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Action artistique et Buen Vivir : pour la construction de sociétés solidaires

Marcelle Bruce
décembre 2015

Résumés   

Résumé

Le modèle dominant, moderne/capitaliste/colonial/eurocentriste est en crise et avec lui la civilisation occidentale. Pour imaginer de nouveaux paradigmes et construire des sociétés solidaires, équitables et démocratiques, il est nécessaire de décoloniser le pouvoir et la pensée. Dans ce sens, le Buen Vivir, né en Amérique Latine, est une proposition alternative d’être-au-monde. La pratique artistique, comme activité relationnelle qui s’adresse tant aux sens, aux émotions, aux intuitions qu’à la pensée, est un terrain fertile pour la construction des sociétés du Buen Vivir. Elle ouvre en effet un espace des possibles à partir duquel une nouvelle subjectivité aussi bien individuelle que collective peut naître.

Abstract

The dominant social model characterized as modern/capitalist/colonial/Eurocentric is in crisis and with it the whole occidental civilization. To imagine new paradigms and build equal, democratic and solidary societies, we have to decolonize the power and the thought. In this sense, the Buen Vivir, a Latin-American concept, proposes a new of approaching our being-in-the-world. The art practice, as a relational activity that addresses the senses, the emotions, the intuitions, is a favorable space for the construction of Buen Vivir societies. The art practice opens a space of possibles from which a new individual and collective subjectivity may be built.

Extracto

El modelo dominante, moderno/capitalista/colonial/eurocéntrico, está en crisis y con él la civilización occidental. Para imaginar nuevos paradigmas y construir sociedades solidarias, igualitarias y democráticas, debemos descolonizar el poder y el pensamiento. En este sentido, el Buen Vivir, concepto nacido en América Latina, es una propuesta de cosmovisión alternativa. La práctica artística, como una actividad relacional que apela a los sentidos, las emociones, las intuiciones, es terreno fértil para la construcción de sociedades del Buen Vivir. La práctica artística abre un espacio de posibles a partir del cual una nueva

Index   

Texte intégral   

1Le monde fait face aujourd’hui à des crises économiques, sociales, humanitaires, écologiques et politiques de plus en plus graves et de plus en plus fréquentes partout dans le monde. La hausse du chômage en Europe, les conditions précaires, voire d’esclavage, dans d’autres régions de la planète, les crises économiques causées par la spéculation financière, la hausse des flux migratoires engendrée par les inégalités entre le centre et la périphérie, les phénomènes identitaires et l’apparition de fondamentalismes sont le résultat d’un système capitaliste qui exacerbe toujours plus ses contradictions et qui fait trembler les fondements de la civilisation occidentale.

2En réaction à cette crise profonde, des collectifs partout dans le monde commencent à réfléchir et à agir pour trouver des alternatives au système dominant et construire des formes sociétales plus équilibrées et solidaires : expériences de reprise du pouvoir politique par la société civile en Espagne et en Grèce, collectifs comme Alternatiba ou les Colibris en France, espaces autonomes zapatistes au Mexique, signataires du Manifeste Convivialiste, acteurs de l’économie solidaire, partisans de la décroissance, acteurs de l’économie collaborative… L’approche interculturelle pourrait sans doute constituer un terrain fertile à l’invention d’autres modes de vie possibles.

3Les solutions à cette crise ne peuvent néanmoins se construire qu’en dehors du paradigme occidental, le modèle capitaliste de production et de « développement » considéré comme fondement de la modernité. Ce paradigme se caractérise par le clivage entre l’humain et la Nature et par l'imposition du rationalisme comme seul moyen d’accès à la connaissance et à la vérité. L'humain devient ainsi une créature supérieure (du fait de sa capacité rationnelle) qui doit « maîtriser » la Nature. Cette conception résulte d’une vision anthropocentrique du monde où l'efficacité détermine la réussite des sociétés. L'accélération des processus fondés sur la science et la technologie indique le degré de progrès et d'évolution d'une société. Ce sont ces éléments qui provoquent la crise planétaire à laquelle nous devons faire face aujourd’hui.

4 Selon Quijano (1998), le modèle actuel de pouvoir est mondial, moderne/colonial1capitaliste et euro-centriste2. Pour faire émerger des subjectivités3 capables de construire une nouvelle rationalité pour édifier des sociétés solidaires et soutenables, il faut, selon les termes de Souza Santos (2010), décoloniser notre système de pensée et d'action.

 Le Développement, idéologie de la destruction

5Dans son discours du 20 janvier 1946, le président des Etats-Unis, Harry S. Truman, signala le début de l’ère du développement en caractérisant les pays du sud comme « zones sous-développées » :

Il nous faut lancer un nouveau programme qui soit audacieux et qui mette les avantages de notre avance scientifique et de notre progrès industriel au service de l’amélioration et de la croissance des régions sous-développées.
[…] Notre but devrait être d’aider les peuples libres du monde à produire, par leurs propres efforts, plus de nourriture, plus de vêtements, plus de matériaux de construction, plus d’énergie mécanique, afin d’alléger leurs fardeaux.

6À partir de là, une nouvelle signification idéologique du mot développement s’instaura et divisa le monde entre « développés » et « sous-développés ». Comme l’explique Gustavo Esteva (1996), ce jour-là, 2 milliards de personnes, deux tiers de la population mondiale de l’époque, furent identifiés comme sous-développés et eurent pour principal objectif de sortir à tout prix de cette condition, de déployer toutes leurs potentialités pour « se développer ». Prenant dès lors son autonomie par rapport aux sciences naturelles et aux sciences sociales (notamment chez Marx), le concept de développement s’est fortement idéologisé. Néanmoins, il est resté lié aux notions qui lui ont donné naissance : évolution, croissance, maturité (Esteva, 1996). Cette idéologie positiviste situait les pays « développés » à un niveau supérieur auquel les pays « sous-développés » seraient susceptibles d’arriver s’ils suivaient les pas des premiers. Le développement est ainsi devenu la nouvelle forme de l’impérialisme occidental.

7Le développement a comme conditions l’industrialisation, la croissance économique, la production de biens et de services toujours plus sophistiquées… Ainsi, tandis que les pays déjà développés redoublaient la vitesse de leur production et de leurs dépenses et mettaient en place des programmes « d’aide au développement » pour installer les « conditions de base » du développement dans les pays sous-développés, ceux-ci faisaient leur mieux pour importer les modèles de production et de consommation et parvenir au développement rêvé.

8Vers la fin du XXe siècle, des signes d’épuisement du modèle de développement commencèrent d’apparaître : le changement climatique, de nouveaux fléaux comme l’obésité, des maladies inconnues jusque-là, le déplacement forcé de populations du fait des conditions environnementales… mettant en évidence les limites du modèle. En outre, l’iniquité de la distribution de la richesse4, à l’intérieur des pays comme à l’échelle mondiale, provoqua l’accroissement des conflits, prenant souvent la forme de mouvements sociaux.
Ce modèle fondé sur la croissance et le développement touche désormais ses limites.  Selon la Global Footprint Network, l’humanité brûle chaque année5 l’équivalent de 1,3 planète.  Des scénarios modérés des Nations Unies suggèrent que si la consommation et les tendances actuelles d’évolution de la population continuent ainsi, nous aurons, en 2050, besoin de deux planètes pour subvenir à nos besoins. Il est donc urgent de changer notre modèle de consommation et de production mais, plus encore,de repenser les fondements mêmes de notre civilisation.

Le Buen Vivir : un autre monde est possible

9La solution à la crise planétaire doit donc se construire en dehors de la colonialisation du pouvoir et du paradigme occidental. Pour cela, une ouverture à des approches interculturelles, interdisciplinaires et décolonisatrices est fondamentale.
Le Buen Vivir est un concept récemment né en Amérique Latine, notamment dans la région andine, pour nommer une façon de vivre en harmonie avec la Nature et en société. C'est un concept complexe, vivant, ouvert et contemporain particulièrement adapté aux réalités des sociétés andines : cosmovisions diverses, sociétés multiculturelles issues des relations historiques de domination entre différents peuples indigènes ainsi qu’avec la société occidentale.
Le concept du Buen Vivir surgit du syncrétisme de deux traditions qui coexistent historiquement : la rationalité indienne andine, caractérisée par la réciprocité, la solidarité sociale et le travail collectif, et la rationalité moderne, liée á l'équité sociale, la liberté individuelle et la démocratie comme garante de décision collective (Marañón, 2014). Dans ce sens, c'est une proposition qui se présente comme une alternative au capitalisme, à l'idéologie du développement et á la rationalité et la subjectivité occidentale/moderne/coloniale.

10Le paradigme du Buen Vivir se fonde sur une intersubjectivité essentiellement opposé à la subjectivité occidentale ; elle est fondée sur la relation de sujet à sujet entre les humains et la Nature, celle-ci devenant sujet de droits. Dans la Constitution de l’Equateur de  2008, figure :

La Nature ou Pacha Mama, où se reproduit et se réalise la vie, a le droit à ce que soient intégralement respectés son existence, le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses fonctions et ses processus évolutifs.

11Reconnaître la finitude de l'écosystème et les droits de la Nature permet de prendre conscience de l’inadéquation d’un modèle fondé sur la croissance comme stratégie de développement et sur le développement comme idéologie dominante. La tâche, selon Roberto Guimaraes, revient à organiser la société et l’économie en assurant l’intégralité des processus naturels et en garantissant les flux d’énergie et de matériaux dans la biosphère, tout en préservant la biodiversité de la planète (cité par Acosta, 2014).
Ainsi, la vision anthropocentrique est-elle remplacée par une vision bio-centrique (Acosta) ou éco-sociocentrique (Marañón). Cette différence de subjectivité renouvelle fondamentalement les relations sociales et productives des sociétés du Buen Vivir : le modèle de production et de consommation se transforme car la recherche de la préservation et de la reproduction de l’écosystème prime sur la recherche du bénéfice économique et de la possession matérielle ; les relations sociales deviennent plus équitables et démocratiques car la marchandisation de la Nature est proscrite garantissant ainsi l’accès universel aux ressources primaires de subsistance ; la perception du temps se modifie et s’harmonise avec les cycles biologiques de la Nature. Le temps perd la signification capitaliste liée à l’argent (« time is money ») et récupère une importance par lui-même : prendre le temps, observer, ressentir, vivre les processus sociaux et biologiques…Dans le Buen Vivir, l’Humain et la Nature ne sont pas séparés, pas plus que la raison et le ressenti ou l’esprit et le corps.

12Cette description nous permet d’ouvrir le débat sur le monde que nous souhaitons construire, l’éthique qu’il requiert et les actions nécessaires pour le rendre réel.  Il ne s’agit ni d’idéaliser un monde indigène ancestral et exotique qui n’existe plus, ni de copier des idées susceptibles, dans ce contexte différent, de s’avérer non seulement incohérentes mais aussi dangereuses. Il s’agit simplement de nous ouvrir à d’autres façons d’interpréter le monde et de le vivre, pour enrichir notre réflexion et notre action et contribuer ainsi à la construction du monde de demain. Pour reprendre les termes d’Alberto Acosta (2014: 50) :

Le Buen Vivir est une proposition qui ne peut être simplement perçue ni comme une alternative au développement économiciste, ni comme une invitation à remonter le temps pour retrouver un passé idyllique qui n’a du reste jamais existé. Elle ne peut être transformée en une nouvelle sorte de religion, avec son catéchisme et ses manuels.

Buen Vivir et Commun(s)

13Le commun, comme le Buen Vivir, est un concept contemporain né à la fin du XXe siècle dans le cadre des luttes anticapitalistes et altermondialistes contre l’extension de la propriété privée à toutes les sphères de la société, de la culture et du vivant. Il provient d’une longue histoire et d’héritages divers.
Précisons brièvement quelques points fondamentaux pour éclairer le sens que nous donnons dans cet article au commun :

  1. Le commun est une action collective qui se situe en dehors de l’État6 et du marché pour mettre en avant une autogestion communautaire (entre les communers) des ressources communes.

  2. Ainsi, les communs ne sont pas tant des « choses » que « des relations sociales entre des individus qui exploitent certaines ressources en commun, selon des règles d’usage, de partage ou de coproduction » (Dardot et Laval, 2014 : 148). Dans ce sens, les communs sont des règles négociées, accordées et mises en pratique par les usagers d’une ressource commune. Ces règles ne sont pas imposés par l’extérieur (ni par le marché ni par l’État) et ouvrent, donc, une possibilité d’action collective autre. Selon Dardot et Laval, ces principes mettent en évidence « une dimension essentielle, que la théorie économique standard ne permet pas de voir : le lien étroit entre la norme de réciprocité, la gestion démocratique et la participation active dans la production d’un certain nombre de ressources. » (2014 : 151).

  3. Le commun est une action politique. « c’est seulement l’activité pratique des hommes qui peut rendre des choses communes, de même que c’est seulement cette activité pratique qui peut produire un nouveau sujet collectif, bien loin qu’un tel sujet puisse préexister à cette activité au titre de titulaire de droits. » (Dardot et Laval, 2014 :49).

  4. Le commun est « le principe philosophique qui doit permettre de concevoir un avenir possible au-delà du néolibéralisme » (Dardot et Laval, 2014 : 189) par le développement de comportements différents et de subjectivités nouvelles. C’est une philosophie qui fait le lien entre « les luttes contre les aspects les plus nocifs du néolibéralisme (marchandisation, privatisation, réchauffement climatique, etc.) et les luttes pour une nouvelle organisation sociale fondée sur de nouveaux principes de solidarité, de partage, de respect de l’environnement et de la biodiversité. » (Dardot et Laval, 2014 : 107)

14Le commun, en tant que praxis et philosophie politique, partage donc plusieurs postulats avec le Buen Vivir. : le combat contre l’appropriation des ressources communes, une lutte anti-capitaliste, mais surtout un espace d’action collective qui crée des subjectivités nouvelles pour repenser l’organisation sociale sur des principes de solidarité, réciprocité, démocratie, responsabilité et justice.
Nous croyons en effet que la réponse au capitalisme et la construction d’une société solidaire doit se faire en dehors du marché et de l’État. Quand on prétend institutionnaliser dans le cadre actuel des États des notions comme le commun ou le Buen Vivir, ils perdent leur force transformatrice. C’est le cas de l’Équateur où, à la suite de difficiles négociations sociales, le Buen Vivir a été inclus dans la Constitution de 2008. Depuis, plusieurs groupes ont porté plainte contre l’État d’Équateur qui continue à autoriser des entreprises transnationales à exploiter les ressources naturelles ou à construire des infrastructures au nom du développement. Le Buen Vivir, comme le Commun, se construit sur le terrain, en dehors du système.

La pratique artistique pour la construction du Buen Vivir

15La crise actuelle n’est pas seulement une crise des moyens d’existence mais surtout de l’existence même. L’eurocentrisme, comme épistémologie du système occidental/moderne/colonial, a étouffé toute autre source de savoir et de connaissance. L’écoute, l’expérience, l’intuition, le ressenti, le spirituel, le sensible, ont été dévalorisés et, donc, censurés dans les sociétés modernes.
Pour édifier les sociétés du Buen Vivir, il faut retrouver du sens. Il nous faut désapprendre et nous ouvrir pour imaginer et créer ensemble d’autres mondes possibles. La pratique artistique, en tant qu’activité, sollicite les sens, les émotions, les intuitions..., ouvre un espace de liberté où la raison n’est plus dominante et où d’autres langages et d’autres relations avec soi, les autres et le milieu sont possibles.
En ce sens, la pratique artistique ouvre un énorme potentiel pour décoloniser le pouvoir et la pensée et pour créer de nouvelles subjectivités aussi bien individuelles que collectives. Dans l’espace de la pratique artistique, les facteurs de domination et de différenciation tels que la classe sociale ou la « race » ne sont plus pertinents et chaque personne a la possibilité de recréer sa propre position au sein du collectif. L’art, vécu comme activité non autonome (par opposition à l’art occidental des temps modernes) mais relationnelle, est alors capable d’amener de réels changements comportementaux.

16Quand la pratique artistique devient collective, un commun s’instaure. Celui-ci, qui est davantage que l’ensemble de ses parties, relie les participants entre eux, avec leur environnement social et biologique. C’est un moment où chacun-e peut jouer un rôle fondamental dans l’édification de ce commun qui ne peut exister sans l’apport de tous. En ce sens, la pratique artistique crée une multitude7 à partir d’un groupe d’individus. L’accent n’est pas mis sur ce que chaque personne apporte mais ce dont la multitude est capable.
La création et la « gestion » de ce commun requiert une exigence et une responsabilité de tous et toutes. Les « communers » bénéficient de ce commun et créent leurs propres façons de s’accorder. Il y a du travail, de la passion, de la créativité, des modes d’être-ensemble à imaginer pour réussir ce moment de création du commun. La pratique artistique envisagée de cette manière nous enseigne tout ce dont nous avons besoin pour construire un nouveau monde, solidaire.

CONCLUSION

17Nous entrons dans une période de transition vers un monde inconnu que nous sommes tous en train de rêver et que nous voulons édifier. Nous ne savons pas encore très bien où nous allons, mais une immense diversité de collectifs œuvre chaque jour à cet avenir plein de promesses. Nous n’avons pas et nous ne prétendons pas connaître toutes les réponses mais nous sommes convaincus que l’action artistique est un élément indispensable à la réalisation de notre rêve.
La pratique artistique ouvre les portes de l’imaginaire et délie l’imagination. Elle peut devenir un véhicule de transmission des valeurs de solidarité, de responsabilité, de coopération. Elle nous connecte avec le sensibleennous invitant à d’autres formes de pensée, d’autres sensibilités, d’autres manières d’être-au-monde. En ouvrant l’accès au symbolique et en autorisant de nouveaux rapports de l’homme à ses semblables et à la Nature, l’art donne du sens à la vie et constitue de précieux espaces d’invention du commun où l’expérimentation devient force vitale et puissance d’action.

Notes   

1  Ce modèle est colonial, selon Quijano, car il est fondé sur une structure de domination mondiale basé sur l’idée de « race ». Les relations sociales autour du pouvoir et du travail seront, donc, marquées par la division entre « blancs » ou « européens » et « non-européens » (indiens, noirs…).

2  Selon Quijano, l’eurocentrisme est une façon de donner du sens á la réalité sociale á partir d’une perspective scientifique née en Europe qui se présente comme la seule forme valide de connaissance.  Pour lui, c’est la perspective hégémonique de connaissance dans le système mondial/moderne/colonial.

3  Nous considérons ici le terme “subjectivité” comme le processus de constitution de sens qui articule modes de penser, d’agir et discours qui proposent aux individus modes d’action sur eux-mêmes, aussi bien au niveau individuel que collectif.  Aníbal Quijano (2001) soutient que le contrôle de la subjectivité - imaginaire social, mémoire historique autant que connaissance -, est un élément central de tout pouvoir social.

4  À l’échelle mondiale, les chiffres officiels des Nations Unies établissent que la fortune personnelle de 225 personnes est égale au revenu cumulé de 2,5 milliards d’êtres humains.

5  http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/world_footprint/ consulté le 20/07/2015.

6  L’État se présente de plus en plus clairement comme représentant des intérêts d’une classe dominante transnationale. Comme le disent Dardot et Laval : « La nouvelle vague d’appropriation des richesses est plus que jamais l’œuvre conjointe de la puissance publique et des forces privées, notamment des grandes entreprises multinationales, partout dans le monde. C’est d’ailleurs ce qui explique la recomposition des classes dominantes, mi-privées mi-publiques, nationales et mondiales à la fois, dont les membres occupent une large gamme de positions de pouvoir dans l’appareil d’État, les médias, le système économique, accaparent les postes élevés aussi bien dans les partis de la droite traditionnelle que dans la gauche ‘moderne’, pratiquent intensivement les ‘revolving doors’ entre secteur marchand et fonction publique tout en développant une véritable conscience de leurs intérêts communs sous couvert de ‘réalisme’ économique et de ‘sérieux’ gestionnaire. Cette hybridation néolibérale ‘public-privé’ a d’ailleurs favorisé l’émergence d’un concept nouveau du pouvoir, la ‘gouvernance’, permettant ainsi de dépasser sur le plan de la représentation l’opposition de plus en plus trompeuse de la propriété publique et de la propriété privée. » (2014 : 99).

7  Nous nous référons au concept de multitude au sens d’Antonio Negri et Michael Hardt : une forme d’organisation résultant de la collaboration entre des sujets sociaux singuliers. « À l’instar de la formation des habitudes, de la performativité ou, mieux, du développement des langages, cette production du « commun » n’est ni dirigée depuis un centre de commandement ou un cerveau, ni le résultat d’une harmonie spontanée entre les individus. Elle a lieu dans un espace interstitiel, dans l’espace social de la communication. La multitude est forgée à travers les interactions sociales collaboratives. » (Negri, 2004)

Citation   

Marcelle Bruce, «Action artistique et Buen Vivir : pour la construction de sociétés solidaires», Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société. [En ligne], Numéros de la revue, Edifier le Commun, I, Buen Vivir et Commun(s), mis à  jour le : 22/03/2016, URL : https://revues.mshparisnord.fr:443/filigrane/index.php?id=709.

Auteur   

Marcelle Bruce