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    <title>Approches ethnographiques des gilets jaunes</title>
    <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=82</link>
    <category domain="http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=71">Numéros</category>
    <language>fr</language>
    <pubDate>mar., 10 nov. 2020 11:36:06 +0100</pubDate>
    <lastBuildDate>lun., 14 déc. 2020 13:06:48 +0100</lastBuildDate>
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      <title>Les deux Gramsci de l’anthropologie politique </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=109</link>
      <description>Ce petit essai théorique entend revenir sur l’influence, mais aussi sur les potentialités encore à explorer, des concepts de la pensée d’Antonio Gramsci en anthropologie politique. Cela demande de décrire, tout d’abord, l’articulation entre différentes traditions théoriques en sciences humaines et sociales : l’anthropologie politique internationale anglophone ; des théoriciens français engagés dans le débat post-structuraliste et tenus pour des représentants de la French Theory ; et, dans une moindre mesure, la pensée politique italienne. Au moment où le penseur sarde devient une référence constante dans le débat scientifique, public et même politique dans les pays occidentaux comme dans le monde postcolonial, revenir sur son influence dans l’anthropologie politique permet de saisir les limites des usages qui en ont été faits, surtout dans la mesure où ses théories, concernant par exemple l’hégémonie et la résistance, ont été trop souvent confondues avec celles du débat post-structuraliste. L’article propose alors de revenir sur une lecture plus précise et en même temps actualisée des concepts gramsciens comme outils pour dépasser, pour l’anthropologie politique, les limites des dialectiques entre domination et émancipation. This short theoretical essay aims to discuss the influence, but also the potentialities still to be explored, of Antonio Gramsci’s concepts in political anthropology. This requires to describe the articulation between different theoretical traditions in human and social sciences: Anglophone international political anthropology, “French Theorists” engaged in post-structuralist debates, and, to a lesser extent, Italian political thought. At a time when the Sardinian thinker is emerging as a consistent reference in scientific, public and even political debate in Western countries as well as in the post-colonial world, this review allows to circumscribe the limits in the uses made by political anthropology of Gramscian concepts, such as hegemony and resistance, and how these have too often been confused with theories of the post-structuralist debate. Thus, this paper proposes to renew with a more precise and at the same time updated reading of Gramscian concepts as tools to overcome, for political anthropology, the limits of the dialectics between domination and emancipation. </description>
      <pubDate>lun., 16 nov. 2020 12:56:01 +0100</pubDate>
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      <title>Fantasmas autoritarios, ecos constituyentes: sobre el levantamiento de octubre 2019 en Chile </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=134</link>
      <description>« Fantômes autoritaires, échos constitutifs : sur le soulèvement d’octobre 2019 au Chili »La conférence « Le fantasme de Pinochet », donnée par le poète chilien Armando Uribe le 9 juillet 2000, à la Sorbonne, nous semble témoigner de l’omniprésence de la figure de Pinochet dans la conscience du peuple chilien : « Je n’ai pas encore rencontré de Chilien qui n’ait pas fait de rêve et de cauchemar où apparaisse la figure de Pinochet, ou qui n’ait imaginé le sentir, assis au-dessus de sa tête, les testicules pendants ».Il avance, dans ses interventions, que ce fantasme aurait persisté dans l’esprit des Chiliens durant 27 ans. Ce chiffre peut, à première vue, sembler surprenant, étant donné que la dictature au Chili n’a duré que 17 ans (de 1973 à 1990). Pour Uribe, ce que certains désignent comme une transition vers la démocratie ne représenterait pas, en réalité, une véritable rupture historique. C’est tout à fait compréhensible, si l’on considère que nombre de personnes continuent, encore aujourd’hui, de désigner le dictateur comme le « sauveur du Chili » ou un « mal nécessaire ». D’ailleurs, la conférence elle-même s’est tenue quelques mois seulement après l’annulation du jugement qui devait être rendu en Angleterre par le juge espagnol Baltazar Garzón. Cette annulation fut réclamée par les partis politiques chiliens tant de gauche que de droite, afin d’organiser le retour du dictateur sur le territoire national. Eduardo Frei Ruiz-Tagle, membre de la démocratie chrétienne, alors président du Chili, a ainsi affirmé, dans son discours public de 1999, que la meilleure décision pour le pays serait, selon lui, d’y ramener le sénateur Pinochet. Dans ce même discours, il a également reconnu l’existence des détenus disparus, mais considère qu’ils appartiennent au passé du Chili et à son « lourd fardeau de divisions ». Ces éléments contextuels semblent indiquer qu’au moment du discours d’Uribe, Pinochet, loin d’être un fantôme, demeurait encore une présence tangible et visible, bénéficiant de l’impunité accordée par les gouvernements de la Concertación de partidos por la democracia. Le soulèvement d’octobre 2019 a fait surgir d’autres fantômes, que l’on pourrait aussi qualifier de symptômes : ils sont intimement liés aux conséquences matérielles et existentielles qu’a eues le régime politique de Pinochet, et découlent de l’impunité que l’on vient d’évoquer. La désignation des actes de violence politique dont il est responsable par la Comisión Nacional de Verdad y Reconciliación (1991) et l’Informe de la Comisión Nacional sobre Prisión Política y Tortura (2004) a pu contribuer à exorciser ce fantôme, en permettant que ces crimes soient reconnus. Néanmoins, ces deux commissions ne proposèrent, par la suite, qu’une forme de réparation symbolique et, dans la plupart des cas, les bourreaux ne furent ni inquiétés, ni condamnés. Vérité donc, mais pas justice – cette dernière étant suspendue à l’arrière-plan de l’administration, apparemment pragmatique, des questions chiliennes, telle qu’imposée par le modèle néolibéral. En octobre 2019, plus de vingt stations de métro furent incendiées, ainsi que le bâtiment de l’ENEL, des centres commerciaux et des supermarchés, autant de symboles de la privatisation de la sphère publique et de la société de consommation mise en place par la dictature de Pinochet. Mais ces événements produisent également une ouverture dans le temps historique, qui rend la continuité entre la post-dictature (qualifiée de « démocratie ») et la dictature clairement visible.« Ce n’est pas 30 pesos, c’est 30 ans », peut-on lire sur l’un des panneaux tenus par les manifestants, montrant que cette lutte n’est pas tant liée à la récente augmentation du prix des tickets de métro, qu’à un plus vaste processus dont l’origine pourrait remonter à l’application de la constitution de 1981, soutenue par la Concertación dès son entrée au gouvernement.La Concertation n’a proposé que des réformes superficielles qui ne viennent pas modifier réellement les logiques de politiques sociales issues de la dictature, ce dont témoigne par exemple la création du Pilar solidario (2008) au sein du système de retraites privatisées.Deux jours seulement après que l’insurrection s’est étendue à tout le pays, le président Piñera déclare l’état d’urgence dans la région de Santiago – il s’appliquera ensuite dans d’autres communes du pays. L’armée est alors mobilisée et autorisée à sortir dans la rue, et un couvre-feu est mis en place. « Nous sommes en guerre contre un ennemi très puissant » affirme Piñera pour justifier ces mesures, une phrase par laquelle il semble déclarer la guerre au peuple chilien en révolte. Ce genre d’affirmation fait puissamment écho à la rhétorique utilisée au Chili en 1973, lorsque la junta militar a déclaré l’existence d’une « guerre interne ». Le 23 octobre, l’Institut national des droits de l’homme recensait cinq morts et 173 blessés par armes à feu, chiffres qui ne cesseraient d’augmenter dans les jours suivants. Un jeune homme a également déclaré avoir été torturé dans le commissariat de police situé dans la station de métro de Baquedano. Cette situation incite à établir une comparaison entre le président Sebastián Piñera et le dictateur Pinochet. Au cours des manifestations, les gens se sont mis à scander : « Piñera [...] assassin, tout comme Pinochet ! » En moins d’une semaine de soulèvement, les actions de l’État chilien ont semblé reproduire des scènes qui avaient eu lieu aux pires jours de la dictature. L’entrepreneur est devenu dictateur, rendant visible une structure mentale et sociale qui était déjà présente dans la société chilienne, connue, mais non formulée. Le même mouvement révèle le caractère inachevé de la transition chilienne vers la démocratie.Il faut rappeler que la dictature de Pinochet s’est construite en réaction au gouvernement de Salvador Allende (1970-1973) et à sa proposition d’opérer une transition démocratique vers le socialisme. Après le coup d’État, la junta militar a déclaré que l’un de ses objectifs était l’éradication du « cancer marxiste ». Comme en écho à ces propos, le discours du général des Carabineros de Chile, Enrique Bassaletti, a comparé la violence policière envers les manifestants chiliens à une sorte de chimiothérapie destinée à lutter contre le cancer : les bonnes cellules seraient tuées, selon lui, au cours du processus permettant d’éliminer les mauvaises. Malgré tout, le 15 novembre, face à l’ampleur grandissante des protestations, Sebastián Piñera a annoncé l’organisation d’un référendum national, qui permettrait au peuple chilien de voter au sujet de la rédaction d’une nouvelle constitution. Comme pendant la dictature, trente ans auparavant, la solution proposée est le référendum plébiscitaire, à la différence que, cette fois, il ne vise pas uniquement à chasser un homme de son poste, mais à modifier en profondeur la structure même de la politique de l’État. Ainsi, la violence du soulèvement est devenue force constitutive. Au moment de la rédaction de cet article, on dénombrait 445 manifestants qui avaient perdu au moins un œil du fait des actions de la police. Ce chiffre fait écho à la situation en France, où, depuis le début de la répression policière du mouvement des gilets jaunes, le collectif « Désarmons-les » a comptabilisé 25 personnes éborgnées.Dans ce contexte, le 29 janvier 2020, la journaliste chilienne Constanza Santa María a déclaré : « Quand on compare le Chili avec d’autres pays, la France par exemple, quand on voit la façon dont la police agit face aux manifestants, il y a beaucoup plus de violence [...] ces trois derniers mois, par exemple, des centaines de personnes blessées aux yeux par balle, un nombre plus élevé que dans notre pays, et il semble que ce ne soit pas un problème, alors qu’il semble qu’il y ait une réaction excessive dans notre pays ».Cette affirmation erronée était destinée à justifier l’action de la police chilienne. Ainsi, la logique qui sous-tend ces propos semble être la suivante : si la France, pays développé, ne condamne pas, voire encourage, les violences policières, cela justifie l’application des mêmes méthodes au Chili. Néanmoins, dans les faits, ce n’est pas la France qui semble influencer le Chili, mais l’inverse : les décisions du président Emmanuel Macron ne sont pas sans rappeler l’entreprise d’imposition par la force d’un projet néolibéral, contre la volonté des citoyens chiliens.Au Chili, la violence employée par l’État l’a rendu illégitime aux yeux de la population, justifiant, pour beaucoup de citoyens, celle qu’ont utilisée les manifestants en retour. Cette crise de légitimité crée dès lors la possibilité de modifier la constitution chilienne, dans l’espoir que le slogan « le Chili est l’endroit où le néolibéralisme naît et meurt » devienne réalité.Est-il possible que le processus constitutif en cours au Chili puisse galvaniser l’imagination politique au-delà des frontières de ce pays d’Amérique du Sud ? Tout dépend des résultats du plébiscite qui aura lieu le 25 octobre 2020, mais, comme l’a dit Armando Uribe : « Nous devons reconnaître que nous avons tous en nous un petit Pinochet. Même en Europe ». Peut-être pourrait-on même imaginer qu’en France, où les actions de l’État ont fait apparaître, comme au Chili, ce fantôme autoritaire, il serait aussi possible d’inventer un moyen de l’exorciser.ÉpilogueLe 25 octobre, 78,26 % des électeurs ont répondu « J’approuve » à la question « Voulez-vous une nouvelle Constitution ? » De même, 79,78 % ont choisi la Convention constitutionnelle comme organe de rédaction, autorisant ainsi l’établissement d’une nouvelle constitution rédigée entièrement par des membres de la société civile comptant autant de femmes que d’hommes.Le résultat de ce vote consolide la transformation de l’explosion sociale qui a débuté au Chili en octobre 2019 en une force constituante. Il témoigne également de la possibilité de faire de la politique autrement, en prenant en compte la volonté des classes sociales traditionnellement exclues.Le soir de ce même jour, le président Sebastián Piñera a prononcé un discours depuis La Moneda. Avec l’ensemble de son cabinet derrière lui, masqué, conformément aux recommandations visant à freiner la propagation du Covid-19, il s’est réjoui du résultat de ce plébiscite, se dissociant ainsi du positionnement de sa coalition politique, qui soutenait le rejet. Il a célébré ce vote comme un triomphe de la paix sur la violence, mais aussi comme une victoire du dialogue et de l’accord. Au même moment, des milliers de personnes se rassemblaient sur la Plaza Dignidad, munies de drapeaux et entonnant des chants pour exprimer leur joie, indifférentes aux paroles du président et aux attaques des Carabineros de Chile qui tentaient de les expulser. Bien que la politique électorale et la rédaction d’une nouvelle constitution puissent ouvrir la possibilité d’une vie meilleure, libérée des liens néolibéraux imposés par la constitution de Pinochet, cette foule heureuse pourrait signifier que l’essence de la politique reste néanmoins dans les rues, et dans les actions concrètes qui demandent et instituent une justice encore à venir. “Authoritarian Ghosts, Constituent Echos: About the Uprising of October 2019 in Chile” The talk “Pinochet as Phantasy” given by the Chilean poet Armando Uribe on 9th July 2000 at Sorbonne, helps us see the pervasiveness of the figure of Pinochet in the conscience of the Chilean people: “I have not yet met a Chilean who has not had dreams and nightmares with the figure of Pinochet or who has not had the fantasy of feeling him, sitting over their head, with his testicles hanging down.”In his talks, he spoke of a 27-year influence, a number that, at first glance, might seem surprising given that the dictatorship in Chile lasted only 17 years (1973-1990). He considers that the so-called transition to democracy has not much significance in terms of an historical landmark. This is quite understandable, even outside circles familiar with psychoanalysis, when we consider that within Chile the dictator was until recently hailed by some as the “saviour of Chile”, and as a “necessary evil” by many others. In fact, this talk was given just several months after the anullment of the Pinochet’s indictment in England issued by the Spanish judge Baltazar Garzón. On that occasion did not only right wing politicians of the opposition, but also left wing politicians in office, pledge for the return to his home country of the dictator. Even Eduardo Frei Ruiz-Tagle, a member of the Christian Democracy, and then president of Chile, affirmed in his public address of 1999, that he believed that what would most benefit the country would be to bring senator Pinochet back. An address where he also recognized the existence of the dissapeared detainees, but qualified them as appartaining to the past of Chile, “heavily burdened with divisions”. This shows that Pinochet was not a ghost at the time of Uribe’s speach. He was rather a direct and visible presence, and the form of this visibility was the impunity granted to him by the governements of the Concertación de partidos por la democracia. The social uprising that erupted in Chile in October 2019 released other ghosts, ghosts that are also symptoms, and that have a relation to the material and existential consequences of the Pinochet rule, and that are also a consequence of the afore-mentioned impunity. The establishing of acts of political violence by the Comisión Nacional de Verdad y Reconciliación (1991) and the Informe de la Comisión Nacional sobre Prisión Política y Tortura (2004) had some success with exorcizing this ghost, due to the fact of recognitizing crimes and at the same time protecting the executioners, and to the proposition of symbolic reparation instead of condemning perpetrators. There is truth, but not justice, which is hovering in the background of the seemingly pragmatic administration of Chilean issues, according to the neoliberal model. October 2019 saw more than twenty metro stations burnt down, as well as the construction of the trasnational ENEL, malls and supermarkets, all of them symbols of the privatization of the public sphere and of the implementation of consumer society by the Pinochet dictatorship. But this event has also exposed the continuity between post-dictatorship (“democracy”) and dictatorship. “It´s not 30 pesos, it´s 30 years” says one of the signs held by protesters, showing that this struggle is not so much related to the recent increase of the cost of metro tickets, but to a wider period that might be signaled as starting with the constitution of 1981 and that has been sustained by the Concertación ever since it first got into the governement. The Concertación has only gone as far as to reform the social policies implemented under the dictatorship, such as the establishment of the Pilar solidario (2008) to reform to privatized pension scheme. Hence the actors of the insurrection of October 2019, technocrats, the military, the administration and genocide have been revealed to be part of one and the same coalition. For this reason, only two days after the insurrection spread through the country, President Piñera instituted a state of emergency, mobilizing the army on the streets and enforcing a curfew. In this context he affirmed: “We are at war against a very powerful enemy”, a phrase whereby he implicitly declared war on the rebellious Chilean people. These kind of assertions powerfully echo the rhetoric used in Chile in 1973, when the military junta announced an “internal war” was raging. On 23rd October, the National Institute for Human Rights counted five dead and 173 people injured by firearms, numbers which were to increase as the days went on. Moreover, a young man asserted he had been tortured in the police station located in the subway station of Baquedano. This situation prompts comparisons between President Sebastián Piñera and Dictator Pinochet. In the marches, people started chanting: “Piñera [...] assassin, just like Pinochet”. The entrepreneur has become the dictator, making visible a structure that was already present in Chilean society, well-known but not discussed. And making visible, in the same movement, the unfinished nature of the Chilean transition to democracy.It must be remembered that Pinochet’s dictatorship constructed itself as a reaction to Salvador Allende’s government (1970-1973), and the latter´s proposal of a democratic transition towards socialism. After the coup, the military junta stated that one of their objectives was the erradication of “Marxist cancer”. This situation echoes the speech of the General of Carabineros de Chile, Enrique Bassaletti, when he compared police violence towards protesters in Chile as a kind of chemotherapy to fight cancer, where good cells are killed in the process of killing the bad ones. Nonetheless, on 15th November, in the face of protests that seemed unstoppable, Sebastián Piñera announced the implementation of a national plebiscit, were the Chilean people would vote to approve the drafting of a new constitution. Just as the dictatorship seemed to have come back to life, the way of dealing with it was similar as 30 years earlier: by organizing a plebiscit. The violence of the uprising has become a constituent force. At the time of the writing of this article, 445 protesters had lost at least one of their eyes due to the actions of the police. This echos police violence in France against the yellow vests, were according to the organization “Désarmons-les”, 25 people have lost an eye since the beginning of the protests.In this context, on 29th January 2020, the Chilean journalist Constanza Santa María stated:  “When you compare Chile with other countries, France, for example, when one sees how the police confront protesters, the violence is more pronounced [...] in the last three months, for example, hundreds of people have been hurt by pellets in their eyes, a higher number than in our country, and it seems that this is not an issue there, whereas it seems that there is an over reaction in our country”.This false assertion was meant to justify the action of the Chilean police. Its directionality is fundamental: France, a developed country, experiences police brutality, and this is not seen as an issue, therefore we should do the same in Chile. Nevertheless, what seems to be happening in this moment is exactly the opposite. It is France which seems to be following the Chile’s steps, where the neoliberal agenda was imposed by force, without the approval of citizens, and it seems to be exactly what Macron is doing in France while imposing his reforms.In Chile, the state´s violence employed has rendered it illegitimate in the eyes of its population, in turn justifying, for many of its citizens, the violence used by the protesters. The resulting crisis of legitimity has created the possibility of changing the constitution in Chile, hopefully foregrounding the realization of the slogan: “Chile is the place where neoliberalism was born and will die”.Is it possible that the constituent process taking place in Chile galvanize political imagination beyond the boundaries of this South American country? It all depends on the results of the plebiscit taking place on 25th October, but, as Armando Uribe said: “We must recognize that all of us have a small Pinochet inside of us. Even in Europe.” Maybe in France, as in Chile, where the actions of the state have conjured up this authoritarian ghosts, a way might be found to exorcize them.EpilogueOn October 25th, 78.26 % of the voters answered “I approve” to the question “Do you want a new Constitution?” Likewise, 79.78 % chose the Constitutional Convention as their drafting body, thus approving the establishment of a new constitution written entirely by members of the civil society, along gender parity.The result of this vote consolidates the transformation of the social insurrection that began in Chile in October 2019 into a constituent force and, at the same time, reveals its power to open up a new avenue for doing politics that looks to integrate those social classes who have traditionally been excluded.On the evening of that same day, President Piñera gave a speech from La Moneda. With his entire cabinet behind him, masked in accordance with the COVID-19 health regulations, he congratulated the popular decision for the “Approval”, implicitly disassociating himself from the “Rejection” option supported by most of his political coalition. He celebrated the latter as a triumph of peace over violence, also as a triumph of dialogue and agreement, mimicking the vocabulary used by the Concertación during post-dictatorship. While this was happening, thousands of people gathered in the Plaza Dignidad brandishing flags and chanting to celebrate, all indifferent to the president´s words and to attacks from the Carabineros of Chile who were trying to expel them from where they were. Among the joyful crowd, there seemed to be a recognition that, although electoral politics and the drafting of a new constitution might open up the possibility of a better life, one free of neoliberalism imposed by the Pinochet constitution, the essence of politics remains in the streets, and in the concrete actions that demand and institute a justice yet to come. </description>
      <pubDate>dim., 22 nov. 2020 21:31:03 +0100</pubDate>
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      <title>“On va enfin faire redescendre tout ça sur terre !” : penser une critique sociale ordinaire populaire de bon sens </title>
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      <description>En s’appuyant sur une enquête ethnographique sur plusieurs ronds-points de Lorraine ainsi que sur une analyse de la production visuelle des gilets jaunes, l’auteure identifie un type de critique sociale original développé par les gilets jaunes, qu’elle appelle la critique sociale ordinaire populaire de bon sens. L’article vise à conceptualiser cette critique, à la fonder théoriquement et empiriquement, ainsi qu’à en montrer les mécanismes. L’intérêt du concept proposé est moins lié à son contenu qu’aux processus et conditions qu’il saisit afin de pouvoir penser cette « utopie concrète » qui se dessina sur certains ronds-points. In fine, l’auteure revient sur les principaux apports du concept à la théorie de la critique sociale.La critique sociale populaire de bon sens est définie comme une critique partant d’un rapport corporel et sensitif au monde, c’est-à-dire aux places, objets et personnes peuplant ce monde (un monde « habité »), et une critique s’efforçant de ramener les hommes, les objets et les idées évoluant au-delà des contingences dans le prosaïque, le vulgaire, l’ordinaire et le terre-à-terre. Elle se caractérise par son inscription dans un monde commun – au double sens d’ordinaire et de partagé, un monde sensible et terre-à-terre. Elle s’appuie sur un imaginaire social, soit la capacité de s’imaginer – par les sens et les affects plus que par le raisonnement – appartenir à une même entité dignifiée : le peuple du commun. Ce peuple fut non seulement rêvé, mais aussi construit dans les pratiques des gilets jaunes sur les ronds-points, qui firent preuve d’une grande capacité à accommoder les différences et à faire tenir ensemble des individus et des groupes extrêmement hétérogènes, tant en termes socio-professionnels qu’en termes d’orientation politique.L’auteure analyse les différentes manières (dispositifs ou formats dans la sociologie pragmatique) qu’ont trouvées les gilets jaunes pour « faire le peuple » et faire tenir ensemble les différences, ou communiquer (construire un commun) tout en accueillant les conflits. L’un des facteurs importants est l’espace même du rond-point et de la cabane, lieux facilement accessibles aux plus démunis et permettant des expériences prolongées du vivre et du faire ensemble. Un autre dispositif essentiel de la production du commun ordinaire est le gilet jaune en lui-même, symbole d’un peuple du commun rebelle qui valorise l’humain qui le porte quelles que soient par ailleurs ses autres particularités. Les autres dispositifs sont le terre-à-terre ou sens du parler simple et prosaïque, le format brut du dire (sans euphémisation) ou du faire (brutalement), ainsi que l’ironie et l’auto-ironie.Dans son contenu, cette critique défie l’inégalité sociale, le chacun pour soi et la confiscation oligarchique du pouvoir. Elle dessine les traits d’un monde radicalement humain, accueillant chacun avec ses qualités et défauts, à condition qu’il reconnaisse la commune humanité de tous. Autant que le contenu de la critique, il est important d’étudier les modalités de son déploiement afin de rendre compte de ce type de critique sociale ordinaire. Cinq modalités ont été relevées dans cet article : le rire, l’ironie et l’auto-ironie ; les manières et le langage grossiers ou irrévérencieux ; le travail collectif et les choses communes ; le fort investissement corporel et matériel des objets ou productions servant comme dévoilement du monde ; l’inversion bas/haut.Par le concept de critique sociale populaire ordinaire de bon sens, l’auteure indique que la critique n’est pas uniquement le résultat d’une activité intellectuelle individuelle, spécialisée et exigeante, supposant un arrachement réflexif au monde. Les armes des classes les plus démunies de capital de toutes sortes pour parvenir à une critique seraient même l’inverse : l’immersion dans le monde, les rencontres en face-à-face, l’agir en commun, les expérimentations concrètes, le travail, les frottements des corps et des sens. Et aussi le rire, qui permet non seulement de se gausser du monde, mais également de rire de soi, de ne pas se prendre au sérieux. De rester dans le prosaïque, voire de l’agiter comme un étendard ou un défi.  “‘We’ll finally bring it all back down to earth!’: Reflecting on Common and Ordinary Social Critique of Good Sense”Drawing on an ethnographic fieldwork conducted on several roundabouts in Lorraine, as well as on the analysis of the Yellow Vests’ visual production, the author identifies a type of original social critique developed by the Yellow vests, which she names popular ordinary social criticism of good sense. The paper aims at conceptualizing this criticism, at founding it theoretically and empirically, as well as showing its mechanisms. The interest of this concept is not so much connected to its content than to the processes and conditions that it seizes which enable to reflect on the “concrete utopia” that emerged on some roundabouts. Ultimately, the author reviews to the main contributions of the concept to the theory of social critique.Popular social critique of good sense is defined as a critique based on a bodily and sensitive relation to the world, that is to say, to the places, objects and people inhabiting this world (an “inhabited” world), and a critique endeavoring to bring back human beings, objects and ideas evolving beyond contingencies back into in the prosaic, the vulgar, the ordinary and down-to-earth. This critical sense is characterized by its inscription in a common world - in the double sense of ordinariness and commonality, a sensitive and down-to-earth world. It is based on social imagination, namely the ability to imagine – by means of the senses and affects more than by reason – one’s belonging to the same dignified entity of the common people. The common people was not only dreamed, it was built in the practices performed by the Yellow Vests on the roundabouts, who showed a great capacity to accommodate differences and to hold together extremely heterogeneous individuals and groups, both in socio-professional terms and in terms of political orientations.The author analyzes the different ways (devices or formats in pragmatic sociology) that the Yellow Vests have mobilized to “make the people” and to maintain differences together, or to communicate (build a common) while welcoming conflicts. One of the important factors is the very space of the roundabout and the shacks, which are places easily accessible to the most disadvantaged and allowing for lengthy experiences of living and doing together. Another essential device for building an ordinary common is the yellow vest, which becomes the symbol of the rebellious common people and values the humans who wears it whatever their other characteristics. The other devices are the down-to-earth or plain and prosaic speaking, the crude rhetoric (without employing euphemism) or doing (brutally), as well as irony and self-irony.In its content, this critique challenges social inequality, individualism and the oligarchic confiscation of power. It sketches the features of a radically human world welcoming everyone with their qualities and shortcomings, on the condition that everyone acknowledges everybody’s common humanity. As much as the content of the critique, the modalities of its deployment are important to study if we want to understand this type of ordinary social critique. Five modalities are singled out in this article: laughter, irony and self-irony; rude or irreverent manners and language; collective work and common deeds; the strong physical and material investment of objects or productions used to expose the world; the upending of the social hierarchy.By means of the concept of popular ordinary social critique of good sense, the author argues that the critique is not only the result of an individual, intellectual, specialized, demanding activity, supposing a reflexive self-distancing from the world. The tools available to the deprived classes for achieving such critique might actually be in opposition to such a conception: by immersing oneself into the world, meeting people face-to-face, acting in common, working, launching concrete experiments, bodies and senses rubbing against one another. And also, laughter, which makes it possible to laugh not only at the world, but also at oneself, not to take oneself seriously. To remain in the prosaic, even to wave it as a banner or to mount a challenge. </description>
      <pubDate>lun., 16 nov. 2020 16:28:01 +0100</pubDate>
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      <title>Révolution française : un scénario inactuel pour les gilets jaunes </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=124</link>
      <description>Saisir la Révolution française comme scénario inactuel pour les gilets jaunes dans le contexte des événements politiques de 2018-2019, consiste à décrire l’actualité d’un imaginaire social en historienne de la Révolution française, puis à montrer comment cet imaginaire dicte une dramaturgie qui produit un étayage et des limites en termes d’action et de stratégie pour les acteurs. Si cette référence historique n’est pas exclusive, elle est dominante. Le site Plein le dos (https://pleinledos.tumblr.com/) offre un corpus très riche d’énoncés pris en photos par ces acteurs eux-mêmes. Après avoir décrit ces signifiants feuilletés présents dès le 17 novembre 2018, l’article montre l’ambivalence des référents. Drapeaux tricolores, Marseillaise entonnée et bonnets phrygiens sont des outils bien rodés et politiquement ambivalents. Pour certains gilets jaunes, qui se réclament du côté gauche, ces symboles sont répulsifs, mais ils ne donnent pas le ton. Depuis une petite dizaine d’années, cette signalétique est de fait présente dans les manifestations politiques françaises dans un usage qui semble interchangeable, du fait d’une signification dite « républicaine » qui prétend réunir le tout d’une communauté nationale pourtant divisée. Le football aura également été le lieu d’apprentissage de ces symboles nationaux de foules contemporaines. Que disent les gilets jaunes en voulant faire une révolution dont la Révolution française serait le monument, offrant une feuille de route dramaturgique, des cahiers de doléances à la prise de la Bastille, en passant par le Serment du jeu de paume, la marche des femmes pour s’acheminer vers le procès du roi et sa décapitation en effigie ? Il faut noter que tous ceux qui font référence à la Révolution française ne la regardent pas de la même manière. 1789 n’est pas 1793, une date isolée n’a pas le même enjeu qu’un référent comme le Serment du jeu de Paume ou la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Au titre de cette Déclaration, la Révolution française, aussi française soit-elle, peut fournir des arguments de légitimation de l’émeute et de l’insurrection, qui sont des formes d’action aussi bien pour un bord politique que pour l’autre, mais ne peut pas construire seulement un imaginaire d’extrême droite ou de droite. La Déclaration des droits connote le mouvement comme universaliste et démocratique. Le scénario révolutionnaire n’a donc pas conduit à clore le débat politique, mais bien à l’ouvrir, en obligeant à prendre en compte in fine que l’analogie a ses limites. Le roi Louis XVI a été jugé en 1792 et exécuté en 1793 dans un rapport de force construit sur la durée. Notre régime politique de la Ve République n’est pas mort, l’oppression non plus, mais plus personne ne peut prétendre être dupe. Ce n’est plus la démocratie issue de la Révolution française, même dans sa version la plus modérée, qui organise notre vie politique. Les gilets jaunes l’ont écrit en toutes lettres : « J’ai mal à ma démocratie. » Ils étaient, pour la plupart, dans l’illusion de la souveraineté, ils pensaient être victorieux et ont découvert la douleur d’une situation qu’ils n’avaient pas imaginée. C’est alors qu’ils ont pu s’intéresser à ce qui n’allait pas et en faire l’inventaire sur les sites du « vrai débat », mais aussi en amont, sur les ronds-points et dans de petites assemblées. Le scénario révolutionnaire historique devenait alors de fait, trop petit, trop inactuel. Les révolutionnaires français avaient fait leur révolution en habits de Romains et ainsi ramené dans l’à-présent de l’histoire la puissance monumentale et héroïque des grands ancêtres, sans pour autant se contenter de les mimer. Ils puisaient dans leur exemplarité le courage de tenter à nouveau des gestes d’émancipation radicale, voire utopique. Les gilets jaunes font beaucoup la leur, de fait, en habits de révolutionnaires français, dans ce même esprit d’à-présent, en vue de reconquérir une République perdue, forts d’une formation discursive qui avait réinvesti l’objet Révolution française. La Révolution avait couvé, sinon comme texte caché, du moins comme texte redécouvert, après avoir été celée dans les années du bicentenaire. Désormais, ce texte est donc, pour partie, à nouveau disponible, aussi bien du côté des initiatives démocratiques critiques que du côté de l’extrême droite. La Révolution française a servi à dire que les Français, découvrant qu’ils ne sont plus un peuple souverain, aspirent à le redevenir en se souvenant de leurs ancêtres et en voulant se hisser à leur hauteur. Mais, comme le disait déjà Saint-Just, « on a beaucoup parlé de la hauteur de la révolution, il fut des peuples libres qui tombèrent de plus haut ». Apprehending the French Revolution as an eventually ineffective framework for the yellow vests movement in the context of the political events unfolding in 2018-2019 consists in describing the topicality of a social imaginary as a historian of the French Revolution, and then evidencing how this imaginary dictates a dramaturgy that produces both leverages for and limitations to the actors’ actions and strategy. If this historical reference is non-exclusive, it is prevalent. The site “Plein le dos” (i.e., ‘sick to the back teeth’) – https://pleinledos.tumblr.com/ – offers a very rich corpus of statements in the shape of photographs taken by the actors themselves. After describing the multilayered signifiers that could be found as early as November 17 2018, the article highlights the ambivalence of the referents. French three-coloured flags, the Marseillaise and Phrygian hats are at the same time well established and politically ambivalent tools. For some yellow vests who claim to be on the left, such symbols are loathing, but they do not set the tone for all the yellow vests. For the past decade approximately, these signs have in fact been present in French political demonstrations with seemingly interchangeable dimensions for the sake of the so-called “republican” meaning that pretends to unite the national community, which is yet very divided. Soccer has also been the locus where contemporary crowds have appropriated these national symbols. What do the yellow vests mean by staging a revolution of which the French Revolution would embody the monument, which provides a theatrical blueprint, from the registers of grievances to the assault to the Bastille, and the oath sworn at the Jeu de Paume, the march of women, up to the trial of the king and his decapitation in effigy? Let us bear in mind that all those referring the French Revolution do not perceive it in the same manner. 1789 is not 1793, an isolated date does not have the same significance as a referent such as the oath of the Jeu de Paume or the Declaration of the Rights of Man and of the Citizen. In the name of this Declaration, the French Revolution, as French as it may be, can provide arguments for legitimizing riots and insurrection, which are forms of action for one political side and its opposite alike, but it cannot construct only a right-wing or far-right-leaning imaginary. The Declaration of the Rights of Man and of the Citizen endows the movement with universalism and democracy. The blueprint of the Revolution did not therefore lead to putting an end the political debate, but rather to opening it by obliging to take into account, in fine, that the analogy has its limitations. King Louis XVI was tried in 1792 and executed in 1793 in a power struggle that had built up over time. Our political regime of the Fifth Republic is not dead, neither is oppression, but no one can no longer pretend not to know. It is no longer the democracy resulting from the French Revolution, even in its most moderate version, that organizes our political life. The yellow vests clearly spelled it out: “My democracy is hurting.” The yellow vests for the most part were under the illusion of embodying sovereignty, they believed they had prevailed, and eventually took the brunt of a situation they had not imagined. That is when they could finally take an interest in what goes awry and make an inventory of the various dysfunctions on the websites where the debate actually took place, but also on the roundabouts and in small assemblies. The historical revolutionary blueprint then became de facto too small, eventually too ineffective. The French revolutionaries carried out their revolution in Roman clothes and thus brought back into their present the monumental and heroic power of their grand ancestors, but did not indulge in merely mimicking them. They tapped into from their exemplarity the courage to endeavour to perform radical, even utopian emancipation. The yellow vests, in fact, act wearing the clothes of French revolutionaries, in the same spirit of actualization of history, in order to re-conquer a lost republic, with the strength of a discursive education that had reinvested the object ‘French Revolution’. It brewed, if not as a concealed subtext, at least as a text rediscovered after being sealed in the Bicentenary years. This subtext is therefore now partly available, for critical democratic initiatives and for the far right alike. The French Revolution was instrumental in stating that the French, because they were discovering that they are no longer a sovereign people, aspire to recover the sovereignty by remembering their ancestors and by endeavouring to equal them. But as Saint-Just said: “much has been said about the elevations of the revolution, but there have been free peoples who tumbled from more elevated places”. </description>
      <pubDate>jeu., 19 nov. 2020 20:03:26 +0100</pubDate>
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      <title>Gilets jaunes, créativité et résistance. De la rencontre de terrain au projet de film </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=290</link>
      <description>L’article raconte la démarche de la réalisatrice Sylvestre Meinzer et les questions qui se sont posées à elle, entre la rencontre avec les gilets jaunes et l’écriture du film documentaire Les Voies jaunes, en cours de production. Il évoque les étapes institutionnelles qui ont accompagné cette avancée, notamment la présentation du projet aux différentes commissions d’aide à l’écriture, avec la difficulté de défendre un sujet « sensible » à tous points de vue. Dans le prolongement de son dernier film, Mémoires d’un condamné, qui racontait l’histoire de Jules Durand, un martyr de la cause ouvrière au Havre, l’auteure s’intéresse à la « mémoire de classe » et à la façon de traiter cinématographiquement des questions touchant à la mobilisation des milieux populaires. Parce que le mouvement des gilets jaunes renvoie aux zones délaissées de l’Hexagone qu’elle a explorées récemment en accompagnant son film dans les salles, elle décide d’enfiler son gilet jaune et de prendre la route, pour rejoindre des groupes et assemblées de gilets jaunes. Dans le contexte de « bataille des images » qui oppose les réalisateurs gilets jaunes – plus ou moins autodidactes – et les reporteurs officiels ayant accès aux grands médias et diffusant une vision arbitraire du soulèvement, l’auteure-réalisatrice se sent partagée entre la volonté de réaliser un film « pour les gilets jaunes » et celle de ne répondre à aucune attente venant de l’extérieur, mais de creuser son regard singulier. La sortie du film de Gilles Perret et François Ruffin, J’veux du soleil, l’incite finalement à défendre une ligne d’écriture personnelle, qui se rapproche de ses émotions et de son ressenti. Sur un circuit traversant la France du Havre à Marseille, elle réalise une série de repérages et récolte un important corpus de témoignages audio anonymes qui formera la base de son travail à venir. Il ressort de la variété et de la richesse de ces expériences de terrain une double impression : un traumatisme lié à la violence et à la répression d’une part, un élan d’espoir entraînant une grande énergie et créativité d’autre part, avec le sentiment, que partagent ceux qui se sont rencontrés sur les ronds-points, qu’« au moins, l’humanité, elle n’est pas morte » (Manu, Valence). La multiplicité des récits, leur hétérogénéité et la matière sonore de ces enregistrements sont l’occasion d’une réflexion sur les images. Les récits évoquant la violence et les peurs liées à la répression doivent-ils montrer simultanément cette violence ? Il apparaît que les témoignages peuvent être d’autant plus justes et audibles qu’ils n’ont pas de visage identifiable et qu’ils s’écoutent sur des images différentes, de paysages, de la vie quotidienne, etc. Ceci dessine les intentions cinématographiques de l’auteure, qui souhaite jouer du contre-point et mettre en correspondances des récits et des images reliés de manière indirecte ou onirique. L’article s’intéresse donc à la présentation des paysages, du quotidien, des images qui environnent les gilets jaunes et qui parlent d’eux.Enfin, le fait que les acteurs du mouvement inventent un autre monde possible, qu’ils fassent des propositions politiques concrètes, construisent des cabanes, écrivent des doléances, etc., est observé et mis en parallèle avec le geste artistique. La mobilisation, la solidarité, la convergence sont des actes de création, et donc de résistance, qui ouvrent sur d’autres combats à venir. C’est à travers ces réflexions sur la fragilité de notre époque et sur la force de ce moment-là que la démarche cinématographique se cherche une forme définitive. Mais le film se définira véritablement au moment du montage, à venir. “Yellow Vests, Creativity and Resistance, from the Field to the Film”This paper presents director Sylvestre Meinzer’s approach, the questions that arose in the timespan between her meeting with the Yellow Vests and the writing of the documentary film Les Voies jaunes (“The Yellow Ways”), which is currently being produced. She evokes the institutional stages along this process, the various hearings in committees for film-writing assistance in particular, with the difficulty of advocating a topic that is “sensitive”, from all points of view. In the wake of her latest film, Mémoires d’un condamné (“Memoirs of a Convicted Man”), the story of Jules Durand’s life, a martyr worker of Le Havre, the author is interested in “social class memory” and in how these issues relating to the mobilization of the working class are dealt with in films. Since the social movement initiated by the Yellow Vests summons up the deprived areas in France which she had explored as she toured the country for presenting her film, the author decided to put a yellow vest on and to hit the road, to join groups and assemblies in many different places. In the backdrop of the “Battle of Images”, which opposes yellow-vest filmmakers – more or less self-taught – and official reporters who have access to the major media and convey a totally arbitrary perspective on the movement, the author felt torn between making a film “for the yellow vests” and one that would allow her to sharpen her original gaze. The release of Gilles Perret and François Ruffin’s film, J’veux du soleil (“I want a bit of the sunshine!”) eventually prompted her to adopt a personal line of writing, closer to her emotions and feelings.Across France from Le Havre to Marseille, she carried out a series of fieldworks and collected an important corpus of anonymous audio testimonies that form the basis of her work. The variety of these experiences entail a double impression: a trauma linked to violence and repression on the one hand, a surge of hope boosting energy and creativity on the other, with the feeling - for those who met on the roundabouts – that “at least, humanity is not dead” (Manu, Valence). The multiplicity of the stories, their heterogeneity and the sound material of these recordings allow for the emergence of a reflection around images. Should narratives evoking violence and the fears of repression display violence? It appears that the testimonies can be all the more accurate and audible as they bear no identifiable face and are listened to by means of illustrations of landscapes, daily life scenes, etc. This delineates the author’s cinematographic intentions: to play the counterpoint and to combine stories and images randomly or poetically. The article therefore explores the presentation of landscapes, daily life scenes, and images that surround the yellow vests and tell about them.Finally, the fact that the actors of the movement invent a different world, make concrete political proposals, build shacks, register grievances, etc. is observed and paralleled with the artistic gesture. Mobilization, solidarity and convergence are acts of creation and therefore of resistance that open up on future battles. It is through these reflections on the fragility of our times and the strength of the moment that the cinematographic approach seeks a definitive form. But the film will truly define itself at the moment of editing, yet to come.  </description>
      <pubDate>lun., 14 déc. 2020 12:35:31 +0100</pubDate>
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      <title>La BD photographique, un objet de narration sensible pour documenter les prémices de la colère des gilets jaunes </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=300</link>
      <description>Vincent Jarousseau est photographe documentaire. Depuis plusieurs années, il a entrepris de s’installer dans différents territoires en déprise démographique et marqués par la désindustrialisation. À partir de l’automne 2016, ce travail de documentation l’a notamment mené à Denain, une petite ville du Nord parmi les plus pauvres de France, située à côté de Valenciennes. Pendant deux ans, il y a suivi le quotidien de plusieurs familles populaires. Il a voulu interroger la place de la mobilité dans leur vie. Pour mener à bien ce travail, il s’est associé au Forum Vies Mobiles qui l’a accompagné et soutenu dans sa démarche. Par ses observations, il a cherché à nuancer la représentation mécaniquement positive qui est faite de la mobilité dans le contexte du début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Il en est sorti un livre, plus précisément une BD photographique, Les Racines de la colère, deux ans d’enquête dans une France qui n’est pas en marche (Paris, Les Arènes). Cet ouvrage sorti en mars 2019, quelques mois après le début du soulèvement des gilets jaunes, nous invite à nous départir d’une vision morale surplombante de la mobilité géographique. Il nous ouvre les yeux sur l’espace de celles et ceux qui vivent pleinement les tensions et les risques du marché du travail. “The Photographic Comic Book, a Sensitive Narrative Object to Document the Presages of the Yellow Vests’ Anger”Vincent Jarousseau is a documentary photographer. For several years, he has taken on to exploring various territories in decline demographically and marked by deindustrialization. Starting in the autumn of 2016, his documentation work has led him to Denain, a small town in the North of France, one of the poorest in the country and located near Valenciennes. For two years, he followed the daily life of several working-class families who lived there. He intended to question the place of mobility in the lives of these families. To carry out this work, he joined the Forum Vies Mobiles, which accompanied and supported him in his work. Through his observations, he sought to nuance the mechanically positive representation of mobility in the context of the beginning of Emmanuel Macron’s five-year term. The result was a book, a photographic comic book to be precise, Les Racines de la colère (“Roots of Wrath”): it presents his two-year investigation in the France that does not “move forward”. This volume, published in March 2019, a few months after the beginning of the yellow vests’ uprising, invites to relinquish the moral vision overhanging geographical mobility. It is eye-opening regarding the territories of those whose lives are fully ensnared in the tensions and risks of the labour market.  </description>
      <pubDate>lun., 14 déc. 2020 12:38:13 +0100</pubDate>
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      <title>Un chaos organisé. La grappe de ronds-points comme structure politique souple </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=141</link>
      <description>La révolte des gilets jaunes, qui se sont opposés frontalement au gouvernement français pendant plusieurs mois en 2018 et 2019, est trop souvent décrite comme une masse chaotique. Ce mouvement déroutant, politiquement inclassable, est défini à partir de ce qui lui fait défaut : ses manifestations sont sans cortèges, ses débats sans assemblées, ses revendications sans chefs ni porte-parole – et il manifeste ouvertement son hostilité aux syndicats, tout en systématisant le blocage des ronds-points des régions rurales. Les gilets jaunes seraient-ils condamnés à n’être que le négatif des mouvements sociaux habituels ? Ou bien faut-il au contraire remettre en question les visions stéréotypées des luttes sociales et analyser les particularités des gilets jaunes hors de l’ombre de leurs prédécesseurs ?Au cœur des définitions en creux des gilets jaunes, on retrouve l’idée récurrente d’un manque d’organisation, un terme si central dans l’analyse des mouvements sociaux qu’il est devenu le synonyme commode des mouvements eux-mêmes. Le cas des gilets jaunes renouvelle le débat en montrant que les révoltes et les insurrections, qu’on considère trop souvent comme inorganisées car « spontanées », ont leurs propres logiques, qui présentent de nombreux avantages, bien qu’elles soient dépourvues des cadres officiels des associations, des partis et des syndicats, et même souvent grâce à cette absence. À l’analyse, il s’avère que l’organisation des ronds-points, avec leurs cabanes, leurs règles de vie, leurs espaces de discussion et de préparation stratégique, est loin d’être chaotique. Elle est au contraire hautement sophistiquée, en particulier si l’on examine un aspect méconnu et pourtant essentiel : celui des relations entre les ronds-points. Par centaines, ils ont en effet tissé des liens durables sur l’ensemble du territoire français, et permis à un mouvement d’envergure nationale de faire trembler l’État. Le cas emblématique des gilets jaunes de l’est du Loiret éclaire cette particularité du mouvement, en montrant comment s’est forgée, au fil des semaines, une structure politique souple et complexe qu’on appellera ici une grappe giratoire, ou grappe de ronds-points : entre cinq lieux de mobilisation, dont trois ronds-points, se sont établies des interactions constantes, au gré des déplacements, des manifestations, des opérations de blocage de routes ou d’entreprises.Ce qui peut apparaître comme chaotique – l’absence d’assemblées générales systématiques en particulier – permet paradoxalement à la grappe giratoire d’élargir le domaine de la lutte. La grappe comme structure politique souple repose ainsi sur une série de fluidités organisationnelles – conflictuelle, idéologique, par coopération, par rivalité, par émulation – qui explique la force d’attraction des gilets jaunes. Les grappes giratoires maintiennent dans un même combat des idéologies, des modes de vie et des stratégies disparates, voire divergentes, pour préserver l’expression de classe du soulèvement. Elles offrent ainsi de nombreux avantages pour la formation d’un mouvement de masse, en donnant aux révoltés et aux insurgés une sagesse politique qui leur est souvent refusée. “Organized Chaos. Round-About Constellations as Flexible Political Structures”The Yellow Vest revolt against the French government, which took place over several months in 2018-2019, is frequently described in terms of a chaotic masse. This politically unclassifiable movement has left analysts unsettled, who have often defined it by its absences: absence of agreement with the authorities of demonstrations, absence of defined routes; absence of assemblies for holding debates; absence of leaders or spokespersons – and Yellow Vests openly display their hostility towards trade unions while systematizing round-about blockades in rural areas. Is the movement therefore doomed to be understood as the negative reflection of the social movements we have been used to? Should we not rather question our stereotypes of social struggles and analyze the specificities of the Yellow Vest movement free of the preconceptions entailed by the movement’s predecessors?At the heart of these negative definitions of the movement is the recurrent theme of the absence of organization, a term that is so central to social movement analysis that it has turned into the convenient synonym for movements themselves. The case of the Yellow Vests reopens the debate by showing that revolts and insurrections, too often understood as unorganized due to their “spontaneity”, have their own organizational logics which come with many advantages, in spite of, or rather thanks to, the absence of representatives and officials to be found in associations, trade unions, and political parties. Indeed, closer analysis reveals that Yellow Vest round-abouts, with their shacks, rules, forums for discussion and strategic preparation, are far from being chaotic. On the contrary, they function according to highly sophisticated organizational practices, particularly when it comes to a little-known but essential aspect of the movement: the networking among round-abouts. Indeed, hundreds of round-abouts established solid links across France, allowing for a nation-wide movement capable of making the French state tremble. The East-Loiret Yellow Vests is a case in point and sheds light on this aspect of the movement, showing how, over a number of weeks, a flexible and complex political structure, which I call a rotative constellation or round-about constellation, emerged, gathering together five sites of mobilization, including three round-abouts, which interacted constantly over the course of demonstrations, road-blocks, or operations to disrupt commerce and industry.That which may appear as chaotic – in particular the absence of general assemblies held on a regular basis – is paradoxically that which allows a rotative constellation to expand its combat zone. The constellation as a flexible political structure draws on a series of fluid organizational practices: fluid forms of conflict management, fluid relationship to different ideological positions, allowing for the establishment of relationships between different groups characterized by cooperation, rivalry and emulation. This fluidity helps explain the force of attraction exercised by the Yellow Vest movement: the rotative constellations hold distinct and sometimes opposing ideologies, lifestyles and strategies together in a common struggle, which allows the revolt to preserve its nature as an expression of a particular social class. Rotative constellations therefore offer a number of advantages for mass political movements, and identifying them finally does justice to the often unrecognized political wisdom of insurgents. </description>
      <pubDate>lun., 23 nov. 2020 01:07:08 +0100</pubDate>
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      <title>La forme politique des ronds-points </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=228</link>
      <description>Cet article étudie le mouvement des gilets jaunes à partir des lieux de la mobilisation. Il restitue les ressorts et les expressions de la forme politique des ronds-points occupés par les gilets jaunes. Comme le montre une enquête ethnographique menée dans un territoire du sud-ouest de la France, cette forme politique joue un rôle crucial dans la construction de ce mouvement social. À la fois espaces vierges de toute mobilisation sociale antérieure et lieux familiers aux classes populaires des zones rurales et périurbaines, les ronds-points sont propices à la mobilisation à distance des scènes conventionnelles des luttes et de l’espace officiel de la politique. La désirabilité sociale des ronds-points pour les participants tient au fait qu’ils deviennent d’emblée non seulement un lieu d’actions (blocages des routes ou des zones commerciales), mais aussi un lieu de discussion et de partage d’expériences : les situations vécues jusqu’alors sur un plan individuel apparaissent désormais comme une condition partagée. Ces rassemblements politisent, par l’expérience sensible, les conditions d’existence. En outre, les pratiques d’occupation nécessitent une pluralité de compétences (bricolage, cuisine, etc.) qui permet à différents profils de trouver aisément leur place sur les ronds-points, à la différence des mobilisations où l’agir militant est d’emblée cadré par des normes prescrites. Les ronds-points permettent ainsi une construction politique singulière. En effet, l’inexpérience militante des participants, de même que l’absence initiale d’organisation formelle pérenne précédant la mobilisation, sont compensées par les rassemblements sur les ronds-points : ces derniers jouent le rôle d’un dispositif organisationnel décentralisé. La coprésence dans un espace ouvert, dont la forme change du fait même de l’occupation, favorise d’abord des sociabilités entre des individus présentant une relative hétérogénéité sociale : ces sociabilités sont potentiellement intégratrices et socialisatrices. Ensuite, les lieux d’occupation tendent à se diversifier : chaque rond-point occupé se colore d’une ambiance spécifique, révélatrice de la pluralité des attentes des gilets jaunes à l’égard du mouvement, des contradictions qui le traversent, mais aussi de sa capacité à les surmonter. L’article montre en particulier une tension entre une logique de respectabilité sociale, qui tend à faire des ronds-points des lieux plus sélectifs socialement, où sont aussi rejetées certaines pratiques réputées déviantes, et une logique d’ouverture à tous les publics, y compris les plus précaires, mais qui expose les participants à une plus grande conflictualité interne. Lieux de sociabilité permettant différentes formes de solidarité, les ronds-points sont aussi des lieux où l’on habite parfois. Des cabanes ont souvent été construites sur les ronds-points, où peuvent s’élaborer des expérimentations utopiques. This article examines the places in which the Yellow Vests movement took place. It explores the mechanisms and expressions of the political form embodied by the roundabouts occupied by the Yellow Vests. The ethnographic survey conducted in the South-West of France evidences that this political form plays a crucial role in the construction of this social movement. At the same time spaces free of any prior social mobilization and places familiar to the working class in rural and peri-urban areas, the roundabouts were conducive to a mobilization at a distance from the conventional stages of social struggles and the official political space. The social appeal of roundabouts for the participants lies in the fact that they, from the outset, were turned not only into sites for action (blockades of roads or shopping malls), but also places for discussions and experience sharing: situations previously experienced on an individual level now appeared as a shared social condition. These gatherings politicize, through sensitive experience, the conditions of existence. In addition, occupation practices require a plurality of skills (DIY, cooking, etc.) that allow people with different social profiles to easily find their place on roundabouts, in contrast to mobilizations where militant action is from the outset framed by prescribed norms. Roundabouts thus allow for an original political construction. Indeed, the militant inexperience of the participants, as well as the initial lack of a formal and sustainable organization prior to the mobilization, are compensated by the gatherings on roundabouts: the latter play the role of a decentralized organizational mechanism. Co-presence in an open space, whose form changes due to its occupation, first of all promotes sociabilities between individuals characterized by relative social heterogeneity: these sociabilities are potentially integrating and socializing. Over time, the sites of occupation tend to diversify: each occupied roundabout is loaded with a specific atmosphere, exposing the plurality of the expectations of the Yellow Vests towards the movement, the contradictions that shape it, but also its capacity to overcome them. In particular, the article shows a tension between a logic of social respectability, which tends to make roundabouts more socially selective spaces, and where certain practices deemed deviant are rejected, and a logic of openness to all publics, including the most precarious, but which entails greater internal conflict. As sites of sociability allowing different forms of solidarity, roundabouts are also places that are sometimes inhabited. Shacks, or cabins have often been built on roundabouts, where utopian experiments can be launched. </description>
      <pubDate>lun., 30 nov. 2020 00:48:46 +0100</pubDate>
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      <title>Lorsque les “sans-parts” se rallient au “pouvoir vivre”. Ethnographie des associations des gilets jaunes sur les ronds-points de l’Oise </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=237</link>
      <description>Vaste mouvement de reprise de parole de la société, le soulèvement des gilets jaunes s’est accompagné d’une situation de déprise intellectuelle des sciences sociales. Inédit dans ses formes comme dans sa durée, ce soulèvement fut abondement décrit à partir des catégories préconstruites du populisme, ou comme une simple expression des rapports sociaux, alors que le dépassement des catégories idéologiques préétablies et des valeurs préalablement distribuées dans l’espace politique constituait une des propriétés émergentes de ce mouvement. Dans ce contexte, l’article décrit les ronds-points de l’Oise comme un soulèvement des « sans-parts », c’est-à-dire de ceux dont les voix et les actes étaient devenus inaudibles dans l’espace public. Sociologiquement fluide, trans-sectoriel et transcatégoriel, le mouvement y est décrit sous l’angle d’une redéfinition du corps social, en ce sens que les statuts préalablement distribués, qui légitimaient la domination se sont trouvés contestés par un « être ensemble » dont le sens réside dans une prise de conscience de la part des gilets jaunes de leur condition d’invisibles et d’inaudibles, une condition partagée consistant à faire partie de « ceux qui ne sont rien ». Cette redéfinition étaye l’hypothèse d’une resocialisation du politique, dans la mesure où la situation de reprise de parole et d’affrontement autour de la taxe carbone a créé les conditions sociologiques d’un surgissement de la politique, autant que d’une forme d’autonomie citoyenne se revendiquant comme résolument inclassable et délibérément irrécupérable.La description de trois ronds-points du département de l’Oise (Senlis, Beauvais et Bois de Lihus) saisis dans la chronologie du soulèvement et envisagés dans le passage de « construits » – représentés par l’agrégation d’individus se soulevant dans des ralliements – à des « ensembles populationnels cohérents » – associations s’identifiant à un rond-point (ou une assemblée) –, donne à voir le sens politique du rond-point. L’ethnographie des ralliements à Senlis décrit l’enchâssement des répertoires de mobilisation et d’action dans le quotidien des gilets jaunes. Couramment associés aux formes de résistance intériorisées, ces répertoires sont devenus, de façon inédite, dans le partage des expériences, des ralliements et des ronds-points, les énoncés d’un affrontement et d’une révolte extériorisée, autrement dit, de possibles politiques. En ce sens, le partage des vies sur les ronds-points éclaire les modalités d’une resocialisation du politique à partir de catégories de sens commun (« la famille », « la fraternité »). Puisant dans le quotidien et dans les relations résonnantes, ces catégories ont forgé des valeurs partagées sur les ronds-points, une scène commune émancipée des cadres politiques préexistants. Dans la durée, ces valeurs ont coalisé des « ensembles populationnels cohérents », comme le montre l’histoire d’Allonne (deuxième exemple), où le sens politique résulte autant des sociabilités construites sur les ronds-points que d’une réflexivité sur les énoncés politiques des gilets jaunes. Plus avant, elles forment le socle à partir duquel ont émergé des revendications inclusives sur le « pouvoir vivre », qui rassemblent à la fois des exigences sociales, l’exercice du droit à une expression citoyenne et l’exigence d’un « contre-pouvoir ». Enfin, le rond-point du Bois de Lihus (troisième exemple) esquisse une expérimentation sociale et politique qui prend sa source dans la revendication initiale de « dignité » des gilets jaunes. La description de l’organisation quotidienne du rond-point montre que la reprise de parole, comme principe inclusif du mouvement, a pu prendre des modalités multiples. La reconnaissance en acte de l’utilité sociale de chacun explique, d’une certaine manière, l’absence de participation des gilets de l’Oise aux pratiques d’assemblée. Ces trois exemples mettent en lumière différents modes de subjectivation des frontières politiques observés dans le mouvement des ronds-points. “When the ‘Sans-Parts’ rally Behind the ‘Living Power’. Ethnography of the Yellow Vests Associations on the ‘Round-Abouts’ in the Oise district”Being a powerful movement for society to take back the floor, the uprising of the Yellow Vests has underlined the intellectual shortcomings of the social sciences. Unprecedented in its forms as in its duration, this uprising was abundantly described by means of pre-constructed categories of populism, or as a mere expression of “social relations”, whereas the overcoming the pre-established ideological categories and the values ​​previously distributed in the political space were two of the emerging features of the movement.In this context, the article describes the “round-abouts” in the Oise district as an uprising of the “Sans-parts” (“Those Who Have No-Part”), i.e. those whose voices and actions had become inaudible in the public space. Sociologically fluid, trans-sectorial and trans-categorial, the movement is presented through the prism of a redefinition of the social order, in the sense that the social statuses, which legitimized domination, have been challenged by the Yellow Vests “being together” which has entailed that in a fresh consciounsness of their condition of being invisible and inaudible, of belonging to “those who are nothing”. This redefinition upholds the hypothesis of a re-socialization of politics insofar as the situation of taking back the floor and the confrontation arising around the carbon tax created the sociological conditions for the emergence of politics as much as a form of citizen autonomy proclaiming to be unclassifiable and radically impossible to reclaim by other political movements.Set the chronological unfolding of the uprising, evidence of the political meaning is provided by the presentation of three round-abouts in the district of Oise (Senlis, Beauvais and the Bois de Lihus), described through the process of “constructions”, ranging from the aggregation of individuals revolting in rallies, to “coherent population groups” – associations identifying themselves with one round-about (or an assembly). The ethnography of the rallying in Senlis describes the embedding of the “repertoires” of mobilizations and actions in the daily life of the Yellow Vests. Commonly associated with forms of interiorized resistance, these “repertoires” have, quite unprecedentedly, been turned, by the sharing of experiences, of rallies and on the roundabouts, into statements of an open confrontation and of an externalized riot. In this sense, the sharing of personal experiences on roundabouts sheds light on the modalities of a re-socialization of politics from categories of common sense (“family”, “fraternity”). Drawing on everyday life and resonating relationships, these categories forged shared values ​​on the “round-about”, a common scene freed from pre-existing political and ideological frameworks. Over time, these values ​​have united “coherent population groups”, as the story of Allonne shows (second example), where the political sense results as much from the sociality built on the round-about as from a reflexivity on the political statements of the Yellow Vests. Furthermore, they form the basis from which inclusive demands of “living power” have emerged, which refer to social demands, citizens’ rights to expression and the demand for “counter power”. Finally, Bois de Lihus (third example) outlines a social and political experiment that has its source in the initial demand for “dignity” expressed by the Yellow Vests. The description of the daily organization of the roundabout shows that taking back the floor, as an inclusive principle of the movement, has taken on many forms. Recognition in action of the social usefulness of all members accounts, in a way, for the lack of participation of these Yellow Vest in assembly practices. In doing so, these three examples highlight different modes of subjectivation of political boundaries observed in the movement. </description>
      <pubDate>lun., 30 nov. 2020 21:42:52 +0100</pubDate>
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      <title>Des “cortèges de tête” aux gilets jaunes, transformation des pratiques et des usages de la violence dans les manifestations marseillaises </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=249</link>
      <description>Cet article, fondé sur une enquête ethnographique de longue durée centrée sur la ville de Marseille, menée dans le cadre d’une thèse de doctorat, propose une analyse anthropologique de deux formes de mobilisation qui modifient les pratiques des manifestations revendicatives : l’apparition et la persistance des « cortèges de tête » depuis 2016, et les manifestations gilets jaunes de 2018 et 2019. Les deux espaces de mobilisation collective étudiés ont rompu avec la pratique domestiquée des manifestations, notamment des manifestations syndicales : absence de communication avec la préfecture de police, imprévisibilité des parcours, refus d’un service d’ordre, rejet d’une hiérarchisation des participants, acceptation de pratiques violentes à différents degrés. Ces deux phénomènes sont traités ici dans leur capacité à transformer les individus qui y participent, notamment en ce qui concerne leur rapport à la violence. Les acteurs de ces deux espaces, très hétérogènes en genre et en âge, affirment clairement leur indépendance vis-à-vis des syndicats et des partis politiques dans ce contexte. Ils se distinguent cependant par leurs socialisations politiques. Les participants aux « cortèges de tête », en dehors des lycéens, sont coutumiers des manifestations et se revendiquent de gauche, d’extrême gauche ou d’ultragauche. Les protagonistes des manifestations de gilets jaunes ont pour un certain nombre d’entre eux vécu leur première expérience de mobilisation collective dans ce cadre et se déclarent de sensibilités politiques diverses. Les manifestants interviewés ont conscience de rompre avec les pratiques des manifestations syndicales, qu’ils considèrent comme inefficaces, car n’ayant pas permis d’aboutir ces dernières décennies à une prise en compte des revendications portées par différents mouvements sociaux. Ils souhaitent questionner la société de manière globale et affirment clairement leur volonté de ne pas se limiter à ce qui est autorisé par l’État pour lutter. Ces formes de mobilisation renouent avec des pratiques comme l’émeute et sont pensées par les acteurs qui en font le choix comme un outil politique, ultime moyen de se faire entendre par les dirigeants.Les transformations des techniques de maintien de l’ordre depuis les mobilisations de 2016, notamment par la « militarisation » des forces qui y sont dévolues et la mobilisation lors des manifestations d’unités de police non spécialisées, participent à une montée en tension de ces espaces. Les acteurs faisant face à ces méthodes (gazage systématique, nasse, tir de Flash-Ball, charge, intimidation verbale, interpellation musclée) se sentent injustement agressés, ce qui va contribuer à créer de la solidarité au sein de ces groupes pourtant très hétérogènes et conduire certains manifestants à accepter des pratiques violentes. La prise en compte des émotions ressenties dans le cadre de ces mobilisations, notamment lors de moments de face à face entre manifestants et forces de l’ordre, est donc nécessaire pour comprendre l’engagement processuel des participants à ces deux espaces. “From ‘head processions’ to Yellow Vests, transformation of the practices and uses of violence in demonstrations in Marseille”As part of the doctoral thesis I have conducted, this anthropological article makes use of a long-term ethnographic analysis centered on the city of Marseille to address two types of rallies that affect protest demonstration practices: the appearance and persistence of leading protest groups (cortèges de tête) since 2016, and the Yellow Vest demonstrations of 2018 and 2019. These two areas of collective mobilization under scrutiny are distinct from other domestic demonstration practices, in particular trade unions demonstrations. They tend not to establish prior contact with the police, engage in unpredictable routes, provide no security volunteers and reject any form of hierarchy among the participants, as well as a notable tolerance for varying degrees of violence. These two phenomena are analyzed in their capacity to affect the behavior of participants, in particular vis-à-vis violence.The participants in these two protest spaces, who are heterogeneous in gender and age, clearly assert their independence vis-à-vis trade unions and political parties within this framework. However, they stand out by their political socializations. Apart from high school students, the participants in these cortèges de tête are experienced demonstrators and claim to belong to the left, the far left or the “extreme left”. The Yellow Vest demonstrators experienced their first collective mobilization within this framework, and claim to belong to various political sensitivities.The interviewees are well aware that they have broken away from the practices of trade unions demonstrations, which they consider to be ineffective. This is because, over the past few decades, these demonstrations have failed to take into account the demands and goals set out by various social movements. Instead, they aim to question society in a holistic way and clearly affirm their will not to limit their struggle to what is authorized by the state. These forms of mobilization are thus connected with such practices as rioting, and are conceived by the participants as a political tool whose ultimate goal is to win over political leaders’ attention.Since the mobilizations of 2016, the developments in policing techniques, in particular the “militarization” of forces assigned for this purpose, and the mobilization of non-specialized police units, have contributed to rising tensions for these two spaces of demonstration. Participants, who have faced methods such as systematic tear gassing, entrapment techniques, flash-balls, charging, verbal intimidation, and police brutality, feel unfairly assaulted. These methods have helped to foster solidarity among some of the participants within these very heterogeneous groups, but also the acceptance of violence for others. It is therefore necessary to take into account all of the emotions experienced within the framework of these mobilizations, especially when demonstrators and law enforcement clash directly, in order to understand the participants’ procedural commitments in these two spaces of protest. </description>
      <pubDate>mer., 02 déc. 2020 22:12:46 +0100</pubDate>
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      <title>Fabricar a personas ilegales por medio de la ley </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=122</link>
      <description>En este artículo se explican las diferentes situaciones que ocurren en torno a los demandantes de asilo y refugio en la frontera de México con Estados Unidos. Gracias a un trabajo de campo etnográfico desarrollado en Tijuana en el año 2019 muestro cómo, migrantes y demandantes de protección internacional de distintos países y diversas experiencias, una vez llegados a la frontera, deben enfrentar todo un sistema político y legal antiinmigrante que se ha construido para frenarlos, expulsarlos o confinarlos.Para contextualizar el estudio, el artículo describe la forma en que se ha venido transformando esta región desde los años noventa, mediante la creación de leyes y de infraestructura para reforzar las fronteras y los mecanismos de vigilancia sobre los migrantes. Esta tendencia histórica de cambios, ha provocado la ilegalización de las personas migrantes y su criminalización junto a la de defensores y activistas. Debido a esto, es cada vez más difícil obtener un estatus legal con lo cual la ley se ha transformado en el elemento central y determinante de sus trayectorias y de sus planes migratorios. Luego de estos antecedentes, el artículo revisa con detalle los recientes cambios en las políticas de control migratorio tanto de Estados Unidos como de México, donde en la actualidad los temas de refugio y asilo han llegado a dominar la agenda migratoria. El estudio se detiene en esta parte sobre el sistema de listas que se utilizan en la frontera donde los demandantes de protección internacional se anotan y deben por ello, esperar en México su turno para una cita con un oficial de migración de Estados Unidos. Durante el tiempo de espera, los demandantes de asilo preparan su cita para la Corte de Inmigración en Estados Unidos, ayudados por los defensores de derechos humanos de ambos países, quienes buscan que los migrantes tengan éxito en un sistema que ha sido construido para excluirlos y frenarlos en su intento por llegar a tener un estatus legal. En algunos casos, los defensores recomiendan no solicitar la protección internacional en Estados Unidos cuando consideran que el caso no podrá ser ganado en la corte y aconsejan, entonces, que los migrantes soliciten su condición de refugiado en México.Debido a todos estos cambios, México se ha transformado en la frontera externa de Estados Unidos, cumpliendo su papel como país que debe frenar las migraciones hacia el norte, tal como ocurre en otros continentes y regiones del mundo, como es el caso de Marruecos, Libia y Turquía para las fronteras de Europa.Ayudado de testimonios de activistas, defensores y de migrantes, el artículo explica las estrategias que ellos siguen para hacer frente a las restricciones que la ley y las decisiones políticas les han impuesto. Se describen cinco estrategias seguidas por los migrantes, lo cual demuestra que ellos en ningún caso son sólo víctimas pasivas de esta situación. Contrario a ello, los migrantes actúan, crean alianzas y buscan estrategias con lo cual transforman la frontera en un lugar en constante reconfiguración.El estudio comprueba que la ley ocupa un lugar central en la matriz de exclusión de las personas migrantes. Lejos de ser algo natural y obvio, la ley crea el delito y al hacerlo, transforma a personas en ilegales. La ilegalidad, en este sentido, es una forma de gubernamentalidad que constriñe y limita el proyecto migratorio de cada persona. De acuerdo a lo observado en campo, tendrán éxito en sus procesos de solicitud de protección internacional aquellas personas con más recursos económicos, con familiares que puedan pagar abogados y tramites en Estados Unidos. De esta manera, la ilegalidad migrante es una forma de segregación por medio del estatus legal de las personas y por su lugar de nacimiento. En este sentido, la discriminación y segregación que experimentan las personas por su estatus legal, se une a sus experiencias de pobreza y racismo. En nombre de la seguridad y el orden, el control migratorio de los Estados multiplica sus arbitrariedades y violencias, las cuales llegan a estar inmersas en regímenes que son, paradójicamente, jurídicos e ilegales al mismo tiempo. En una reflexión final, el artículo demuestra que lejos de la imagen de Hobbes de un Estado que se construye a partir de un pacto social para brindar seguridad a los ciudadanos, el gobierno de las migraciones opera mediante la inseguridad económica, política y por sobretodo legal. « Fabriquer des personnes illégales par la loi. Le gouvernement des migrations à la frontière du Mexique avec les États-Unis »Cet article se propose d’expliquer les différentes situations des demandeurs d’asile et des réfugiés à la frontière du Mexique avec les États-Unis. Grâce à un terrain ethnographique mené à Tijuana au cours de l’année 2019, il montre comment, une fois parvenus à la frontière, les migrants et les demandeurs de protection internationale originaires de différents pays et aux expériences plurielles, s’affrontent à un système politique et légal anti-immigration qui s’est construit pour les freiner, les expulser et les confiner.Afin de contextualiser l’étude, l’article décrit la manière dont s’est transformée cette région depuis les années 1990, avec la création de lois et d’infrastructures visant à renforcer les frontières et les mécanismes de vigilance envers les personnes en situation de migration. La tendance historique à l’origine de ces changements a provoqué l’illégalisation et la criminalisation de ces personnes, ainsi que celles de leurs avocats et des militants pour les droits humains. La situation actuelle rend de plus en plus difficile l’obtention d’un statut légal, c’est pourquoi la loi devient l’élément central et déterminant des trajectoires et plans migratoires. Sont ensuite détaillés les changements récents des politiques de contrôle migratoire des États-Unis et du Mexique, où les thèmes du refuge et de l’asile dominent aujourd’hui l’agenda migratoire. L’étude se penche ici sur le système de listes utilisé à la frontière : les demandeurs de protection internationale s’y inscrivent au Mexique et attendent leur tour pour un rendez-vous avec un agent de l’immigration états-unien. Pendant l’attente, les demandeurs d’asile préparent leur rendez-vous auprès du tribunal de l’Immigration des États-Unis avec l’aide de défenseurs des droits humains des deux pays, qui font leur possible pour que les migrants obtiennent gain de cause, dans un système construit pour les exclure et les freiner dans leur tentative d’obtention d’un statut légal. Quand ils considèrent qu’un cas ne pourra pas trouver d’issue favorable auprès de la cour, les défenseurs recommandent de ne pas solliciter la protection internationale aux États-Unis, mais le statut de réfugié au Mexique.Tous ces changements ont transformé le Mexique, devenu la frontière externe des États-Unis, et qui fait office de pays chargé de freiner les migrations vers le nord, comme c’est le cas dans d’autres régions du monde, par exemple au Maroc, en Lybie, en Turquie, aux frontières de l’Europe.En s’appuyant sur les témoignages de militants, défenseurs des droits humains et migrants, l’article explique ensuite les stratégies permettant d’affronter les restrictions imposées par la loi et les décisions politiques. Cinq stratégies suivies par les migrants sont ici décrites, démontrant qu’ils ne sont en aucun cas des victimes passives de cette situation. Bien au contraire, ils agissent, créent des alliances et élaborent des stratégies, par lesquelles ils transforment la frontière et en font un lieu en constante reconfiguration.L’étude confirme que la loi occupe une place centrale dans la matrice d’exclusion des migrants. Loin de suivre un processus naturel et évident, la loi créé le délit et, ce faisant, transforme les migrants en “illégaux”. En ce sens, l’illégalité est une forme de gouvernementalité qui contraint et limite le projet migratoire de chacun. D’après les observations sur le terrain, les personnes dont les demandes de protection internationale aboutissent sont généralement celles qui bénéficient de ressources, grâce à leur famille, qui peut payer les avocats et les démarches aux États-Unis. Ainsi, l’illégalité des migrants est une forme de ségrégation qui s’appuie sur le statut légal des personnes et leur lieu de naissance. La discrimination et la ségrégation que subissent les migrants en raison de leur statut légal s’ajoutent à la pauvreté et au racisme dont ils font l’expérience. Au nom de la sécurité et de l’ordre, le contrôle migratoire des États multiplie les arbitrages et les violences légales, immergeant les migrants dans des régimes qui sont à la fois – et non sans paradoxe – juridiques et illégaux. Enfin, cet article fait apparaître que, loin d’une image hobbesienne de l’État, qui se fonde sur un pacte social permettant d’offrir de la sécurité aux citoyens, le gouvernement des migrations fait régner l’insécurité économique, politique et surtout légale. “Making Illegal People By Means of the Law. The government of Migration on the United States-Mexico Border”This article discusses the various difficulties faced by asylum seekers and refugees along the border between Mexico and the United States. Thanks to ethnographic field work undertaken in Tijuana in 2019, I show that once they have reached the border seeking international protection, migrants and asylum seekers, from different countries and diverse experiences, must face an entire anti-immigrant political and legal system aimed to stop, expel, or confine them.To provide a context for the study, this article describes how this region has been transformed since the 1990s through the passing of laws and the construction of infrastructure in order to strengthen borders and migrant-surveillance mechanisms. These changes have made it increasingly difficult to obtain legal status, thus forcing migrant lives to be largely determined and constrained by laws. Laws, in this sense, have become the central and defining that migrants factor in for their plans and their decision making.These relentless changes have led to the illegalization and criminalization of migrants, similarly affecting human rights advocates and activists. Against this backdrop, the paper then details the recent changes in migration-control policies in both the United States and Mexico, where issues of refuge and asylum now dominate the migration agenda. It further explains the method of compiling lists at the border where international protection seekers sign up and must then wait their turn in Mexico for an appointment with a U.S. immigration official. During the waiting period, asylum seekers prepare their appointment with the Immigration Court in the United States, assisted by human rights advocates from both countries who seek to ensure that migrants achieve their objective in a system that has been built to exclude them and hamper their attempts to gain legal status. In some cases, activists recommend not applying for international protection in the United States when they believe the case cannot be won in court, and thus advise migrants to apply for refugee status in Mexico.Due to these changes, Mexico has become the external border of the United States, fulfilling its role as a country that must halt northward migration, similar to what occurs in other continents and regions of the world, for example, in Morocco, Libya, and Turkey vis-à-vis European borders.Drawing on testimonies, I discuss the strategies that activists, advocates, and migrants follow to address the restrictions enacted through laws and political decisions. Migrants follow five strategies, demonstrating that they are by no means only passive victims of their situation. On the contrary, migrants make decisions, create alliances, and seek strategies that constantly reconfigure the border.This paper demonstrates that laws are at the heart of migrant-based exclusion. Far from being something natural and obvious, laws create the crimes and, in so doing, transform people into illegals. Illegality, in this sense, is a form of governmentality that constrains and limits each individual’s migratory aspirations. My field observations confirm that people with more resources, with family members who can pay for lawyers and procedures in the United States, will be more successful in their application processes for international protection. Thus, immigration illegality is a form of segregation exercised through rulings on people’s legal status and place of birth. Unfortunately, the discrimination and segregation that people experience because of their legal status is reinforced by their poverty and the racism they encounter. In the name of security and order, governments’ migration controls display multiple facets of arbitrariness and violence, which are often embedded in strong legal regimes that can be quite illegal at the same time. In a final reflection, it will be underscored that, far from Hobbes’ image of a state built on the foundations of a social pact geared to providing security to its citizens, migration is governed by economic, political and, above all, legal insecurity. </description>
      <pubDate>mer., 18 nov. 2020 23:14:59 +0100</pubDate>
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      <title>À propos de Carnets d’un anthropologue, de Mai 68 aux Gilets jaunes : entretien avec Marc Abélès </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=105</link>
      <pubDate>jeu., 12 nov. 2020 20:39:57 +0100</pubDate>
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      <title>David Graeber (1961-2020) </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=107</link>
      <pubDate>ven., 13 nov. 2020 16:41:17 +0100</pubDate>
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      <title>1 | 2020 – Dossier : Approches ethnographiques des gilets jaunes / à la Une </title>
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      <pubDate>lun., 23 nov. 2020 02:34:42 +0100</pubDate>
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      <title>D’un novembre à l’autre, ce que nous avons (encore) à dire sur les gilets jaunes </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=257</link>
      <pubDate>jeu., 03 déc. 2020 14:33:29 +0100</pubDate>
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      <title>Mise en perspective des articles du dossier : cinq pistes de réflexion </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=264</link>
      <pubDate>dim., 06 déc. 2020 17:27:48 +0100</pubDate>
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