La culture comme art de gouvernement

Retour sur trois couples emblématiques de la politique culturelle française

Abstracts

Le gouvernement des arts est un art de gouvernement, le gouvernement par les arts. L’article s’intéresse à l’histoire de la politique culturelle sous la Ve République en se focalisant sur les relations entre le président de la République et le ministre en charge de cette politique à travers trois exemples : De Gaulle / Malraux, Pompidou / Duhamel, Mitterrand / Lang. Quel rapport personnel à l’art et à la culture avaient ces responsables politiques, à quelles finalités répondaient leur action, selon quelles modalité fut-elle mise en oeuvre ?

Government for the arts is an art of government, government through the arts. The article looks at the history of cultural policy under the Fifth Republic by focusing on the relations between the President of the Republic and the minister in charge of this policy through three examples: De Gaulle / Malraux, Pompidou / Duhamel, Mitterrand / Lang. What personal relationship to art and culture did these political leaders have, what ends did they pursue through their action, and how was it implemented?

Index

Mots-clés

Culture, politique culturelle, arts et sciences de gouvernement, France, Ve République

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Text

Introduction

Le gouvernement des arts est un art de gouvernement, le gouvernement par les arts ; telle est la thèse principale que nous entendons défendre dans cet article au moyen d’une analyse comparée de trois couples célèbres qui furent aussi trois moments-clefs de l’histoire récente de la politique culturelle française : Charles De Gaulle et André Malraux, Georges Pompidou et Jacques Duhamel, François Mitterrand et Jack Lang1. Sans doute cette thèse n’est-elle pas complètement neuve ; on peut en trouver des préfigurations dans nombre de travaux antérieurs, à commencer par ceux de Philippe Urfalino, de Vincent Dubois ou de Philippe Poirrier2. Aussi bien prétendons-nous moins à l’originalité qu’à l’acuité d’une analyse qui s’appuiera sur divers travaux de recherche personnels3… et quinze ans d’enseignement.

Nous ne sommes pas de ceux qui pensent qu’on ne peut en toute rigueur parler de « politique culturelle » qu’à partir de la fondation du ministère des Affaires culturelles, en 1959, voire qui réservent cette notion à la seule décennie pendant laquelle André Malraux dirigea cette administration, soient les années 1960. La culture appartient depuis longtemps à la panoplie des « sciences de gouvernement » et des « savoirs de l’État », même si, effectivement, il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que soient réunies une doctrine (assez) globale et (relativement) cohérente de l’intervention des pouvoirs publics en la matière, une administration et un budget dédiés, enfin un responsable politique de premier plan qui l’incarne et la dirige. Même si l’on peut souscrire à l’idée que 1959 constitue un tournant majeur, il ne nous paraît pas qu’il constitue le début de toute chose, en tout cas pas le début de l’intérêt manifesté par la puissance publique pour la culture, entendue au sens large du terme, dont nous assumons l’anachronisme. C’est l’absence des expressions couramment associées à cette expression de « politique culturelle » - démocratisation, démocratie, industries, animation, médiation, etc., culturelles -, laquelle apparaît elle-même tardivement, qui fait croire à l’absence d’une politique de la culture avant Malraux et De Gaulle. En l’espèce, il convient de ne pas céder au nominalisme : la chose a précédé le mot. Si la politique de la culture n’est pas un invariant historique ni une catégorie transhistorique, cette « catégorie d’intervention publique » accompagne la construction de l’État moderne, voire la précède. Pour les gouvernants d’hier comme ceux d’aujourd’hui, la culture a pour première vertu de dissiper la mauvaise humeur des nations, selon le mot prêté à Adam Smith.

D’une certaine façon, il n’y a pas de véritable début à cette histoire longue mais plutôt une série d’inflexions, de paliers, d’avancées et de reculs - et très souvent on y retrouve cette figure bifron du Prince et du Ministre - à côté de celle du Prince et de l’Artiste4 -, incarnation de la « ligne monarchique » qu’identifia naguère Pascal Ory, à côté des lignes « libérale » (liberté pour l’artiste) et démocratique (culture pour le peuple)5. De ce point de vue, le régime présidentiel mis en place par la constitution de 1958, renforcé par la révision constitutionnelle de 1962, marque plutôt un retour à des schémas antérieurs qui avaient caractérisé nombre de régimes du XIXe siècle et surtout celui qui avait précédé la Révolution française. La « monarchie présidentielle » n’est pas seulement une image ou un argument polémique, elle se traduit par des effets très concrets dont la culture peut être considérée comme un champ d’observation privilégié ; elle est l’une des dimensions de la fameuse « exception culturelle », c’est-à-dire du modèle français de politique culturelle.

Ce qui change, entre ces temps anciens et ceux que nous allons présenter, ce sont principalement deux choses : d’une part, l’impératif démocratique (et républicain) qui s’impose aux gouvernants, lesquels ne sont des mécènes que par délégation de souveraineté populaire ; d’autre part, qui signe véritablement la nouveauté de ces années 1960, la montée d’un discours expert sur la culture qui s’appuie sur l’essor des sciences sociales, essentiellement la sociologie et l’économie. On assiste à partir de cette époque au déploiement d’une ingénierie du politique, « apportant l’éclat de l’objectivité aux pratiques du gouvernement de la cité », la mobilisation de savoirs spécialisés fondant la rationalité du pouvoir, des outils et des techniques élevés au « rang de garants voire de critères de l’action publique », une conception de la politique (culturelle) comme science expérimentale, un empirisme prétendant ne se fonder que sur des données objectives, tout ce que Philippe Bezès a désigné par l’expression, détournée de Foucault, de « souci de soi de l’État »6. Or, la rationalisation espérée (ou redoutée) des finalités comme des modalités de la politique culturelle n’a jamais été totale ; toujours, elle a laissé une place à d’autres considérations qui apparentent celle-ci à un art plus qu’à une science de gouvernement ; c’est, après tout, le sens premier de la Statistik7. Ce que nous allons montrer en trois temps.

1. Les Fondateurs : Charles de Gaulle et André Malraux (1959-1969)

Il y a, nous l’avons suggéré, une forme d’abus de langage à parler de « fondation » et, donc, de « fondateurs » pour évoquer la création du ministère des Affaires culturelles en 1959. Le nouveau ministère a des « fondations » plus anciennes, du ministère des Beaux-Arts confié à Alexandre Colonna Walewski par Napoléon III en 1862 au ministère de la Jeunesse, des Arts et des Lettres dirigé par Pierre Bourdan en 1947, en passant par les tout aussi éphémères ministère des Lettres, Sciences et Beaux-arts de 1870 (Maurice Louis Richard) et ministère des Arts en 1881 (Antonin Proust), sans parler de soubassements encore plus anciens, de la Surintendance administrée par Colbert à l’Inspection des monuments historiques créée par François Guizot en 1830. Pascal Ory a montré l’importance du moment « Front populaire » dans la légitimation de l’action de l’État dans le champ de la culture et des loisirs8, et Philippe Poirrier rappelé tout ce que le ministère des Affaires culturelles devait à l’élaboration patiente d’une doctrine et au renforcement de l’outil administratif entre 1935 et 19589, Pascale Goetschel le complétant sur l’œuvre admirable de la IVe République dans le domaine culturel, et singulièrement théâtral, malgré la faiblesse des moyens budgétaires10. A bien des égards, le ministère des Affaires culturelles créé en 1959 s’avère un aboutissement, autant qu’un commencement.

Nous avons par ailleurs rappelé, à la suite des travaux de Janine Mossuz-Lavau et Geneviève Poujol11, le caractère largement circonstanciel de la création du nouveau ministère, due à la volonté du général De Gaulle de garder près de lui cet « ami génial, fervent des hautes destinées » malgré son faux pas en tant que ministre de l’Information dans le contexte de la guerre d’Algérie. Conseillé par son directeur de cabinet Georges Pompidou, De Gaulle demande à son Premier ministre Michel Debré de trouver une solution pour garder Malraux au sein du gouvernement :

Il vous sera utile de garder Malraux. Taillez pour lui un ministère, par exemple un regroupement de services que vous pourrez appeler “Affaires culturelles”. Malraux donnera du relief à votre gouvernement.

De cette improvisation découle la relative incohérence de l’ensemble administratif ainsi constitué, issu pour l’essentiel d’un prélèvement opéré sur le ministre de l’Éducation nationale (la Direction générale des Arts et Lettres), complété par des apports en provenance du haut-commissariat à la Jeunesse et aux Sports et du ministère de l’Industrie et du Commerce (Centre national de la cinématographie) et qui laisse hors de son périmètre d’intervention aussi bien la lecture publique que l’information ou l’action culturelle extérieure.

Quel est donc ce « relief » que Malraux est censé conférer au gouvernement de Michel Debré, en quoi Malraux apparaît-il indispensable aux yeux de De Gaulle et quelle est la nature de leur relation ? Le lien, très fort, s’est noué à la Libération, Malraux rencontrant De Gaulle dans des circonstances qu’a - très bien - évoquées Jean Lacouture dans sa biographie de l’auteur de La Condition humaine : ayant découvert nation et patrie pendant la guerre, les ayant élevés au rang d’absolus en lieu et place du prolétariat et de la justice sociale (auxquels il ne renonça pourtant jamais tout à fait), Malraux fait allégeance à l’été 1945 au chef de la France libre, le seul homme politique français qui soit à ses yeux de la stature des grands personnages historiques qui le fascinent - dans les Antimémoires, il le compare à Trotsky, « le seul personnage que le général De Gaulle appelât alors dans [sa] mémoire »12. De son côté, De Gaulle admire moins l’écrivain que l’intellectuel à la vaste culture qui, comme lui-même, a le sens de la grandeur et du tragique, l’amour de la France, le sens de l’Histoire. Son engagement dans la Résistance et sa prise de distance publique à l’égard du PCF et de la Russie soviétique le lavent des soupçons que pourrait faire peser sur lui son ancien compagnonnage avec les communistes. Comme l’écrit Jean Lacouture, « le couple de Gaulle - Malraux ne se forme pas sur un thème négatif, ou défensif, mais sur la base de conceptions voisines de l’histoire, d’une éthique et plus encore d’une esthétique communes de la vie publique, d’une estime venue de solitudes également impatientes d’une “grande querelle” à soutenir13. » Dix ans et une traversée du désert plus tard, Malraux est le héraut du héros, celui qui, mieux qu’un Mauriac ou qu’un Gary, autres intellectuels organiques du gaullisme, transmute par la magie des mots un parcours politique en chanson de geste, en épopée. C’est d’abord sa parole habitée, inspirée, qui forme le « relief » attendu par De Gaulle, outre sa gloire d’écrivain célèbre, son parcours d’intellectuel engagé, sa connaissance intime de l’histoire et des milieux de l’art.

« Chantre » ou « barde » du Général, comme on a pu parfois le surnommer, Malraux n’est pas seulement un figurant prestigieux du casting gouvernemental. Il est ministre d’État et le rappelle volontiers à ceux qui l’oublieraient. André Holleaux, qui fut son deuxième directeur de cabinet aux Affaires culturelles, rapporte qu’au conseil des ministres, Malraux siégeait à la droite du Général par vœu exprès de ce dernier14. Sa proximité avec le chef de l’État, leur admiration mutuelle, et la hauteur à laquelle, d’emblée, ils placèrent leur relation l’autorisaient à évoquer avec lui tout sujet qui lui semblait d’importance, au-delà des limites de ses prérogatives ministérielles (qu’il respectait pourtant scrupuleusement dans l’exercice quotidien de son ministère). « Le rôle du ministre des affaires culturelles, qui est souvent consulté par le chef de l’État et qui intervient sur d’autres affaires que celle de la culture, tranche ainsi avec celui qui est généralement dévolu aux ministres des débuts de la Ve République, davantage tenus au silence et cantonnés dans les limites de leur domaine et spécialité́15. » Selon Jacques Rigaud, si Georges Pompidou s’accommoda volontiers de ce lien particulier et des privilèges qui s’y attachaient, son prédécesseur à Matignon, Michel Debré, en conçut davantage d’humeur. Cela n’aida pas lors des arbitrages budgétaires…

Pour autant, Malraux n’avait pas avec son grand homme d’entretiens réguliers ; de temps à autre, le président recevait son ministre et évoquait avec lui les dossiers en cours aux Affaires culturelles mais aussi, et peut-être davantage, des affaires de plus vaste portée.

 Tout porte à penser que Malraux informait le Général, à grands traits, de ses projets sans que jamais le chef de l’État y trouvât à redire. Il est significatif que personne à l’Elysée n’était expressément en charge des affaires culturelles16

Comme l’écrit André Holleaux, la fréquence de leurs relations étaient réglées par ce postulat selon lequel Malraux se considérait comme le « représentant » de De Gaulle et donc de la France. Il avait en charge les cérémonies nationales, les musiques non militaires jouées lors des grandes commémorations, les invités aux réceptions « Arts et Lettres » de l’Élysée ; il accompagnait le chef de l’É à des expositions, des spectacles, des inaugurations - telle celle de la maison de la culture de Bourges, le 14 mai 1965, un an après une première inauguration à l’occasion de laquelle Malraux avait prononcé un grand discours. A Bourges, De Gaulle prend la parole après Malraux pour dire qu’il considère ce dernier comme « l’homme le plus qualifié pour comprendre, pour vouloir et pour faire connaître ce qui est l’esprit humain17. » La même année, De Gaulle et Malraux visitent ensemble l’exposition sur les trésors des églises de France au musée des Arts décoratifs ; André Holleaux, qui assistait à la scène, l’évoque dans ses souvenirs :

 Le Général et le ministre cheminaient ensemble d’une vitrine à l’autre, ce dernier expliquant au premier, lequel écoutait avec une extrême attention et des signes de tête approbatifs. De Gaulle était sans doute saisi par la culture de Malraux qui n’en faisait, ce jour-là, ni plus ni moins qu’avec un quelconque visiteur qu’il aurait pris en sympathie. C’était peut-être aussi, pour le Général, qu’il n’était pas facile de mêler sa voix à celle de Malraux, sauf par des interjections ou des questions raccourcies. Parfois, disait André Gide, on se sentait bête devant lui18

Cette anecdote dit bien quelle fut la nature des rapports entre le chef de l’État et son ministre quant aux Affaires culturelles : admiration et confiance, De Gaulle n’intervenant pas dans ce domaine (qu’il connaissait personnellement assez mal, à l’exception de certains écrivains qui lui étaient chers), sinon pour s’enquérir de l’avancement de quelques chantiers de restauration et appuyer l’action de Malraux auquel il laissa par ailleurs liberté entière de manœuvre, dans les limites fixées par un budget très contraint mais aussi par les impératifs de la solidarité gouvernementale. Par éducation et tradition, De Gaulle était un libéral dans le domaine des arts et lettres, considérant que l’État n’avait pas vocation à y intervenir lourdement ; il rejoignait en cela Malraux qui, à plusieurs reprises, écrivit ou déclara qu’il ne revenait pas à l’État de diriger la culture mais simplement de l’aider ou, mieux, de la servir19.

On trouve semblable disposition d’esprit chez la plupart des dirigeants d’Europe occidentale à cette époque, très méfiants à l’égard de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à une culture dirigée ou administrée, laquelle leur évoquait tantôt la propagande nazie ou fasciste, tantôt l’instrumentalisation de la culture par le régime soviétique. Malraux s’employa à justifier l’existence d’un ministère en charge des Affaires culturelles en ne cessant de rappeler qu’il ne s’agissait que de favoriser les conditions d’une rencontre entre l’art et son public, en aucun cas de créer de toutes pièces un art officiel. Mais on peut invoquer d’autres motivations plus prosaïques ou plus politiques : la politique culturelle devait aussi concourir à rassembler et unifier le peuple français autour de la politique et de la personne du général De Gaulle, favoriser la constitution d’une culture nationale fédératrice réparant les déchirures provoquées par les récents conflits dans lesquels la France avait été plongée. L’action culturelle devait opérer symboliquement mais aussi pratiquement le rassemblement qui était la finalité́ poursuivie par le chef de l’État. Mais cela ne passait par aucun dirigisme ni autoritarisme dans le domaine des arts et des lettres, en dépit du maintien de pratiques censoriales qui relevaient pour l’essentiel des ministères de l’Intérieur et de l’Information.

Cette conception libérale du rôle de l’État - des pouvoirs publics en général - couplée à une vision très ample de la nécessité de rompre avec l’indifférence ou la négligence qui avaient jusqu’à lui caractérisé l’action de l’État dans le domaine de la culture, Malraux la développe au long de discours prononcés en France comme à l’étranger où l’on peut déceler une politique culturelle explicite mais aussi implicite - une distinction empruntée à Jeremy Ahearne20 -, une « philosophie d’action » de l’action culturelle (Philippe Urfalino), un ensemble de « référentiels » (Bruno Jobert et Pierre Muller21) ou encore des « finalités » (Augustin Girard22) qu’il convient d’analyser dans leurs grandes lignes, avant d’évoquer, tout aussi brièvement, les « modalités » principales de cette action.

Si nous doutions encore qu’il nous faille parler moins de sciences que d’arts de gouvernement, la lecture des discours d’André Malraux (mais aussi de certains textes de Gaëtan Picon, directeur général des Arts et Lettres de 1959 à 196623) suffirait à nous en convaincre. Le lyrisme qui souffle dans ces textes, y compris ceux destinés à être prononcés devant d’austères assemblées réunies pour voter un budget en fait, à leur façon, des œuvres d’art. A ceux qui le prendraient pour un ministre, Malraux rappelle qu’il est avant tout un écrivain. Et les idées qu’il entrechoque d’une voix vibrante devant des auditoires subjugués évoluent loin au-dessus des médiocres contingences de la vie ministérielle. C’est qu’« il en va tout simplement de ce que nous appelons la civilisation », dit-il ainsi devant l’Assemblée nationale, le 9 novembre 1963. Le grand combat que Malraux entend mener, c’est celui de l’Homme contre ce qui le nie : la mort, bien sûr (l’art est un « anti-destin »), mais aussi ce qui ressemble à la mort dans la vie, c’est-à-dire l’abandon aux « puissances de la nuit » que sont les instincts primaires « du sexe et du sang ». Or, ce sont ces instincts que flattent et détournent à leur profit les « machines à rêves » manipulées par des multinationales sans scrupules. Il faut leur opposer une force égale, qui ne peut être que celle des créations humaines qui ont résisté au passage du temps, les œuvres immortelles qui peuvent aider l’imaginaire des hommes à se défendre contre ce qui risque de le détruire ou, au moins, de l’appauvrir. Ce n’est pas le lieu ici de critiquer cette vision très binaire opposant la nuit au jour, la haine à l’amour, etc… et qui n’envisage pas que les œuvres les plus puissantes du passé comme du temps présent tirent précisément leur force, leur pouvoir de fascination, de la sublimation des pulsions les plus primitives. Bornons-nous à remarquer que le Verbe malrucien porte d’emblée le débat au niveau d’une philosophie de l’histoire.

Ces finalités supérieures sont déclinées en missions et modalités pratiques, les unes et les autres bien connues et sur lesquelles nous passerons donc rapidement. Le troisième des décrets fondateurs du nouveau ministère, celui du 24 juillet 1959, le charge « de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ; d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. » Ces missions de démocratisation mais aussi de régénération d’une culture d’excellence passeront par une politique culturelle se démarquant fondamentalement et de l’Éducation (nationale comme populaire) et des loisirs (un mot presque aussi hideux que celui de province selon Malraux) et visant, d’une part, à favoriser les conditions d’une rencontre immédiate entre les œuvres et leur public, indépendamment de toute médiation, de tout savoir préalable, d’autre part, à soutenir les artistes en leur donnant les moyens de vivre et de créer. Les maisons de la culture (qui ne répondent « nullement à un besoin de distraction » car « le problème que notre civilisation nous pose n’est pas du tout celui de l’amusement » répétera Malraux) seront les instruments privilégiés de cette politique, à côté d’une grande politique patrimoniale et d’actions décisives dans le théâtre, le cinéma ou les arts plastiques. Comme eurent l’occasion de le dire à la fois Gaëtan Picon et celui qui fut le maître d’œuvre du programme des maisons de la culture, Émile Biasini, ce programme marquait « la reconnaissance par l’État d’une obligation transcendant celle qu’il assum[ait] depuis longtemps déjà dans le domaine de l’enseignement ; son engagement de fournir aux Français, à tous les Français les moyens d’accéder au monde vivant de leur époque, celui de la culture vécue. Transformer en un bien commun un privilège24. »

On sait aussi les obstacles et les critiques auxquels se heurta cette politique : le manque de moyens budgétaires (et le peu d’empressement ou de talent de Malraux pour en obtenir davantage), la méfiance de l’administration mais aussi de certains membres du gouvernement comme de la majorité devant un ministère chargé d’administrer ce que Malraux nommait lui-même un « royaume farfelu » (titre d’un de ses ouvrages, publié en 1928), la contestation croissante des milieux culturels, impatientés par le paternalisme d’une politique culturelle souvent brouillonne. La montée du « gauchisme culturel25 » propre aux années 1960 fit le reste et le départ de Malraux suivit de près celui du général De Gaulle après l’échec du référendum de 1969. Il n’était pas concevable pour Malraux de rester au gouvernement alors que partait celui dont il s’estimait le « représentant ». Certains espérèrent ou redoutèrent qu’avec lui s’écroulât l’édifice bâti durant les dix années qui venaient de s’écouler. S’il n’en fut rien, c’est parce que le ministère des Affaires culturelles avait su construire une légitimité, faire la preuve de son utilité voire de sa nécessité.

Des facteurs internes comme externes au ministère rendent compte de ce processus. Interne, la structuration progressive d’une administration renforcée par l’apport des anciens administrateurs coloniaux et qui se dote des services indispensables à son bon fonctionnement (direction de l’administration générale en 1961, inspection générale en 1965) ; interne aussi la création de services de mission, tels que le service des fouilles et antiquités et celui de l’Inventaire général en 1962, le Service des études et recherches en 1963. C’est ce dernier service, le SER, confié à un jeune agrégé d’anglais, Augustin Girard, qui sera à l’initiative de bon nombre d’études de sociologie et d’économie de la culture, lesquelles démontreront la nécessité d’une politique culturelle ambitieuse, notamment en termes d’équipements et d’aménagement culturel du territoire. Ces travaux, qui participent d’une réflexion internationale, en particulier européenne26, s’inscrivent par ailleurs dans la planification à la française, en lien avec le Commissariat général du Plan, qui se dote d’une « commission pour le patrimoine artistique et de l’équipement culturel » en 1959, en accord avec André Malraux. La culture est donc peu à peu intégrée à l’ensemble des préoccupations gouvernementales, au même titre sinon au même rang de priorité que l’agriculture, l’industrie ou le commerce. Cette évolution rencontre le mouvement ascendant des professions culturelles comme des consommations culturelles dans les budgets (temps et argent) des ménages. A l’aune de ces évolutions sociétales, les événements de Mai 68 comme le retrait de De Gaulle et de Malraux apparaissent comme de simples péripéties.

2. Les Rénovateurs : Georges Pompidou et Jacques Duhamel (1971-1973)

L’homme qui s’installe dans le fauteuil de De Gaulle à la suite des élections présidentielles anticipées de 1969 n’a pas la légitimité historique de l’ancien chef de la France libre et fondateur de la Ve République. Mais Georges Pompidou a été le Premier ministre du Général pendant six ans, après avoir été son directeur de cabinet. Aux yeux de l’opinion, il incarne la continuité, même si les relations avec l’ancien chef de l’État s’étaient dégradées à la suite de la crise de 1968. Il incarne aussi la méritocratie républicaine : issu d’une famille modeste, il a accompli de brillantes études littéraires avant d’obliquer vers la haute fonction publique puis la banque, enfin les cercles du pouvoir. En dernier lieu, il incarne la modernisation accélérée qu’a connue la France des Trente Glorieuses, marquée par le développement de l’aménagement du territoire et des grands équipements planifiés par l’État. C’est parce qu’il lui paraît que la culture peut et doit faire partie de ce grand mouvement et aussi parce qu’il est lui-même un homme de culture, féru de poésie et de peinture, qu’il tient à ce que soit conservé au sein du gouvernement de Jacques Chaban-Delmas le ministère des Affaires culturelles. Ce dernier est d’ailleurs sur la même longueur d’onde, qui veut faire du « développement culturel » une part essentielle de son projet de « Nouvelle Société ».

Ce n’est pas Jacques Duhamel qui, dans un premier temps, est choisi pour succéder à André Malraux rue de Valois, mais Edmond Michelet, plusieurs fois ministre dans les gouvernements de l’ère De Gaulle mais que rien ne prédisposait à occuper ce poste. Il l’occupera pendant un an sans laisser d’autres souvenirs marquants que celui d’un homme d’une grande droiture, avant d’être emporté par la maladie ; il est remplacé par André Bettencourt, lui aussi sans qualifications particulières pour ce poste et qui assurera l’intérim. Les historiens et les témoins de cette époque estiment que ces choix surprenants procèdent en partie du désir de Georges Pompidou d’intervenir lui-même dans le domaine culturel, sans être entravé dans son action par un ministre trop présent. Car la continuité avec la période précédente est ici interrompue : contrairement à De Gaulle, Pompidou entend jouer un rôle de premier plan dans les affaires culturelles, pour lesquelles il a un goût, des idées, des projets. « En écho aux lointains temps de Rome ou aux époques moins reculées d’un mécénat monarchique français, Georges Pompidou entend que le Prince se soucie d’arts et de lettres. Mais il ne s’agit plus seulement de passer commandes et de privilégier une poignée d’artistes. Le chef de l’État entreprend de fournir une réflexion et d’avoir un rôle dans le processus technocratique des décisions27. »

Comme l’a dit à maintes reprises l’ancien directeur de cabinet de Jacques Duhamel, Jacques Rigaud, c’est dans ce domaine qu’un président de la Ve République peut espérer trouver les satisfactions les plus sensibles, en voyant le résultat immédiat et concret de ses décisions. Georges Pompidou rêvait d’un grand centre de culture - l’équivalent du Kennedy Center ou d’une grande maison de la culture - en plein Paris, voué à toutes les formes de la création contemporaine : ce sera le centre du plateau Beaubourg, qui portera le nom de son fondateur après la mort de ce dernier. Il appelle de ses vœux une grande exposition regroupant les plasticiens majeurs de son temps : ce sera l’exposition 72-72 au Grand Palais, dont il suivra de près la préparation. Les bagarres - y compris physiques, dans le second cas - auxquelles ces réalisations donneront lieu en disent long sur les résistances auxquelles se heurte l’intervention présidentielle dans le champ culturel, accusée de vouloir créer un « style majoritaire ». Les milieux culturels comme l’opposition politique, sans parler de l’administration de la culture elle-même jugent toujours un peu illégitime cette intervention du Prince, facilement taxée de survivance de l’Ancien régime. Jacques Rigaud, ce fin observateur - et acteur - de cette époque, hésite d’ailleurs entre deux lectures : reconnaissant tantôt à Pompidou un « style républicain », une prudence libérale et l’absence d’interventionnisme systématique, il écrit cependant, à propos du centre Beaubourg : « C’était vraiment son affaire », ajoutant qu’était ainsi créé « une nouvelle tradition républicaine, plus proche assurément de la prérogative royale que des pratiques du régime parlementaire »28.

La nomination de Jacques Duhamel à la tête du ministère des Affaires culturelles, le 7 janvier 1971 va normaliser les rapports entre la rue de Valois et l’Élysée. Certes, Jacques Duhamel n’est pas plus un homme de culture qu’Edmond Michelet mais le leader centriste est un responsable politique de premier plan, un poids lourd de la majorité présidentielle. Il occupait auparavant l’important ministère de l’Agriculture mais, lui aussi affaibli par une maladie, il désirait un poste moins exposé - qu’il s’engage auprès de Pompidou, avec qui il entretient des relations amicales, à occuper jusqu’aux élections législatives de mars 1973. Mais ce choix correspond aussi chez lui à une appétence réelle pour les affaires culturelles. Proche des milieux de l’édition, aux goûts affirmés, il va s’attacher à ce ministère et le rénover en profondeur, aidé par son directeur de cabinet Jacques Rigaud qui jouera à ses côtés un rôle essentiel. Ce dernier a rappelé les paroles prononcées par Duhamel lors de sa prise de fonction : « Je ne prétends pas penser au niveau de Malraux ni vivre au niveau de Michelet, mais j’essaierai de diriger ce ministère avec toute mon expérience et ma conviction afin que la politique culturelle soit vraiment un élément fondamental de l’action gouvernementale. » Le nouveau ministre apporte sa grande expérience et ses réseaux politiques, une partie de l’équipe aguerrie qui l’entourait au ministère de l’Agriculture et une méthode de travail qui fait de la rigueur de la gestion la clef du succès. C’est en grande partie ces atouts qui lui gagneront le respect des autres ministères et des têtes de l’exécutif. Plus question, en particulier, que la rue de Valois soit simplement l’exécutante des désirs présidentiels. Ceux-ci seront cantonnés à quelques dossiers jugés prioritaires par l’Élysée (en particulier, le projet Beaubourg) ; pour le reste, Duhamel et ses collaborateurs reprennent la main. L’intervention de l’Élysée, d’« intensive » devient « sélective »29.

Selon un autre mot rapporté par Jacques Rigaud, Jacques Duhamel, à qui l’on demandait à quoi servait un ministre des Affaires culturelles aurait répondu : “à créer une ambiance”. Duhamel, avant tout, est un pragmatique. Il ne faut pas attendre de lui les grandes envolées de Malraux mais une application constante à traiter les dossiers et une réelle créativité dans les solutions institutionnelles. Ses ambitions paraissent modestes : « la culture est ce qui doit faire qu’une journée de travail soit une vraie journée de vie », dit-il, et le rôle du ministère est de « fournir non pas au plus grand nombre mais à la totalité des citoyens le minimum vital en matière culturelle30. » On trouve cependant, dans un certain nombre de ses textes et discours, une vision plus large de ce que doit être une politique culturelle adaptée aux temps nouveaux ; on peut les mettre en regard des articles que font paraître tant Georges Pompidou que Jacques Chaban-Delmas31 pour que se dessine une pensée relativement cohérente au sommet de l’État. L’idée principale est que la société française, comme toutes les sociétés occidentales, est en recherche d’un sens que le progrès technique et la croissance économique, bien loin de lui assurer, mettent au contraire en péril. La culture peut être une réponse à ce désarroi, à condition d’en élargir considérablement les frontières et d’en diversifier les voies d’accès, pour englober l’ensemble des activités symboliques qui forment société, bien au-delà des arts (dont la définition est elle-même enrichie par la reconnaissance de formes et pratiques nouvelles). Elle est moins un secteur qu’une dimension globale ou transversale qui doit faire l’objet d’une politique associant tous les ministères et non être du ressort du seul ministère des Affaires culturelles. C’est le sens premier qu’il convient de donner à la notion de « développement culturel »32. Il s’agit par ailleurs d’encourager, plus que l’accès à la culture, qui est la formule ancienne de la démocratisation et de l’action culturelles, la participation de tous à la vie culturelle, seule à même de donner à la population le sentiment d’avoir prise sur son destin. Une conception plus horizontale, celle de la « démocratie culturelle » succède, sans la remplacer tout à fait, à la conception verticale de la démocratisation.

Ces idées sont partagées par un grand nombre de responsables politiques occidentaux à la même époque ; on les trouve énoncées dans les grandes conférences internationales qui scandent les années 1970. Les politiques auxquelles elles donnent lieu ont aussi pour objectif de répondre aux aspirations révélées par la crise de 1968 ; de ce point de vue, les finalités de la politique culturelle sont inséparables des préoccupations très politiques des dirigeants de la V: puisque la révolte est venue de l’ennui et du manque de perspective offerte à la jeunesse, il faut associer culture et loisirs pour prévenir une nouvelle révolte. Cela passe aussi par la main tendue à des idées voire à des militants de gauche, dans un souci de pluralisme mais aussi de déminage des conflits potentiels. « Ce faisant, nous ne sommes animés d’aucun désir de « “récupération” », se défend Jacques Chaban-Delmas, qui dit ne pas ambitionner « l’apparition d’une société totalement réconciliée avec elle-même » mais espérer qu’au moins les tensions s’apaisent entre gens de bonne volonté ; « nous offrons, à des hommes libres, de tenir avec nous le pari de l’action culturelle ; nous n’imposons aucune doctrine officielle et nous ne demandons à personne de renoncer à ses convictions. Notre société est pluraliste et doit le rester33. » Les initiatives de Duhamel et de Chaban-Delmas ne seront pas toutes du goût de Pompidou, plus prudent qu’eux dans cette stratégie d’ouverture. Mais elles contribueront indéniablement à faire venir vers la culture d’anciens militants politiques et vers le ministère de jeunes énarques aux idées progressistes.

Cette philosophie d’action, on la trouve également présente dans les nombreux cercles de réflexion qui travaillent à la mise à jour du logiciel gouvernemental à cette époque. Au sein du ministère, avec le SER et les colloques qu’il organise au début des années 1970 ; à l’extérieur, avec la Commission des Affaires culturelles du VIe Plan présidée par Pierre Emmanuel, laquelle rend en mars 1971 un rapport très critique sur l’action culturelle façon Malraux, pointant notamment la faiblesse des moyens budgétaires mais aussi une approche inadéquate des problèmes culturels. En particulier, l’idée que la simple mise en présence d’une œuvre et d’un public suffit à provoquer le fameux « choc esthétique » rêvé par Malraux est battue en brèche par les études sociologiques qui se succèdent depuis le milieu des années 1960 (et que viendra bientôt renforcer la première enquête sur les pratiques culturelles des Français, pilotée par le SER et publiée en 1973). Il faut bien plutôt, se rapprochant des préconisations de sociologues comme Joffre Dumazedier et de techniques développées au sein d’organismes relevant de l’éducation populaire, privilégier des pratiques d’animation pour amener vers la culture ceux que leurs conditions sociales en tiennent éloignées. La commission du VIe Plan prône également la création d’une structure de financement qui serait interministérielle et attentive aux innovations ainsi que d’un organisme de réflexion qui serait associé au ministère : le Fonds d’intervention culturelle (F.I.C.)34 puis le Conseil du développement culturel sont créés en 1971. Le premier fonctionnera pendant plus d’une décennie, tandis que le second disparaîtra au bout de deux ans d’existence, sabordé par ses membres mais surtout par le refus du ministre de voir se constituer à sa porte un pouvoir rival35. La politique d’ouverture trouvait ici ses limites.

Ici aussi nous serons brefs sur les réalisations comme sur les échecs de la politique mise en place ; le bilan en a été fait dès 197336 et de nouveau dans les différents ouvrages qui ont paru depuis sur cette période. Si aucune nouvelle maison de la culture n’est lancée - à moins que l’on ne considère le centre Beaubourg comme l’une d’elles - ces années Duhamel et celles qui les suivent immédiatement voient la multiplication des « centres d’action culturelle », de plus petite taille et des équipements intégrés, polyvalents (sportifs, éducatifs, socio-culturels) dont beaucoup sont construits en partenariat avec les collectivités territoriales. Ce partenariat prend véritablement son essor à ce moment-là et aura un effet décisif sur l’engagement en culture de certaines municipalités (Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux, Hubert Dubebout à Grenoble, Pierre Mauroy à Lille). De nouveaux centres dramatiques nationaux sont créés et les théâtres nationaux sont réorganisés. Le souci de valoriser certains monuments historiques - et de justifier les dépenses qui leur sont octroyées - par l’implantation d’activités de création conduit le ministère à lancer le label des « centres culturels de rencontre » dont continuera de s’occuper Jacques Rigaud après son départ du ministère. Le classement de la gare d’Orsay - promise à la démolition à la fin des années 1960 - et son réemploi en tant que musée d’art (qui sera l’un des grands projets de la présidence Giscard d’Estaing) s’inscrit également dans cette logique, ainsi que dans l’élargissement du sens donné au patrimoine, support de nouvelles « émotions ». On peut ajouter une politique assouplie quant au contrôle des productions culturelles, notamment dans le domaine du cinéma, une amorce de coopération avec l’ORTF et la DATAR, une action résolue dans les domaines de l’architecture, des musées, des archives, une grande politique musicale… Tout cela permis par l’activité déployée par une administration renforcée mais aussi par un financement plus conséquent, le ministère dirigé par Jacques Duhamel voyant ses crédits augmenter jusqu’à représenter 0,5 % du budget de l’État. Les critiques, au total, furent relativement limitées et visèrent davantage le conservatisme - même modernisateur - de Pompidou que la bonne volonté, assez largement reconnue, de son ministre des Affaires culturelles. Mais ceux, qui à l’instar de Pierre Bourdieu et de nombre d’intellectuels « de gauche » considéraient qu’aucune politique culturelle ne pouvait prétendre résoudre des problèmes qui se posent au niveau bien plus fondamental des rapports de classe ne désarmaient pas. On retrouvera cet axe critique lors du troisième temps, par lequel nous voudrions terminer cette étude.

3. Les refondateurs : François Mitterrand et Jack Lang (1981-1993)

François Mitterrand est élu président de la République le 10 mai 1981, réélu en 1988 et reste à l’Élysée jusqu’en mai 1995, soit plus de temps que le général de Gaulle ; Jack Lang occupe la rue de Valois dix ans, égalant en deux fois le record d’André Malraux. Les deux hommes ont eu ce que n’ont eu ni Pompidou ni Duhamel : du temps. L’autre fait notoire qu’il faut rappeler d’emblée est que ces opposants farouches non seulement au personnel politique mais jusqu’aux institutions de la Ve République - François Mitterrand avait parlé du « coup d’État permanent » et Jack Lang était dans sa jeunesse un militant mendésiste - se sont finalement très bien accommodés du régime présidentiel une fois parvenus au pouvoir, au point d’en incarner aux yeux de leurs détracteurs toutes les dérives monarchiques. Ils apparaissent à bien des égards comme des « refondateurs » de la politique culturelle française, dans ses finalités comme dans ses modalités.

Même si leur première rencontre est probablement plus ancienne37, c’est en 1974 que la relation se noue vraiment, un peu avant la présidentielle (Jack Lang soutenant la candidature de François Mitterrand) et surtout après, lorsque Mitterrand se rend au théâtre de Chaillot pour soutenir Jack Lang qui vient d’en être évincé par le nouveau secrétaire d’État à la Culture, Michel Guy. François Mitterrand est ensuite invité au festival de Nancy par Jack Lang, qui le séduit par ses idées, sa fougue, son entregent, tandis que Jack Lang trouve en Mitterrand, après Pierre Mendès France, un nouveau grand homme à admirer et servir. En 1979, Jack Lang est choisi par le leader socialiste pour prendre en charge la délégation nationale à l’action culturelle et participe activement à la campagne présidentielle de 1981, s’employant à rassembler autour du candidat socialiste intellectuels et « créateurs » de toutes disciplines. Pour ceux qui suivaient un peu attentivement l’évolution des rapports de force au sein du Parti socialiste à la fin des années 1970, la nomination de Jack Lang à la tête du ministère de la Culture en 1981 ne constitua pas une surprise. L’homme était jeune, certes, 41 ans (André Malraux en avait 58 en 1959 et Jacques Duhamel 47 en 1971) mais pouvait s’appuyer sur plusieurs compétences et légitimités : celle de l’acteur, aux sens propre et figuré, de la vie culturelle, provinciale d’abord, parisienne ensuite ; celle du professeur de droit, maîtrisant les rouages de l’administration publique ; celle, enfin, du militant politique, réactivée au contact de François Mitterrand, qui ne lui ménagera pas son soutien, recevant en retour une indéfectible loyauté. Jack Lang est devenu au fil du temps l’un des « éléphants » du Parti socialiste mais n’est jamais parvenu à s’y faire reconnaître comme tout à fait légitime ; sa légitimité, il la tenait essentiellement de sa relation personnelle avec François Mitterrand. Ce ciel sans nuages fut traversé de rares orages, comme lorsque Jack Lang s’opposa à la politique audiovisuelle de François Mitterrand, l’accusant de « prononcer l’arrêt de mort du cinéma français » en créant la Cinquième chaîne en 198538. Dans l’ensemble, cependant, la relation fut très étroite, presque filiale, Jack Lang faisant partie du premier cercle mitterrandien dès la fin des années 1970. Le ministre de la Culture était l’un des rares membres du gouvernement à avoir un accès direct au président, lui adressant des notes très nombreuses quoique brèves et ciselées sans passer par les intermédiaires ou la voie hiérarchique39. Les Premiers ministres durent faire avec, de plus (Pierre Mauroy) ou moins (Michel Rocard) bonne grâce.

Dans un entretien que nous avions eu avec lui, Jack Lang caractérisait ainsi le rapport de François Mitterrand à la culture et l’importance qu’il accordait à celle-ci dans sa politique :

François Mitterrand était un homme d’une grande culture, il était passionné de littérature, de cinéma, il avait une grande connaissance de l’histoire, du patrimoine. Sa culture était plutôt classique, même s’il était curieux de tout. Je lui ai fait découvrir et apprécier l’art d’avant-garde mais aussi la bande dessinée ou les musiques nouvelles. Il aimait les choses incarnées, sensuelles, le roman, la poésie. En revanche, la pensée abstraite l’ennuyait. Il feignait de ne pas comprendre certains intellectuels. Mais au-delà de tel ou tel domaine, il plaçait la culture au cœur de son projet politique, pour des raisons à la fois logiques et affectives, par raison et par passion. Il croyait profondément dans la culture pour transformer la société, accomplir la promesse de la gauche de libérer le temps libre, que chacun puisse l’utiliser pour se former, pour créer, pour rêver. De ce point de vue, nous étions parfaitement à l’unisson. Nous avions la même conviction, la même ambition, la même détermination. Nous voulions creuser, comme le disait Delteil, des puits de vie, pas seulement à Paris, partout. En 1988, dans sa Lettre à tous les Français, il écrit : “Finalement, Jack Lang avait raison, tout est culture”40

On pense à De Gaulle déclarant à Bourges en présence de son ministre des Affaires culturelles : « La culture domine tout ». Au-delà de l’hommage rendu à Jack Lang, François Mitterrand exprime ici une conviction très profonde, relevée par tous ses biographes : à ses yeux, la culture est l’expression du génie des peuples et ce qu’il y a de plus durable dans l’action des hommes. Lui-même aime à s’entourer d’artistes, affectionne certains écrivains et les éditions rares, écrit des livres tout en se défendant, avec une modestie peut-être feinte, de prétendre au titre d’écrivain. Dans un entretien accordé aux Nouvelles littéraires peu avant l’élection de mai 1981, il trace un parallèle entre l’homme politique et l’homme de culture - significativement, tous les exemples qui lui viennent à l’esprit sont des écrivains - estimant qu’« il n’y a pas, d’un côté l’homme politique aux mains sales et, de l’autre, l’homme de création aux mains pures » et que, souvent, des « créateurs insoupçonnés [se déguisent en] hommes politiques »41. La forme d’expression qui transforme les parallèles en lignes croisées est celle de l’architecture. Là plus qu’en tout autre domaine, le responsable politique se fait créateur. Dans La Paille et le grain (1975) comme dans L’Abeille et l’architecte (1978), François Mitterrand a dit son goût pour l’architecture et combien il désirait laisser une trace dans l’Histoire par la construction de bâtiments prestigieux. « Dans toute ville, je me sens empereur ou architecte, je tranche, je décide et j’arbitre ». « L’obsession de Mitterrand était de rester dans l’Histoire. Il avait un rapport au Temps très marqué, au-delà de l’immédiateté. Il parlait beaucoup de l’importance de la pierre, du bâti42. »

Rien d’étonnant donc à ce qu’une fois parvenu au pouvoir suprême, et doté par là des moyens qui lui faisaient auparavant défaut, il annonce le lancement d’un grand programme de constructions ayant pour points communs une architecture exceptionnelle, une institution culturelle ayant vocation à rayonner sur le plan international et une intervention directe et personnelle du chef de l’État. Sur ce plan, François Mitterrand prolonge l’action de ses deux prédécesseurs immédiats, achevant les projets lancés par Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing au nom de la « continuité républicaine » mais aussi du réel intérêt que représentaient ces projets à ses yeux (le musée d’Orsay, le musée des Sciences et des techniques de La Villette, l’Institut du monde arabe et l’aménagement de la Tête Défense) et en lançant de nouveaux, encore plus nombreux et ambitieux : le Grand Louvre (et donc aussi le nouveau bâtiment devant accueillir les services du ministère de l’Économie et des Finances délogés de la rue de Rivoli), l’opéra de la Bastille, la Cité de la musique, la Grande Arche de la Défense au cours du premier septennat ; la Très Grande Bibliothèque lors du second. A quoi s’ajoutent quelques « grands projets » en province pour compenser quelque peu ce que pouvaient avoir d’excessivement centralisé et parisien ces « grandes opérations d’architecture et d’urbanisme » (dénomination administrative et archivistique officielle) qui devaient tout à la fois montrer l’engagement de l’État en faveur de la culture et l’excellence du savoir-faire français, soutenir le secteur du bâtiment, créer les conditions de retombées touristiques favorables et maintenir le rang de Paris parmi les capitales mondiales de la culture. On peut gloser à l’infini sur leur coût, leur esthétique, leur impact à long terme sur l’image de Paris ou la politique culturelle, ou encore sur le rôle précis qu’y joua Jack Lang ; reste qu’il s’agit d’opérations décidées et pilotées à l’Élysée ou par l’intermédiaire de responsables en prise directe avec le président, en particulier Émile Biasini qui, après avoir été le maître d’œuvre du programme des maisons de la culture sous Malraux, conduisit l’opération Grand Louvre avant d’être nommé secrétaire d’État chargé des grands travaux durant le second septennat. Nulle part plus qu’en ce domaine, la « ligne monarchique » discernée par Pascal Ory n’est-elle apparue plus clairement, François Mitterrand apparaissant aux yeux de l’historien comme « le plus culturel des chefs de l’État français depuis Napoléon Ier43. »

Mais, comme l’a aussi écrit Pascal Ory dans ce même article, les deux autres lignes, libérale et démocratique, « qui mettent respectivement en avant les intérêts du créateur et ceux du public, ont [aussi] trouvé dans l’efficacité de l’axe Mitterrand-Lang la condition préalable, ici à une ambitieuse politique de soutien à la création, là à une série de programmes dits de “développement culturel” d’une ampleur sans précédent. » Il convient toutefois, avant d’en venir, là aussi brièvement, aux grandes lignes de l’action de Jack Lang et de son équipe - brillante, composée à part égale de fidèles rencontrés avant 1981 et de jeunes hauts fonctionnaires qui avaient pris le risque de se diriger vers l’administration de la culture -, de les replacer dans un contexte et une vision d’ensemble. Le contexte est très différent de celui qu’avaient connu et Malraux et Duhamel : la forte croissance économique des années 1960 et du début des années 1970 n’est plus qu’un souvenir, la France s’enfonce dans le chômage de masse et la culture est vue tantôt comme un levier pour faire redémarrer le moteur de l’économie, tantôt comme les « lampions » qu’il faut tendre sur la « grisaille » d’un budget de rigueur. Une forme de réalisme voire de cynisme prévaut dans les notes adressées par Jack Lang au président, au Premier ministre ou à d’autres collègues clefs du gouvernement lors des discussions budgétaires. Si le ministère de la Culture obtient les rallonges exigées, les « grandes gueules » que sont les artistes deviendront les « porte-voix » du gouvernement ; dans le cas contraire, ils deviendront ses pires détracteurs. La situation budgétaire est mauvaise ? Raison de plus pour doter fortement le « pauvre » ministère de la Culture ; « Puisqu’il n’est pas possible de changer sérieusement les choses pour les autres ministères, autant accomplir un geste symbolique » pour la Culture, écrit ainsi Jack Lang en juillet 1981 : « cela représenterait un acte historique éclatant qui conférerait à ce budget 1982 par avance médiocre une couleur qui annoncerait le changement et en serait le symbole44. »

Mais la vision de Jack Lang sur la place que doit occuper la culture au sein de l’action gouvernementale est plus ample que ne le laisserait supposer la lecture des notes intra gouvernementales. Cette vision est développée dans plusieurs textes et discours, en particulier celui du 17 novembre 1981, date à laquelle Jack Lang présente son premier budget en tant que ministre de la Culture devant les députés. La culture s’y trouve inscrite au cœur de tout projet politique et non à la périphérie de l’action gouvernementale ; et la politique culturelle participe d’un « projet de civilisation » qui vise à redonner droit de cité à la beauté et au bonheur - rien de moins. On perçoit des échos de la période Malraux (le combat pour la civilisation, du jour contre la nuit) et de la période Duhamel (la culture n’est pas de la responsabilité du seul ministère qui en est officiellement chargé, c’est une dimension transversale à l’ensemble des politiques publiques), amplifiés par un style très personnel. C’est le volontarisme et la confiance dans l’action de l’État en faveur de la culture qui frappent le plus dans ce discours. Les textes contemporains du discours du 17 novembre hésitent pourtant entre deux options quant à cette action : l’une est celle de l’État arbitre, régulateur, incitateur, cher à la tradition libérale ; le ministère doit se borner à exercer une « magistrature d’influence », en attendant de disparaître, une fois l’impératif culturel partagé par tous. L’autre option est celle d’un État interventionniste, qui mène une politique active pour réduire les inégalités sociales et culturelles, promouvoir la création artistique, ouvrir le dialogue avec les cultures minoritaires ou étrangères, défendre la langue et la culture françaises contre les produits des industries culturelles étatsuniennes ; ce n’est plus l’État régulateur et incitateur mais bien l’État producteur, acteur de la vie culturelle.

Selon les champs d’action et les moments, l’action du ministère privilégiera tantôt l’une tantôt l’autre option. L’heure est en tout à cas à la révision des missions qui lui sont assignées, qui participent d’une refondation de l’action du ministère. Le décret du 10 mai 1982, rédigé par Jacques Sallois, premier directeur de cabinet de Jack Lang, charge le ministère

de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d’inventer et de créer, d’exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ; de préserver le patrimoine culturel national, régional ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivité tout entière ; de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l’art français dans le libre dialogue des cultures du monde45

Les objectifs que s’était donnés le ministère en 1959 ne sont pas abandonnés mais infléchis ; la logique de la démocratisation tend à s’effacer devant celle de la démocratie culturelle, comme la définition classique et artistique de la culture laisse place à une définition plus large, plus englobante, souvent qualifiée d’« anthropologique » et qui doit beaucoup aux réflexions de la décennie antérieure. Mais au vrai, il y a moins substitution qu’addition de ces objectifs, grâce à un budget en forte progression qui permet la conciliation des contraires. A partir de ces années 1980, le ministère de la Culture, mais aussi les collectivités territoriales qui, bien souvent, lui emboîteront le pas, pourra mener à la fois une politique de soutien aux institutions culturelles prestigieuses et de reconnaissance de formes et de pratiques culturelles nouvelles et populaires, une grande politique du patrimoine et une grande politique d’encouragement à la création, d’ouverture au monde et de défense de l’identité nationale (et européenne). Un activisme reconnu positivement par l’opinion publique, comme l’attestent les sondages qui n’ont cessé de classer Jack Lang parmi les responsables politiques les plus populaires, mais qui n’empêcha pas, tout au contraire, les critiques de pleuvoir. Celles-ci visèrent tantôt (plutôt à droite) le « relativisme culturel » d’un ministère qui aurait perdu de vue ses missions les plus fondamentales, tantôt (plutôt à gauche) l’ « échec de la démocratisation » qui n’aurait pas réussi à élargir la base sociale des usagers de la culture classique malgré l’augmentation de l’offre culturelle, et, à gauche comme à droite, une pratique du pouvoir instaurant des phénomènes de cour, privilégiant la communication sur l’action en profondeur et instrumentalisant la culture à des fins politiciennes. Quelle que soit la part de vérité que recèle chacune de ces accusations, il reste que, trente ans plus tard, l’héritage de la période mitterrando-langienne dans le domaine culturel reste immense voire écrasant pour tout nouveau responsable politique, que ce soit à l’Élysée ou rue de Valois.

Conclusion

L’examen des rapports entre le président de la République et le ministre en charge de la culture n’épuise évidemment pas l’histoire des politiques culturelles qui peut s’envisager sous bien d’autres angles que cette vision « par le haut ». Mais il nous paraît éclairant pour comprendre la manière dont ont été conçues et menées ces politiques dans la France de la Ve République.

Selon Jacques Rigaud, André Malraux est celui qui a donné à la politique culturelle son « prestige », Jacques Duhamel sa « crédibilité dans l’État », Michel Guy l’a inscrite dans la « modernité », et Jack Lang, lui a donné « son assise dans l’opinion »46. Dans les trois cas que nous avons étudiés pour cet article, ce qui frappe c’est l’importance de la relation entre le président de la République et son ministre en charge du « royaume farfelu », toujours situé à la lisière du « domaine réservé » du président. Cette relation peut reposer sur des bases différentes, mélange de sentiments - admiration mutuelle entre De Gaulle et Malraux, amitié entre Pompidou et Duhamel, piété filiale entre Mitterrand et Lang - et d’intérêts - Malraux pour donner du lustre, Duhamel pour stabiliser une majorité politique, Lang pour rallier les créateurs et la jeunesse -, toujours elle conditionne une grande politique culturelle dans le régime présidentiel de la Ve République. Parce que le président a pour lui la légitimité du suffrage populaire, l’autorité et la durée que lui donnent les institutions, il peut imposer ses préférences, fût-ce par la simple approbation, comme dans le cas de De Gaulle. De son côté, le ministre en charge de la culture s’appuie sur cette relation particulière pour exister au sein d’un appareil gouvernemental qui mettra du temps à reconnaître l’existence et l’importance de ce petit ministère - par les budgets qu’il gère et l’administration dont il dispose -, tard venu dans l’histoire administrative et né dans des circonstances relativement fortuites. Mais le ministre en appelle aussi à des intérêts supérieurs, à des finalités d’ordre philosophique culminant dans un projet de civilisation pour bousculer les inerties et les conservatismes, y compris de sa propre administration. Que ce soit Malraux, Duhamel ou Lang, tous ont dit les réticences qu’ils avaient dû vaincre y compris au sein du ministère pour faire prévaloir leurs vues et imposer le rythme du changement. D’une certaine façon, tous ont ressenti ce que Malraux disait à propos De Gaulle et de sa conception de l’État : « son État était presque le contraire de l’administration ; celle-ci dirigeant ce qui continue, et l’Etat, ce qui change47. » Même si cette administration s’est constamment renforcée de Malraux à Lang, et même si l’action s’est de plus en plus nourrie des études, notamment statistiques, mises à la disposition du décideur politique, celui-ci n’a jamais cessé de se fier avant tout à ses goûts personnels, à ses intuitions politiques, à sa connaissance intime des besoins, des qualités et des travers du monde culturel pour mener son action, laquelle s’est donc bien plus apparentée à un art de gouverner qu’à une science de gouvernement, malgré la sophistication croissante des instruments de mesure et de contrôle. Les historiens du futur diront si la relation entre Emmanuel Macron et l’actuel locataire de la rue de Valois confirme cette règle.

1 Il aurait bien sûr été intéressant d’ajouter à la liste le duo formé par Valéry Giscard d’Estaing et l’un de ses ministres ou secrétaires d’État à

2 Voir en particulier, de Philippe Urfalino, L’Invention de la politique culturelle, Paris, Comité d’histoire / La Documentation française, 1996 (rééd

3 En particulier : Jack Lang, une vie entre culture et politique, Paris, Complexe, 2008 et L’Enjeu culturel. La réflexion internationale sur les

4 Emmanuel Wallon, L’Artiste et le Prince. Pouvoirs publics et création, Grenoble, PUG, 2013. Dans un autre texte, cet auteur remarque que l’idée

5 Pascal Ory, « L’État et la culture de la Révolution à 1959 », dans Guy Saez (dir.), Institutions et vie culturelles, Paris, La Documentation

6 Philippe Bezès, Réinventer l’État. Les réformes de l’administration française (1962-2008), Paris, Presses universitaires de France, 2009. Voir aussi

7 Michel Senellart, Les Arts de gouverner : du régiment médiéval au concept de gouvernement, Paris, Seuil, 1995.

8 Pascal Ory, La Belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire, 1935-1938, Paris, CNRS éd., 2016 (première édition : Plon 1994

9 Voir notamment sa contribution à la notice « Continuité culturelle » dans le Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959

10 Pascale Goetschel, Renouveau et décentralisation du théâtre, 1945-1981, Paris, PUF, 2004.

11 Voir en particulier leurs contributions au collectif Malraux ministre, Paris, Comité d’histoire du ministère de la Culture / La Documentation

12 André Malraux, Antimémoires, Paris, Gallimard, 1972, p. 137.

13 Jean Lacouture, Malraux, une vie dans le siècle, 1901-1976, Paris, éd. du Seuil, 1973, p. 330.

14 André Holleaux, Malraux ministre au jour le jour, Paris, Comité d’histoire du ministère de la Culture / La Documentation française, 2004, p. 63. En

15 Vincent Dubois, op. cit., p. 160.

16 Jacques Rigaud, notice « Gaulle (Charles de) » dans le Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959, op. cit. p. 301.

17 https://chmcc.hypotheses.org/9013

18 André Holleaux, op. cit., p. 77.

19 Lire notamment ses réponses aux questions posées par Frank Elgar pour la revue Carrefour en 1952 : « L’Etat n’est pas fait pour diriger l’art, mais

20 Jeremy Ahearne, « Cultural Policy Explicit and Implicit: A Distinction and Some Uses », International Journal of Cultural Policy, 15(2), 2009, p. 

21 Bruno Jobert et Pierre Muller, L’État en action : politiques publiques et corporatismes, Paris, Presses Universitaires de France, 1987. Voir aussi

22 Augustin Girard, avec la collaboration de Geneviève Gentil, Développement culturel. Expériences et politiques, Paris, Unesco, 1972.

23 Voir par exemple la conférence prononcée à Béthune le 19 janvier 1960, publiée dans Les Politiques de la culture en France, textes réunis et

24 Émile Biasini, « Action culturelle, an 1 », publié dans Malraux ministre, op. cit., p. 394. On trouve ce texte ainsi que de nombreux documents sur

25 Emmanuelle Loyer, « 1968, l’an I du tout culturel ? », dans Vingtième siècle, revue d’histoire, 2008/2, n° 98 « L’ombre portée de mai 68 », p. 

26 Laurent Martin, L’Enjeu culturel, op. cit.

27 Pascale Goetschel et Emmanuelle Loyer, « La part de l’Élysée dans la politique culturelle », dans Les Affaires culturelles au temps de Jacques

28 Jacques Rigaud, Libre culture, p. 74. A noter cependant, les réticences de G. Pompidou devant le résultat du concours international organisé pour

29 Pascale Goetschel et Emmanuelle Loyer, op. cit. 1995.

30 Jacques Duhamel, "Discours lors de l’installation du Conseil de développement culturel, 2 décembre 1971", dans Philippe Poirrier (dir.), Les

31 De Jacques Chaban-Delmas, lire en particulier ses « Jalons pour une nouvelle société », publiés dans La Revue des Deux Mondes en janvier 1971

32 Sur la politique de « développement culturel », voir en particulier les analyses de Guy Saez, développées notamment dans deux articles issus de

33 Jacques Chaban-Delmas, « Jalons », op. cit.

34 « Les objectifs fixés au FIC sont de deux ordres : engager des opérations expérimentales et pilotes dans tous les domaines de la culture, apporter

35 « Face aux difficultés qu’ils rencontrent (relations difficiles avec le ministère, manque de vision claire des objectifs fixés au Conseil, moyens

36 Voir l’article de Jacques Rigaud « La politique culturelle, bilan de deux années d’action » publié dans la revue Défense nationale en février 1973

37 En 1972, selon le journaliste américain Mark Hunter, auteur de Les Jours les plus Lang, Odile Jacob, 1990.

38 28 novembre 1985, Archives Jack Lang déposées à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine, cité dans Laurent Martin, Jack Lang, une vie entre

39 Jacques Attali Verbatim I, Paris, Fayard, 1993, p. 30 et 79. Jean-Louis Bianco rapporte de son côté que les sollicitations incessantes de Jack Lang

40 Entretien avec l’auteur, 10 octobre 2015. Partiellement publié dans L’Histoire, janvier 2016. Voir aussi Jack Lang, François Mitterrand, fragments

41 Republié dans Quelle politique pour la culture ? Florilège des débats, 1955-2014, textes réunis et présentés par Philippe Poirrier, La

42 Jérôme Clément, dans le documentaire Batailles pour la culture, écrit et réalisé par Yvonne Debeaumarché, diffusé pour la première fois sur France

43 Pascal Ory, notice « François Mitterrand » dans Le Dictionnaire des politiques culturelles, op. cit., p. 420. Jack Lang, quant à lui, le compara à

44 Citations extraites de notes de Jack Lang au ministre du Budget et au Premier ministre (17, 22, 23 juillet 1981). Archives Jack Lang / IMEC.

45 Missions et organisation du ministère de la Culture, décret du 10 mai 1982, publié dans Les Politiques de la culture en France, op. cit. p. 527.

46 Jacques Rigaud cité par Pierre-Michel Menger dans son article « Un portrait par l’autoportrait » dans Hommage à Jacques Rigaud, op. cit., p. 26.

47 Discours prononcé à l’Institut Charles-De-Gaulle le 23 novembre 1975, publié dans André Malraux, la politique, la culture, Paris, Gallimard coll.

Notes

1 Il aurait bien sûr été intéressant d’ajouter à la liste le duo formé par Valéry Giscard d’Estaing et l’un de ses ministres ou secrétaires d’État à la culture (par exemple Michel Guy) mais nous avons dû y renoncer, faute de temps et de place.

2 Voir en particulier, de Philippe Urfalino, L’Invention de la politique culturelle, Paris, Comité d’histoire / La Documentation française, 1996 (rééd. 2011 Hachette, coll. Pluriel) ; de Vincent Dubois, La Politique culturelle. Genèse d’une catégorie d’intervention publique, Paris, Belin, 1999 (rééd. 2012) ; de Philippe Poirrier, L’Etat et la culture en France au XXe siècle, Paris, Livre de poche, 2000 (rééd. 2009).

3 En particulier : Jack Lang, une vie entre culture et politique, Paris, Complexe, 2008 et L’Enjeu culturel. La réflexion internationale sur les politiques culturelles, 1963-1993, Paris, La Documentation française, 2013.

4 Emmanuel Wallon, L’Artiste et le Prince. Pouvoirs publics et création, Grenoble, PUG, 2013. Dans un autre texte, cet auteur remarque que l’idée selon laquelle Malraux marquerait la naissance de l’État culturel et Lang sa fin traverse des textes aussi différents que ceux d’Alain Finkielkraut, Marc Fumaroli, Michel Schneider, Jean Caune ou Philippe Urfalino. (« L’Ami des arts : absolument moderne ou résolument modeste ? » dans Culture publique 3, (mouvement)SKITe-sens&tonka, 2005, p. 207).

5 Pascal Ory, « L’État et la culture de la Révolution à 1959 », dans Guy Saez (dir.), Institutions et vie culturelles, Paris, La Documentation française, 1996, p. 7-11. Il avait déjà exposé ce triptyque dix ans plus tôt dans « Politiques culturelles avant la lettre : trois lignes françaises de la Révolution au Front populaire » dans Raymonde Moulin (dir.), Sociologie de l’Art, Paris, La Documentation française, 1986, p. 23-30.

6 Philippe Bezès, Réinventer l’État. Les réformes de l’administration française (1962-2008), Paris, Presses universitaires de France, 2009. Voir aussi, sur la genèse (germanique) des sciences camérales puis des sciences de gouvernement, Pascal Laborier (dir.), et al, Les Sciences camérales. Activités, pratiques et dispositifs publics, Paris, PUF, 2011.

7 Michel Senellart, Les Arts de gouverner : du régiment médiéval au concept de gouvernement, Paris, Seuil, 1995.

8 Pascal Ory, La Belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire, 1935-1938, Paris, CNRS éd., 2016 (première édition : Plon 1994).

9 Voir notamment sa contribution à la notice « Continuité culturelle » dans le Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959, dirigé par 3 aux éd. du CNRS / Larousse, 2001, p. 167-170.

10 Pascale Goetschel, Renouveau et décentralisation du théâtre, 1945-1981, Paris, PUF, 2004.

11 Voir en particulier leurs contributions au collectif Malraux ministre, Paris, Comité d’histoire du ministère de la Culture / La Documentation française, 1996, et la notice « Malraux (ministère) » rédigée par Janine Mossuz-Lavau dans le Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959, op. cit., p. 382-386. Lire également la communication de Bernard Anthonioz (qui fut directeur de la création artistique sous Malraux) au colloque « De Gaulle Malraux », dont les actes furent publiés par l’Institut Charles-de-Gaulle aux éditions Plon en 1987 : « Le rôle d’André Malraux dans l’histoire de la politique culturelle de la France. » (p. 203-214). Et, dans le même recueil, l’article de Charles-Louis Foulon « André Malraux, ministre d’État et le ministère des Affaires culturelles (1959-1969) » p. 221-240.

12 André Malraux, Antimémoires, Paris, Gallimard, 1972, p. 137.

13 Jean Lacouture, Malraux, une vie dans le siècle, 1901-1976, Paris, éd. du Seuil, 1973, p. 330.

14 André Holleaux, Malraux ministre au jour le jour, Paris, Comité d’histoire du ministère de la Culture / La Documentation française, 2004, p. 63. En note de bas de page, un auteur anonyme (sans doute Augustin Girard) ajoute que « cette disposition n’est pas anecdotique quand on sait que le fondateur de la Ve République déclarera à l’ouverture de la maison de la culture de Bourges : "La culture domine tout". Le ministre de la Culture n’était donc pas l’organisateur des fêtes sous la République, mais celui qui veille, auprès du président, au sens profond qui oriente l’ensemble de la politique gouvernementale. »

15 Vincent Dubois, op. cit., p. 160.

16 Jacques Rigaud, notice « Gaulle (Charles de) » dans le Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959, op. cit. p. 301.

17 https://chmcc.hypotheses.org/9013

18 André Holleaux, op. cit., p. 77.

19 Lire notamment ses réponses aux questions posées par Frank Elgar pour la revue Carrefour en 1952 : « L’Etat n’est pas fait pour diriger l’art, mais pour le servir. Et il le sert dans la mesure où ceux à qui il en confie la charge le comprennent ». Texte intégral dans André Malraux ministre, op. cit. p. 323-326.

20 Jeremy Ahearne, « Cultural Policy Explicit and Implicit: A Distinction and Some Uses », International Journal of Cultural Policy, 15(2), 2009, p. 141-53.

21 Bruno Jobert et Pierre Muller, L’État en action : politiques publiques et corporatismes, Paris, Presses Universitaires de France, 1987. Voir aussi Serge Regourd, L’Exception culturelle, Paris, PUF coll. Que sais-je ?, 2004.

22 Augustin Girard, avec la collaboration de Geneviève Gentil, Développement culturel. Expériences et politiques, Paris, Unesco, 1972.

23 Voir par exemple la conférence prononcée à Béthune le 19 janvier 1960, publiée dans Les Politiques de la culture en France, textes réunis et présentés par Philippe Poirrier, La Documentation française, 2016. Sur Gaëtan Picon, lire la biographie d’Agnès Callu, Gaëtan Picon (1915-1976) Esthétique et culture, Honoré Champion avec le concours du Comité d’histoire du ministère de la Culture et des institutions culturelles, Paris, 2011.

24 Émile Biasini, « Action culturelle, an 1 », publié dans Malraux ministre, op. cit., p. 394. On trouve ce texte ainsi que de nombreux documents sur les maisons de la culture et les théâtres à la cote 19950514/11 des A.N.

25 Emmanuelle Loyer, « 1968, l’an I du tout culturel ? », dans Vingtième siècle, revue d’histoire, 2008/2, n° 98 « L’ombre portée de mai 68 », p. 101-111.

26 Laurent Martin, L’Enjeu culturel, op. cit.

27 Pascale Goetschel et Emmanuelle Loyer, « La part de l’Élysée dans la politique culturelle », dans Les Affaires culturelles au temps de Jacques Duhamel, 1971-1973, Comité d’histoire du ministère de la Culture / La Documentation française, 1995, p. 120. Des mêmes auteures, voir leur article sur « Les relations entre Georges Pompidou et les ministres des Affaires culturelles » dans Jean-Claude Groshens et Jean-François Sirinelli (dir.), Culture et action chez Georges Pompidou, Paris, PUF, 2000. Les actes de ces deux colloques comportent nombre d’articles, de témoignages et de documents intéressants sur la période étudiée.

28 Jacques Rigaud, Libre culture, p. 74. A noter cependant, les réticences de G. Pompidou devant le résultat du concours international organisé pour choisir les architectes du futur centre. Il n’aurait pas choisi de lui-même Renzo Piano et Richard Rogers mais s’inclina devant le choix du jury, disant simplement à propos de leur projet : « Ça va faire crier ». En quoi il ne se trompait pas !

29 Pascale Goetschel et Emmanuelle Loyer, op. cit. 1995.

30 Jacques Duhamel, "Discours lors de l’installation du Conseil de développement culturel, 2 décembre 1971", dans Philippe Poirrier (dir.), Les Politiques de la culture en France, La Documentation française, 2016, p. 382.

31 De Jacques Chaban-Delmas, lire en particulier ses « Jalons pour une nouvelle société », publiés dans La Revue des Deux Mondes en janvier 1971, republiés dans Les Affaires culturelles au temps de Jacques Duhamel, op. cit., p. 527-537. De Georges Pompidou, l’entretien qu’il donne au Monde le 17 octobre 1972 (« Déclaration sur l’art et la culture ») republié dans P. Poirrier, Les Politiques de la culture en France, op. cit. p. 415.

32 Sur la politique de « développement culturel », voir en particulier les analyses de Guy Saez, développées notamment dans deux articles issus de communications lors de colloques : « Construction et institutionnalisation de la notion de développement culturel : avant et après le "moment Duhamel" » (dans Jacques Duhamel. Une étape décisive de la vie culturelle, Centre régional du livre de Franche-Comté, 2014, p. 49-87) et « La politique de développement culturel » (dans Hommage à Jacques Rigaud, Comité d’histoire du ministère de la Culture / La Documentation française, 2014, p. 43-47).

33 Jacques Chaban-Delmas, « Jalons », op. cit.

34 « Les objectifs fixés au FIC sont de deux ordres : engager des opérations expérimentales et pilotes dans tous les domaines de la culture, apporter une contribution financière au fonctionnement et aux investissements légers nécessaires pour un équipement culturel. » Voir aux A.N. les cotes 20060272/1-20060272/41 sur le Fonds d’intervention culturelle et l’article d’Augustin Girard, « Le Fonds d’intervention culturelle (FIC) » dans Les Affaires culturelles au temps de Jacques Duhamel, op. cit., p. 241-248.

35 « Face aux difficultés qu’ils rencontrent (relations difficiles avec le ministère, manque de vision claire des objectifs fixés au Conseil, moyens financiers et humains très insuffisants), les membres du Conseil décident en octobre 1973 de prononcer leur démission collective. Théoriquement, le Conseil pouvait poursuivre son action avec de nouveaux membres. Maurice Druon, ministre des Affaires culturelles depuis avril 1973 décide cependant de ne pas donner suite à cette expérience unique qui associait les acteurs de la culture à la définition d’une politique nationale dans ce domaine. » Voir aux A.N. les cotes 20060271/1-20060271/10.

36 Voir l’article de Jacques Rigaud « La politique culturelle, bilan de deux années d’action » publié dans la revue Défense nationale en février 1973 et republié dans Les Affaires culturelles au temps de Jacques Duhamel, op. cit. p. 509-523. Et ses nombreux témoignages dans les actes des colloques cités supra.

37 En 1972, selon le journaliste américain Mark Hunter, auteur de Les Jours les plus Lang, Odile Jacob, 1990.

38 28 novembre 1985, Archives Jack Lang déposées à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine, cité dans Laurent Martin, Jack Lang, une vie entre culture et politique, op. cit., p. 258.

39 Jacques Attali Verbatim I, Paris, Fayard, 1993, p. 30 et 79. Jean-Louis Bianco rapporte de son côté que les sollicitations incessantes de Jack Lang finissaient parfois par irriter le Président (propos recueillis par Pierre Favier et Michel Martin-Roland, La Décennie Mitterrand, tome 1 « Ruptures », Seuil, p. 509). Jacques Sallois et Claude Mollard ont par ailleurs confirmé que François Mitterrand trouvait Jack Lang très « accrocheur ». Après avoir essuyé un refus du président, le ministre passait par des voies détournées, mobilisait tous ses contacts, à qui il répétait : « Je compte sur toi, appelle le président, dis-lui que... ».

40 Entretien avec l’auteur, 10 octobre 2015. Partiellement publié dans L’Histoire, janvier 2016. Voir aussi Jack Lang, François Mitterrand, fragments de vie partagée, Paris, Seuil, 2011, la Lettre de l’Institut François Mitterrand n° 14 sur le rapport de François Mitterrand aux écrivains et à la littérature et, sur des thèmes semblables, les articles de Pascal Ory, Laurence Bertrand-Dorléac, Yannick Dehée dans Serge Berstein, Pierre Milza et Jean-Louis Bianco (dir.), François Mitterrand : les années du changement, 1981-1984, Paris, Perrin, 2001.

41 Republié dans Quelle politique pour la culture ? Florilège des débats, 1955-2014, textes réunis et présentés par Philippe Poirrier, La Documentation française, 2014, p. 111.

42 Jérôme Clément, dans le documentaire Batailles pour la culture, écrit et réalisé par Yvonne Debeaumarché, diffusé pour la première fois sur France 5 le 17 janvier 2016.

43 Pascal Ory, notice « François Mitterrand » dans Le Dictionnaire des politiques culturelles, op. cit., p. 420. Jack Lang, quant à lui, le compara à François Ier « roi-bâtisseur et prince éclairé », dans le livre qu’il consacra à ce dernier (François Ier ou le rêve italien, Paris, Perrin, 1997).

44 Citations extraites de notes de Jack Lang au ministre du Budget et au Premier ministre (17, 22, 23 juillet 1981). Archives Jack Lang / IMEC.

45 Missions et organisation du ministère de la Culture, décret du 10 mai 1982, publié dans Les Politiques de la culture en France, op. cit. p. 527.

46 Jacques Rigaud cité par Pierre-Michel Menger dans son article « Un portrait par l’autoportrait » dans Hommage à Jacques Rigaud, op. cit., p. 26.

47 Discours prononcé à l’Institut Charles-De-Gaulle le 23 novembre 1975, publié dans André Malraux, la politique, la culture, Paris, Gallimard coll. folio, 1996, p. 377.

References

Electronic reference

Laurent Martin, « La culture comme art de gouvernement  », Revue d’histoire culturelle [Online],  | 2020, Online since 22 septembre 2020, connection on 15 avril 2021. URL : http://revues.mshparisnord.fr/rhc/index.php?id=186

Author

Laurent Martin

Professeur d’histoire à l’université de la Sorbonne-Nouvelle, membre du laboratoire ICEE et du Comité d’histoire du ministère de la Culture.

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