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    <title>Mexico</title>
    <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=644</link>
    <description>Termini dell'indice</description>
    <language>fr</language>
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      <title>À propos de L’aube s’est levée sur un mort : violence armée et culture du pavot au Mexique, d’Adèle Blazquez. Compte rendu</title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=932</link>
      <pubDate>jeu., 18 août 2022 16:43:07 +0200</pubDate>
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      <title>Paysages politiques de la disparition. Introduction</title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=809</link>
      <pubDate>ven., 08 avril 2022 10:08:37 +0200</pubDate>
      <lastBuildDate>mer., 28 mai 2025 15:53:23 +0200</lastBuildDate>
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      <title>L’organisation du crime : ethnographie d’une municipalité mexicaine durant la “guerre de la drogue”</title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=636</link>
      <description>Cet article vise à contribuer à l’analyse critique du crime organisé et de son évolution contemporaine au Mexique. Son approche anthropologique repose sur une méthodologie qualitative qui combine le travail de terrain et l’étude de cas, à travers une enquête menée dans une municipalité de l’État de Guerrero, Ayutla de los Libres, où un groupe criminel a opéré durant la « guerre de la drogue », entre 2008 et 2013. Cette étude s’intéressera donc à la formation de ce groupe dans le but de retracer – à grands traits – l’histoire contemporaine de la criminalité locale, et de contribuer ainsi, au-delà de la singularité du cas évoqué, à l’analyse de la délinquance organisée dans le Mexique du xxie siècle.Les résultats ici présentés découlent d’un travail de terrain ethnographique – conjugué à un travail social – qui a été réalisé dans plusieurs municipalités de Guerrero, entre 2012 et 2018. À Ayutla en particulier, ce travail a été mené par l’auteur en deux temps : entre 2012 et 2013, en tant que professeur, et entre 2017 et 2018, durant la réalisation d’un film sur les élections municipales de cette période. L’ethnographie se révèle particulièrement utile à l’étude de la criminalité, dans la mesure où le travail de terrain dévoile une réalité locale qui contredit le discours dominant sur le phénomène du narcotrafic. Si des controverses peuvent naître de son application au champ criminel, l’enquête ethnographique n’en représente pas moins une méthode féconde, grâce à un double avantage. Tout d’abord, elle contraste nécessairement avec les approches quantitatives dominantes, liées à la criminologie. En étudiant le phénomène à une échelle micro, elle révèle une réalité inaccessible aux approches macro, et peut ainsi compléter ou questionner les analyses statistiques. Ensuite, elle permet d’appréhender le problème criminel dans un espace délimité, où l’observation empirique est possible, ce qui donne une vision des faits plus nuancée et, surtout, plus complexe que les récits dominants sur la violence du « narco ». En ce sens, l’enquête ethnographique permet d’illustrer la profondeur du lien qui unit délinquants et politiques dans l’organisation du crime. S’il y a effectivement une délinquance organisée, l’organisation du crime n’est pas endogène, mais indissociablement liée à l’exercice du pouvoir politique au niveau local. En réalité, par le biais du gouvernement municipal qu’ils contrôlent, ce sont les caciques qui ont recours à des groupes armés pour asseoir leur domination. Jadis mercenaires et hors-la-loi, aujourd’hui gardes du corps et « narcos », les hommes en armes n’ont pas fini d’accompagner les patrons locaux. Organisée de la sorte, la criminalité dissimule une politique de terreur dont la violence cherche, avant toute chose, à préserver un ordre social profondément injuste.En effet, les formes actuelles du crime organisé s’inscrivent dans une histoire plus profonde de la violence, en dehors de laquelle elles ne peuvent être comprises. Au-delà de la figure mythique du « narco », l’application de la méthode ethnographique à l’étude du crime révèle une réalité locale en pleine transformation, du fait d’un principe étatique en crise et des luttes de pouvoir à l’œuvre, tout ceci en lien avec la mutation criminelle de l’intermédiation politique et de la représentation officielle à l’échelle municipale. De ce point de vue, la montée en puissance de la logique criminelle dans le Mexique contemporain ne peut que répondre à la construction d’un nouvel ordre social, contrôlé par un régime politique dont le pouvoir s’exerce de plus en plus par le biais de l’action criminelle. “The Organization of Crime: Ethnography of a Mexican Municipality during the ‘Drug War’”This article aims to contribute to a critical analysis of organized crime and its contemporary evolution in Mexico. Its anthropological approach is based on a qualitative methodology that combines fieldwork and case study, through an investigation carried out in a municipality in the state of Guerrero, Ayutla de los Libres, where a criminal group operated during the so-called “drug war”, between 2008 and 2013. Therefore, this study will focus on the formation of this group with the aim of delineating a local and contemporary history of crime, and thus contributing, beyond the singularity of this case, to the study of criminal violence in 21st-century Mexico.The findings draw on an ethnographic fieldwork – combined with social work – which was carried out in several municipalities of Guerrero, between 2012 and 2018. In Ayutla in particular, this work was conducted in two stages: between 2012 and 2013, as a teacher in a local school, and between 2017 and 2018, during the shooting of a documentary centred on the municipal elections. Ethnography is particularly valuable for studying crime, as the fieldwork unveils a local reality that contradicts the dominant discourse on drug trafficking. While applying it to the criminal field may spark controversies, the ethnographic inquiry nonetheless is fruitful methodologically, for its two-fold advantage. First, it necessarily contrasts with the dominant quantitative approaches that characterize criminology. By studying the phenomenon on a micro scale, it reveals a reality inaccessible to macro approaches, and can thus supplement or challenge statistical analyses. Second, it allows for empirical observation to be performed in a circumscribed space, which makes it possible a more nuanced and, above all, much more complex point of view than the dominant narrative on “narco” violence.In this sense, ethnography illustrates the deep connection whereby criminals and politicians band together in the organization of crime. If there is organized crime in Mexico, its organization is not endogenous, but is on the contrary inextricably entangled with the exercise of political power at the local level. In reality, it is the caciques, through municipal government, who use armed groups to secure their domination. Once mercenaries and outlaws turned bodyguards and “narcos”, groups of armed men continue to accompany local bosses. Organized in this manner, criminality conceals a policy of terror whose violence seeks, above all, to preserve a deeply unjust social order.Indeed, current forms of organized crime are part of a deeper history of violence, outside of which they cannot be understood. Beyond the mythical “narco”, ethnographic fieldwork sheds light on a local reality undergoing transformation, due to the crisis of the state combined with the criminal mutation of political intermediation and official representation at the municipal level. From this point of view, the surge of the criminal logic in contemporary Mexico is merely a response to the construction of a new social order, controlled by a regime whose power is increasingly wielded through crime. </description>
      <pubDate>jeu., 13 janv. 2022 16:42:46 +0100</pubDate>
      <lastBuildDate>jeu., 31 mars 2022 18:32:00 +0200</lastBuildDate>
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      <title>Disparaître au cœur de l’État : l’effacement de l’identité des cadavres dans le gouvernement médico-légal des morts de la capitale du Mexique</title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=674</link>
      <description>Cet article montre comment les institutions médico-légales du Mexique effacent l’identité des cadavres qu’elles ont retrouvés et perdent les corps que les familles des personnes disparues recherchent à l’heure de la guerre contre la drogue. À partir d’une enquête ethnographique aux côtés des spécialistes en identification humaine de la morgue de Mexico, j’analyse le rôle des pratiques ordinaires, des routines bureaucratiques et des attitudes morales de ces agents de l’État dans la disparition administrative des cadavres au cœur du gouvernement des morts de la capitale du pays. L’article s’ouvre sur une vignette ethnographique qui montre comment les expertes du service d’identification de la morgue de Mexico ne permettent pas à la fille d’un manutentionnaire d’un marché populaire de récupérer le cadavre de son père retrouvé par la police dans la rue en tant que « cadavre inconnu » (cadáver desconocido). Bien que sa fille l’ait identifié, les expertes arguent que, sans carte d’identité qui atteste de leur relation de parenté, elle ne peut pas réclamer son corps. Ce dernier sera donc conduit à la fosse commune du cimetière de Mexico. En effet, l’ensemble de l’article explore l’hypothèse selon laquelle le pouvoir discrétionnaire dont disposent les « street-level bureaucrats » du gouvernement des morts (notamment les experts que l’on appelle « peritos ») sur le sort des cadavres rend possible leur « deuxième disparition », en démontrant par ailleurs que les morgues du Mexique fonctionnent comme des « espaces de disparition bureaucratique ». Après une description des infrastructures matérielles et des ressources humaines de la morgue de Mexico, qui rend compte de son processus de modernisation récente, la première partie de l’article souligne qu’une grande partie des « cadavres inconnus » qui y arrivent pour être identifiés ont pourtant déjà un prénom et un nom de famille. En restituant les trajectoires post-mortem des morts jusqu’à la morgue et les interactions bureaucratiques dont leurs familles font l’expérience afin de les retrouver, je montre que la condition d’anonymat dans laquelle se retrouvent ces corps est notamment la conséquence des pratiques normalisées de violence institutionnelle résultant de l’idée que les « cadavres non réclamés » appartiennent par définition à l’État mexicain. Dans une deuxième partie, l’article porte une attention particulière aux pratiques d’écriture et de circulation de documents qui rythment le travail des fonctionnaires du service d’identification de la morgue de Mexico ainsi que leurs relations avec d’autres institutions en charge de retrouver les personnes disparues. Cette partie met en lumière le fait que ces travailleurs assignent aux familles des personnes disparues l’obligation morale de se rendre constamment à la morgue si elles veulent véritablement connaître le sort de leurs proches puisque, dans le « gouvernement par la paperasse » qu’exercent les institutions médico-légales du Mexique, la priorité des experts en identification humaine est de satisfaire à des exigences administratives plutôt que d’identifier les cadavres inconnus. La conclusion de cet article pose la question anthropologique de savoir où se trouve l’identité d’une personne après sa mort, en faisant l’hypothèse que ce sont les relations sociales qui accompagnent le cadavre jusqu’à sa sépulture définitive qui déterminent si le défunt sera nommé. À travers l’observation empirique des pratiques informelles de classification des cadavres au sein de la morgue de Mexico, où l’on traite ceux qui sont accompagnés par leurs proches différemment de ceux qui sont envoyés par la police de la ville, cette conclusion s’inscrit dans le prolongement des pistes ouvertes par l’ethnologue Robert Hertz, pour qui les rites funéraires apparaissent comme un processus de transition où les morts se transforment selon la manière dont les prennent en charge les personnes en deuil et la société.  “Disappearing in the Mesh of the State: the Erasure of Corpses’ Identities in Mexico City’s Forensic Government of the Dead”This article shows how Mexico’s forensic institutions erase the identities of the corpses they recover and dispose of the bodies that the families of the disappeared seek during the Drug War. Based on ethnographic fieldwork among human identification specialists at the Mexico City morgue, I analyze the role of ordinary practices, bureaucratic routines, and moral attitudes in the administrative disappearance of corpses at the heart of the government of the dead in the country’s capital. The article opens with an ethnographic vignette that shows how experts at the Identification Department of the Mexico City morgue do not allow the daughter of a warehouseman in a working-class market to retrieve her father’s body which the police had found on the street-side and had designated an “unknown corpse” (cadáver desconocido). Even though the daughter identified her father, the experts argued that unless she could prove their relationship in the eyes of the State by producing an identity card, she could not claim his body. His corpse would thus finish in the potter’s field of the main public cemetery of Mexico City. Indeed, the entire article explores the hypothesis that the discretionary power that “street-level bureaucrats” of the government of the dead (experts called “peritos”) exercise over the fate of corpses makes their “second disappearance” possible, demonstrating thus that Mexico’s morgues function as “spaces of bureaucratic disappearance”. After an introductory note describing the recent modernization process of the material infrastructure and human resources of Mexico City morgue, the first section highlights the fact that a large number of “unknown corpses” that arrive for identification are already known by their first and last name. By reconstructing the post-mortem trajectories of the dead down to the morgue and the bureaucratic interaction that families experience in order to find them, I show that the condition of anonymity in which these bodies end up is, among other things, the result of the normalized practices of institutional violence that result from the idea that unclaimed corpses belong to the Mexican State by definition. In the second section, the article pays particular attention to the writing practices and documentary circulation that punctuate the work of experts at the Identification Department of Mexico City morgue as well as their relationship with other institutions in charge of looking for missing persons. This section highlights the practices whereby these workers assign the families of the disappeared a moral obligation to constantly visit the morgue if they truly wish to be informed of the fate of their loved ones, for relying on the “government of paper” exercised by Mexico’s forensic institutions, the priority of human identification experts is to fulfill administrative requirements rather than to identify unknown corpses. In conclusion, the article poses the anthropological question of where a person’s identity lies after death, proposing the hypothesis that it is the social relations accompanying the corpse to its final resting place that ultimately determine whether the deceased will be named. Through the empirical observation of the informal practices of classification of corpses inside Mexico City morgue, where bodies accompanied by their relatives are treated differently from those sent in by the city police, this conclusion follows the trail opened by ethnologist Robert Hertz, for whom mortuary rites appear as a transitional process by which the dead are transformed according to the care provided by the bereaved and society at large. «Desaparecer en la malla del Estado: cómo se borra la identidad de los cadáveres en el gobierno forense de la Ciudad de México»Este artículo muestra cómo las instituciones forenses de México borran la identidad de los cadáveres que han recuperado y pierden los cuerpos que las familias de los desaparecidos buscan durante la guerra contra el narcotráfico. A partir de un trabajo de campo etnográfico entre especialistas en identificación humana en la morgue de la Ciudad de México, analizo el papel de las prácticas ordinarias, las rutinas burocráticas y las actitudes morales en la desaparición administrativa de los cadáveres en el corazón del gobierno de los muertos en la capital del país. El artículo comienza con una viñeta etnográfica que muestra cómo los peritos del Departamento de Identificación de la morgue de la Ciudad de México no permiten a la hija de un cargador de un mercado recuperar el cuerpo de su padre que la policía había encontrado en la calle y que había clasificado como cadáver desconocido. Aunque la hija logró identificar a su padre en la morgue, los expertos argumentaron que, a menos que pudiera demostrar su relación a los ojos del Estado presentando una identificación oficial, no podría reclamar su cuerpo. Su cadáver terminaría entonces en la fosa común del principal cementerio público de la Ciudad de México. A lo largo de todo el artículo exploro la hipótesis de que el poder discrecional que los «burócratas de calle» del gobierno de los muertos (llamados «peritos») ejercen sobre el destino de los cadáveres hace posible su «segunda desaparición», demostrando así que las morgues de México funcionan como «espacios de desaparición burocrática». Tras una nota introductoria en la que se describe el reciente proceso de modernización de la infraestructura material y de los recursos humanos de la morgue de la Ciudad de México, la primera sección del artículo subraya que un gran número de «cadáveres desconocidos» que llegan allí para ser identificados ya son, sin embargo, conocidos por su nombre y apellido. Al reconstruir las trayectorias post-mortem que siguen los cuerpos hasta la morgue y la interacción burocrática que experimentan las familias para encontrarlos, muestro que la condición de anonimato en la que terminan estos cadáveres es, entre otras cosas, el resultado de las prácticas normalizadas de violencia institucional que resultan de la idea de que los «cadáveres no reclamados» pertenecen al Estado mexicano por definición. En la segunda sección, el artículo presta especial atención a las prácticas de escritura y circulación documental que marcan el trabajo de los peritos del Departamento de Identificación de la morgue de la Ciudad de México, así como su relación con otras instituciones encargadas de la búsqueda de personas desaparecidas. En este apartado se destacan las prácticas mediante las cuales estos expertos asignan a los familiares de los desaparecidos la obligación moral de visitar constantemente la morgue si realmente desean conocer el destino de sus seres queridos, pues, a los ojos del «gobierno de papel» que ejercen las instituciones forenses de México, la prioridad de los peritos en identificación humana es cumplir con los requisitos administrativos antes que identificar cadáveres desconocidos. En conclusión, el artículo plantea la pregunta antropológica de dónde queda la identidad de una persona después de su muerte, proponiendo la hipótesis de que son las relaciones sociales que acompañan al cadáver hasta su última morada las que determinan, en última instancia, que el difunto sea nombrado. A través de la observación empírica de las prácticas informales de clasificación de cadáveres dentro de la morgue de la Ciudad de México, donde los cuerpos acompañados por sus familiares son tratados de manera diferente a los enviados por la policía de la ciudad, la conclusión sigue la pista abierta por el etnólogo Robert Hertz, para quien los ritos mortuorios aparecen como un proceso transicional en el que los muertos se transforman según los cuidados que les brindan los deudos y la sociedad. </description>
      <pubDate>dim., 13 mars 2022 22:11:18 +0100</pubDate>
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      <title>Disparitions et mémorialisation de l’espace public au Mexique</title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=739</link>
      <description>Depuis le début de la « guerre contre le narcotrafic », mise en œuvre par le gouvernement de Felipe Calderón (2006-2012), plus de 94 000 personnes ont disparu au Mexique, selon les chiffres officiels. Face à cette augmentation exponentielle de la violence, qui touche toutes les régions du pays, les familles de disparus et la société civile organisée se sont progressivement mobilisées sur différents fronts. Parallèlement à la demande d’adoption de lois et de mécanismes adéquats pour faire face au phénomène de la disparition, à la recherche des disparus par les familles des victimes elles-mêmes dans des fosses clandestines, parmi beaucoup d’autres actions, nous assistons ces dernières années à toutes sortes de pratiques commémoratives et mémorielles autour de ceux qui ne sont « ni vivants ni morts ». Ces pratiques mémorielles échappent à la relation qui est souvent établie entre la mémoire, le présent et le passé, couramment synthétisée dans un postulat simple et bien connu : le travail de remémoration relève du présent, tandis que l’événement remémoré appartient au passé, même si sa remémoration (ou son oubli) répond aux enjeux du présent. Or, les disparitions qui font l’objet d’une mémorialisation croissante au Mexique n’appartiennent pas à un passé révolu. Il s’agit d’un phénomène massif qui continue de toucher la société mexicaine jour après jour et heure après heure. En d’autres termes, la construction de la mémoire des disparus au Mexique (la création de mémoriaux, l’installation de portraits, la construction d’anti-monuments, etc.) a lieu en même temps que le traumatisme (les disparitions et la violence). Cette simultanéité entre l’« événement » et sa mémorialisation confère aux pratiques mémorielles un caractère particulier, que ce soit par rapport au rôle qu’elles peuvent jouer dans la recherche des disparus ou par rapport aux tensions qu’elles peuvent générer au sein des collectifs qui les mettent en œuvre.Axé sur l’analyse des différentes facettes de ces pratiques mémorielles et des acteurs qui les portent, l’article s’appuie sur l’étude de trois cas récents d’appropriation de l’espace public, caractérisés par la resymbolisation de trois monuments historiques : la place du Torero, aujourd’hui appelée « place des Disparu·e·s », dans la ville de Monterrey ; le rond-point des Enfants Héros, aujourd’hui appelée « rond-point des Disparu·e·s », dans la ville de Guadalajara ; et la Rotonde des personnes illustres du Jalisco, également à Guadalajara. Dans les trois cas, les familles de victimes ou les citoyens qui adhèrent à leur cause ont réussi à marquer les espaces sans aucune autorisation institutionnelle et à y inscrire la mémoire des disparus de manière plus ou moins pérenne, en concurrence avec la mémoire officielle qui y était véhiculée jusqu’alors. Aux visées patrimonialistes des autorités, désireuses de célébrer le passé glorieux, les familles des disparus et leurs soutiens ont opposé le présent douloureux. Par leur action, ils ont perturbé les desseins des monuments et introduit une autre mémoire : celle de la violence contemporaine, celle des milliers de personnes disparues et celle des personnes qui recherchent inlassablement leurs êtres chers, contestant ainsi le monopole de l’État sur ces espaces et exposant son incapacité à assurer la paix publique.Bien que motivées principalement par les anniversaires de la disparition de quatre étudiants (un jeune de dix-huit ans dans le cas de Monterrey, et trois jeunes de vingt à vingt-cinq ans dans le cas de Guadalajara), ces trois actions de mémoire ont dès le départ accueilli la mémoire d’autres personnes disparues avant ou après ces jeunes, et aujourd’hui encore, ces espaces continuent d’accueillir celle de nouvelles victimes (les personnes disparues jour après jour). En d’autres termes, et en reprenant la distinction proposée par Tzvetan Todorov, les collectifs à l’origine de ces pratiques mémorielles font un usage « exemplaire », et non « littéral », de la mémoire : ils ne restent pas enfermés dans le passé, mais l’utilisent au profit du présent, en comparant et en reliant un événement (une disparition spécifique qui a déjà eu lieu) à d’autres (les disparitions qui continuent à se produire et qui font partie du même cycle de violence).En s’exprimant en même temps que se produit le phénomène objet de la mémorialisation, cette mémoire insoumise fonctionne comme un « dispositif de sensibilisation » vis-à-vis de la société et comme un outil de dénonciation à l’égard des pouvoirs publics. La mémoire et les gestes mémoriels (inscription de noms ou de phrases pour les disparus, installation de plaques ou de portraits) sont ainsi utilisés comme un moyen supplémentaire dans le répertoire d’action des familles de victimes. Ainsi, mémoire et mobilisation se nourrissent mutuellement et une double dynamique est établie : entre la mémoire et l’indifférence (se souvenir et nommer pour que le regard se tourne vers les personnes disparues, pour que la société et les autorités publiques prennent les mesures nécessaires pour arrêter la vague de violence), d’une part ; entre la mémoire et l’oubli (se souvenir pour ne pas oublier et même pour ne pas répéter), d’autre part. “Disappearances and Memorialization of Public Space in Mexico”Since the beginning of the “war on drugs”, conducted by the government of Felipe Calderón (2006-2012), more than 94,000 people have disappeared in Mexico, according to official data. Faced with this exponential increase in violence, which affects all regions of the country, the families of the disappeared and organized civil society have been progressively mobilizing on different fronts. Along with the demand for the adoption of laws and adequate mechanisms to deal with the phenomenon of disappearance or the search for the disappeared by the families of the victims themselves in mass graves, among many other actions, there have sprouted, across Mexico, all kinds of commemorative and memorial practices in relation to those who are “neither alive nor dead” in recent years. These practices elude the relationship that is usually established between memory, the present and the past, which is commonly synthesized in a simple and well-known postulate: the work of remembering belongs to the present, while the remembered event belongs to the past, even if its remembering (or forgetting) responds to the challenges of the present. However, the disappearances that are increasingly being memorialized in Mexico do not belong to a past that is in actuality over. On the contrary, they constitute a massive phenomenon that continues to affect Mexican society day after day, and hour after hour. In other words, the memory of the disappeared in Mexico (the setting up of memorials, the hanging of portraits, the construction of anti-monuments, etc.) takes place at the same time as the trauma (disappearances and violence). This simultaneity between the “event” and its memorialization gives memorial practices a particular flavour, whether in terms of the role they can play in searching for the disappeared or in relation to the tensions they can generate within the collectives that implement them.Focusing on the analysis of the different facets of these memorial practices, as well as the actors who perform them, the article is based on the study of three recent cases of appropriation of public space, characterized by the re-signification of three historical monuments: the Square of the Toreador, today known as Square of the Disappeared, in the city of Monterrey; the Boy Heroes Roundabout, today called the Roundabout of the Disappeared, in the city of Guadalajara; and the Rotunda of Illustrious Persons of Jalisco, also in the city of Guadalajara. In all three cases, the families of the disappeared or citizens in solidarity with them managed to appropriate the spaces without any institutional authorization and to establish the memory of the disappeared more or less enduringly, in competition with the official memory ascribed to these places. The families of the disappeared and people in solidarity opposed the painful present to the patrimonialistic objectives of the public authorities, who were eager to celebrate the glorious past. Through their actions they disrupted the meaning of the monuments and introduced another memory: that of contemporary violence, of the thousands of disappeared and of the people who tirelessly search for their loved ones, thus challenging the state’s monopoly over these spaces and exposing its inability to enforce public peace.Although motivated primarily by the anniversaries of the disappearance of four students (one eighteen-year-old in the case of Monterrey, and three twenty- to twenty-five-year-olds in the case of Guadalajara), the three memory initiatives have from the outset welcomed the memory of others who disappeared before or after these youths, and even today these spaces continue to embrace the memory of new victims (those disappearing day after day). In other words, and taking up the distinction proposed by Tzvetan Todorov, the collectives behind these memorial practices make an exemplary use of memory and not a literal one: they do not remain locked in the past, but use it for the benefit of the present, by comparing and connecting one event (a specific disappearance that has already taken place) to others (the disappearances that continue to occur and that are part of the same cycle of violence).By expressing itself at the same time as the phenomenon being memorialized, this insubordinate memory functions as an “awareness-raising device” in relation to society and as a tool for accusing the public authorities. Memory and memorial gestures (inscription of names or phrases for the disappeared, installation of plaques or portraits) are thus used as another means in the repertoire of actions of the families of victims. This way, memory and mobilisation feed each other and a double dynamic is established: on the one hand, between memory and indifference (remembering and naming so that eyes are focused on those who have disappeared, so that society and the public authorities take the necessary measures to stop the wave of violence); on the other hand, between memory and forgetting (remembering so as not to forget and even so as not to repeat). «Desapariciones y memorialización del espacio público en México»Desde el inicio de la «guerra contra el narcotráfico» implementada por el gobierno de Felipe Calderón (2006-2012), más de 94 000 personas han desaparecido en México, según cifras oficiales. Ante este aumento exponencial de la violencia, que afecta todas las regiones del país, las familias de las personas desaparecidas y la sociedad civil organizada se han ido movilizando progresivamente desde distintos frentes. Junto a la exigencia para que se adopten leyes y mecanismos adecuados para hacerle frente al fenómeno de la desaparición o junto a la búsqueda de los desaparecidos por parte de las propias familias de las víctimas en fosas clandestinas, en los últimos años hemos sido testigos en México de todo tipo de prácticas conmemorativas y memorísticas en torno a aquellos que no están «ni vivos ni muertos». Dichas prácticas escapan a la relación que suele establecerse entre memoria, presente y pasado, que comúnmente se sintetiza en un postulado simple y bien conocido: al presente corresponde el trabajo de rememoración, mientras que el acontecimiento rememorado pertenece al pasado, aunque su recuerdo (o su olvido) responda a los desafíos del presente. Ahora bien, las desapariciones que son objeto de una memorialización creciente en México no pertenecen a un pasado realmente terminado. Por el contrario, constituyen un fenómeno masivo que sigue afectando a la sociedad mexicana día tras día y hora tras hora. En otras palabras, la memoria de los desaparecidos en México (la creación de memoriales, la instalación de retratos, la construcción de antimonumentos, etc.) tiene lugar al mismo tiempo que el trauma (las desapariciones y la violencia). Esta simultaneidad entre el «acontecimiento» y su memorialización confiere a las prácticas memorísticas un cariz particular, ya sea en lo concerniente al papel que pueden desempeñar en la búsqueda de las personas desaparecidas o con relación a las tensiones que pueden generar en los propios colectivos que las llevan a cabo.Centrado en el análisis de las diferentes facetas de estas prácticas memorísticas, así como en el de los actores que las realizan, el artículo parte del estudio de tres casos recientes de apropiación del espacio público, caracterizados por la resignificación de tres monumentos históricos: la Plaza del Torero, hoy conocida como Plaza de l@s Desaparecid@s, en la ciudad de Monterrey; la Glorieta de los Niños Héroes, hoy llamada Glorieta de lxs Desaparecidxs, en la ciudad de Guadalajara; y la Rotonda de Jaliscienses Ilustres, también en la ciudad de Guadalajara. En los tres casos, las familias de los desaparecidos o los ciudadanos que con ellas se solidarizan consiguieron apropiarse de los espacios sin ninguna autorización institucional e inscribir la memoria de los desaparecidos de forma más o menos perenne, en competencia con la memoria oficial que allí se vehiculaba hasta entonces. A los objetivos patrimonialistas de las autoridades públicas, deseosas de celebrar el pasado glorioso, las familias de los desaparecidos y las personas solidarias oponen el presente doloroso. Con sus acciones trastocan el sentido de los monumentos e introducen otra memoria: la de la violencia contemporánea, la de los miles de desaparecidos y la de las personas que buscan incansablemente a sus seres queridos, desafiando así el monopolio del Estado sobre dichos espacios y exponiendo su incapacidad para garantizar la paz pública.Aunque motivadas principalmente por los aniversarios de desaparición de cuatro estudiantes (un joven de dieciocho años, en el caso de Monterrey, y tres jóvenes de entre veinte y veinticinco años, en el caso de Guadalajara), las tres acciones de memoria aquí analizadas se caracterizaron desde el inicio por acoger la memoria de otras personas que habían desaparecido antes o después de aquellos jóvenes y, hasta la fecha, en esos espacios se sigue acogiendo la memoria de las nuevas víctimas (las personas que van desapareciendo día con día). En otras palabras, y retomando la distinción propuesta por Tzvetan Todorov, los colectivos que se encuentran detrás de estas prácticas memorísticas hacen un uso ejemplar de la memoria y no un uso literal: no se quedan encerrados en el pasado, antes bien, lo utilizan en beneficio del presente, comparando y relacionando un acontecimiento (una desaparición concreta, ya sucedida) con otros (el resto de las desapariciones que siguen produciéndose y que forman parte del mismo ciclo de violencia).Al expresarse al mismo tiempo que se produce el fenómeno objeto de la memorialización, esta memoria insumisa funciona como un «dispositivo de sensibilización» con respecto a la sociedad y como una herramienta de denuncia con relación a las autoridades públicas. La memoria y los gestos memorísticos (inscripción de nombres o frases por los desaparecidos, instalación de placas o retratos) constituyen, entonces, un medio más del repertorio de acción de los familiares de las víctimas. De esta forma, la memoria y la movilización se alimentan mutuamente y se establece una doble dinámica: una, entre memoria e indiferencia (recordar y nombrar para que la mirada se dirija a los desaparecidos, para que la sociedad y las autoridades públicas tomen las medidas necesarias para detener la ola de violencia); otra, entre memoria y olvido (recordar para no repetir). </description>
      <pubDate>mar., 15 mars 2022 14:45:44 +0100</pubDate>
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