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    <title>Auteurs : Karine Clément</title>
    <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=121</link>
    <description>Pubblicazioni Auteurs Karine Clément</description>
    <language>fr</language>
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      <title>“On va enfin faire redescendre tout ça sur terre !” : penser une critique sociale ordinaire populaire de bon sens</title>
      <link>http://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php?id=115</link>
      <description>En s’appuyant sur une enquête ethnographique sur plusieurs ronds-points de Lorraine ainsi que sur une analyse de la production visuelle des gilets jaunes, l’auteure identifie un type de critique sociale original développé par les gilets jaunes, qu’elle appelle la critique sociale ordinaire populaire de bon sens. L’article vise à conceptualiser cette critique, à la fonder théoriquement et empiriquement, ainsi qu’à en montrer les mécanismes. L’intérêt du concept proposé est moins lié à son contenu qu’aux processus et conditions qu’il saisit afin de pouvoir penser cette « utopie concrète » qui se dessina sur certains ronds-points. In fine, l’auteure revient sur les principaux apports du concept à la théorie de la critique sociale.La critique sociale populaire de bon sens est définie comme une critique partant d’un rapport corporel et sensitif au monde, c’est-à-dire aux places, objets et personnes peuplant ce monde (un monde « habité »), et une critique s’efforçant de ramener les hommes, les objets et les idées évoluant au-delà des contingences dans le prosaïque, le vulgaire, l’ordinaire et le terre-à-terre. Elle se caractérise par son inscription dans un monde commun – au double sens d’ordinaire et de partagé, un monde sensible et terre-à-terre. Elle s’appuie sur un imaginaire social, soit la capacité de s’imaginer – par les sens et les affects plus que par le raisonnement – appartenir à une même entité dignifiée : le peuple du commun. Ce peuple fut non seulement rêvé, mais aussi construit dans les pratiques des gilets jaunes sur les ronds-points, qui firent preuve d’une grande capacité à accommoder les différences et à faire tenir ensemble des individus et des groupes extrêmement hétérogènes, tant en termes socio-professionnels qu’en termes d’orientation politique.L’auteure analyse les différentes manières (dispositifs ou formats dans la sociologie pragmatique) qu’ont trouvées les gilets jaunes pour « faire le peuple » et faire tenir ensemble les différences, ou communiquer (construire un commun) tout en accueillant les conflits. L’un des facteurs importants est l’espace même du rond-point et de la cabane, lieux facilement accessibles aux plus démunis et permettant des expériences prolongées du vivre et du faire ensemble. Un autre dispositif essentiel de la production du commun ordinaire est le gilet jaune en lui-même, symbole d’un peuple du commun rebelle qui valorise l’humain qui le porte quelles que soient par ailleurs ses autres particularités. Les autres dispositifs sont le terre-à-terre ou sens du parler simple et prosaïque, le format brut du dire (sans euphémisation) ou du faire (brutalement), ainsi que l’ironie et l’auto-ironie.Dans son contenu, cette critique défie l’inégalité sociale, le chacun pour soi et la confiscation oligarchique du pouvoir. Elle dessine les traits d’un monde radicalement humain, accueillant chacun avec ses qualités et défauts, à condition qu’il reconnaisse la commune humanité de tous. Autant que le contenu de la critique, il est important d’étudier les modalités de son déploiement afin de rendre compte de ce type de critique sociale ordinaire. Cinq modalités ont été relevées dans cet article : le rire, l’ironie et l’auto-ironie ; les manières et le langage grossiers ou irrévérencieux ; le travail collectif et les choses communes ; le fort investissement corporel et matériel des objets ou productions servant comme dévoilement du monde ; l’inversion bas/haut.Par le concept de critique sociale populaire ordinaire de bon sens, l’auteure indique que la critique n’est pas uniquement le résultat d’une activité intellectuelle individuelle, spécialisée et exigeante, supposant un arrachement réflexif au monde. Les armes des classes les plus démunies de capital de toutes sortes pour parvenir à une critique seraient même l’inverse : l’immersion dans le monde, les rencontres en face-à-face, l’agir en commun, les expérimentations concrètes, le travail, les frottements des corps et des sens. Et aussi le rire, qui permet non seulement de se gausser du monde, mais également de rire de soi, de ne pas se prendre au sérieux. De rester dans le prosaïque, voire de l’agiter comme un étendard ou un défi.  “‘We’ll finally bring it all back down to earth!’: Reflecting on Common and Ordinary Social Critique of Good Sense”Drawing on an ethnographic fieldwork conducted on several roundabouts in Lorraine, as well as on the analysis of the Yellow Vests’ visual production, the author identifies a type of original social critique developed by the Yellow vests, which she names popular ordinary social criticism of good sense. The paper aims at conceptualizing this criticism, at founding it theoretically and empirically, as well as showing its mechanisms. The interest of this concept is not so much connected to its content than to the processes and conditions that it seizes which enable to reflect on the “concrete utopia” that emerged on some roundabouts. Ultimately, the author reviews to the main contributions of the concept to the theory of social critique.Popular social critique of good sense is defined as a critique based on a bodily and sensitive relation to the world, that is to say, to the places, objects and people inhabiting this world (an “inhabited” world), and a critique endeavoring to bring back human beings, objects and ideas evolving beyond contingencies back into in the prosaic, the vulgar, the ordinary and down-to-earth. This critical sense is characterized by its inscription in a common world - in the double sense of ordinariness and commonality, a sensitive and down-to-earth world. It is based on social imagination, namely the ability to imagine – by means of the senses and affects more than by reason – one’s belonging to the same dignified entity of the common people. The common people was not only dreamed, it was built in the practices performed by the Yellow Vests on the roundabouts, who showed a great capacity to accommodate differences and to hold together extremely heterogeneous individuals and groups, both in socio-professional terms and in terms of political orientations.The author analyzes the different ways (devices or formats in pragmatic sociology) that the Yellow Vests have mobilized to “make the people” and to maintain differences together, or to communicate (build a common) while welcoming conflicts. One of the important factors is the very space of the roundabout and the shacks, which are places easily accessible to the most disadvantaged and allowing for lengthy experiences of living and doing together. Another essential device for building an ordinary common is the yellow vest, which becomes the symbol of the rebellious common people and values the humans who wears it whatever their other characteristics. The other devices are the down-to-earth or plain and prosaic speaking, the crude rhetoric (without employing euphemism) or doing (brutally), as well as irony and self-irony.In its content, this critique challenges social inequality, individualism and the oligarchic confiscation of power. It sketches the features of a radically human world welcoming everyone with their qualities and shortcomings, on the condition that everyone acknowledges everybody’s common humanity. As much as the content of the critique, the modalities of its deployment are important to study if we want to understand this type of ordinary social critique. Five modalities are singled out in this article: laughter, irony and self-irony; rude or irreverent manners and language; collective work and common deeds; the strong physical and material investment of objects or productions used to expose the world; the upending of the social hierarchy.By means of the concept of popular ordinary social critique of good sense, the author argues that the critique is not only the result of an individual, intellectual, specialized, demanding activity, supposing a reflexive self-distancing from the world. The tools available to the deprived classes for achieving such critique might actually be in opposition to such a conception: by immersing oneself into the world, meeting people face-to-face, acting in common, working, launching concrete experiments, bodies and senses rubbing against one another. And also, laughter, which makes it possible to laugh not only at the world, but also at oneself, not to take oneself seriously. To remain in the prosaic, even to wave it as a banner or to mount a challenge. </description>
      <pubDate>lun., 16 nov. 2020 16:28:01 +0100</pubDate>
      <lastBuildDate>dim., 13 déc. 2020 19:36:23 +0100</lastBuildDate>
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