<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0">
  <channel>
    <title>Paysages politiques de la disparition</title>
    <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=574</link>
    <category domain="http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=71">Numéros</category>
    <language>fr</language>
    <pubDate>lun., 03 janv. 2022 15:04:36 +0100</pubDate>
    <lastBuildDate>ven., 01 avril 2022 10:14:30 +0200</lastBuildDate>
    <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=574</guid>
    <ttl>0</ttl>
    <item>
      <title>Paysages politiques de la disparition. Introduction </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=809</link>
      <pubDate>ven., 08 avril 2022 10:08:37 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=809</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Vivre ensemble face à la contagion émotionnelle </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=582</link>
      <description>Dans ce texte écrit pendant le premier confinement du printemps 2020, je tente de comparer le stress extrême ressenti par certains individus aux angoisses éprouvées en différents lieux du monde par les patients du chamanisme. Alors que l’on a longtemps cru que cette pratique étudiée par les anthropologues était le seul fait des sociétés dites « exotiques », elle pourrait se révéler de manière inattendue utile aux sociétés « modernes » en leur offrant une aide psychologique inespérée. Tomber en transe ou parvenir à un état de conscience modifié pourrait-il aider à traverser les crises aiguës de nos sociétés contemporaines ? Tandis que certains eurent l’impression de vivre un mauvais rêve éveillé, chez d’autres, la peur du coronavirus s’est accompagnée de l’angoisse d’être marginalisé, hospitalisé, asphyxié, d’une hantise de la mort amplifiée par la litanie quotidienne du nombre de victimes. Ils ont été submergés par leurs angoisses, se sont sentis perdus, furent atteint d’insomnie et multiplièrent les cauchemars. Dans les formes les plus extrêmes, les sujets ont connu des états seconds qui semblent avoir eu in extremis une fonction de régulateur émotionnel. À Palerme (Italie), les jeunes animèrent les quartiers en improvisant depuis leurs balcons des concerts diffusés à l’aide de puissantes enceintes. Ces explosions irrépressibles de spontanéité intervenant au cœur d’un confinement vécu comme particulièrement oppressant, sont à rapprocher des manifestations exubérantes survenant à la fin de rituels chamaniques qui exigent une rigoureuse maîtrise de soi. Par ailleurs, le début de l’épidémie de Covid-19 fut marqué par une masse considérable d’individus gagnés par une peur irrépressible, au point de se demander si, sans le confinement, la panique qu’il a engendrée ne serait pas devenue aussi dangereuse que le virus lui-même. Après plusieurs semaines, les médias et une partie de la population s’en sont pris aux plus démunis, jeunes ou prolétaires. Leur conviction était que n’ayant rien à perdre, ils ne pouvaient qu’entraver la discipline collective. Des boucs émissaires étaient trouvés. En Sicile, la période de Pâques est traditionnellement un moment festif de grande convivialité. Lors de ce printemps 2020, les autorités avaient cependant décidé de montrer aux yeux de toute l’Italie que les Méridionaux ne se laisseraient pas déborder par leur légendaire indiscipline. Mais les habitants du Sperone, l’un des quartiers les plus déshérités de la ville, voulurent profiter d’une terrasse collective en haut de leur immeuble pour se retrouver autour de quelques grillades. Cet évènement insignifiant eut un retentissement démesuré, au point de devenir un scandale répercuté par tous les médias à l’échelle nationale. Le groupe fut traité comme s’il s’agissait de terroristes. Une cohorte de militaires en armes fut envoyée sur le lieu du délit, appuyée par deux hélicoptères de combat et se déplaçant prudemment en ligne indienne, rasant les murs, pour atteindre les fameux « insurgés »… La joyeuse bande de riverains prit la fuite précipitamment. “Living Together While Facing Emotional Contagion” This essay, written during the first lockdown in spring 2020, aims to compare the extreme stress experienced by some individuals with the anxiety experienced by patients of shamanism in different places of the world. Although it has been long considered that this practice, investigated by anthropologists, was circumscribed to the so-called “exotic” societies, it may turn out to be useful to “modern” societies by providing unexpected psychological help. May indeed falling into a trance or reaching an altered state of consciousness help us get through our contemporary societies’ acute crises? While some may have had the impression of living a bad daydream, others the fear of the coronavirus led to the anguish of being marginalized, hospitalized, asphyxiated: a fear of death that the grim daily count of victims intensified. They were indeed overwhelmed with anxiety, felt lost, suffered from insomnia and subjects of recurring nightmares. In the most extreme of cases, the subjects experienced a form of trance, which, in extremis, seems to have had an emotional regulating function. In Palermo (Italy), young people organized impromptu concerts from their balconies, with powerful speakers, in various neighborhoods. These irrepressible explosions of spontaneity during lockdown, perceived as particularly oppressive, may well be compared with the exhilarating manifestations occurring at the end of shamanic rituals that require strict self-control.In addition, the Covid-19 pandemic, at its outset, was marked by a mass of individuals overwhelmed with a terrible scare, to the point that one may wonder if, without the enforcement of the lockdown, their sense of panic would not have proven to be as dangerous as the virus. After several weeks, the media and a part of the population started lashing out at the poorest, the young and the proletarians. The belief was that, since they had nothing to lose, they were liable to undermine collective discipline. They were the perfect scapegoats. In Sicily, the Easter holiday is traditionally a festive moment when families reunite. This spring 2020, however, the authorities wanted to make a point regarding the Southerners’ alleged indiscipline. The residents of Sperone, though – one of the city’s most deprived neighborhoods – took advantage of a shared terrace at the top of their building to meet up around a barbecue. This unimportant event was so widely covered in the media that it was wound up into a national scandal. They were treated as if they were terrorists. Armed soldiers were dispatched to the crime scene, supported by two combat helicopters: they proceeded cautiously in a single file, keeping a low profile to surreptitiously reach the “insurgents”... Presently, the merry gang scurried away. </description>
      <pubDate>lun., 03 janv. 2022 20:32:24 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=582</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Chavirer et revenir au monde. Récit sensible d’une photographe depuis la Ve Brigade nationale de recherche de personnes disparues au Mexique </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=750</link>
      <description>En février 2020, l’auteure, photographe, a pris le chemin du Veracruz, au Mexique, avec l’anthropologue Sabrina Melenotte, pour suivre la Ve Brigade nationale de recherche de personnes disparues.Le nombre de disparitions au Mexique est aujourd’hui officiellement estimé à plus de 96 000 personnes. Deux cents familles se réunissent chaque année dans un État choisi par les collectifs de familles de personnes disparues pour chercher leurs proches. Au-delà de sa valeur témoin, la photographie permet à celles et ceux qui cherchent, comme à celles et ceux qui les observent ou les photographient, de regarder ensemble une même chose, et éventuellement de la commenter ensemble. Elle permet aussi de rendre explicites des phénomènes ou des situations difficiles à raconter avec des mots sans chavirer. Pendant quinze jours, l’auteure a documenté en images ces expériences chargées d’émotions, en dialogue avec l’anthropologue, pour restituer sur un mode sensible les différentes modalités de ces recherches par les familles, « sur le terrain », en campo (fosses clandestines, traces de violences, indices sur les corps, dans les morgues), « en vie », en vida (prisons, centres de détention et de réinsertion), ou lors de campagnes de sensibilisation auprès des populations locales (marches blanches, témoignages, prises de parole sur les places publiques ou lors des messes, collages d’affiches, rencontres dans les écoles et les universités).Derrière chaque disparu.e se trouve une famille qui souffre de l’absence, mais aussi de la présence persistante d’un ou plusieurs fantômes. Chercher un être aimé disparu relève souvent de l’obsession. C’est aussi une quête souvent vaine, mais indispensable­­ puisque personne d’autre ne le fait. Et seule la découverte (en vie, ou mort) de l’être cher disparu apportera une forme de soulagement. À observer celles et ceux qui cherchent, on voit des jambes solidement ancrées dans la terre, des yeux qui la scrutent avec une extrême concentration, des bustes qui se penchent attentivement vers elle, voire des corps entiers qui s’allongent sur elle pour la gratter de tout près, ou d’autres encore qui y plongent sans hésiter pour la creuser avec poigne. Durant ces recherches, les émotions se déclinent sur une grande échelle, allant de l’espoir au désespoir. Ces inlassables chercheurs et chercheuses donnent le sentiment d’être toujours sur le point de chavirer, mais néanmoins reviennent au monde. L’article se compose d’un texte de présentation du terrain et de six photographies principales, chacune accompagnée d’un récit, suivies d’autres images, qui viennent compléter le commentaire (soit 17 photographies au total). Les corps photographiés dévoilent quelques histoires sensibles de familles de personnes disparues : celles de deux parents qui, ensemble et sans faire de bruit, cherchent leur fils sans relâche ; d’un père qui cherche une fosse et y plonge de tout son être en la creusant ; d’une sœur qui « gratouille » en vain la surface de la terre, absente au monde qui l’entoure ; d’un frère qui regarde une fosse refermée, les jambes plantées dans un sol fouillé qu’il ne peut quitter ; d’une personne anonyme à la recherche d’indices minuscules sur un territoire immense ; d’un autre jeune frère, lucide, conscient de la période morbide que traverse son pays. L’auteure les commente dans un récit subjectif composé de ses émotions et des impressions ressenties sur le moment, puis à son retour. Elle cherche à décrire et retracer les contextes et conditions dans lesquels ses photos ont été faites, pour donner à voir ce qui n’est pas sur l’image, ce qu’elle sait déjà de ces personnes, la représentation personnelle construite avant la photographie. Informée au mieux et préparée, elle photographie à l’instinct une fois sur le terrain, pour suivre chaque personne, aller ici plutôt que là, y aller tout de suite ou attendre encore un peu, reculer, changer de point de vue, etc. À son retour en France, après la Brigade, elle a pris le temps de laisser reposer sensations et émotions avant de regarder et d’éditer les images. Pour comprendre aussi pourquoi elle les a faites. Et comme très souvent, elle y a vu alors une foule de choses nouvelles : des détails, des convergences, des environnements communs, des attitudes. Elle a ressenti ce qu’elle avait mis de côté pendant le travail. Elle a lâché prise et presque chaviré à son tour. “Capsizing and Returning to the World. A Photographer’s Sensitive Story since the 5th National Brigade for the Search for Missing Persons in Mexico”In February 2020, photographer Emmanuelle Corne travelled to Veracruz, Mexico, with anthropologist Sabrina Melenotte, to shadow the 5th National Brigade for the Search of Disappeared Persons.The number of disappearances in Mexico is now officially estimated up to 96,000 people. Two hundred families gather up every year, in a chosen state by the collectives of families of missing persons, to search for their loved ones. Beyond its testimonial value, photography allows those who are searching, as well as those who are observing or photographing them, to look at one same thing together, and possibly to comment upon it together. It also makes it possible to make explicit phenomena or situations that are difficult to describe in words without capsizing. For 15 days, with images the photographer documented these heavily-loaded emotional experiences, in dialogue with an anthropologist in the field, in order to render, in a sensitive way, the various search modalities undertaken by the families, “in the field” (en campo) (clandestine graves, traces of violence, body marks, in the morgues), “in life” (en vida) (prisons, detention and rehabilitation centres), or during awareness-raising campaigns among the local population (white marches, testimonies, speeches in public squares or during masses, poster collages, meetings in schools and universities).For every missing person, there is a family suffering from the absence, but also from their enduring presence, as a ghost. Searching for a missing loved one can often turn into an obsession. It is also often a futile, but indispensable, search, since no one else is engaged in it. And only when it is revealed whether the missing loved one is alive or dead that some kind of relief occurs. Observing their bodies, we “see” their legs firmly rooted into the ground, their eyes scrutinizing it thoroughly, carefully bending over it, even bodies lying down scratching the earth, or others diving into the earth to dig with rage. During these searches, emotions range from hope to despair. These tireless “searchers” give us the feeling to be always on the verge of capsizing, but finally returning to the world.The article consists of a text introducing the field, followed by six main photographs and their dedicated narratives. For each one of them, other images complete the commentary (amounting to 17 photographs). The photographed bodies reveal some of the sensitive stories of the families of the missing persons: that of parents who, together and quietly, search for their son without respite; that of a father who searches for a grave and dives into it entirely as he unearths it; that of a sister who “scratches” in vain the surface of the earth, absent to the surrounding world; that of a brother who looks at a pit turned over, his legs deep in the excavated ground unable to lift himself from the soil; that of an anonymous person peering for tiny clues across an immense territory; that of another clearheaded youth, aware of the grim period his country is experiencing.The photographer comments them from a personal and sensitive point of view, drawing on of her emotions and impressions felt at the time they were made, then upon her return. She tries to describe and recall the contexts and conditions in which she made them in order to show what is not visible in the image, what she already knew about these people, what she had already built up as a personal representation before they were photographed. Documented as much as possible and prepared beforehand, she photographs relying on her instinct, once in the field: following one person, setting out here rather than there, leaving straight away or waiting for a little longer, moving back, changing her point of view, etc. When she returned to France, after her stint with the Brigade, it took her some time for her feelings and emotions to settle before returning to and editing the images. And to understand why she took them. And as it often happens, she saw a whole new set of things: details, convergences, common environments, attitudes. She eventually felt what she had set aside during the work. She let go and almost capsized too. «Tambalearse y volver al mundo. El relato sensible de una fotógrafa desde la 5ª Brigada Nacional de Búsqueda de Personas Desaparecidas en México»En febrero de 2020, la fotógrafa Emmanuelle Corne viajó a Veracruz, México, con la antropóloga Sabrina Melenotte, para seguir a la 5a Brigada Nacional de Búsqueda de Personas Desaparecidas. Actualmente, el número de desapariciones en México se estima oficialmente en más de 96 000 personas. Doscientas familias se reúnen cada año, en un estado elegido por los colectivos de familias de desaparecidos, para buscar a sus seres queridos. Más allá de su valor como testigo, la fotografía permite que quienes buscan y quienes los observan o los fotografían miren juntos una misma cosa y, posiblemente, la comenten juntos. También permite explicitar fenómenos o situaciones que son difíciles de describir con palabras sin tambalearse. Durante 15 días y en diálogo con la antropóloga, la autora documentó en imágenes estas experiencias cargadas de emoción para plasmar de forma sensible las diferentes modalidades de estas búsquedas por parte de las familias: «en campo» (fosas clandestinas, huellas de violencia, pistas en los cuerpos, en las morgues), «en vida» (prisiones, centros de detención y rehabilitación) o durante las campañas de sensibilización entre la población local (marchas, testimonios, discursos en plazas públicas o durante las misas, pega de carteles, reuniones en escuelas y universidades).Detrás de cada persona desaparecida hay una familia que sufre la ausencia, pero también la presencia persistente de uno o varios fantasmas. La búsqueda de un ser querido desaparecido es a menudo una obsesión. También es a menudo una búsqueda vana, pero indispensable, ya que nadie más lo hace. Y sólo el descubrimiento del ser querido desaparecido (vivo o muerto) traerá algún tipo de alivio. Si se observa a quienes buscan, vemos piernas firmemente ancladas en la tierra, ojos que la escudriñan con extrema concentración, bustos que se inclinan cuidadosamente sobre ella, incluso cuerpos enteros que se tumban sobre ella para escarbarla de cerca, u otros que se hunden en ella sin dudarlo para cavar con firmeza. Durante estas búsquedas, las emociones van de la esperanza a la desesperación. Dan la sensación de que estos incansables buscadores están siempre a punto de tambalearse, entonces vuelven al mundo.El artículo consta de un texto introductorio sobre el trabajo de campo, seguido de seis fotografías principales y su relato. Después de cada una, otras imágenes completan el comentario (17 fotografías en total). Los cuerpos fotografiados revelan algunas de las sensibles historias de las familias de las personas desaparecidas: las de dos padres que, juntos y en silencio, buscan a su hijo sin descanso; las de un padre que busca una tumba y se sumerge en ella con todo su ser, cavándola; las de una hermana que «araña» en vano la superficie de la tierra, ausente del mundo que la rodea; la de un hermano que mira una fosa cerrada, con las piernas plantadas en el suelo excavado del que no puede salir; la de una persona anónima que busca pequeñas pistas en un territorio inmenso; la de otro hermano joven y lúcido, consciente del periodo mórbido que atraviesa su país.Este texto es un relato subjetivo y sensible, hecho de las emociones e impresiones que la autora sintió y vivió durante la Brigada y a su regreso. Intenta describir y reconstituir los contextos y las condiciones en las que realizó las fotografías para mostrar lo que no está en la imagen, lo que ya sabe de esas personas, la representación personal que ya ha construido antes de la fotografía. Una vez en el campo, lo más informada y preparada posible, fotografió siguiendo su instinto para seguir a cada persona, para ir a un lugar en vez de a otro, para ir enseguida o esperar un poco más, para retroceder, para cambiar de punto de vista, etc. A su regreso a Francia, después de la Brigada, se tomó el tiempo necesario para dejar reposar sus sentimientos y emociones antes de ver y editar las imágenes. También para entender por qué las tomó. Y como suele ocurrir, vio toda una serie de cosas nuevas: detalles, convergencias, entornos comunes, actitudes. Sintió lo que había dejado de lado durante el trabajo. Se dejó llevar y casi se tambaleó a su vez. </description>
      <pubDate>mar., 15 mars 2022 16:52:10 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=750</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Disparaître au cœur de l’État : l’effacement de l’identité des cadavres dans le gouvernement médico-légal des morts de la capitale du Mexique </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=674</link>
      <description>Cet article montre comment les institutions médico-légales du Mexique effacent l’identité des cadavres qu’elles ont retrouvés et perdent les corps que les familles des personnes disparues recherchent à l’heure de la guerre contre la drogue. À partir d’une enquête ethnographique aux côtés des spécialistes en identification humaine de la morgue de Mexico, j’analyse le rôle des pratiques ordinaires, des routines bureaucratiques et des attitudes morales de ces agents de l’État dans la disparition administrative des cadavres au cœur du gouvernement des morts de la capitale du pays. L’article s’ouvre sur une vignette ethnographique qui montre comment les expertes du service d’identification de la morgue de Mexico ne permettent pas à la fille d’un manutentionnaire d’un marché populaire de récupérer le cadavre de son père retrouvé par la police dans la rue en tant que « cadavre inconnu » (cadáver desconocido). Bien que sa fille l’ait identifié, les expertes arguent que, sans carte d’identité qui atteste de leur relation de parenté, elle ne peut pas réclamer son corps. Ce dernier sera donc conduit à la fosse commune du cimetière de Mexico. En effet, l’ensemble de l’article explore l’hypothèse selon laquelle le pouvoir discrétionnaire dont disposent les « street-level bureaucrats » du gouvernement des morts (notamment les experts que l’on appelle « peritos ») sur le sort des cadavres rend possible leur « deuxième disparition », en démontrant par ailleurs que les morgues du Mexique fonctionnent comme des « espaces de disparition bureaucratique ». Après une description des infrastructures matérielles et des ressources humaines de la morgue de Mexico, qui rend compte de son processus de modernisation récente, la première partie de l’article souligne qu’une grande partie des « cadavres inconnus » qui y arrivent pour être identifiés ont pourtant déjà un prénom et un nom de famille. En restituant les trajectoires post-mortem des morts jusqu’à la morgue et les interactions bureaucratiques dont leurs familles font l’expérience afin de les retrouver, je montre que la condition d’anonymat dans laquelle se retrouvent ces corps est notamment la conséquence des pratiques normalisées de violence institutionnelle résultant de l’idée que les « cadavres non réclamés » appartiennent par définition à l’État mexicain. Dans une deuxième partie, l’article porte une attention particulière aux pratiques d’écriture et de circulation de documents qui rythment le travail des fonctionnaires du service d’identification de la morgue de Mexico ainsi que leurs relations avec d’autres institutions en charge de retrouver les personnes disparues. Cette partie met en lumière le fait que ces travailleurs assignent aux familles des personnes disparues l’obligation morale de se rendre constamment à la morgue si elles veulent véritablement connaître le sort de leurs proches puisque, dans le « gouvernement par la paperasse » qu’exercent les institutions médico-légales du Mexique, la priorité des experts en identification humaine est de satisfaire à des exigences administratives plutôt que d’identifier les cadavres inconnus. La conclusion de cet article pose la question anthropologique de savoir où se trouve l’identité d’une personne après sa mort, en faisant l’hypothèse que ce sont les relations sociales qui accompagnent le cadavre jusqu’à sa sépulture définitive qui déterminent si le défunt sera nommé. À travers l’observation empirique des pratiques informelles de classification des cadavres au sein de la morgue de Mexico, où l’on traite ceux qui sont accompagnés par leurs proches différemment de ceux qui sont envoyés par la police de la ville, cette conclusion s’inscrit dans le prolongement des pistes ouvertes par l’ethnologue Robert Hertz, pour qui les rites funéraires apparaissent comme un processus de transition où les morts se transforment selon la manière dont les prennent en charge les personnes en deuil et la société.  “Disappearing in the Mesh of the State: the Erasure of Corpses’ Identities in Mexico City’s Forensic Government of the Dead”This article shows how Mexico’s forensic institutions erase the identities of the corpses they recover and dispose of the bodies that the families of the disappeared seek during the Drug War. Based on ethnographic fieldwork among human identification specialists at the Mexico City morgue, I analyze the role of ordinary practices, bureaucratic routines, and moral attitudes in the administrative disappearance of corpses at the heart of the government of the dead in the country’s capital. The article opens with an ethnographic vignette that shows how experts at the Identification Department of the Mexico City morgue do not allow the daughter of a warehouseman in a working-class market to retrieve her father’s body which the police had found on the street-side and had designated an “unknown corpse” (cadáver desconocido). Even though the daughter identified her father, the experts argued that unless she could prove their relationship in the eyes of the State by producing an identity card, she could not claim his body. His corpse would thus finish in the potter’s field of the main public cemetery of Mexico City. Indeed, the entire article explores the hypothesis that the discretionary power that “street-level bureaucrats” of the government of the dead (experts called “peritos”) exercise over the fate of corpses makes their “second disappearance” possible, demonstrating thus that Mexico’s morgues function as “spaces of bureaucratic disappearance”. After an introductory note describing the recent modernization process of the material infrastructure and human resources of Mexico City morgue, the first section highlights the fact that a large number of “unknown corpses” that arrive for identification are already known by their first and last name. By reconstructing the post-mortem trajectories of the dead down to the morgue and the bureaucratic interaction that families experience in order to find them, I show that the condition of anonymity in which these bodies end up is, among other things, the result of the normalized practices of institutional violence that result from the idea that unclaimed corpses belong to the Mexican State by definition. In the second section, the article pays particular attention to the writing practices and documentary circulation that punctuate the work of experts at the Identification Department of Mexico City morgue as well as their relationship with other institutions in charge of looking for missing persons. This section highlights the practices whereby these workers assign the families of the disappeared a moral obligation to constantly visit the morgue if they truly wish to be informed of the fate of their loved ones, for relying on the “government of paper” exercised by Mexico’s forensic institutions, the priority of human identification experts is to fulfill administrative requirements rather than to identify unknown corpses. In conclusion, the article poses the anthropological question of where a person’s identity lies after death, proposing the hypothesis that it is the social relations accompanying the corpse to its final resting place that ultimately determine whether the deceased will be named. Through the empirical observation of the informal practices of classification of corpses inside Mexico City morgue, where bodies accompanied by their relatives are treated differently from those sent in by the city police, this conclusion follows the trail opened by ethnologist Robert Hertz, for whom mortuary rites appear as a transitional process by which the dead are transformed according to the care provided by the bereaved and society at large. «Desaparecer en la malla del Estado: cómo se borra la identidad de los cadáveres en el gobierno forense de la Ciudad de México»Este artículo muestra cómo las instituciones forenses de México borran la identidad de los cadáveres que han recuperado y pierden los cuerpos que las familias de los desaparecidos buscan durante la guerra contra el narcotráfico. A partir de un trabajo de campo etnográfico entre especialistas en identificación humana en la morgue de la Ciudad de México, analizo el papel de las prácticas ordinarias, las rutinas burocráticas y las actitudes morales en la desaparición administrativa de los cadáveres en el corazón del gobierno de los muertos en la capital del país. El artículo comienza con una viñeta etnográfica que muestra cómo los peritos del Departamento de Identificación de la morgue de la Ciudad de México no permiten a la hija de un cargador de un mercado recuperar el cuerpo de su padre que la policía había encontrado en la calle y que había clasificado como cadáver desconocido. Aunque la hija logró identificar a su padre en la morgue, los expertos argumentaron que, a menos que pudiera demostrar su relación a los ojos del Estado presentando una identificación oficial, no podría reclamar su cuerpo. Su cadáver terminaría entonces en la fosa común del principal cementerio público de la Ciudad de México. A lo largo de todo el artículo exploro la hipótesis de que el poder discrecional que los «burócratas de calle» del gobierno de los muertos (llamados «peritos») ejercen sobre el destino de los cadáveres hace posible su «segunda desaparición», demostrando así que las morgues de México funcionan como «espacios de desaparición burocrática». Tras una nota introductoria en la que se describe el reciente proceso de modernización de la infraestructura material y de los recursos humanos de la morgue de la Ciudad de México, la primera sección del artículo subraya que un gran número de «cadáveres desconocidos» que llegan allí para ser identificados ya son, sin embargo, conocidos por su nombre y apellido. Al reconstruir las trayectorias post-mortem que siguen los cuerpos hasta la morgue y la interacción burocrática que experimentan las familias para encontrarlos, muestro que la condición de anonimato en la que terminan estos cadáveres es, entre otras cosas, el resultado de las prácticas normalizadas de violencia institucional que resultan de la idea de que los «cadáveres no reclamados» pertenecen al Estado mexicano por definición. En la segunda sección, el artículo presta especial atención a las prácticas de escritura y circulación documental que marcan el trabajo de los peritos del Departamento de Identificación de la morgue de la Ciudad de México, así como su relación con otras instituciones encargadas de la búsqueda de personas desaparecidas. En este apartado se destacan las prácticas mediante las cuales estos expertos asignan a los familiares de los desaparecidos la obligación moral de visitar constantemente la morgue si realmente desean conocer el destino de sus seres queridos, pues, a los ojos del «gobierno de papel» que ejercen las instituciones forenses de México, la prioridad de los peritos en identificación humana es cumplir con los requisitos administrativos antes que identificar cadáveres desconocidos. En conclusión, el artículo plantea la pregunta antropológica de dónde queda la identidad de una persona después de su muerte, proponiendo la hipótesis de que son las relaciones sociales que acompañan al cadáver hasta su última morada las que determinan, en última instancia, que el difunto sea nombrado. A través de la observación empírica de las prácticas informales de clasificación de cadáveres dentro de la morgue de la Ciudad de México, donde los cuerpos acompañados por sus familiares son tratados de manera diferente a los enviados por la policía de la ciudad, la conclusión sigue la pista abierta por el etnólogo Robert Hertz, para quien los ritos mortuorios aparecen como un proceso transicional en el que los muertos se transforman según los cuidados que les brindan los deudos y la sociedad. </description>
      <pubDate>dim., 13 mars 2022 22:11:18 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=674</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Pluralité de justices et de réparations : les apports de l’anthropologie juridique à l’analyse des disparitions au Mexique </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=687</link>
      <description>Dans cet article, l’auteure partage ses réflexions théoriques et méthodologiques à partir de trois expériences de recherche engagée ayant accompagné la lutte juridique et/ou politique de femmes indigènes et de familles de personnes disparues au Mexique. L’article rend compte de la manière dont, dans des contextes de violence extrême, ces femmes ont trouvé dans l’organisation collective un moyen de reconstruire le tissu social de leurs communautés et de se confronter aux perspectives hégémoniques sur la justice et la réparation.Forte de vingt-cinq années d’expérience en anthropologie juridique féministe dans des contextes de violences extrêmes à l’encontre des femmes, l’auteure centre sa réflexion sur la nécessité de conserver une perspective critique sur le droit et les droits, sans écarter pour autant les possibilités qu’offre la lutte juridique pour la défense de la vie. L’article documente les apprentissages méthodologiques de l’auteure issus d’échanges de savoirs avec des femmes qui luttent contre les violences extrêmes et avec des collectifs de familles de personnes disparues, confirmant la richesse épistémique qu’implique le fait de mener une recherche selon des méthodologies collaboratives qui se concentrent sur les besoins concrets des acteurs et actrices sociaux avec lesquels nous travaillons.En prenant comme angle d’approche la recherche collaborative réalisée dans trois contextes différents de violences extrêmes, l’auteure réfléchit à l’importance de pluraliser les conceptions de la justice et de la réparation à partir des connaissances et expériences de femmes qui luttent contre de multiples violences et pour la reconstruction du tissu social de leurs communautés.1) La première expérience rapportée concerne le travail de terrain réalisé dans des communautés touchées par la violence militaire et paramilitaire dans les États du Chiapas et du Guerrero, pour la préparation de rapports d’expertise anthropologique présentés devant les tribunaux nationaux et internationaux pour la défense des femmes indigènes. L’analyse de l’usage contre-insurrectionnel de la violence sexuelle et de son impact communautaire, permet à l’auteure de documenter les manières spécifiques de comprendre le préjudice et la justice à partir des épistémologies des personnes concernées.2) La deuxième expérience dont s’inspirent ces réflexions a été la recherche menée avec des familles de personnes disparues de l’organisation « Les Traceuses d’El Fuerte » (Las Rastreadoras d’El Fuerte) dans l’État du Sinaloa, au nord-ouest du Mexique. Cette organisation, comme beaucoup d’autres dans le pays, est principalement composée de mères et d’épouses de disparus qui, face à l’incapacité de l’État mexicain, se sont mises à chercher les restes humains de leurs proches dans des fosses clandestines. À partir de son expérience de recherche collaborative avec cette organisation, l’auteure documente la manière dont « Les Traceuses » se sont approprié les connaissances médico-légales obtenues dans les multiples espaces de confluence et de formation du mouvement des familles de disparus, et comment, en utilisant leurs savoirs locaux au sujet de la géographie de la violence, elles ont déstabilisé les hiérarchies épistémiques des sciences médico-légales, en légitimant leurs propres savoirs. Ces femmes ne cherchent pas uniquement les leurs, mais toutes les personnes disparues, au point que de nombreuses mères qui ont déjà retrouvé leur proche continuent de participer aux recherches. En considérant tous les corps qu’elles trouvent comme des personnes et non comme des restes humains, et en les adoptant comme les leurs, elles rompent avec la « privatisation des morts » et renforcent le sens de la communauté.3) La troisième expérience qui alimente les réflexions de cet article est le travail d’accompagnement d’un collectif de familles de personnes disparues dans l’État du Morelos nommé « Rentrer à la maison Morelos » (Regresando a Casa Morelos). Il s’agit d’une organisation composée de mères, sœurs et épouses de disparus, qui se sont réunies pour dénoncer l’usage criminel des fosses communes de l’État pour cacher les corps de personnes disparues. Les cas des fosses communes de Tetelcingo et Jojutla, où 201 corps ont été retrouvés enterrés de manière irrégulière, sans autopsie et, pour beaucoup d’entre eux, avec des signes de torture, ont une fois de plus mis en évidence la responsabilité de l’État dans la disparition de personnes. Cette expérience permet à l’auteure d’analyser le rôle de l’État dans la reproduction de la pédagogie de la terreur et les violences bureaucratiques auxquelles sont confrontées les familles de disparus.À partir de ces trois recherches collaboratives, l’auteure réfléchit aux déstabilisations épistémiques que produisent les femmes indigènes qui luttent contre les violences militaires et les femmes organisées qui cherchent leurs proches, en s’appropriant les savoirs médico-légaux. Les leçons tirées de ces trois expériences l'amènent à affirmer que la reconnaissance d’autres épistémologies, ainsi que la pluralisation des concepts de justice documentés par l’anthropologie juridique, apportent beaucoup à la recherche de formes plus créatives de compréhension de la réparation et de moyens de guérir les communautés blessées par la violence. “Plurality of Justices and Reparations: The Contributions of Legal Anthropology to the Analysis of Disappearances in Mexico”In this article the author shares her theoretical and methodological reflections from three activist research experiences along the legal and / or political struggle of indigenous women and relatives of disappeared persons in Mexico. The article documents how, in contexts of extreme violence, these women have found in their collective organization a means to rebuild the social fabric of their communities and confront the hegemonic perspectives around justice and reparations.Reviewing her 25-year-long experience of feminist legal anthropology in contexts of extreme violence against women, the author places at the center of her reflection the need to maintain a critical perspective on law and rights, without discarding the possibilities of the legal fight in defense of life. The article examines the methodological lessons of the author drawing on dialogues of knowledge with women who fight extreme violence and with groups of relatives of disappeared persons, claiming that there is high epistemic value to carry out research through collaborative methodologies that place at the centre the specific needs of the social actors with whom scholars work.Taking on as an analytical lens the collaborative research carried out in three different contexts of extreme violence, the author reflects on the importance of pluralizing the conceptions of justice and reparations, based on the knowledge and experiences of women who fight against multiple forms of violence and for the reconstruction of the social fabric of their communities.1) The first experience is that of the field investigation carried out in communities affected by military and paramilitary violence in the states of Chiapas and Guerrero – it was conducted to build anthropological expert opinions presented before national and international courts in the defence of indigenous women. The analysis of the counter-insurgent use of sexual violence and its community impact allows the author to document the specific ways of understanding harm and justice from the epistemologies of the affected people.2) The second experience is the investigation conducted with relatives of disappeared persons from the organization Las Rastreadoras de El Fuerte in the state of Sinaloa, in northwestern Mexico. This organization, like many of its counterparts in the country, is made up mainly of mothers and wives of the disappeared, who, given the incapacity of the Mexican State, have taken on the task of searching for the human remains of their relatives in clandestine graves. Based on her collaborative research experience with this organization, the author documents how Las Rastreadoras have appropriated the forensic knowledge gained in the multiple spaces of convergence and formation of the movement of relatives of the disappeared, by also mobilizing their local knowledge of the geography of violence, thus destabilizing the epistemic hierarchies of forensic sciences and legitimizing their own knowledge. These women are not only searching for their relatives, but for all missing persons, and many of the mothers who have already completed the search for their kin, keep participating in the search. By considering all the bodies they unearth as people and not mere human remains, and by adopting them as their own, they break up with the “privatization of the dead” and reinforce the sense of community.3) The third experience fueling the reflections of this article is the work as a companion for a group of relatives of disappeared persons in the state of Morelos called “Regresando a Casa Morelos”. It is an organization composed of mothers, sisters and wives of the disappeared, who have organized around the accusation of the criminal use of state mass graves to cover up for the bodies of disappeared persons. The cases of the mass graves of Tetelcingo and Jojutla, where 201 bodies have been found buried jaggedly, without autopsies and many of them with marks of torture, once again revealed the state’s responsibility in the disappearance of people. This experience allows the author to reflect on the role of the state in the reproduction of the “pedagogy of terror” and the bureaucratic violence faced by the families of the disappeared.These three collaborative investigations allow the author to reflect on the epistemic destabilizations produced by indigenous women who fight military violence and organized women who seek their relatives by appropriating forensic knowledge. The lessons learned from these three experiences allow the author to argue that the recognition of other epistemologies, as well as the pluralization of the concepts of justice, which legal anthropology has been documenting, can valuably contribute to the search for more creative ways of understanding the law and reparations, and to seek the healing of communities hit by violence. «Pluralidad de justicias y resarcimientos: los aportes de la antropología jurídica al análisis de las desapariciones en México»En este artículo la autora comparte sus reflexiones teóricas y metodológicas a partir de tres experiencias investigación activista acompañando la lucha legal y/o política mujeres indígenas y familiares de personas desaparecidas en México. El artículo documenta como en contextos de violencias extremas estas mujeres han encontrado en la organización colectiva una apuesta para reconstruir el tejido social de sus comunidades y confrontar las perspectivas hegemónicas en torno a la justicia y el resarcimiento.Recuperando su experiencia de 25 años trabajando desde la antropología jurídica feminista en contextos de violencias extremas hacia las mujeres, la autora pone en el centro de su reflexión la necesidad de mantener una perspectiva crítica ante el derecho y los derechos, sin desechar las posibilidades de la lucha jurídica en la defensa de la vida. El artículo documenta los aprendizajes metodológicos de la autora a partir de diálogos de saberes con mujeres que luchan en contra de las violencias extremas y con colectivos de familiares de personas desaparecidas, reivindicando la riqueza epistémica que implica hacer investigación desde metodologías colaborativas que ponen en el centro las necesidades concretas de los y las actoras sociales con quienes se trabaja. Tomando como ventana analítica la investigación colaborativa realizada en tres contextos distintos de violencias extremas, la autora reflexiona sobre la importancia de pluralizar las concepciones de justicia y resarcimiento, a partir de los conocimientos y experiencias de mujeres que luchan contra múltiples violencias y por la reconstrucción del tejido social de sus comunidades.La primera experiencia es la investigación de campo realizada en comunidades afectadas por la violencia militar y paramilitar en los estados de Chiapas y Guerrero, para la realización de peritajes antropológicos presentados ante cortes nacionales e internacionales en la defensa de mujeres indígenas. El análisis del uso contrainsurgente de la violencia sexual y su impacto comunitario, le permite a la autora documentar las formas específicas de entender el agravio y la justicia desde las epistemologías propias de las personas afectadas.La segunda experiencia de la que abrevan estas reflexiones ha sido la investigación con familiares de personas desaparecidas de la organización Las Rastreadoras de El Fuerte en el estado de Sinaloa, en el noroeste de México. Esta organización, como muchas otras en el país está constituida mayoritariamente por madres y esposas de desaparecidos y desaparecidas, que ante la incapacidad del Estado mexicano se han dado a la tarea de buscar los restos humanos de sus familiares en fosas clandestinas. A partir de su experiencia de investigación colaborativa con esta organización, la autora documenta como Las Rastreadoras se han apropiado los conocimientos forenses obtenidos en los múltiples espacios de confluencia y formación del movimiento de familiares de desaparecidos, y utilizando sus saberes locales en torno a la geografía de la violencia, han desestabilizado las jerarquías epistémicas de las ciencias forenses, legitimando sus propios saberes. Estas mujeres no sólo buscan a sus familiares, sino a todas las personas desaparecidas, incluso muchas de las madres que ya han encontrado continúan participando en las búsquedas. Al considerar a todos los cuerpos que encuentran como personas y no solo como restos humanos, y al adoptarlos como propios, rompen con la «privatización de los muertos» y refuerzan el sentido de comunidad.La tercera experiencia que alimenta las reflexiones de este artículo es el trabajo de acompañamiento a un colectivo de familiares de personas desaparecidas en el estado de Morelos llamado «Regresando a Casa Morelos». Se trata de una organización formada por madres, hermanas y esposas de desaparecidos, que se han articulado en torno a la denuncia del uso criminal de las fosas comunes estatales, para ocultar los cuerpos de personas desaparecidas. Los casos de las fosas comunes de Tetelcingo y Jojutla en donde se han encontrado 201 cuerpos enterrados de manera irregular, sin necropsias y muchos de ellos con señales de tortura, puso una vez más en evidencia la responsabilidad estatal en la desaparición de personas. Esta experiencia le permite a la autora reflexionar sobre el papel del Estado en la reproducción de la pedagogía del terror y las violencias burocráticas que enfrentas las familiares de desaparecidos. A partir de estas tres investigaciones colaborativas, la autora reflexiona sobre las desestabilizaciones epistémicas que producen las mujeres indígenas que luchan contra las violencias militares y las mujeres organizadas que buscan a sus familiares apropiándose los saberes forenses. Los aprendizajes de estas tres experiencias llevan a la autora a argumentar que el reconocimiento de otras epistemologías, así como la pluralización de los conceptos de justicias, que ha venido documentando la antropología jurídica, tienen mucho que aportar a la búsqueda de formas más creativas de entender el resarcimiento y buscar la sanación de comunidades lastimadas por la violencia. </description>
      <pubDate>dim., 13 mars 2022 23:15:34 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=687</guid>
    </item>
    <item>
      <title>El fenómeno de la desaparición de personas migrantes centroamericanas. Reflexión sobre su conceptualización a partir de dos casos empíricos </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=718</link>
      <description>El artículo parte de la necesidad de nutrir el debate sobre los conceptos y categorías para abordar el fenómeno de la desaparición de personas migrantes centroamericanas en tránsito. Plantea la importancia de una valoración crítica sobre la categoría de desaparición forzada desde el punto de vista de su fecundidad analítica con respecto a situaciones concretas y de su alcance político en relación con el contexto contemporáneo de la región centroamericana y sus formas de movilidad. Para esto, se fundamenta en dos casos específicos de desaparición de personas migrantes a partir de los cuales se reflexiona tanto sobre la utilidad de la categoría como sobre aspectos que sería necesario tomar en cuenta para una conceptualización más cercana al fenómeno. En términos metodológicos, se parte de las nociones de desarticulación teórica y concepto ordenador (De la Garza, 2018) para la elaboración categorial, y de la noción de niveles de realidad/abstracción (De la Garza, 2018) para la recuperación de los materiales etnográficos. Se propone que una conceptualización para el fenómeno estudiado debe ser construida de forma inductiva, con el fin de revisar, criticar y actualizar los componentes que fundamentan el ejercicio de abstracción. Para este caso se identificaron patrones significativos que plantean la necesidad de considerar algunos elementos teórico-conceptuales en torno a las nociones de valor, violencia y movilidad. Es preciso tomar en cuenta estos componentes para reflexionar sobre el concepto de desaparición para este contexto. Asimismo, se evidencian divergencias y singularidades que es preciso considerar a la hora de establecer el alcance analítico y la fuerza comprensiva de una eventual conceptualización.Las dinámicas migratorias centroamericanas como objeto de estudio han sido analizadas desde hace algún tiempo, lo cual ha permitido su consolidación en los trabajos de investigación regionales. En la actualidad, en el estudio de las tendencias migratorias puede observarse la combinación de un conjunto de condiciones históricas y de factores detonantes que inciden de manera directa, entre otras cosas, en el estado de los derechos migrantes. No obstante, existen grandes vacíos de investigación académica en cuanto al tema de la desaparición de personas migrantes. Los casos de desaparición muestran continuidades históricas y elementos comunes entre diversos contextos, así como diferencias y distancias en lo que respecta a sus condiciones, factores y formas. Como parte de un proceso más amplio de producción social de la desaparición de personas migrantes centroamericanas, emergen formaciones discursivas y estrategias de representación por parte de «comunidades políticas de búsqueda» que resisten y agencian sus propias respuestas ante el fenómeno de la desaparición. Producir y representar a las personas migrantes desaparecidas se vuelve una disputa entre diversos actores que construyen un campo de antagonismos que sientan las bases para que, desde la actuación de las organizaciones de defensa de derechos humanos y de los familiares de las víctimas, se articulen elementos afectivos, personales y de resistencia. Hacer del dolor algo común permite construir una voluntad colectiva de lucha, búsqueda y representación, que encuentra en la ausencia la condición necesaria para el despliegue de una indignación que conduce al accionar político, produciendo líneas de fuga ante la tragedia y la ausencia. « Le phénomène de la disparition de migrants centraméricains. Réflexion sur sa conceptualisation à partir de deux cas empiriques »L’article se fonde sur la nécessité d’alimenter le débat sur les concepts et les catégories pour aborder le phénomène de la disparition des migrants centraméricains en transit. Il souligne l’importance d’une évaluation critique de la catégorie de disparition forcée du point de vue de sa fécondité analytique par rapport aux situations concrètes et de sa portée politique par rapport au contexte contemporain de la région centraméricaine et de ses formes de mobilité. À cette fin, il se base sur deux cas spécifiques de disparition de migrants pour réfléchir à la fois sur l’utilité de cette catégorie et sur les aspects qui devraient être pris en compte pour une conceptualisation plus fine du phénomène. En termes méthodologiques, nous partons des notions de désarticulation théorique et de concept ordonnateur (De la Garza, 2018) pour l’élaboration catégorielle, et de la notion de niveaux de réalité/abstraction (De la Garza, 2018) pour la récupération des matériaux ethnographiques. Nous proposons de construire une conceptualisation du phénomène étudié de manière inductive, afin de revoir, critiquer et mettre à jour les composantes qui sous-tendent l’exercice d’abstraction. Dans ce cas, des modèles significatifs ont été identifiés, qui suggèrent la nécessité de considérer certains éléments théoriques-conceptuels liés aux notions de valeur, de violence et de mobilité. Ces éléments doivent être pris en compte afin de réfléchir au concept de disparition dans ce contexte. Les divergences et les singularités sont également évidentes, aussi ne faut-il pas les négliger pour établir de manière exhaustive la portée analytique d’une éventuelle conceptualisation.La dynamique migratoire de l’Amérique centrale en tant qu’objet d’étude est analysée depuis un certain temps, ce qui a permis de la consolider dans les travaux de recherche régionaux. Actuellement, l’étude des tendances migratoires permet d’observer la combinaison d’un ensemble de conditions historiques et de facteurs déclenchants qui ont un impact direct, entre autres, sur l’état des droits des migrants. Cependant, la recherche universitaire sur la question de la disparition des migrants présente de grandes lacunes. Les cas de disparition montrent des continuités historiques et des points communs d’un contexte à l’autre, ainsi que des différences et des distances en termes de conditions, de facteurs et de formes. Dans le cadre d’un processus plus large de production sociale de la disparition des migrants d’Amérique centrale, des formations discursives et des stratégies de représentation émergent de la part des « communautés politiques de recherche » qui résistent et élaborent leurs propres réponses au phénomène de la disparition. La production et la représentation des migrants disparus deviennent un objet de conflit entre différents acteurs qui construisent un champ d’antagonismes jetant les bases des actions des organisations de défense des droits de l’homme et des familles des victimes pour articuler des éléments affectifs, personnels et de résistance. Faire de la douleur quelque chose de commun permet de construire une volonté collective de lutte, de recherche et de représentation, qui trouve dans l’absence la condition nécessaire au déploiement d’une indignation menant à l’action politique et produisant des lignes de fuite face à la tragédie et à l’absence. “The Phenomenon of Disappearance of Central American Migrants. Reflection on Its Conceptualization From Two Empirical Cases”The article is grounded in the necessity to fuel the debate on concepts and categories to address the phenomenon of the disappearance of Central American migrants in transit. It stresses the importance of a critical evaluation of the category of forced disappearance for its analytical value with respect to concrete situations and for its political scope in relation to the contemporary context of the Central American region and its forms of mobility. For this purpose, it is based on two specific cases of disappearance of migrants, whereby it reflects both on the usefulness of the category and on aspects that should be taken into account for a closer conceptualization of the phenomenon. In methodological terms, we start from the notions of theoretical disarticulation and ordering concept (De la Garza, 2018) for the categorical elaboration, and from the notion of levels of reality/abstraction (De la Garza, 2018) for the recovery of ethnographic materials. We argue that conceptualization for the phenomenon under scrutiny should be constructed inductively, in order to review, criticize and update the components that underpin the abstraction exercise. In this case, significant patterns have been identified that suggest it is necessary to consider some theoretical-conceptual elements around the notions of value, violence and mobility. These components must be taken into account in order to reflect on the concept of disappearance in this context. Likewise, divergences and singularities are conspicuous and must be considered when establishing the analytical scope and the comprehensive strength of a potential conceptualization.Central American migratory dynamics as an object of study have been analyzed for some time, which has allowed for their consolidation in regional scholarship. At present, the study of migration trends shows the combination of a set of historical conditions and triggering factors that have a direct impact, among other things, on the status of migrants rights. However, there are large gaps in the literature on the issue of the disappearance of migrants. Cases of disappearance show historical continuities and commonalities across contexts, as well as differences and discrepancies in terms of conditions, factors and forms. As part of a broader process of social production of the disappearance of Central American migrants, narratives and strategies of representation emerge on the side of “political communities of research” that resist and develop their own responses to the phenomenon of disappearance. Producing and representing the disappeared migrants arises as a dispute between various actors who build a field of antagonisms that lays the foundations for the actions of human rights organizations and of victims’ relatives to articulate affective, personal and resistance elements. To render pain a shared experience allows to build a collective will for fighting, researching and representing, which relies on absence to fuel the deployment of indignation that leads to political action, thus producing convergence lines to tackle tragedy and absence. </description>
      <pubDate>lun., 14 mars 2022 23:17:41 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=718</guid>
    </item>
    <item>
      <title>La desaparición de personas en Colombia. Un vacío irrepresentable </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=728</link>
      <description>Mi intención con este texto es argumentar a partir del estudio de fuentes judiciales la imposibilidad del derecho de representar la violencia extrema, una tesis esbozada por autores como Benjamin, Lacan, Derrida, Restrepo y otros más. En esta ocasión exploro expedientes judiciales como si se tratara de fuentes históricas y antropológicas, dotadas de una particular textura descriptiva. El caso de estudio es un frente paramilitar colombiano, conocido como Frente Omar Isaza (FOI), que operó en el centro del país durante las décadas de 1990 y 2000. Se trata de prácticas documentales que instauran un vínculo, aunque sea circunstancial, entre los familiares de las personas desaparecidas y asesinadas, que dan su versión de los hechos, y la burocracia estatal, que implementa el proceso de justicia transicional. Abordaré el tema de la desaparición forzada a partir del análisis de varios casos, tomando en cuenta tres elementos del proceso judicial: la descripción de los hechos, las confesiones de los paramilitares en las versiones libres durante el proceso de Justicia y Paz y las imputaciones hechas por el fiscal. Me propongo documentar en qué momento y de qué forma la representación jurídica que se configura en los expedientes abandona o excluye lo que debería representar. Lo que logra hacer el aparato de Justicia y Paz es construir una imagen o representación del FOI en términos jurídicamente universales con el fin de satisfacer los presupuestos de la justicia transicional. Hay acontecimientos para los que no hay testigos, como la tortura y la desaparición forzada, pues el único que podría atestiguar acerca del dolor y el sufrimiento sufridos es la propia persona que ya está muerta y, por lo tanto, ha enmudecido. Quienes rinden testimonio acerca de la desaparición son, por lo general, familiares, parientes y conocidos, que extraen su relato de su propia experiencia. Por consiguiente, su vinculación con los hechos es subjetiva, ya que emana de las huellas que los hechos pueden haber dejado en él o en ella bajo la forma de recuerdos. El relato de los familiares es evocativo, no probatorio, pues resulta de la experiencia vívida; se trata de testimonios singulares que establecen su propia cronología de los acontecimientos. El análisis está centrado en el tiempo que transcurre entre la diseminación de los rumores que se propagan en los lugares donde desaparecen las personas y la construcción posterior de unas categorías jurídicas con las cuales se deben tipificar los crímenes. Pretendo poner en evidencia los caminos divergentes que toman la antropología y el derecho cuando se trata de construir «verdad» acerca de la desaparición forzada. Según mi experiencia como investigadora de la violencia en trabajos de campo y en entrevistas con paramilitares y algunas de sus víctimas, la desaparición tiene, por su naturaleza elusiva, un carácter fantasmal que solo puede aprehenderse a partir de ciertos relatos y rumores que para el derecho carecen de validez, pues no tienen valor probatorio con respecto a los hechos a los que se refieren. En los expedientes del FOI no hay un reconocimiento explícito del trauma y del sufrimiento que subyacen tras las desapariciones forzadas, del vacío irrepresentable que se produce cuando el cuerpo muerto es desmembrado y lanzado a las aguas del río, un acto que constituye un segundo borramiento. Es evidente que el derecho no tiene como referirse a ese vacío irrepresentable de la borradura del sujeto, porque no se interesa por rastrear jirones, fragmentos o residuos flotantes, como si lo pueden hacer el arte visual, la fotografía, el videomontaje e, incluso, el análisis antropológico de los restos y jirones que dejan tras de sí los desaparecidos. La imagen-jirón de la que habla Didi Huberman solo se puede captar si se atiende a relatos indirectos, conspicuos o alegóricos acerca de lo acontecido. El problema es que para el derecho los relatos «de oídas» carecen de valor probatorio. Para la antropología y el psicoanálisis, por el contrario, los relatos son materiales fundamentales para conocer la experiencia vivida. Aquello que puede dejar insatisfecho a un historiador por la falta de precisión, o a un fiscal por su nulo valor probatorio, puede, en cambio, ser muy revelador para un psicoanalista o un antropólogo que busca en los relatos no solo la veracidad acerca de lo ocurrido, sino trazas de contenidos inconscientes, de aquello que no se dice, o que se dice a medias, así como nuevas formas de nombrar lo ocurrido. Paradójicamente, es gracias a la tarea judicial de escoger hechos, clasificarlos, ordenarlos y simplificarlos para luego llegar a consecuencias jurídicas, que la desaparición forzada ha dejado de ser un asunto privado que solo compete a los familiares del desaparecido y se ha convertido en un tema de investigación e indagación por parte de diversas disciplinas sociales y de derechos humanos. Sin embargo, a pesar de esa capacidad que tiene el derecho de hacer de la desaparición un asunto público, es incapaz de representarla. Para hacerlo, tendría que darle un lugar al no-lugar del desaparecido, a la ausencia de su cuerpo, que no solo ha sido borrado de la faz de la tierra, sino que ha perdido su materialidad y ha quedado reducido a jirones. « La disparition des personnes en Colombie. Un vide irreprésentable »Mon intention dans ce texte est de démontrer, à partir de l’étude des sources judiciaires, l’impossibilité pour le droit de représenter la violence extrême, une thèse esquissée par des auteurs tels que Benjamin, Lacan, Derrida, Restrepo, et d’autres. À cette occasion, j’explore les dossiers judiciaires comme s’il s’agissait de sources historiques et anthropologiques, dotées d’une texture descriptive singulière. L’étude de cas que je présente est celle d’un front paramilitaire colombien, connu sous le nom de FOI, qui a opéré dans le centre du pays pendant les années 1990 et 2000. Ces pratiques documentaires créent un lien, bien que circonstanciel, entre les familles de personnes disparues et assassinées, qui donnent leur version des faits, et la bureaucratie de l’État qui met en œuvre le processus de justice transitionnelle. J’aborderai la question de la disparition forcée à partir de l’analyse de plusieurs cas, en tenant compte de trois étapes du processus judiciaire : la description des faits, les confessions des paramilitaires dans les versions libres durant le processus de Justice et Paix, et les accusations du procureur. Je souhaite documenter à quel moment et de quelle manière la représentation juridique qui se structure dans les dossiers abandonne ou « exile » ce qu’elle représente. L’appareil de Justice et Paix réussit à construire une image ou une représentation du FOI en des termes juridiquement universels, afin de satisfaire les présupposés de la justice transitionnelle.Il existe des événements pour lesquels il n’y a pas de témoins, comme la torture ou la disparition forcée, car la seule personne capable de témoigner de la douleur et de la souffrance endurées serait celle qui est déjà morte, et donc muette. Les personnes qui témoignent de la disparition sont, en général, les membres des familles, les proches et leurs connaissances qui extraient leur récit de leur propre expérience. Leur lien avec les faits est donc subjectif, puisqu’il émane des traces que les événements ont pu laisser sur eux ou elles, sous forme de souvenirs. Le récit des proches est évocateur, pas probatoire, car il résulte d’une expérience vécue ; il s’agit de témoignages singuliers qui établissent leur propre chronologie des événements.L’analyse se concentre sur l’espace entre la diffusion des rumeurs qui se répandent dans les lieux où les personnes disparaissent et la construction ultérieure de catégories juridiques avec lesquelles les crimes doivent être qualifiés. Je veux mettre en évidence les chemins divergents pris par l’anthropologie et le droit quand il s’agit de construire une « vérité » sur la disparition forcée. Selon mon expérience de chercheuse travaillant sur la violence à partir de terrains et d’entretiens avec des paramilitaires et certaines de leurs victimes, la disparition, en raison de sa nature insaisissable, a un caractère fantomatique qui ne peut être appréhendé qu’à partir de certains récits et rumeurs qui manquent de validité pour le droit, car ils n’ont aucune valeur probatoire pour les faits auxquels ils se réfèrent. Dans les dossiers du FOI, il n’y a aucune reconnaissance explicite du trauma et de la souffrance sous-jacents aux disparitions forcées, du vide irreprésentable qui se produit quand le cadavre est démembré et jeté dans la rivière, un acte qui constitue un second effacement.Il est évident que le droit n’a aucun moyen de se référer à ce vide irreprésentable de l’effacement du sujet, car cela ne l’intéresse pas de chercher des traces, des fragments, ou des résidus flottants, comme peuvent le faire l’art visuel, la photographie, le montage vidéo et même l’analyse anthropologique des restes et des vestiges laissés par les disparus derrière eux. L’image « lambeau » dont parle Didi-Huberman ne peut être saisie qu’en prêtant attention aux récits indirects, ostensibles ou allégoriques de ce qui s’est passé. Le problème est que pour la loi, les récits par ouï-dire manquent de valeur probatoire. Au contraire, pour l’anthropologie et la psychanalyse, les récits sont des matériaux fondamentaux pour connaître l’expérience vécue. Ce qui peut laisser insatisfait un historien en raison de son manque de précision, ou un procureur en raison de son manque de valeur probatoire, est en revanche révélateur pour un psychanalyste ou un anthropologue qui cherche dans les récits non seulement la véracité sur ce qui s’est passé, mais aussi des traces de contenus inconscients de ce qui n’est pas dit ou qui ne se dit qu’à moitié, ainsi que de nouvelles façons de nommer ce qui s’est passé.Paradoxalement, c’est grâce au travail judiciaire consistant à choisir des faits, à les classer, à les ordonner et à les simplifier, pour ensuite leur imputer des conséquences juridiques, que la disparition forcée a cessé d’être un sujet privé qui revient uniquement aux proches du disparu pour devenir un sujet d’enquête et de recherche pour plusieurs disciplines sociales et des droits humains. Cependant, si le droit peut donner un visage public à la disparition, il est incapable de la représenter. Pour ce faire, il devrait attribuer une place au non-lieu du disparu, à l’absence de son corps qui n’a pas été uniquement effacé de la surface de la terre, mais qui a aussi perdu sa matérialité et a été réduit en lambeaux. “The Disappearance of Persons in Colombia. An Un-Representable Void”In this text I will argue, based on the study of judicial sources, that the law is unable to represent extreme violence; a thesis previously evoked by authors such as Walter Benjamin, Jaques Lacan, Jaques Derrida and Esteban Restrepo, among many others. In this case, I explore judicial files as if they were historical and anthropological sources, endowed with a particular descriptive texture. The study case is that of the paramilitary front Omar Isaza, known as FOI, which operated in the centre of Colombia during the 1990s and 2000s. The judiciary files establish a link, although possibly circumstantial, between the families of the disappeared and the murdered, and the state bureaucracy that implemented the process of transitional justice. I will address the topic of enforced disappearance based on the analysis of several cases, taking into account three moments of the judicial process: the description of the events, the confessions of the paramilitary accessible in the statements made voluntarily during the Justice and Peace process, and the accusations brought forward by the prosecutors. I propose to document when and how the judicial representation building up in the files relinquishes or bans what it represents. The Justice and Peace apparatus achieves the construction of an image or representation of the FOI in universal judicial terms with the goal of satisfying the premises on which the transitional justice is based. There are incidents with no witnesses, like torture and enforced disappearance, due to the fact that the only ones who could testify to the pain and anguish suffered is the person who died and is consequently silent. Those bearing witness of the disappearances are, generally speaking, the families, relatives and acquaintances who found their stories in their own experiences. Therefore, their connection to the event is subjective as it arises from the marks that the events might have left in them in the form of memories. The accounts of the families are evocative, not probative, because they are the result of experience; those are singular testimonies that establish their own chronology of the events. The analysis I propose is centred on the temporalities separating the dissemination of the rumours, in the places where the people disappear, and the later construction of the judicial categories that characterise the crimes. I intend to demonstrate the divergent perspectives of Anthropology and the Law when they attempt to construct the “truth” about forced disappearance. According to my experience as a field work researcher of violence and interviewer of paramilitary and some of their victims, the disappearance of a person has a ghostly dimension due to its elusiveness which can only be apprehended through certain accounts and rumours, which the law dismisses as they are no evidence of the events they refer to. It is evident that the law cannot refer to the un-representable void entailed by a person’s erasure because the law is not interested in tracking the shreds, fragments, and floating residue left behind by disappeared people in the way visual art, photography, video montage and forensic anthropology are. The image-shred mentioned by Didi Huberman can only be understood if we listen to the indirect, conspicuous or allegoric accounts of the events; the problem is that for the law this type of account as “rumours” have little to no value. On the other hand, for Anthropology and Psychoanalysis these accounts are fundamental materials in understanding the lived experience. This type of accounts might leave a historian frustrated for their lack of precision; a prosecutor might find them useless for they cannot prove anything. On the contrary, for the psychoanalyst or the anthropologist, these accounts may well be highly revealing as they are searching not only for the veracity of the events but also for traces of unconscious content, for the unsaid, or whatever is half said, and also for new denominations for what has happened. Paradoxically, it is thanks to the judicial work of selecting the events, classifying them, simplifying them and ordering them, and later transforming them in criminal charges, that forced disappearance is no longer a private affair related only to the family of the disappeared, it becomes a research topic and investigation for several social disciplines and human rights. Nevertheless, in spite of the capacity of the law to bring the forced disappearance out in the public sphere, it is incapable to represent it. In order to do so, it should offer a space for the “non-place” of the disappeared’, for the absence of the body that has not only been erased from the surface of the earth, but also lost its materiality and been reduced to shreds. </description>
      <pubDate>mar., 15 mars 2022 11:24:28 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=728</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Disparitions et mémorialisation de l’espace public au Mexique </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=739</link>
      <description>Depuis le début de la « guerre contre le narcotrafic », mise en œuvre par le gouvernement de Felipe Calderón (2006-2012), plus de 94 000 personnes ont disparu au Mexique, selon les chiffres officiels. Face à cette augmentation exponentielle de la violence, qui touche toutes les régions du pays, les familles de disparus et la société civile organisée se sont progressivement mobilisées sur différents fronts. Parallèlement à la demande d’adoption de lois et de mécanismes adéquats pour faire face au phénomène de la disparition, à la recherche des disparus par les familles des victimes elles-mêmes dans des fosses clandestines, parmi beaucoup d’autres actions, nous assistons ces dernières années à toutes sortes de pratiques commémoratives et mémorielles autour de ceux qui ne sont « ni vivants ni morts ». Ces pratiques mémorielles échappent à la relation qui est souvent établie entre la mémoire, le présent et le passé, couramment synthétisée dans un postulat simple et bien connu : le travail de remémoration relève du présent, tandis que l’événement remémoré appartient au passé, même si sa remémoration (ou son oubli) répond aux enjeux du présent. Or, les disparitions qui font l’objet d’une mémorialisation croissante au Mexique n’appartiennent pas à un passé révolu. Il s’agit d’un phénomène massif qui continue de toucher la société mexicaine jour après jour et heure après heure. En d’autres termes, la construction de la mémoire des disparus au Mexique (la création de mémoriaux, l’installation de portraits, la construction d’anti-monuments, etc.) a lieu en même temps que le traumatisme (les disparitions et la violence). Cette simultanéité entre l’« événement » et sa mémorialisation confère aux pratiques mémorielles un caractère particulier, que ce soit par rapport au rôle qu’elles peuvent jouer dans la recherche des disparus ou par rapport aux tensions qu’elles peuvent générer au sein des collectifs qui les mettent en œuvre.Axé sur l’analyse des différentes facettes de ces pratiques mémorielles et des acteurs qui les portent, l’article s’appuie sur l’étude de trois cas récents d’appropriation de l’espace public, caractérisés par la resymbolisation de trois monuments historiques : la place du Torero, aujourd’hui appelée « place des Disparu·e·s », dans la ville de Monterrey ; le rond-point des Enfants Héros, aujourd’hui appelée « rond-point des Disparu·e·s », dans la ville de Guadalajara ; et la Rotonde des personnes illustres du Jalisco, également à Guadalajara. Dans les trois cas, les familles de victimes ou les citoyens qui adhèrent à leur cause ont réussi à marquer les espaces sans aucune autorisation institutionnelle et à y inscrire la mémoire des disparus de manière plus ou moins pérenne, en concurrence avec la mémoire officielle qui y était véhiculée jusqu’alors. Aux visées patrimonialistes des autorités, désireuses de célébrer le passé glorieux, les familles des disparus et leurs soutiens ont opposé le présent douloureux. Par leur action, ils ont perturbé les desseins des monuments et introduit une autre mémoire : celle de la violence contemporaine, celle des milliers de personnes disparues et celle des personnes qui recherchent inlassablement leurs êtres chers, contestant ainsi le monopole de l’État sur ces espaces et exposant son incapacité à assurer la paix publique.Bien que motivées principalement par les anniversaires de la disparition de quatre étudiants (un jeune de dix-huit ans dans le cas de Monterrey, et trois jeunes de vingt à vingt-cinq ans dans le cas de Guadalajara), ces trois actions de mémoire ont dès le départ accueilli la mémoire d’autres personnes disparues avant ou après ces jeunes, et aujourd’hui encore, ces espaces continuent d’accueillir celle de nouvelles victimes (les personnes disparues jour après jour). En d’autres termes, et en reprenant la distinction proposée par Tzvetan Todorov, les collectifs à l’origine de ces pratiques mémorielles font un usage « exemplaire », et non « littéral », de la mémoire : ils ne restent pas enfermés dans le passé, mais l’utilisent au profit du présent, en comparant et en reliant un événement (une disparition spécifique qui a déjà eu lieu) à d’autres (les disparitions qui continuent à se produire et qui font partie du même cycle de violence).En s’exprimant en même temps que se produit le phénomène objet de la mémorialisation, cette mémoire insoumise fonctionne comme un « dispositif de sensibilisation » vis-à-vis de la société et comme un outil de dénonciation à l’égard des pouvoirs publics. La mémoire et les gestes mémoriels (inscription de noms ou de phrases pour les disparus, installation de plaques ou de portraits) sont ainsi utilisés comme un moyen supplémentaire dans le répertoire d’action des familles de victimes. Ainsi, mémoire et mobilisation se nourrissent mutuellement et une double dynamique est établie : entre la mémoire et l’indifférence (se souvenir et nommer pour que le regard se tourne vers les personnes disparues, pour que la société et les autorités publiques prennent les mesures nécessaires pour arrêter la vague de violence), d’une part ; entre la mémoire et l’oubli (se souvenir pour ne pas oublier et même pour ne pas répéter), d’autre part. “Disappearances and Memorialization of Public Space in Mexico”Since the beginning of the “war on drugs”, conducted by the government of Felipe Calderón (2006-2012), more than 94,000 people have disappeared in Mexico, according to official data. Faced with this exponential increase in violence, which affects all regions of the country, the families of the disappeared and organized civil society have been progressively mobilizing on different fronts. Along with the demand for the adoption of laws and adequate mechanisms to deal with the phenomenon of disappearance or the search for the disappeared by the families of the victims themselves in mass graves, among many other actions, there have sprouted, across Mexico, all kinds of commemorative and memorial practices in relation to those who are “neither alive nor dead” in recent years. These practices elude the relationship that is usually established between memory, the present and the past, which is commonly synthesized in a simple and well-known postulate: the work of remembering belongs to the present, while the remembered event belongs to the past, even if its remembering (or forgetting) responds to the challenges of the present. However, the disappearances that are increasingly being memorialized in Mexico do not belong to a past that is in actuality over. On the contrary, they constitute a massive phenomenon that continues to affect Mexican society day after day, and hour after hour. In other words, the memory of the disappeared in Mexico (the setting up of memorials, the hanging of portraits, the construction of anti-monuments, etc.) takes place at the same time as the trauma (disappearances and violence). This simultaneity between the “event” and its memorialization gives memorial practices a particular flavour, whether in terms of the role they can play in searching for the disappeared or in relation to the tensions they can generate within the collectives that implement them.Focusing on the analysis of the different facets of these memorial practices, as well as the actors who perform them, the article is based on the study of three recent cases of appropriation of public space, characterized by the re-signification of three historical monuments: the Square of the Toreador, today known as Square of the Disappeared, in the city of Monterrey; the Boy Heroes Roundabout, today called the Roundabout of the Disappeared, in the city of Guadalajara; and the Rotunda of Illustrious Persons of Jalisco, also in the city of Guadalajara. In all three cases, the families of the disappeared or citizens in solidarity with them managed to appropriate the spaces without any institutional authorization and to establish the memory of the disappeared more or less enduringly, in competition with the official memory ascribed to these places. The families of the disappeared and people in solidarity opposed the painful present to the patrimonialistic objectives of the public authorities, who were eager to celebrate the glorious past. Through their actions they disrupted the meaning of the monuments and introduced another memory: that of contemporary violence, of the thousands of disappeared and of the people who tirelessly search for their loved ones, thus challenging the state’s monopoly over these spaces and exposing its inability to enforce public peace.Although motivated primarily by the anniversaries of the disappearance of four students (one eighteen-year-old in the case of Monterrey, and three twenty- to twenty-five-year-olds in the case of Guadalajara), the three memory initiatives have from the outset welcomed the memory of others who disappeared before or after these youths, and even today these spaces continue to embrace the memory of new victims (those disappearing day after day). In other words, and taking up the distinction proposed by Tzvetan Todorov, the collectives behind these memorial practices make an exemplary use of memory and not a literal one: they do not remain locked in the past, but use it for the benefit of the present, by comparing and connecting one event (a specific disappearance that has already taken place) to others (the disappearances that continue to occur and that are part of the same cycle of violence).By expressing itself at the same time as the phenomenon being memorialized, this insubordinate memory functions as an “awareness-raising device” in relation to society and as a tool for accusing the public authorities. Memory and memorial gestures (inscription of names or phrases for the disappeared, installation of plaques or portraits) are thus used as another means in the repertoire of actions of the families of victims. This way, memory and mobilisation feed each other and a double dynamic is established: on the one hand, between memory and indifference (remembering and naming so that eyes are focused on those who have disappeared, so that society and the public authorities take the necessary measures to stop the wave of violence); on the other hand, between memory and forgetting (remembering so as not to forget and even so as not to repeat). «Desapariciones y memorialización del espacio público en México»Desde el inicio de la «guerra contra el narcotráfico» implementada por el gobierno de Felipe Calderón (2006-2012), más de 94 000 personas han desaparecido en México, según cifras oficiales. Ante este aumento exponencial de la violencia, que afecta todas las regiones del país, las familias de las personas desaparecidas y la sociedad civil organizada se han ido movilizando progresivamente desde distintos frentes. Junto a la exigencia para que se adopten leyes y mecanismos adecuados para hacerle frente al fenómeno de la desaparición o junto a la búsqueda de los desaparecidos por parte de las propias familias de las víctimas en fosas clandestinas, en los últimos años hemos sido testigos en México de todo tipo de prácticas conmemorativas y memorísticas en torno a aquellos que no están «ni vivos ni muertos». Dichas prácticas escapan a la relación que suele establecerse entre memoria, presente y pasado, que comúnmente se sintetiza en un postulado simple y bien conocido: al presente corresponde el trabajo de rememoración, mientras que el acontecimiento rememorado pertenece al pasado, aunque su recuerdo (o su olvido) responda a los desafíos del presente. Ahora bien, las desapariciones que son objeto de una memorialización creciente en México no pertenecen a un pasado realmente terminado. Por el contrario, constituyen un fenómeno masivo que sigue afectando a la sociedad mexicana día tras día y hora tras hora. En otras palabras, la memoria de los desaparecidos en México (la creación de memoriales, la instalación de retratos, la construcción de antimonumentos, etc.) tiene lugar al mismo tiempo que el trauma (las desapariciones y la violencia). Esta simultaneidad entre el «acontecimiento» y su memorialización confiere a las prácticas memorísticas un cariz particular, ya sea en lo concerniente al papel que pueden desempeñar en la búsqueda de las personas desaparecidas o con relación a las tensiones que pueden generar en los propios colectivos que las llevan a cabo.Centrado en el análisis de las diferentes facetas de estas prácticas memorísticas, así como en el de los actores que las realizan, el artículo parte del estudio de tres casos recientes de apropiación del espacio público, caracterizados por la resignificación de tres monumentos históricos: la Plaza del Torero, hoy conocida como Plaza de l@s Desaparecid@s, en la ciudad de Monterrey; la Glorieta de los Niños Héroes, hoy llamada Glorieta de lxs Desaparecidxs, en la ciudad de Guadalajara; y la Rotonda de Jaliscienses Ilustres, también en la ciudad de Guadalajara. En los tres casos, las familias de los desaparecidos o los ciudadanos que con ellas se solidarizan consiguieron apropiarse de los espacios sin ninguna autorización institucional e inscribir la memoria de los desaparecidos de forma más o menos perenne, en competencia con la memoria oficial que allí se vehiculaba hasta entonces. A los objetivos patrimonialistas de las autoridades públicas, deseosas de celebrar el pasado glorioso, las familias de los desaparecidos y las personas solidarias oponen el presente doloroso. Con sus acciones trastocan el sentido de los monumentos e introducen otra memoria: la de la violencia contemporánea, la de los miles de desaparecidos y la de las personas que buscan incansablemente a sus seres queridos, desafiando así el monopolio del Estado sobre dichos espacios y exponiendo su incapacidad para garantizar la paz pública.Aunque motivadas principalmente por los aniversarios de desaparición de cuatro estudiantes (un joven de dieciocho años, en el caso de Monterrey, y tres jóvenes de entre veinte y veinticinco años, en el caso de Guadalajara), las tres acciones de memoria aquí analizadas se caracterizaron desde el inicio por acoger la memoria de otras personas que habían desaparecido antes o después de aquellos jóvenes y, hasta la fecha, en esos espacios se sigue acogiendo la memoria de las nuevas víctimas (las personas que van desapareciendo día con día). En otras palabras, y retomando la distinción propuesta por Tzvetan Todorov, los colectivos que se encuentran detrás de estas prácticas memorísticas hacen un uso ejemplar de la memoria y no un uso literal: no se quedan encerrados en el pasado, antes bien, lo utilizan en beneficio del presente, comparando y relacionando un acontecimiento (una desaparición concreta, ya sucedida) con otros (el resto de las desapariciones que siguen produciéndose y que forman parte del mismo ciclo de violencia).Al expresarse al mismo tiempo que se produce el fenómeno objeto de la memorialización, esta memoria insumisa funciona como un «dispositivo de sensibilización» con respecto a la sociedad y como una herramienta de denuncia con relación a las autoridades públicas. La memoria y los gestos memorísticos (inscripción de nombres o frases por los desaparecidos, instalación de placas o retratos) constituyen, entonces, un medio más del repertorio de acción de los familiares de las víctimas. De esta forma, la memoria y la movilización se alimentan mutuamente y se establece una doble dinámica: una, entre memoria e indiferencia (recordar y nombrar para que la mirada se dirija a los desaparecidos, para que la sociedad y las autoridades públicas tomen las medidas necesarias para detener la ola de violencia); otra, entre memoria y olvido (recordar para no repetir). </description>
      <pubDate>mar., 15 mars 2022 14:45:44 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=739</guid>
    </item>
    <item>
      <title>D’Atacama au Sonora : assemblages d’une inquiétante étrangeté </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=760</link>
      <description>Cet article décrit le désert de Sonora au Mexique comme un lieu-assemblage de mort et de disparition qui peut être caractérisé par la notion freudienne d’inquiétante étrangeté (« unheimlich ») puisque c’est un lieu où le banal et le quotidien coexistent avec une violence extrême. Pour décrire ce désert du côté mexicain, j’ai procédé par une comparaison contrastive présentant le désert d’Atacama et le désert de Sonora, en Arizona, comme deux lieux désertiques et frontaliers semblables au désert de Sonora mexicain : des lieux de mort et de disparition dans le présent et dans le passé. Néanmoins, le désert mexicain a la particularité d’être un lieu où s’imbriquent, de manière accrue, différentes modalités de souveraineté et de pouvoir : celles de l’État, avec ses institutions et ses forces de l’ordre et celles des mafias avec leurs tueurs à gages et contingents, qui ne sont pas moins armées, si ce n’est plus, que l’armée régulière. Un lieu où les pouvoirs économiques, légaux et illégaux, sont difficiles à séparer des pouvoirs politiques. Dans cet assemblage de pouvoirs économiques et politiques se produisent la mort et la disparition d’un grand nombre de personnes, pour la plupart jeunes et pas très fortunées. Celui qui vend de la drogue, celui qui l’achète, celui qui connaît quelqu’un qui en vend, un tueur à gage, une jeune fille achetant des légumes au marché, un garçon en plein milieu d’une fête familiale, un jeune en week-end avec des amis. J’avance que ce lieu, comme assemblage, participe de la production et reproduction de la mort et de la disparition en grand nombre, constituant un paysage politique mortifère (nécropolitique), mais aussi un paysage familier où se tissent, tant bien que mal bien, les vies de ceux et celle qui l’habitent.Mes descriptions se basent sur des observations et entretiens réalisés lors de trois séjours de recherche et de volontariat dans deux associations différentes au Sonora (Colibrí Center for Humain Rights à Tucson et Centro comunitario para ayuda a migrante, CCAM, à Caborca, Mexique) entre 2017 et 2019, sur d’autres entretiens réalisés durant l’année 2020 auprès des familles des personnes disparues au Sonora-Mexique et sur du matériel documentaire collecté sur place ou sur Internet. “From Atacama to Sonora: Uncanny Assemblages” This article describes the Sonora Desert in Mexico as an assemblage-locus of deaths and disappearances that can be characterized with the Freudian notion of the uncanny (“unheimlich”), since it is a place where the mundane and the commonplace coexist along with an extraordinarily extreme violence. To describe this desert from the Mexican side, I resorted to a contrastive comparison presenting the Atacama Desert and the Sonoran Desert, in Arizona, USA, as two deserts and border areas that bear a “family resemblance” with the Mexican Sonora Desert: places of deaths and disappearances in the present and in the past. Nevertheless, the Mexican desert has the peculiarity of being a place where different modalities of sovereignty and power intertwine more acutely: that of the State, with its institutions and law enforcement, and that of the mafias with their hitmen and mercenaries who are no less, if not more, armed than the regular army. A place where it is tricky to disentangle legal and illegal economic powers from political ones. In this meshwork of economic and political powers, a large number of people, mostly young and not quite well-off, die and disappear. One who sells the drugs, one who buys it, one who knows someone who sells it, a hitman, a girl buying vegetables at the market, a boy in the middle of a family party, a youth enjoying a weekend with friends. I argue that this place, as an assemblage, participates in the production and reproduction of death and disappearance in large numbers, constituting a deathly political landscape (necropolitics) but also a familiar landscape where the lives of those who inhabit there are, somehow, interwoven together.My descriptions are based on observations and interviews conducted on occasion of three fieldworks in two different associations in Sonora (Colibrí, Center for Human Rights in Tucson and Centro Comunitario de ayuda al migrante- CCAM, in Caborca, Mexico) between 2017 and 2019, interviews conducted during 2020 with families of the disappeared in Sonora-Mexico and documentary material collected on site and through the internet. «De Atacama a Sonora: ensamblajes de una inquietante extrañeza» Este artículo describe el desierto de Sonora, en México, como un lugar-ensamblaje de muerte y desaparición que puede ser caracterizado por la noción freudiana inquietante extrañeza («unheimlich»), ya que es un lugar donde lo banal y lo cotidiano conviven con la violencia extrema. Para describir este desierto desde el lado mexicano, procedí a una comparación contrastiva presentando el desierto de Atacama y el desierto de Sonora en Arizona como dos lugares desérticos y fronterizos que se asemejan al desierto de Sonora mexicano: lugares de muerte y desaparición en el presente y en el pasado. Sin embargo, el desierto mexicano tiene la particularidad de ser un lugar donde se entrecruzan de manera creciente diferentes modalidades de soberanía y poder: las del Estado, con sus instituciones y sus diferentes cuerpos armados, y las de las mafias con sus sicarios y contingentes, que no están menos armados, si no más, que el ejército regular. Un lugar donde los poderes económicos, legales e ilegales, son difíciles de separar de los poderes políticos. En esta combinación de poderes económicos y políticos, muchas personas, en su mayoría jóvenes y no muy adineradas, mueren y desaparecen. La persona que vende drogas, la persona que compra drogas, la persona que conoce a alguien que vende drogas, un sicario, una chica comprando verduras en el mercado, un chico en medio de una fiesta familiar, un joven en un fin de semana con amigos. Argumento que este lugar, como ensamblaje, participa en la producción y reproducción de la muerte y la desaparición en masa, constituyendo un paisaje político necropolítico, pero también un paisaje familiar donde se entretejen las vidas de quienes lo habitan, además de mal.Mis descripciones se basan en observaciones y entrevistas realizadas durante tres estancias de investigación y voluntariado en dos asociaciones diferentes de Sonora (Centro Colibrí de Derechos Humanos en Tucson y Centro comunitario para ayuda al migrante, CCAM, en Caborca, México) entre 2017 y 2019, en entrevistas realizadas durante el año 2020 con familiares de desaparecidos en Sonora-México, y en material documental recogido in situ o en Internet.  </description>
      <pubDate>mar., 15 mars 2022 22:54:51 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=760</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Rhétoriques du pouvoir au Mali </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=627</link>
      <description>On se saisira de la contestation populaire ayant précédé le coup d’état militaire du 18 août 2020, ainsi que celui du 24 mai 2021, pour tenter de cerner les modèles – hiérarchique et égalitaire – mobilisés par les acteurs sociaux pour penser le politique dans une perspective transhistorique s’étendant de l’empire du Mali au Mali actuel. En effet, à l’instar du monde arabo-musulman, par exemple, qui pleure la splendeur des califats et s’efforce parfois de les faire ressurgir, des voix maliennes expriment la nostalgie des empires médiévaux du Ghana, du Mali et du Songhay et comparent douloureusement leur sort actuel avec la magnificence de ces grandes civilisations du passé.Ces modèles ne sont assurément pas les seuls qui peuvent être convoqués pour analyser les événements récents survenus au Mali, mais la référence aux modèles anciens du pouvoir, omniprésente dans le langage politique actuel, nous semble être éminemment productive pour rendre compte de la symbolique du pouvoir dans ce pays.Il s’agira donc de se référer à ces anciens modèles et aux concepts qu’ils véhiculent pour les appréhender en tant que référentiel, comme éléments d’une philosophie politique non écrite qui renvoie de façon imaginaire non pas tant à des formations politiques ayant réellement existé par le passé qu’aux interprétations qui en ont été données.Cette philosophie politique implicite ou « alternative », comme on la désigne, est en quelque sorte l’équivalent de la déconstruction de la philosophie politique à laquelle se livre Michel Foucault dans « Il faut défendre la société » lorsqu’il met en avant la thématique de la « guerre des deux races », utilisée comme modèle pour interpréter l’histoire de France et celle d’Angleterre et contrer la philosophie politique classique de Hobbes, Locke ou Rousseau. Dans le cas du Mali, ces modèles, ces principes ou ces schèmes politiques semblent être au nombre de deux. Le modèle hiérarchique tout d’abord, le modèle égalitaire ou « démocratique » en second lieu, tous deux se conjoignant en définitive dans le cadre d’un modèle guerrier.  “The Rhetoric of Power in Mali”This paper intends to explore the political unrest that led to the military coup of 18 August 2020 and that of 24 May 2021 as a means to comprehend the various patterns – hierarchical and egalitarian – mobilized by the social actors to conceptualise polity within a broader timeframe spanning from the medieval Empire of Mali to the contemporary Malian state.In the manner of the Arab-Muslim World which longs for the splendour of the ancient Caliphates and sometimes seeks to revive them, some Malians similarly voice nostalgia for the medieval empires of Ghana, Mali and Songhay compare, achingly, their present situations with the magnificence of these ancient civilizations.Other paragons may be employed to analyse the recent events in Mali, but these ancient models, omnipresent in today’s political rhetoric, seem particularly relevant to fully appreciate the power of symbols in this country.Thus, this paper refers to these ancient models alongside their related concepts in order to analyse them as a frame of reference or as elements of a non-written political philosophy which in turn, imaginarily, refers to actual ancient political movements but, to a greater extent, to their interpretations.This implicit or alternative political philosophy, as it is labelled here, is analogous to the deconstruction of political philosophy undertaken by Michel Foucault in Society Must Be Defended. In this book, Foucault stresses the importance of the pattern of « the war of the two races » used as a model to account for the history of France and England and challenge Hobbes’, Locke’s and Rousseau’s classical political philosophies.With regard to Mali, there are two patterns, models or political schemes: the hierarchical one and the egalitarian one, which ultimately merge into a warlike pattern. </description>
      <pubDate>lun., 10 janv. 2022 15:42:44 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=627</guid>
    </item>
    <item>
      <title>L’organisation du crime : ethnographie d’une municipalité mexicaine durant la “guerre de la drogue” </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=636</link>
      <description>Cet article vise à contribuer à l’analyse critique du crime organisé et de son évolution contemporaine au Mexique. Son approche anthropologique repose sur une méthodologie qualitative qui combine le travail de terrain et l’étude de cas, à travers une enquête menée dans une municipalité de l’État de Guerrero, Ayutla de los Libres, où un groupe criminel a opéré durant la « guerre de la drogue », entre 2008 et 2013. Cette étude s’intéressera donc à la formation de ce groupe dans le but de retracer – à grands traits – l’histoire contemporaine de la criminalité locale, et de contribuer ainsi, au-delà de la singularité du cas évoqué, à l’analyse de la délinquance organisée dans le Mexique du xxie siècle.Les résultats ici présentés découlent d’un travail de terrain ethnographique – conjugué à un travail social – qui a été réalisé dans plusieurs municipalités de Guerrero, entre 2012 et 2018. À Ayutla en particulier, ce travail a été mené par l’auteur en deux temps : entre 2012 et 2013, en tant que professeur, et entre 2017 et 2018, durant la réalisation d’un film sur les élections municipales de cette période. L’ethnographie se révèle particulièrement utile à l’étude de la criminalité, dans la mesure où le travail de terrain dévoile une réalité locale qui contredit le discours dominant sur le phénomène du narcotrafic. Si des controverses peuvent naître de son application au champ criminel, l’enquête ethnographique n’en représente pas moins une méthode féconde, grâce à un double avantage. Tout d’abord, elle contraste nécessairement avec les approches quantitatives dominantes, liées à la criminologie. En étudiant le phénomène à une échelle micro, elle révèle une réalité inaccessible aux approches macro, et peut ainsi compléter ou questionner les analyses statistiques. Ensuite, elle permet d’appréhender le problème criminel dans un espace délimité, où l’observation empirique est possible, ce qui donne une vision des faits plus nuancée et, surtout, plus complexe que les récits dominants sur la violence du « narco ». En ce sens, l’enquête ethnographique permet d’illustrer la profondeur du lien qui unit délinquants et politiques dans l’organisation du crime. S’il y a effectivement une délinquance organisée, l’organisation du crime n’est pas endogène, mais indissociablement liée à l’exercice du pouvoir politique au niveau local. En réalité, par le biais du gouvernement municipal qu’ils contrôlent, ce sont les caciques qui ont recours à des groupes armés pour asseoir leur domination. Jadis mercenaires et hors-la-loi, aujourd’hui gardes du corps et « narcos », les hommes en armes n’ont pas fini d’accompagner les patrons locaux. Organisée de la sorte, la criminalité dissimule une politique de terreur dont la violence cherche, avant toute chose, à préserver un ordre social profondément injuste.En effet, les formes actuelles du crime organisé s’inscrivent dans une histoire plus profonde de la violence, en dehors de laquelle elles ne peuvent être comprises. Au-delà de la figure mythique du « narco », l’application de la méthode ethnographique à l’étude du crime révèle une réalité locale en pleine transformation, du fait d’un principe étatique en crise et des luttes de pouvoir à l’œuvre, tout ceci en lien avec la mutation criminelle de l’intermédiation politique et de la représentation officielle à l’échelle municipale. De ce point de vue, la montée en puissance de la logique criminelle dans le Mexique contemporain ne peut que répondre à la construction d’un nouvel ordre social, contrôlé par un régime politique dont le pouvoir s’exerce de plus en plus par le biais de l’action criminelle. “The Organization of Crime: Ethnography of a Mexican Municipality during the ‘Drug War’”This article aims to contribute to a critical analysis of organized crime and its contemporary evolution in Mexico. Its anthropological approach is based on a qualitative methodology that combines fieldwork and case study, through an investigation carried out in a municipality in the state of Guerrero, Ayutla de los Libres, where a criminal group operated during the so-called “drug war”, between 2008 and 2013. Therefore, this study will focus on the formation of this group with the aim of delineating a local and contemporary history of crime, and thus contributing, beyond the singularity of this case, to the study of criminal violence in 21st-century Mexico.The findings draw on an ethnographic fieldwork – combined with social work – which was carried out in several municipalities of Guerrero, between 2012 and 2018. In Ayutla in particular, this work was conducted in two stages: between 2012 and 2013, as a teacher in a local school, and between 2017 and 2018, during the shooting of a documentary centred on the municipal elections. Ethnography is particularly valuable for studying crime, as the fieldwork unveils a local reality that contradicts the dominant discourse on drug trafficking. While applying it to the criminal field may spark controversies, the ethnographic inquiry nonetheless is fruitful methodologically, for its two-fold advantage. First, it necessarily contrasts with the dominant quantitative approaches that characterize criminology. By studying the phenomenon on a micro scale, it reveals a reality inaccessible to macro approaches, and can thus supplement or challenge statistical analyses. Second, it allows for empirical observation to be performed in a circumscribed space, which makes it possible a more nuanced and, above all, much more complex point of view than the dominant narrative on “narco” violence.In this sense, ethnography illustrates the deep connection whereby criminals and politicians band together in the organization of crime. If there is organized crime in Mexico, its organization is not endogenous, but is on the contrary inextricably entangled with the exercise of political power at the local level. In reality, it is the caciques, through municipal government, who use armed groups to secure their domination. Once mercenaries and outlaws turned bodyguards and “narcos”, groups of armed men continue to accompany local bosses. Organized in this manner, criminality conceals a policy of terror whose violence seeks, above all, to preserve a deeply unjust social order.Indeed, current forms of organized crime are part of a deeper history of violence, outside of which they cannot be understood. Beyond the mythical “narco”, ethnographic fieldwork sheds light on a local reality undergoing transformation, due to the crisis of the state combined with the criminal mutation of political intermediation and official representation at the municipal level. From this point of view, the surge of the criminal logic in contemporary Mexico is merely a response to the construction of a new social order, controlled by a regime whose power is increasingly wielded through crime. </description>
      <pubDate>jeu., 13 janv. 2022 16:42:46 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=636</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Désincarner le Corps législatif. Représenter, délibérer et voter à distance en temps de crise </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=704</link>
      <description>Cet article s’intéresse au caractère effectif de la représentation parlementaire dans l’hypothèse où les députés délibéreraient et voteraient à distance, s’ils étaient dans l’incapacité de rejoindre le palais Bourbon. Si de telles pratiques sont encore en germe aujourd’hui, elles sont toutefois appelées à prendre rapidement leur essor, si l’on en croit les députés qui les promeuvent, en raison des garanties d’efficacité et de résilience qu’elles offriraient au pouvoir législatif. On peut cependant considérer, et c’est l’argument défendu ici, que le développement à venir de l’usage des outils de travail à distance dans la vie parlementaire répond surtout au souhait d’une nouvelle génération de députés de recentrer leurs activités au niveau local. Cet article envisage en ce sens l’émergence d’une nouvelle doctrine concernant les manières de « faire assemblée » dans la France du xxie siècle ou, à tout le moins, une évolution des conditions de réalisation de l’idéal démocratique.Cette étude prend racine dans la crise liée à la pandémie de Covid-19 du printemps 2020. Durant plusieurs semaines, les députés ont été pour la plupart confinés pour ne pas être exposés au danger, comme l’ensemble de la population française, ce qui les a empêchés de participer aux activités législatives. Il en a résulté une crise institutionnelle, le pouvoir politique n’ayant pas pu appeler à la mobilisation des représentants du peuple. Le fonctionnement de l’Assemblée a été en effet paralysé, si bien que les compétences du pouvoir législatif ont été transférées au pouvoir exécutif. Pour prémunir la nation contre une crise semblable à l’avenir, un groupe de travail transpartisan a été constitué à l’Assemblée et chargé de réfléchir aux solutions possibles. Des propositions en faveur du travail à distance des députés, concernant en particulier la délibération et le vote, en sont ressorties, qui ont été entérinées par une modification du règlement de l’Assemblée, votée le 1er mars 2021.Il s’avère toutefois que ces nouvelles dispositions entrent en forte contradiction avec un des principes séculaires de la démocratie française, hérité du Serment du Jeu de Paume aux premiers temps de la Révolution. Il est en effet admis que tout ce qui fait obstacle au rassemblement physique des députés est une menace directe envers la souveraineté nationale. Comment alors interpréter le revirement inédit dans les manières historiques de « faire assemblée » que constitue l’instauration du travail à distance des députés ? Pour apporter une réponse, il est nécessaire de souligner tout d’abord combien l’articulation entre les dimensions locale et nationale du mandat parlementaire constitue une tension structurante dans l’histoire du parlementarisme français. Sur ce plan, un bras de fer semble avoir toujours opposé les députés et l’institution elle-même : les premiers sont désireux de prioriser leurs activités en circonscription, la seconde est soucieuse de leur imposer d’être le plus souvent possible présents au palais Bourbon. L’examen des échanges du groupe de travail montre ensuite que les députés de la XVe législature voient dans la crise pandémique une occasion d’assouplir des conditions de travail qu’ils sont nombreux à juger intenables. La loi sur le non-cumul des mandats a eu ici un effet déterminant, puisqu’elle a rendu possible l’élection de députés peu imprégnés de la culture politique des générations précédentes, qui s’investissent différemment dans leurs fonctions.Finalement, l’étude de cette situation suggère l’émergence d’un rapport nouveau des députés à la légitimité de l’action politique, plus centré sur sa dimension locale. Cette tendance résulterait de la combinaison de deux dynamiques : le renouvellement du personnel politique, d’une part, et la transformation des aspirations démocratiques de la société française, récemment marquée par le mouvement des gilets jaunes, d’autre part. À l’Assemblée, l’usage des outils de travail à distance serait donc moins destiné à empêcher de nouvelles crises institutionnelles qu’à offrir aux députés une occasion d’imposer un rééquilibrage des activités locales et nationale dans l’exercice de leur mandat, au détriment donc du travail de la loi au palais Bourbon. “Disembodying the Legislative Body. Representing, Deliberating and Voting Remotely in Times of Crisis”This article examines the effectiveness of parliamentary representation should elected representatives deliberate and vote remotely for being unable to be on the premises of the Palais Bourbon. Such practices are still in the early stages of development, but are likely to mature in the near future, according to the representatives who advocate them, because of the guarantees they would offer in terms of efficiency and resilience of the legislative power. However, it is possible to consider, and this is the paper’s main argument, that such future development of remote working tools in parliamentary practice stems above all from the willingness of a new generation of representatives to relocate their activities at the level of their constituencies. In this sense, this article points to the potential emergence of a new doctrine of “forming assembly” in 21st-century France or, at least, to an evolution of the conditions of actualization of the democratic ideal.This study’s context is the COVID-19 pandemic crisis that broke out in spring 2020. For several weeks, the French representatives were for the most part under strict lockdown rules, like the rest of French population, and thus prevented from participating in legislative activities. This resulted in an institutional crisis given that the people’s representatives could not mobilized in the crisis. The functioning of the National Assembly was halted, so that the competences of the legislative power were transferred to the executive power. To avoid a similar crisis in the future, a cross-party working group was set up to consider possible solutions. It resulted in regulations allowing representatives to work remotely, in particular for deliberating and voting, which were ratified by a modification to the Assembly’s Rules of Procedure, on 1 March 2021. However, these new rules are in strong contradiction with one of the age-old principles of French democracy, established in the Tennis Court Oath (Serment du Jeu de Paume) in the early days of the Revolution. Since then, it has been a rule that any obstacle to the physical gathering of representatives is a direct threat to national sovereignty. How, then, are we to interpret the unprecedented shift in “forming assembly” that the introduction of remote working for representatives entails?In order to provide an answer, it is necessary to underline first of all how the articulation between the local and national scales of the parliamentary mandate have constituted a structuring tension in the French parliamentary history. In this respect, a tug of war seems to have always opposed representatives and the institution itself; the former wishing to prioritize their activities in their constituencies and the latter concerned to impose upon them that they sit at the Palais Bourbon as much as possible. Secondly, an examination of the working group’s discussions shows that the representatives see the pandemic crisis as an opportunity to relax working conditions that many consider unbearable. The law banning accumulation of elective mandates has had a structuring effect for this allowed to elect representatives quite unfamiliar with the political culture of previous generations, which led them to commit to their duties in a new manner.Eventually, the overall picture suggests the emergence of the new attitude of representatives with respect to the legitimacy of political action, which they view more connected to their constituencies. This trend may be the result of a convergence of two dynamics: the renewal of political staff on the one hand, and the transformation of democratic aspirations in French society, recently marked by the Yellow Vests movement, on the other. In the National Assembly, remote working tools might be therefore interpreted not so much as instruments intended to prevent new institutional crises but rather as an opportunity for deputies to impose a new balance between their local and national activities in the exercise of their mandate, to the detriment of their legislative work in the Palais Bourbon. </description>
      <pubDate>lun., 14 mars 2022 12:18:56 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=704</guid>
    </item>
    <item>
      <title>À propos de Suite buissonnière. Entretien avec Pierre Bouvier </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=592</link>
      <pubDate>lun., 10 janv. 2022 11:04:08 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=592</guid>
    </item>
    <item>
      <title>L’insaisissable “point de vue de l’autre”. À propos de Colette Milhé, Le mystère de la cagoule : enquête bolivienne. Compte rendu </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=646</link>
      <pubDate>lun., 17 janv. 2022 22:35:55 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=646</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Entre histoire et anthropologie, à propos de Nelcya Delanoë et Caroline Grillot, Casablanca-Hanoï : une porte dérobée sur des histoires postcoloniales. Compte rendu </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=658</link>
      <pubDate>mar., 01 mars 2022 13:14:16 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=658</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Avec Pierre Bouvier, une rencontre qui s’ouvre sur une altérité complice </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=590</link>
      <pubDate>jeu., 06 janv. 2022 18:36:55 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=590</guid>
    </item>
    <item>
      <title>3 | 2022 – Dossier : Paysages politiques de la disparition / à la Une </title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=807</link>
      <pubDate>jeu., 31 mars 2022 09:20:49 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="true">http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=807</guid>
    </item>
  </channel>
</rss>