no final do jogo, tentou mostrar suas habilidades. Foi tudo o que ele queria. Veio logo em seguida com uma rasteira e uma cabeçada fatal jogand o a mesma no chão, o que deixou algumas pessoas do público um pouco irritadas, pois acreditávamos que não era necessário tantas cobranças já que a candidata era apenas uma iniciante no jogo de mestre ou mestrado. Ao final, como um bom mestre e capoeirista, deu a mão e saiu do jogo educadamente, dando lugar à mestra com que a candidata tinha um carinho especial, chegando mesmo a treinar com ela. Mas a surpresa veio mesmo no meio do jogo, quando em um movimento malicioso, usando os contra-ataques que a mesma havia ensinado como fazer, porém não explicou como sair, contra-atacou sem piedade. Fiquei a refletir : « A mestra deixou para dar o ensinamento no momento da roda ». Já dizia mestre Pastinha : « O mestre reserva segredos, mas não nega explicação ».

13No final do jogo, a candidata, para mostrar que sabia um pouco além daquilo que havia jogado, falou de sua experiência e humildemente mostrou que ainda tinha muito a aprender, e que gostaria de, um dia, também ser Mestra/doutora, o que deixou os outros mestres e a platéia em geral bem mais felizes...

14Eu, no meu canto como mestre, fiquei observando tudo. Por um instante tive um Deja Vu. Na década de 30 os alunos universitários do mestre Bimba influenciaram a capoeira introduzindo elementos acadêmicos como o ritual de formatura, batizado, o paraninfo e até nomes de movimentos como a meia lua de compasso, mudando a forma de ver e pensar da capoeira. Quase todos os alunos de mestre Bimba eram doutores que na capoeira não passavam de meros iniciantes. Fiquei sem saber seestava em uma universidade ou em uma roda de capoeira. Como em uma roda de capoeira, os doutores presentes usavam termos exclusivos da capoeira e dos capoeiristas e eu me surpreendia a cada diálogo. Os comentários sobre a tese eram falados em forma de movimentos de capoeira. Um dos doutores da Banca usou uma frase : « não entendi a sua chamada ». Outro doutor falou : « estava esperando um jogo mais duro ». « Você fez uma chamada e eu fui e fiquei esperando como você ia sair ». 

15Pensei comigo : acredito que os « capoeiristas doutores » ou « doutores capoeiristas » estão mudando a forma de pensar da universidade. Comecei a acreditar que o capoeira não importa onde esteja, vai levar consigo, em seu interior mais íntimo, o seu  jeito de ser e pensar na roda da vida. A roda da capoeira faz parte da roda da vida.

16Saí de lá feliz por ter participado de uma defesa de tese de mestrado em capoeira, sendo que a mestra sonha em ser mestra de capoeira, mas já tem Mestrado, e os doutores que já fizeram mestrado ainda são alunos de capoeira. E me lembrei da frase tão célebre na capoeira : « Sou discípulo que aprendo, sou mestre que dou lição », ou melhor, « Sou discípulo que aprendo que em doutor vou dar lição ». Não estudei pra ser soldado nem também pra ser doutor aprendi a capoeira pra bater no inspetor.

Notes   

Notes de bas de page astérisques :

*  Signale les [NdT]. Dans la version portugaise du présent texte, l’auteur joue avec le sens du mot « mestre », employé au Brésil à la fois pour désigner un titulaire de Master, ou un maître d’une pratique, technique corporelle et/ou artistique, comme dans « mestre de capoeira ». Pour laisser apparaître l’ambiguïté, « mestre » sera ici traduit par « maître ».

*  Jeu dur, exigeant, voire agressif.

*  Arc musical sur la corde duquel le joueur frappe avec une baguette et sur lequel est tendu une calebasse – la caisse de résonance – qu’il appuie alternativement sur son abdomen. C’est l’instrument de musique aujourd’hui conditionnel à la pratique de la capoeira.

*  Litt. : « jeu du dedans », se caractérise par un jeu « fermé », « bas » et proche du sol, les joueurs le plus proche possible l’un de l’autre, avec des mouvements imbriqués les uns dans les autres exigeant une certaine coordination entre appels et réponses (attaques et esquives) dans l’improvisation.

Citation   

Mestre COBRA MANSA (Cinezio Feliciano Peçanha) , «Élèves-Maîtres-Docteurs en Capoeira», Cultures-Kairós [En ligne], paru dans Capoeiras – objets sujets de la contemporanéité, mis à  jour le : 16/12/2012, URL : https://revues.mshparisnord.fr:443/cultureskairos/index.php?id=434.

Auteur   

Quelques mots à propos de :  Mestre COBRA MANSA (Cinezio Feliciano Peçanha) 

M. COBRA MANSA est maître de capoeira angola.

Quelques mots à propos de :  Laure GARRABÉ

Laure Garrabé (Universidade Federal de Santa Maria, MSH Paris Nord)