La liberté académique historienne, état des lieux. Présentation du dossier

Editor's notes

La revue tient à préciser que les articles sont signés. Les positions qui s’y expriment n’engagent donc que leurs auteurs.

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La liberté académique a surgi récemment au premier plan du débat public avec le recours d’un collectif d’historiennes et d’historiens devant le conseil d’État au sujet de la restriction d’accès à certains dossiers d’archives d’Etat (l’IGI 1300), ou avec la création de la commission Duclert (avril 2019) dotée d’un accès exclusif aux fonds d’archives français relatifs au génocide des Tutsis au Rwanda. Au-delà des seuls cercles historiens, certains concepts scientifiques propres aux sciences humaines et sociales comme le genre, l’intersectionnalité ou la colonialité, se sont vus interpelés et pris dans des batailles culturelles extrêmement clivantes, jusqu’à impliquer les noms de certains universitaires, tandis que plus récemment encore des déclarations ministérielles ont mis en cause les contenus d’enseignements propres aux sciences humaines et sociales et proposé de diligenter « notamment le CNRS » en instance d’évaluation de l’université. Ces débats créent un contexte favorable à une réflexion sur les modalités de production des savoirs historiques dans le cadre universitaire et sur les reconfigurations actuelles du principe de liberté académique qui fait de l’université un corps indépendant, cadre d’élaboration et de transmission des méthodes scientifiques et de discussion des résultats qu’elles permettent d’établir.

Le dossier de la rubrique Épistémologie en débats propose dans ce numéro d’aborder ces questions du point de vue de la discipline historique, à partir de situations spécifiques, car si tous sont d’accord pour considérer que la liberté académique garantit une recherche de la vérité qui se fonde en premier lieu sur le débat et le pluralisme, les exemples concrets, en particulier lorsqu’il s’agit de questions socialement et/ou politiquement sensibles, révèlent la résistance du réel et les altérations des principes qui en résultent.

Olivier Beaud apporte le point de vue du juriste à l’analyse du principe et de ses évolutions récentes. Les articles du dossier s’intéressent ensuite aux enjeux politiques et sociaux de la production des savoirs et aux limitations de la liberté académique qui en découlent, de différentes manières. D’abord à partir d’un exemple relevant de la cancel culture, imposant d’utiliser la périphrase « le mot en n… » en place des mots nigger ou negro, dont le rôle dans les mécanismes de domination a été mis en évidence (Julia Csergo et Yves Gingras). Laurent Martin propose ensuite une réflexion sur la notion de savoirs situés et sa compatibilité avec les normes de la recherche scientifique. Sylvie Thénault puis François Robinet abordent enfin les atteintes à la liberté académique en contexte historiographique sensible, qu’il s’agisse de l’écriture de l’histoire de la guerre d’indépendance algérienne ou de celle du génocide des Tutsis au Rwanda.

References

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Les responsables de la rubrique, « La liberté académique historienne, état des lieux. Présentation du dossier », Revue d’histoire culturelle [Online],  | 2021, Online since 31 mars 2021, connection on 31 juillet 2021. URL : http://revues.mshparisnord.fr/rhc/index.php?id=657

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